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16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 07:29

En Israël, Netanyahou met au pas les médias publics

Manifestation à Tel-Aviv fin mars devant le siège de l’Autorité de radiodiffusion et de télévision dont le sort a été brutalement tranché par un vote du Parlement jeudi dernier. / Baz Ratner/Reuters

Les Israéliens découvrent aujourd’hui les premières émissions de « Kan », une entité publique en remplacement de l’Autorité de radiodiffusion et de télévision (IBA, l’Israel Broadcasting Authority) qui les accompagnait depuis des décennies sur les ondes radio de l’emblématique Kol Israël (La voix d’Israël) et de la première chaîne de télévision, notamment avec son incontournable journal du soir « Mabat ».

Le sort de l’IBA a été brutalement tranché par un vote du Parlement jeudi dernier, à l’issue d’une saga politique remontant à 2014. Le premier ministre, Benyamin Netanyahou, avait alors soutenu le projet de démantèlement d’IBA, souvent présenté par son parti Likoud (droite) comme « un nid de gauchistes ».

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Il fit ensuite fait marche arrière après avoir compris qu’il n’aurait pas la haute main sur la nouvelle organisation Kan. La personnalité appelée à y officier est Géoula Even, journaliste mariée à Guidon Saar, son principal rival pour la direction du Likoud.

Menace d’élections anticipées

À l’appui de sa volte-face visant à maintenir l’IBA, le premier ministre a fait planer la menace d’élections anticipées afin de lever les réserves du ministre des finances Moshé Kahlon, chef du parti Koulanou (centre droit), qui a dégagé d’importants fonds pour restructurer le paysage audiovisuel public. Résultat : une mini-crise politique suivie d’un compromis entre les deux dirigeants.

En fin de compte, Kan chapeautera tous les programmes de la télé et ceux des six stations de radio non liés à l’actualité. Les infos seront traitées par un service politiquement indépendant, qui recrutera 240 des 1 200 journalistes, techniciens ou employés d’IBA, les autres se retrouvant au chômage ou à la retraite anticipée.

Voilà qui promet d’importants surcoûts et bien des complications dans les studios. D’autant que le ministre de la défense, Avigdor Lieberman, chef du parti russophone Israël Beitenou, et le ministre de l’intérieur, Arié Deiri, chef du Shass religieux orthodoxe séfarade, ont aussi exigé leur part du gâteau sous forme de budgets et temps d’antenne.

Tente d’interdire les enquêtes journalistiques

Chatouilleux sur les critiques et sans états d’âme pour la liberté d’expression, Benyamin Netanyahou a en vain tenté d’interdire les enquêtes journalistiques. Il y a deux ans, il avait convoqué des élections anticipées pour torpiller un projet de loi visant à interdire la distribution gratuite du quotidien Israël Hayom voué à sa cause et financé par le milliardaire juif américain Sheldon Adelson. Il a aussi tenté de négocier « une couverture plus équitable » avec le patron du grand quotidien Yediot Aharonot.

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Lancé en 1935 par les autorités britanniques mandataires, le Palestine Broadcasting Service prend le nom de Kol Israël lors de la création de l’État juif en 1948, et l’Office de radiodiffusion est créé en 1965, tandis que la première chaîne de télévision voit tardivement le jour en 1968. Mais, le monopole du service public de l’audiovisuel est brisé en 1994 avec l’apparition d’une chaîne commerciale privée. Dans la foulée, 40 câblo-opérateurs arrivent sur le marché. Critiqué pour sa gabegie des fonds publics et jugé moins créatif que ses concurrents privés, l’IBA chute dans les mesures d’audience. Pour beaucoup, une page est tournée avec nostalgie.

« Directs » dramatiques

« Kol Israël, c’est un mode de pensée, une culture, un langage qui ont façonné ma vie », dit un inconditionnel. « Un regard critique, souvent teinté d’humour grinçant », estime un autre. « C’est la bande-son de notre histoire nationale », affirme un homme âgé qui évoque des « directs » dramatiques : la conquête du Mur occidental (des lamentations) en 1967, l’arrivée du président égyptien Anouar Al Sadate à Tel-Aviv (1977), ou encore l’assassinat de Yitzhak Rabin (1995). « Sans médias publics, il n’y a pas de démocratie. Sans médias publics, l’État d’Israël n’est pas l’État d’Israël », a déclaré le président israélien Reuven Rivlin.

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Les médias israéliens

En 1965, la radio devient service public. Elle est soumise à l’Autorité de la radiodiffusion.

En 1968, naissance de la télévision israélienne, également service public.

1973. Après la guerre de Kippour, l’espace médiatique est dominé par le pouvoir commercial.

La presse est dominée par Yediot Aharonot, journal commercial fondé en 1939, et le quotidien populaire Maariv (1948). Ces journaux contrôlent une partie importante de la presse magazine et de la presse locale.

L’audiovisuel est marqué depuis les années 1990 par l’apparition de plusieurs chaînes de télévision et stations de radio commerciales.

Joël David
 
 
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Published by La Croix.com - dans Revue de presse
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