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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 03:31

Syrie. À Genève, la paix toujours dans le brouillard

 
 
Pierre Barbancey
Vendredi, 24 Février, 2017
L'Humanité
 

Les pourparlers entre l’opposition et le gouvernement syrien se sont ouverts hier, en Suisse. L’un des enjeux est la mise en place de négociations directes.

À Mossoul, l’armée irakienne est à l’offensive pour reprendre la partie ouest de la ville en s’installant dans la zone aéroportuaire, désaffectée jusque-là mais où s’étaient installés des nids de djihadistes, des combattants de Daech en recul sur plusieurs fronts. Si l’on en croit le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Çavusoglu, « la ville d’Al-Bab est désormais presque entièrement sous contrôle ». C’est en Syrie. Et si l’information n’est pas totalement vérifiée – il semblerait que la rébellion appuyée par Ankara ait crié victoire plus vite que prévu –, tout est bien lié à ce qui est en train de se passer à des milliers de kilomètres de là, en Suisse.

Jeudi matin, le médiateur de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a entamé d’intenses consultations avec les représentants du pouvoir syrien et de l’opposition, avant de lancer officiellement Genève 4, la quatrième série de pourparlers de paix à Genève. L’homme, connu pour son optimisme à tout, épreuve, sait néanmoins que si l’espoir existe d’une résolution de ce conflit meurtrier et particulièrement explosif pour toute la région, il faut rester lucide devant les difficultés existantes et les mains quasiment invisibles des puissances régionales et internationales dans ce dossier. Afin de définir l’agenda et le bon déroulement de Genève 4, il a rencontré dans la matinée le chef de la délégation du gouvernement syrien, Bachar Al Jaafari. Puis, il s’est entretenu avec deux représentants du Haut Comité des négociations (HCN), qui rassemble des groupes clés de l’opposition, le cardiologue Nasr Al Hariri, chef des négociateurs, et Yahya Kodmani, chef de la délégation du HCN. D’autres représentants du Groupe de Moscou et du Groupe du Caire, considérés comme des opposants plus modérés à Damas, devaient être également consultés.

L’ordre du jour reste une question très délicate

Trois rencontres ont déjà eu lieu en 2016 sous l’égide de l’ONU sans parvenir à ramener la paix en Syrie, où plus de 310 000 personnes sont mortes et plusieurs millions ont dû fuir sur les routes pour échapper à six années de guerre. Jusqu’à présent, les protagonistes ne se sont pas parlés de visu. Les uns et les autres refusant de s’asseoir autour de la même table, forçant l’envoyé de l’ONU à faire la navette. Cette fois, reprise d’Alep par Damas et recul des rebelles un peu partout en Syrie obligent, l’opposition de Riyad (le HCN) s’est prononcée pour des « négociations directes. Cela économisera du temps et sera une preuve de sérieux, plutôt que de négocier dans des salles séparées », a dit Salem Meslet, porte-parole du HCN.

Mais la délégation du gouvernement et les autres groupes d’opposition ne se sont pas encore prononcés officiellement. L’ordre du jour reste également une question très délicate pour le médiateur de l’ONU. Tout le monde semble d’accord pour discuter d’une « transition politique », prévue dans la résolution 2254 du Conseil de sécurité qui sert de base aux négociations de paix. Mais cette expression ne revêt pas la même signification pour le HCN et pour le régime. L’opposition réclame le départ du président syrien Bachar Al Assad et la mise en place d’un organe de transition pouvant mener à des élections. Le gouvernement est, lui, disposé à accepter la tenue d’un scrutin, mais refuse de discuter du sort du chef de l’État syrien.

Enfin, si on en parle moins, la question de la représentation des Kurdes à ces pourparlers reste posée. Moscou a laissé entendre que, tôt ou tard, les représentants du Parti de l’union démocratique (PYD) et/ou ceux de l’administration du Rojava (Kurdistan syrien) devraient être invités. Ce qui semble déplaire aussi bien au HCN qu’à Damas.

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Published by L'Humanité.fr - dans Revue de presse
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