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24 juin 2017 6 24 /06 /juin /2017 00:39
Mohammed ben Salmane, l'impétueux prince d'Arabie
 
 
 

À seulement 31 ans, "MBS" vient d'être propulsé prince héritier par son vieillissant père. Portrait d'un futur roi aux méthodes radicales.

 
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Publié le | Le Point.fr
 
 
 

Son heure est arrivée. En dépit de ses 31 printemps, Mohammed ben Salmane, fils du roi Salmane d'Arabie saoudite, demeure sans conteste le nouvel homme fort du pays. Celui que l'on appelle par ses initiales – MBS – vient d'être propulsé par son père prince héritier de la couronne saoudienne en lieu et place de son cousin, le pourtant expérimenté Mohammed ben Nayef. Déjà plus jeune ministre de la Défense au monde, MBS dirigeait également le cabinet royal et présidait le Conseil des affaires économiques et de développement, une structure créée expressément par son père pour dominer le ministère de l'Économie. Le roi Salmane lui a également confié les rênes de l'Aramco, la puissante compagnie nationale du pétrole qu'il a réussi à arracher au ministère consacré.

"C'est lui qui décide"

Autant dire qu'en disposant des pétrodollars et en signant les contrats d'armes, le fiston tient déjà l'avenir du pays entre ses mains. « Le roi est assez effacé et n'est plus constamment lucide », explique Stéphane Lacroix, spécialiste du royaume au Ceri-Sciences po. « En tant que fils du roi, MBS peut se prévaloir du roi dans tout ce qu'il entreprend. Clairement, c'est lui qui décide. » Il y a pourtant à peine deux ans, MBS était un relatif inconnu à la cour. Personne au sein du royaume n'a vu venir son irrésistible ascension, entamée à la mort du roi Abdallah en janvier 2015 à l'âge de 90 ans.

Le trône se transmettant de frère en frère en Arabie saoudite, c'est le demi-frère du souverain défunt, Salmane, qui prend sa succession à l'âge de 79 ans. Après avoir tout d'abord nommé son fils à la tête du « super-ministère », le nouveau roi bouleverse, déjà une première fois, l'ordre de succession en 2015 et désigne le jeune Mohammed comme vice-prince héritier, soit troisième dans l'ordre de succession, après Mohammed ben Nayef, 58 ans. Au cœur du royaume, la manœuvre ne trompe personne. « La nomination de MBS a été considérée à l'époque comme un mini-putsch du roi Salmane », pointe David Rigoulet-Roze, expert de l'Arabie saoudite rattaché à l'Institut français d'analyse stratégique (Ifas). « Mohammed ben Nayef n'ayant pas de fils, Mohammed ben Salmane devenait à terme automatiquement roi. » Avec le nouveau bouleversement hiérarchique de ce 21 juin 2017, et l'âge vieillissant de l'actuel souverain (82 ans), MBS pourrait bientôt s'emparer du trône. Et pour longtemps.

Fêtes privées aux Maldives

Le futur monarque n'a pourtant jamais occupé aucune fonction officielle, à l'inverse de l'ex-prince héritier Mohammed ben Nayef, un homme expérimenté qui a acquis ses lettres de noblesse dans la lutte contre Al-Qaïda dans les années 2000. Et contrairement à ses trois brillants demi-frères – Sultan, le premier astronaute arabe, Abdulaziz, ministre adjoint du pétrole, et Faisal, docteur en sciences politiques et gouverneur de Médine –, Mohammed n'a pas étudié à l'étranger, ne maîtrise pas bien la langue de Shakespeare, et ne possède de surcroît qu'une simple licence de droit obtenue en 2008 à l'université King Faysal de Riyad.

