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30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 07:09
Au Moyen-Orient, Trump se focalise sur le terrorisme
 
 
 
Par Thomas Cantaloube
 
 

À l'issue de quatre jours passés en Arabie saoudite, en Israël et à Bethléem, le président américain a renoué l'alliance avec la monarchie saoudienne au prix de nombreuses contradictions, mais il a aussi surpris en ne s'alignant pas complètement sur les positions de la droite israélienne et américaine

 

  • Avant même l’attentat de Manchester, une large partie de la rhétorique de Donald Trump lors de sa visite au Moyen-Orient tournait autour de la question du terrorisme. Si ce tropisme n’est pas vraiment neuf pour un président américain, le martèlement de ce thème par l’actuel occupant de la Maison Blanche n’a pu que mettre en évidence ses contradictions et son absence de vision claire en matière de politique étrangère.

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George W. Bush était arc-bouté sur sa « guerre contre la terreur », puis à partir de 2005 sur le fait de s’extraire des bourbiers irakiens et afghans ; Barack Obama s’était essayé à réduire l’empreinte de la botte américaine dans la région ; Donald Trump, pour son premier voyage à l’étranger en tant que chef d’État, s’est frayé un chemin incertain à coups de clichés en Arabie saoudite, en Israël et à Bethléem. Mais à l’aune de ce que beaucoup attendaient de lui, le président des États-Unis n’a commis aucune gaffe majeure, son choix de vocabulaire s’est avéré précis – hormis peut-être son qualificatif de « perdants malfaisants » pour le ou les auteurs de l’attentat de Manchester – et, si l’on attache de l’importance aux mots qu’il prononce, il a peut-être réservé une surprise.

Le choix de Riyad comme première destination étrangère de son mandat était purement symbolique. La nouvelle administration américaine avait à cœur de se rabibocher avec l’allié saoudien, qui avait vu d’un mauvais œil ces dernières années l’ouverture vers l’Iran, le « lâchage » d’Hosni Moubarak lors des printemps arabes et l’insistance d’Obama à parler droits humains, démocratie et liberté d’expression. Le premier acte de ces retrouvailles fut l’alliance de la flatterie et des billets verts. Les Saoudiens ont accueilli le milliardaire en grande pompe, avec les dorures qu’il affectionne tant et la projection de son portrait sur les immeubles, mais ils ont surtout sorti le carnet de chèques en signant pour 110 milliards de dollars (98 milliards d’euros) de contrats militaires et 270 milliards de dollars d’autres transactions. C’est un chiffre faramineux qui, même s’il est constitué en grande partie de promesses et de lettres d’intention qui n’aboutiront jamais, va permettre à Trump de proclamer qu’il est bien le grand businessman qu’il prétend être, et le VRP de l’industrie américaine.

Le deuxième acte de ce ballet fut la dénonciation constante de l’Iran dans les discours de Trump et dans l’allocution de son secrétaire d’État, Rex Tillerson. « Du Liban à l’Irak et au Yémen, l’Iran finance, arme et entraîne des milices et des groupes extrémistes qui sèment le chaos et la destruction dans la région », a avancé le président. Si cela n’est pas entièrement faux – les Iraniens, qui sont chiites, appuient en effet le Hezbollah au Liban, le régime de Bachar al-Assad en Syrie, et ils sont proches des rebelles houthistes au Yémen –, cela ne tient que si l’on examine également les ressorts du terrorisme islamiste sunnite dans la région, d’Al-Qaïda à Daech, qui prospère sur les politiques mortifères et antidémocratiques des régimes arabes et les liens financiers troubles entre riches émirs et organisations religieuses extrémistes. Or Trump s’est abstenu de toute remarque sur ce point. Il s’est en revanche empressé d’aller inaugurer un nouveau centre saoudien destiné à « combattre l’idéologie extrémiste », en compagnie d’une poignée de satrapes et du roi Salman, qui ne doit son statut qu’à l’alliance entre sa famille et le clergé wahhabite, promoteur d’un islam fondamentaliste.

Dans le même élan, Rex Tillerson a critiqué le bilan de l’Iran en matière de droits humains en se tenant côte à côte avec le ministre des affaires étrangères saoudien, et ceci sans ironie aucune. Tant pis si les Iraniens venaient juste d’élire de manière parfaitement démocratique leur président, et si la situation des femmes iraniennes reste, malgré de multiples interdits, bien plus enviable que celle des femmes saoudiennes. On aura donc retiré de cette première étape du voyage de Trump que la nouvelle rhétorique américaine au Moyen-Orient ne sera pas empreinte de subtilité et qu’elle privilégiera les vieilles alliances fondées sur les pétrodollars et les avions de chasse.

