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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 10:09

À Gaza, l’armée israélienne déverse des herbicides

 
 
 
Palestine
Pierre Barbancey
Jeudi, 16 Mars, 2017
L'Humanité

Pour maintenir une zone tampon, Israël empiète sur les terres palestiniennes et pulvérise des produits chimiques.

On a beau savoir que l’occupation est une des formes ultimes de l’asservissement des hommes, on ne peut pas, néanmoins, s’empêcher de s’étonner encore et encore des pratiques israéliennes en la matière. L’organisation israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem vient ainsi de dénoncer une pratique terrible.

Dès le déclenchement de la seconde intifada, en septembre 2000, Tel-Aviv a réservé à la bande de Gaza un sort particulier. Outre une clôture, les autorités israéliennes ont décidé de créer une « zone tampon », mais en territoire palestinien. Conséquence, l’accès des Palestiniens aux terres agricoles qui sont les leurs a été restreint. Gare à qui s’y aventure. Mitrailleuses, voire canons sont là pour faire respecter le « droit » israélien. Celui du plus fort. Les années passant, la zone tampon s’est élargie. De 100 mètres à l’origine, elle est aujourd’hui de 500 mètres. Les Palestiniens le savent de façon empirique. À l’instar des pêcheurs qui connaissent leurs limites d’activités à coup de canonnière israélienne, les paysans se repèrent aux coups de feu car l’occupant ne daigne pas annoncer ni signaler les modifications de zone ! Une pratique qui s’est traduite par la mort de nombreux Palestiniens.

Inonder Gaza avec des fruits israéliens

À chaque guerre menée contre la bande de Gaza, l’armée israélienne met un point d’honneur à détruire les plantations d’agrumes et les champs de fraises, toujours au nom de la zone tampon, mais aussi, en réalité, parce que cela permet d’inonder Gaza avec des fruits israéliens. Le volet économique de la colonisation. Depuis la fin de l’opération « Bordure protectrice » à l’été 2014, la zone tampon, sans culture, réduite à nouveau à 100 mètres, est maintenue en pulvérisant, deux fois par an (en décembre-janvier, puis en avril), de l’herbicide. On s’en doute, les produits chimiques pulvérisés ne s’arrêtent pas aux cent mètres…

Des dégâts sur quelque 400 ha de terres agricoles

Cette année, pour la première fois, l’armée a prévenu les Palestiniens. Ces derniers, y compris ceux ayant des terres à plusieurs centaines de mètres de la zone tampon, ont pu s’y préparer, récoltant à l’avance ce qui était possible, protégeant le système d’irrigation et la terre avec des bâches. C’était le 25 décembre 2016 et le 5 janvier 2017. Mais les 23 et 24 janvier la pulvérisation a repris, sans préavis. « Des vents forts ont emporté les produits chimiques pulvérisés qui ont endommagé les terres sur 600 à 1 200 mètres, à l’intérieur de la bande de Gaza, écrit B’Tselem. En plus, il semble que cette année l’armée utilise des produits chimiques à concentration plus élevée, car les dégâts sur les cultures ont été détectés dès le lendemain, et non deux ou trois jours plus tard comme par le passé. »

Quelque 400 ha de terres agricoles ont subi des dégâts le long de la frontière. Selon les estimations du ministère palestinien de l’Agriculture, les pertes subies par les agriculteurs dans ces zones s’élèvent à environ 75 euros à l’hectare. Salah Muhammad Suliman a-Najar, 53 ans, agriculteur, dont les propos sont rapportés par des enquêteurs de B’Tselem, possède des terres situées à plus de 400 mètres de la frontière. Il raconte l’épandage des herbicides. « J’ai perdu toute ma récolte d’épinards : les feuilles étaient brûlées et la récolte était complètement détruite, raconte-t-il. J’ai perdu tout l’argent que j’avais mis dans ces cultures : 40 000 shekels israéliens (10 240 euros), pour l’engrais, les semences, le labour et la pulvérisation. Tout cet argent a été perdu, et maintenant, je dois plus de 40 000 shekels à divers fournisseurs. »

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Published by L'Humanité.fr - dans Revue de presse
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