« S'il n'est pas le plus compétent, c'est à coup sûr le fils préféré du roi », explique un ancien diplomate étranger en poste à Riyad. « Il a toujours été extrêmement proche de son père et a entretenu avec lui une relation privilégiée. » Fils de la troisième femme et épouse préférée du roi, la princesse Fahdah Bint Falah bin Sultan, appartenant à la grande tribu des Ajman, Mohammed a été élevé dans la plus pure tradition bédouine, aux côtés de son père, réputé conservateur. À en croire ses proches, le jeune prince serait irréprochable : il ne boirait et ne fumerait jamais. D'autres sources, pourtant, vantent ses fêtes privées aux Maldives, à quelques heures d'avion simplement de Riyad… « Il vit à l'occidentale, confie une source bien informée. Avec tout ce que cela implique. »

Agressif et arrogant

Depuis l'âge de 12 ans, MBS suit son père à la trace dans le moindre de ses déplacements. Une proximité qui s'est traduite par un titre de « conseiller spécial », du gouvernorat de Riyad en 2009, jusqu'au palais royal en janvier 2015. « Il est toujours à côté de lui, et lui passe systématiquement des petites notes », confie un diplomate qui l'a côtoyé. « Il est tellement proche de son père qu'il a tendance à l'isoler. Tout interlocuteur doit passer par lui pour voir le roi. » Reléguant à un rôle de figurant le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, Mohammed Ben Salmane incarne la réponse du royaume à ceux qui fustigeaient sa passivité.

Aux mains du prince Mohammed, le sabre blanc du conquérant Ibn Saoud, premier roi de l'Arabie moderne, tranche à nouveau. « L'Arabie saoudite est en train de devenir une monarchie absolue, alors que le système était auparavant beaucoup plus collégial », note le spécialiste Stéphane Lacroix. « L'exécutif resserré permet de prendre des décisions qui bousculent tout de manière réactive, si ce n'est impulsive. » Réputé agressif et même arrogant, MBS n'hésite pas à couper des têtes. Celles de quatre ministres adjoints à la Défense lorsqu'il n'était encore que conseiller spécial de son père. Celle du dernier ministre de la Santé, remercié manu militari en 2015 après qu'un tweet a révélé qu'il avait refusé l'accès à un hôpital à un vieil homme mourant.

Fiasco au Yémen

« Son problème est dans l'orgueil. Il se croit expert politique, militaire et social », tance Moujtahid, célèbre lanceur d'alerte saoudien, que l'on dit membre de la famille royale. En mars 2015, voilà l'impétueux trentenaire improvisé chef de guerre. À la tête de la coalition militaire arabe au Yémen, le jeune prince ne se fait pas prier pour bombarder tous azimuts la rébellion houthie zaïdite (branche issue du chiisme) soutenue par Téhéran. Symbole du réveil saoudien face à l'ennemi chiite iranien, le garçon est omniprésent à la télévision d'État. On le voit tantôt converser aux côtés de hauts gradés militaires ou posant au chevet de blessés.

Deux ans plus tard, Mohammed ben Salmane se fait plus rare dans les médias. Sa guerre est un énorme fiasco. Le pays le plus pauvre de la péninsule arabique vit une crise humanitaire sans précédent. Plus de 8 000 personnes, dont une majorité de civils, sont mortes. Près de 7 millions sont proches de la famine. Mais l'expérience désastreuse du Yémen n'a pas calmé ses ardeurs. Adoubé par Donald Trump qui l'a reçu à la Maison-Blanche en mars dernier, le prince héritier s'attaque désormais au Qatar.

Mise au ban du Qatar

MBS serait à l'origine de la mise au ban du riche émirat gazier par ses voisins du Golfe, qui reprochent à Doha son soutien aux Frères musulmans et une « complaisance » supposée à l'égard de l'Iran. À Riyad, l'éphémère héros de la nation est désormais surnommé l'« imprudent ». « Les sages de la dynastie estiment que le prince est un enfant gâté. Ce qui a mis la famille et le pays à la merci de cet adolescent, qui prend des décisions sans prévoir les conséquences », fulmine « Moujtahid ». Un constat que tempère un fin connaisseur du Palais. « Il a de l'ambition, c'est vrai. Il n'aime pas perdre son temps, est énergique, et parfois impulsif, rappelant un certain Nicolas Sarkozy. Mais il a bien saisi les défis qui guettent le royaume. »

