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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 23:19
Israël espère tirer profit de l'isolement de Doha
 
 
 

L'éventuelle remise en cause des aides qataries au Hamas risquerait de déboucher sur une déstabilisation accrue de la bande de Gaza

Une crise pleine de promesses : c'est ainsi que les dirigeants israéliens perçoivent la rupture des relations diplomatiques entre les pays arabes et le Qatar. Le gouvernement Nétanyahou se réjouit des conséquences de la visite de Donald Trump dans la région, le président américain ayant pointé du doigt l'Iran et la menace djihadiste sunnite en des termes convenant en tout point aux Israéliens.

" Les pays arabes qui ont rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar ne l'ont pas fait à cause d'Israël ni à cause du problème palestinien, mais en raison de leur peur du terrorisme islamique radical ", a déclaré lundi 5 juin le ministre israélien de la défense, Avigdor Lieberman, à la Knesset (parlement).

Benyamin Nétanyahou se sent conforté dans son analyse des rapports de force régionaux. -Depuis plus de deux ans, le premier ministre israélien défend l'idée d'un rapprochement avec les pays arabes sunnites modérés, au nom d'intérêts communs. A ses yeux, ce rapprochement historique est prioritaire par rapport à la résolution du conflit israélo-palestinien. Pourtant, les pays concernés estiment qu'une normalisation entre Israël et les pays arabes (au-delà de la Jordanie et de l'Egypte) n'interviendrait qu'après la résolution de la question palestinienne.

 

L'Iran comme danger majeur

Israël et ces pays partageaient les mêmes griefs envers l'administration Obama, trop accaparée par la signature de l'accord sur le nucléaire iranien. Aujourd'hui, une convergence de vues se dessine au sujet de Donald Trump. Sa politique étrangère a deux constantes : la volonté proclamée de ne plus donner de leçons en matière de droits de l'homme et la désignation de l'Iran comme danger majeur, en tant que puissance régionale et sponsor de ses sous-traitants armés comme le Hezbollah libanais ou le Hamas dans la bande de Gaza.

Nachum Shiloh, expert au Centre Moshe-Dayan pour les études sur le Moyen-Orient et l'Afrique, met cependant en garde contre toute euphorie du côté israélien. " La rupture des liens diplomatiques entre les pays arabes et le Qatar pourrait conduire Doha à cesser ses aides financières au Hamas, dit-il. Cela pourrait alors déboucher sur une déstabilisation accrue de la bande de Gaza et un nouveau conflit avec Israël. "

 

Maître de ce territoire palestinien depuis 2007, le Hamas se trouve sous forte pression financière de la part de l'Autorité palestinienne (AP). A la mi-avril, celle-ci a réduit les salaires des fonctionnaires de 30 % à 50 %. L'AP a aussi annoncé qu'elle ne payerait plus que la moitié de la facture d'électricité. Le Qatar et la Turquie avaient apporté une aide d'urgence au début de l'année, lorsque les réserves de fioul pour la seule centrale électrique de Gaza étaient à sec.

 

La crise avec le Qatar tombe à un moment de fragilité pour le Hamas. Les conditions de vie sont pires que jamais à Gaza, faute d'eau potable et d'électricité assurée une poignée d'heures par jour. L'exaspération de la population est à son comble. Si Doha cessait, à terme, de financer ses projets de développement à Gaza ou ses programmes humanitaires, les conséquences pourraient être dramatiques.

 

Pression américaine

" L'aide financière du Qatar à Gaza est très importante pour -Israël. Il s'agit de ne pas causer de dommages inutiles et plus de souffrances pour la population,souligneOded Eran, chercheur à l'Institut pour les études sur la sécurité nationale (INSS) et ancien diplomate de haut rang. -Israël et l'Egypte savent très bien ce que le Qatar donne à Gaza. La question est : cette aide, qui passait par l'Egypte, continuera-t-elle ou sera-t-elle impactée ? Je note que dans ses déclarations publiques, l'Egypte ne nomme pas lundi le Hamas parmi les organisations soutenues par le Qatar. "

Donald Trump, en revanche, avait cité le mouvement, lors de son discours à Riyad, parmi les organisations terroristes. Le Qatar se trouve sous pression américaine afin de réduire le nombre et l'importance des membres du Hamas résidant chez lui. Selon la presse israélienne, une des personnes en cause serait Saleh Al-Arouri, chargé de la coordination des cellules armées en Cisjordanie.

 

Si ces pressions aboutissaient, elles pourraient accentuer, au sein du mouvement islamiste, la tentation iranienne. Dans sa nouvelle charte, publiée il y a quelques semaines, le Hamas a voulu affirmer son autonomie. Mais son isolement et l'accueil sceptique réservé à ce document dans les pays occidentaux pourraient pousser l'organisation vers Téhéran. Les relations avec l'Iran avaient été dégradées par la guerre en Syrie, le Hamas ayant refusé de soutenir le régime de Damas. Mais depuis plusieurs mois, les experts ont noté un réchauffement.

Piotr Smolar

 

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/06/06/israel-espere-tirer-profit-de-l-isolement-du-qatar_5139173_3218.html

 
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Published by Le Monde.fr - dans Revue de presse
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