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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 05:24

La catastrophe d’une nouvelle guerre à Gaza

 
 

Si par malheur un nouveau conflit éclate autour de la bande de Gaza, il ne tardera pas à s’étendre à l’Egypte et à la branche locale de Daech dans le Sinaï.

Le contrôleur de l’Etat d’Israël vient de publier un rapport très sévère sur la préparation et la gestion, par le gouvernement et l’armée, de la guerre de l’été 2014 dans la bande de Gaza. Il n’est pas certain que la hiérarchie politico-militaire d’Israël anticipe beaucoup mieux en 2017 les risques dont serait porteur un nouveau conflit à Gaza. La probabilité serait en effet très élevée d’une implication de la branche de Daech dans le Sinaï, avec, en retour, intervention directe de l’armée israélienne pour suppléer la défaillance des forces égyptiennes.

UNE GUERRE QUE PERSONNE NE VEUT… SAUF DAECH

La bande de Gaza a été dévastée par trois conflits en décembre 2008-janvier 2009, novembre 2012 et juillet-août 2014. Ce dernier cycle d’hostilités a été de loin le plus sanglant, avec, selon l’ONU, la mort de 2251 Palestiniens (dont 1462 civils) et de 74 Israéliens (dont 6 civils). Les destructions ont atteint un tel niveau que des pans entiers du territoire palestinien sont encore en ruines, d’autant que le Hamas accorde une priorité absolue à ses fidèles dans les opérations de réhabilitation.

Le parti islamiste, qui gère d’une main de fer la bande de Gaza depuis juin 2007, vient de porter à sa tête la figure de proue des « durs » du mouvement, Yahya Sinouar. Il est pourtant plus intéressé à réprimer sans ménagement la population, privée par le blocus de toute perspective d’avenir, qu’à favoriser une guerre avec Israël, tant celle-ci pourrait compromettre un statu quo somme toute très favorable au pouvoir incontesté du Hamas à Gaza. Le gouvernement Netanyahou souhaite également préserver le calme autour d’un territoire palestinien hermétiquement « bouclé » et considéré collectivement comme « hostile » depuis septembre 2007.

Cette trêve lourdement armée n’est troublée que par de rares tirs de roquettes, depuis la bande de Gaza vers Israël, à l’initiative de groupes jihadistes, liés à la branche de Daech dans le Sinaï voisin. Israël, selon son implacable doctrine de représailles, riposte généralement sur des cibles du Hamas, tenu pour responsable de toute activité émanant du territoire sous son contrôle. Ces incidents se sont répétés durant la semaine écoulée, avec deux flambées de violence ponctuelle, le 27 février et le 1er mars, elles-mêmes suivies de l’arrestation par le Hamas de centaines de sympathisants de Daech dans la bande de Gaza.

LE RISQUE D’UNE EXTENSION A L’EGYPTE

La logique infernale du blocus et de la militarisation, en lieu et place d’un processus politique, a paradoxalement conduit Israël et le Hamas à dépendre des manœuvres de Daech. Or la branche de l’organisation d’Abou Bakr al-Baghdadi, dite aujourd’hui « Province du Sinaï », s’appelait initialement Ansar Beit al-Maqdis, soit « les Partisans de Jérusalem ». Elle a, par des tirs de roquettes sur le port israélien d’Eilat, le 8 février 2017, rappelé son engagement fondateur à « libérer la Palestine ».

Daech, qui n’a jusqu’à récemment accordé qu’une attention très marginale à la Palestine, est de plus en plus enclin à défier Israël, ne serait-ce que pour relancer sa campagne de recrutement international. L’implantation de « l’Armée de Khaled Ben Walid », affiliée à Daech, à la frontière nord-est d’Israël, est déjà préoccupante. Mais c’est l’insurrection aguerrie de la « Province du Sinaï » qui pourrait entraîner une escalade inédite, par des tirs cette fois nourris sur le territoire israélien, en « solidarité » avec les Palestiniens bombardés (c’est au nom d’une « solidarité » comparable avec Gaza que le Hezbollah libanais avait lancé l’engrenage de la « guerre des 33 jours » avec Israël, durant l’été 2006).

Israël a déjà frappé dans le Sinaï des cibles jihadistes, mais sans jamais l’admettre publiquement. Elle a ainsi pallié à la défaillance accablante de l’armée égyptienne, incapable de remporter un succès décisif contre la « Province du Sinaï ». Une intervention israélienne, cette fois avouée et majeure, changerait la donne d’un équilibre régional qui repose, entre autres sur le traité de paix israélo-égyptien de 1979 (et sur la restauration, depuis 1982, de la pleine souveraineté de l’Egypte sur le Sinaï). L’imprévisibilité de Donald Trump et de son administration ne pourrait qu’aggraver la poussée aux extrêmes.

Un tel scénario-catastrophe est d’autant moins inconcevable que l’approche du cinquantenaire de l’occupation israélienne, en juin 2017, va relancer l’intérêt et la mobilisation pour la question palestinienne. Le moyen le plus sûr de conjurer une perspective aussi menaçante serait la levée du blocus de Gaza, condition nécessaire à la démilitarisation de ce territoire. Mais nul ne semble porteur d’une telle vision en Israël, ni d’ailleurs dans la « communauté internationale ».

 

http://filiu.blog.lemonde.fr/2017/03/05/la-catastrophe-dune-nouvelle-guerre-a-gaza/

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Published by Le Monde.fr - dans Revue de presse
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