Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 09:49
PO : Trump sème la confusion
 
 
 
 
 
La remise en cause, par Washington, de la solution à deux Etats, elle-même de moins en moins réalisable, laisse craindre le pire quant à l'avenir de la question palestinienne, avec, tout au mieux, le maintien du statu quo.
 
 
 

Abir Taleb 

22-02-2017

 
 
 

Le président américain, Donald Trump, continue de semer la confusion. Cette fois-ci, c’est sur l’un des plus vieux conflits du monde, le conflit israélo-palestinien. Alors que la solution à deux Etats est retenue par la plus grande partie de la communauté internationale, officiellement acceptée comme principe aussi bien par l’Autorité palestinienne que par Israël, et alors que ce principe a guidé la diplomatie américaine et internationale depuis le lancement du processus de paix en 1992, voilà que Trump fait tout voler en éclats : en recevant le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, à la Maison Blanche, mercredi 15 février, le président américain a dissocié pour la première fois l’objectif d’une paix entre Israël et les Palestiniens de la solution à deux Etats, en affirmant qu’elle n’était pas la seule option. « Je regarde (la solution à) deux Etats, (à) un Etat, et si Israël et les Palestiniens sont contents, je suis content avec ce qu’ils préfèrent ».

Mais, signe de la confusion de la diplomatie américaine actuelle, au lendemain même des déclarations de Trump, l’ambassadrice des Etats-Unis à l’Onu, Nikki Haley, a nuancé ces déclarations, ajoutant à l’impression de cafouillage projetée par la nouvelle Administration Trump. « Nous soutenons absolument une solution à deux Etats, mais nous songeons aussi à des alternatives », a déclaré, jeudi dernier, Mme Haley, après une réunion du Conseil de sécurité sur le Proche-Orient. Quant à l’ambassadeur que Donald Trump a nommé en Israël, l’avocat juif américain David Friedman, il a reconnu devant le Sénat américain chargé de sa confirmation qu’il n’avait « de meilleure option » que la solution à deux Etats, tout en se disant « sceptique » sur cette voie de règlement du conflit. Autant de déclarations qui font dire à Sufian Abu Zaida, ex-ministre palestinien des Affaires des prisonniers, que « la position américaine n’est pas claire, et que les indications sont contradictoires et déconcertées, même s’il y a un courant qui ne croit plus à la solution à deux Etats ».

Nous sommes donc face à un revirement majeur de l’Administration américaine, mais sur un mode confus. Une confusion qui sème la zizanie et qui, surtout, impose un certain nombre d’interrogations : Que signifie la fin de ce principe ? Si la solution à deux Etats est abandonnée, quelles seront les alternatives ? Il est à rappeler, d’abord, que la solution à deux Etats propose la création de deux Etats distincts, l’un arabe et l’autre juif, « vivant côte à côte en paix et en sécurité ». Adossée aux accords d’Oslo de 1993, elle fait consensus depuis l’Initiative arabe de paix de 2002. Celle-ci proposait la création d’un Etat palestinien sur la base des frontières de 1967 en échange d’une reconnaissance d’Israël par les pays arabes.

Des alternatives non viables

Certes, depuis le lancement du processus de paix, la création de l’Etat palestinien se fait attendre et devient de plus en plus difficile, il n’en demeure pas moins que l’abandon de la solution à deux Etats présente des risques encore plus graves. D’ores et déjà, la droite israélienne, qui s’est réjouie des nouvelles positions américaines, pense que la Jordanie, qui contrôlait Jérusalem-Est et la Cisjordanie de 1948 jusqu’en 1967, pourrait offrir une issue. Un véritable leurre. D’autres parlent d’un Etat binational où Palestiniens et Israéliens seraient égaux. Un autre leurre, puisqu’il remettrait en cause le caractère juif de l’Etat hébreu, dont la composition démographique se verrait complètement chamboulée en faveur des Palestiniens. Face à cette réalité démographique, une telle hypothèse est exclue, tant elle supposerait qu’Israël accepte une remise en cause de son identité, ce qui signifie qu’avec un seul Etat, Israël imposera un statut différent aux Juifs et aux Arabes, ce qui reviendrait à un régime d’apartheid. « Si on fait le choix d’un seul Etat, Israël pourra être soit juif, soit démocratique, il ne pourra pas être les deux », disait avant de partir l’ex-secrétaire d’Etat américain, John Kerry. « Un seul Etat n’est donc pas du tout une option en faveur d’Israël », estime ainsi Sufian Abu Zaida.

Autre option, elle aussi illusoire, celle prônée par le président israélien, Reuven Rivlin, qui parle d’une confédération de deux Etats, israélien et palestinien, avec deux parlements et deux Constitutions, mais une seule armée : israélienne. Une option que les Palestiniens ne peuvent pas accepter, puisqu’elle ne leur donne pas de véritable souveraineté.

Reste l’option la plus vraisemblable : le maintien du statu quo. Israël continue à occuper la Cisjordanie et à maintenir la bande de Gaza sous blocus. La colonisation se poursuit avec tous les risques que cela représente.

Reste à dire que si toutes ces options sont irréalisables, la solution à deux Etats devient elle aussi illusoire. En effet, si les déclarations de Trump ont enfoncé le clou, c’est aussi et surtout la colonisation israélienne qui reste le principal obstacle. La viabilité d’un futur Etat palestinien était déjà considérée comme de plus en plus improbable avant cette annonce, en raison de la poursuite de la colonisation. Avec plus de 430 000 colons en Cisjordanie et plus de 200 000 à Jérusalem-Est, une telle entité ressemblerait à une peau de léopard. Plus de 23 ans après les accords d’Oslo, « nous sommes plus éloignés que jamais de leurs objectifs », rappelait, en septembre 2016, le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon. « La solution à deux Etats risque d’être remplacée par une réalité à un Etat fait de violence perpétuelle et d’occupation », mettait-il en garde.

 

http://hebdo.ahram.org.eg/NewsContent/1164/2/8/22397/PO--Trump-s%C3%A8me-la

Partager cet article

Repost 0
Published by Al Ahram Hebdo.org.eg (Egypte) - dans Regards Régional
commenter cet article

commentaires