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22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 09:31

Risque de violence accru face à la grève de la faim des détenus palestiniens

 

Majed Bamya à « L'OLJ » : « Une intervention internationale aurait été plus rapide si les prisonniers n'avaient pas été palestiniens »

 
20/04/2017
 
 
 
 

L'intransigeance d'Israël face à la grève de la faim des détenus palestiniens pourrait mener à une « nouvelle intifada », assène Issa Karaki, chargé des prisonniers au sein de l'Autorité palestinienne et lui-même ancien détenu.

Depuis lundi, quelque 1 500 détenus palestiniens participent à cette grève, selon l'Autorité palestinienne, suite à l'appel du plus célèbre d'entre eux, Marwan Barghouthi, dans un article paru dans le New York Times et qui lui a valu d'être placé en isolement dans une autre prison. Les détenus dénonçaient hier le refus de négocier d'Israël, en prévenant au troisième jour de ce mouvement de protestation que la mort de l'un deux pourrait déclencher une escalade de violence.

Pour Israël, il n'y a « pas de négociation » possible avec « des terroristes et des assassins », termes utilisés par plusieurs ministres pour qualifier les grévistes de la faim qui réclament notamment des droits de visite élargis, l'accès au téléphone ou des visites médicales régulières. Le ministre de la Défense Avigdor Lieberman a même plaidé pour « l'approche de Margaret Thatcher ». En 1981, l'ancienne Première ministre britannique avait refusé d'accéder aux exigences de détenus irlandais de l'IRA, qui étaient des grévistes de la faim. Suite à ce refus, dix d'entre eux étaient morts. M. Karaki a aussitôt dénoncé de telles « incitations à la haine ». Tandis que Chaawane Jabarine, qui dirige l'ONG palestinienne des droits de l'homme al-Haq, s'est inquiété de la possible application d'une loi israélienne très controversée qui permet de nourrir de force des détenus en grève de la faim.

Pour Farès Kaddoura, « si cette grève continue encore une semaine, deux semaines ou plus, les Israéliens vont être obligés d'accepter le dialogue ». Le dirigeant du Club des prisonniers palestiniens explique également à L'Orient-Le Jour que « s'ils continuent à pousser les prisonniers palestiniens à bout, la confrontation va arriver car le peuple palestinien ne va pas accepter cela ».

 

(Pour mémoire : Israël reste ferme face aux détenus palestiniens en grève de la faim)

 

 

Ultime recours
Dans un contexte de violences, rappelé encore hier par une attaque à la voiture bélier qui a fait un blessé avant que son auteur (un Palestinien selon l'armée israélienne) ne soit tué, le risque d'escalade de cette grève est particulièrement élevé. Majed Bamya, diplomate palestinien, rappelle à L'Orient-Le Jour qu' « Israël a arrêté l'équivalent de 40 % de la population masculine palestinienne. Tout le monde a un proche, ou connaît un proche, qui a été arrêté. La vie des prisonniers aura bien évidemment un impact sur le peuple palestinien ».

Les négociations des prisonniers ont débuté en août avec les administrations pénitentiaires, mais en vain. Pour le diplomate, la grève de la faim était leur ultime recours. Par ailleurs, si leurs réclamations ne sont toujours pas entendues suite à ce dernier mouvement de protestation, « davantage de prisonniers rejoindront la grève » indique M. Karaki, allant jusqu'à prédire que « 90 % » des 6 500 détenus palestiniens pourraient refuser de s'alimenter « d'ici à dix jours ». Les Palestiniens et les associations humanitaires insistent sur la légitimité des fondements de la protestation. « Ces demandes relèvent des droits de l'homme et du droit international », rappelle Majed Bamya. Les Palestiniens ont appelé l'ONU et la communauté internationale a réagir et à forcer Israël à respecter les lois internationales. Mais, pour le diplomate, « l'intervention de l'ONU et de la communauté internationale aurait été plus rapide dans d'autres cas, si ça n'avait pas été des prisonniers palestiniens par exemple ». Alors que l'ONU a déclaré suivre cette grève de près, ce diplomate palestinien l'exhorte à réagir. Mais pour l'instant, ni la communauté internationale ni l'ONU n'a pris de position claire sur le sujet, ni appelé Israël à adopter des mesures adaptées au mouvement de protestation. En effet, depuis lundi, l'administration pénitentiaire a placé Marwan Barghouthi en isolement, et a déplacé de nombreux détenus. Ces mesures répressives et punitives répondent à l'action pacifique des grévistes de la faim.

Cependant, les pays de la communauté internationale sont signataires de la Convention de Genève qui protège ceux qui ne participent pas aux combats et ceux qui ont cessé d'y participer. « Les prisonniers relèvent de ces deux catégories, explique-t-il, ils devraient donc être protégés. » La députée palestinienne Khalida Jarrar, elle-même récemment sortie de prison, plaide pour que « les pays qui ont signé les accords internationaux » ne permettent « pas que l'occupant (israélien) soit au-dessus des lois ». Enfin, souligne le diplomate, « cette grève de la faim est l'occasion de regarder la législation israélienne, qui est en totale violation du droit international ».

La dernière grève massive dans les prisons israéliennes remonte à février 2013, lorsque 3 000 Palestiniens avaient refusé de se nourrir durant une journée pour protester contre la mort en détention d'un des leurs. Parmi les 6 500 Palestiniens actuellement détenus par Israël, figurent 62 femmes et 300 mineurs. Environ 500 d'entre eux sont sous le régime extrajudiciaire de la détention administrative qui permet une incarcération sans procès ni inculpation. Treize députés sont aussi emprisonnés.

 

https://www.lorientlejour.com/article/1047462/risque-de-violence-accru-face-a-la-greve-de-la-faim-des-detenus-palestiniens.html

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Published by L'Orient le Jour.com (Liban) - dans Regards Régional
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