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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 05:18

Mahmoud Darwich, Europe et une rencontre

 

 

Muriel Steinmetz
Jeudi, 2 Mars, 2017
L'Humanité
 

Printemps des poètes. Le grand poète palestinien fait l’objet d’une livraison de la revue littéraire dans laquelle ses amis l’ont évoqué.

Europe consacre un numéro spécial à Mahmoud Darwich. L’animateur de la revue, Jean-Baptiste Para, tenait à ce projet depuis longtemps, rendu possible grâce surtout à Kadhim Jihad Hassan, ami du poète. Dans cette livraison à la fois fraternelle, érudite et substantielle quant au contenu, on découvre l’être même de Darwich parfaitement restitué. Ce numéro est composé, entre autres, de poèmes inédits en français extraits de ses œuvres premières (1964-1977), d’un long entretien passionnant, d’articles et d’écrits épistolaires. Aucun des aspects de l’existence et de l’œuvre du grand poète palestinien n’est négligé.

Les témoignages multiples de ceux qui l’ont connu commentent son évolution, son langage poétique et sa vision politique. Des poètes lui dédient un texte et le plasticien Ernest Pignon-Ernest évoque leur rencontre à Paris ainsi que le séjour qu’il fit à Ramallah en 2009 « pour unir le portrait du poète à la texture des murs ».

Sous l’intitulé « J’ai cherché l’altérité des hommes là où ils se trouvent », une rencontre autour du numéro spécial d’Europe avait lieu samedi dernier à l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales) en présence, entre autres, de Farouk Mardam-Bey (historien, directeur de la collection « Sindbad » chez Actes Sud), d’Elias Sanbar (historien, essayiste, traducteur de l’œuvre de Darwich, ambassadeur de Palestine auprès de l’Unesco), de Subhi Hadidi (critique, traducteur), tous trois proches du poète. Jean-Baptiste Para a affirmé « avoir ressenti avec Darwich ce qui se passe avec tous les grands poètes dans un moment tragique : un battement, une double vision, la façon dont l’œuvre s’enracine dans un moment et un temps donné ; elle transcende ce moment et nous attend plus loin dans l’avenir ».

« Quoi que je fasse, ça chante ! »

Kadhim Jihad Hassan a rappelé de Darwich « l’optimisme actif durant toutes les étapes de sa vie, y compris la dernière lorsqu’il fit face à la maladie ». Elias Sanbar a insisté sur sa voix, sa respiration, sa musique. Mahmoud Darwich lui disait : « “Quoi que je fasse, ça chante !” Mahmoud Darwich composait selon sa respiration ». Et de conclure : « Ritsos, avec qui il était lié, parlait de sa poésie comme étant lyrique et épique. C’est une des clés de sa cadence. La situation tragique dans laquelle il est né a été propice à ce croisement de l’intime, du chuchotement et de l’épopée, des grands chants. La tragédie est là, à la fois personnelle et collective. »

Sur les exils successifs qu’il a traversés sans être jamais défait, Darwich disait, rappelle Elias Sanbar : « Je suis le voyageur et le chemin. Les poèmes peuvent établir une patrie métaphorique dans le cœur des gens. » L’après-midi s’est conclu par le rappel de la création toute récente, en Belgique francophone, d’une chaire culturelle et universitaire Mahmoud Darwich ainsi que d’un colloque prévu à l’automne et d’un prix international Mahmoud Darwich distinguant un travail de fin d’études de niveau master ou une thèse de doctorat.

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Published by L'Humanité.fr - dans Revue de presse
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