Cette tonalité contraste avec ce qui s’est déroulé en Israël dans la foulée. Si toutes les apparences d’une lune de miel entre Trump et Benjamin Netanyahou étaient affichées, beaucoup d’observateurs israéliens se sont focalisés sur de petits détails qui, en ces lieux, revêtent souvent la plus grande signification. Tout d’abord, le dirigeant américain s’est abstenu de prononcer le mot « Jérusalem », afin de bien marquer qu’il n’entendait pas mettre les pieds dans le plat de ce sujet sensible. Ensuite, il s’est rendu au Mur des lamentations, mais il l’a fait seul, sans s’embarrasser de (ni se compromettre avec) Netanyahou et les autres leaders israéliens qui souhaitaient l’accompagner. Pour les commentateurs, c’était une façon de ne pas préjuger du futur sort de Jérusalem dans un éventuel règlement du conflit israélo-palestinien, sachant que Trump est déjà revenu sur sa promesse de transfert de l’ambassade américaine depuis Tel Aviv. Enfin, comme l’ont noté la plupart des Israéliens, le président américain n’avait que le mot « paix » à la bouche, alors que celui-ci a quasiment disparu de la vie publique locale, par résignation et apathie.

Mais c’est le discours qu’il a délivré au sortir de sa rencontre avec le leader palestinien Mahmoud Abbas qui a peut-être été le plus révélateur. Il a d’abord condamné l’attaque de Manchester (avant qu’elle ne soit revendiquée par l’État islamique), puis il a tancé son hôte : « La paix ne peut jamais s’enraciner dans un environnement où la violence est tolérée, financée et même récompensée », a-t-il affirmé en référence aux attaques contre les civils israéliens et à la politique de l’Autorité palestinienne de versement d’allocations aux familles de prisonniers, notamment les auteurs d’attentats. Mais c’est en évoquant encore une fois sa volonté de parvenir à « l’accord ultime », celui de la paix entre Israéliens et Palestiniens, que Trump a indiqué le fond de sa pensée. Pour lui, résoudre ce conflit est l’une des clefs, sinon LA clef, pour apaiser tous les remous du Moyen-Orient. Or cette façon de voir, qui a longtemps prévalu au Moyen-Orient et en Occident, n’est pas du tout celle du gouvernement de Netanyahou et d’une grande partie de la population israélienne, et elle n’est pas non plus celle des conservateurs américains.

Même si l’on considère que l’imprévisibilité et les virages à 180 degrés sont la principale marque de fabrique de Trump, ce positionnement a surpris tous ceux qui s’attendaient à un alignement parfait du président américain sur les positions de la droite israélienne. Pour Daniel Shapiro, qui fut l’ambassadeur de Barack Obama en Israël, « la perception selon laquelle Trump allait renverser toutes les décisions d’Obama et ne jamais questionner les Israéliens s’avère inexacte. Jusqu’à présent, son administration a adopté une approche bien plus traditionnelle, qui vise à restreindre les colonies israéliennes, à limiter les violences palestiniennes, et à raviver les négociations israélo-palestiniennes vers une solution à deux États en s’appuyant sur les États arabes clefs ».

 

 

Bien entendu, il faudra plus que les belles paroles et l’autosatisfaction de Donald Trump sur ses « formidables » compétences de négociateur pour faire avancer les choses entre Israéliens et Palestiniens, mais l’ancien promoteur immobilier a, pour le moment, dévié de la ligne qu’il avait promise durant sa campagne électorale. À l’égard d’Israël, mais aussi à l’égard des Saoudiens, qu’il avait traités d’« esclavagistes », et même des musulmans dans leur ensemble, qu’il semble désormais ne plus assimiler automatiquement à des terroristes.

Du point de vue de sa survie politique, le président américain avait besoin de s’extraire de ses incessants déboires washingtoniens en allant redorer quelque peu son blason à l’étranger. En pointant du doigt l’Iran, cet ennemi bien commode, en cajolant les Saoudiens et en promettant un double rasage gratis aux Israéliens et aux Palestiniens, il est parvenu à faire oublier pendant quelques jours les affaires dans lesquelles il s’est empêtré. En ne se préoccupant pas des contradictions inhérentes à ses propos, il a érigé le terrorisme en ennemi consensuel des États-Unis et des pays de la région. Cela ne fait pas une politique étrangère, mais cela permet à Donald Trump de survivre un jour de plus et de ne fâcher personne, ou presque, au Moyen-Orient.

 

https://www.mediapart.fr/journal/international/240517/au-moyen-orient-trump-se-focalise-sur-le-terrorisme

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Published by Mediapart.fr - dans Revue de presse
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