À trois heures du matin, le monumental palais d'al-Yamamah, qui sert de résidence officielle au roi, est toujours en effervescence. Entouré d'une myriade de conseillers, formés dans les plus prestigieuses universités américaines, le fils du roi est comme habité. Parlant de son pays à la première personne, comme s'il était déjà monarque, il ne s'interrompt que pour répondre aux appels des grands dirigeants de ce monde, qui ont compris où se situait désormais le pouvoir en Arabie.

Ambitieuse réforme économique

« Il a transformé sa fonction, confie un diplomate étranger. Au départ presque timide, il a très rapidement pris de l'assurance, avec une argumentation beaucoup plus articulée et a su s'accompagner d'une ruche de talents. » MBS n'a plus de temps à perdre. Les cours du baril de pétrole ont plongé, et le royaume est en danger. Car sans l'argent de l'or noir, la pétromonarchie ne pourra plus s'acheter la paix sociale comme elle le fait depuis plus de 60 ans. Pour sortir de la malédiction du pétrole, le fils du roi a lancé l'année dernière ce qu'il appelle sa « révolution thatchérienne » : un ambitieux programme de réformes visant à sortir de l'économie rentière.

Crime de lèse-majesté, il entend céder au privé des parts du « joyau de la couronne », la compagnie pétrolière nationale Aramco. « Mohammed ben Salmane anticipe clairement sur les problèmes à venir en actant la sortie du modèle rentier », note Stéphane Lacroix. Sur Twitter, dont l'Arabie saoudite est le premier utilisateur au monde par habitant, nombreux sont les Saoudiens qui saluent la prise de risque du prince. Cette jeunesse, qui forme les deux tiers du pays, se félicite que l'un des siens dépoussière enfin le pouvoir. Même pour la survie de la maison al-Saoud.

Pauvres Yéménites !

  1. entre le marteau et l'enclume, les Yéménites de base sont en train de mourir sous les bombes, les balles des snipers, en plus du choléra et de la sous-nutrition, et voilà que leur pire ennemi monte en grade... La Péninsule Arabique est déjà en feu, et on y jette de l'huile. Pauvres peuples opprimés et sciemment massacrés...
 

Le monde devient Incertain... Et... Dangereux partout ! !

Autant dire qu'en disposant des pétrodollars et en signant les contrats d'armes, le fiston tient déjà l'avenir du pays entre ses mainsn'a pas étudié à l'étranger, ne maîtrise pas bien la langue de Shakespeare, et ne possède de surcroît qu'une simple licence de droit obtenue en 2008 vantent ses fêtes privées aux Maldives, à quelques heures d'avion simplement de Riyad… « Il vit à l'occidentale, confie une source bien informée. Avec tout ce que cela implique. » « L'exécutif resserré permet de prendre des décisions qui bousculent tout de manière réactive, si ce n'est impulsive. » Réputé agressif et même arrogant, MBS n'hésite pas à couper des têtes. « Son problème est dans l'orgueil. Il se croit expert politique, militaire et social »MBS n'a plus de temps à perdre. Les cours du baril de pétrole ont plongé, et le royaume est en danger. Car sans l'argent de l'or noir, la pétromonarchie ne pourra plus s'acheter la paix sociale comme elle le fait depuis plus de 60 ans. "

Gare au jeu de alliances !

Ce jeu est en effet dangereux pour la France aux multiples accords de défense régionaux. Avec son homologue d'Abu Dhabi, le prince héritier Mohamed ben Zayed, autre va t en guerre régional local et lui aussi en délicatesse avec l'Iran, ne risquent ils pas de mettre le feu à la région maintenant qu'ils ont acheté Trump avec 400 milliards de contrats ?

 

 
 
 
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Published by Le Point.fr - dans Revue de presse
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