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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 06:58

Les fonctionnaires de Gaza otages des rivalités entre le Hamas et l’Autorité

À l’ombre de l’occupation israélienne

 
 

Orient XXI > Magazine > Taher Labadi > 12 juin 2017
 

Alors que le blocus de Gaza par Israël se poursuit malgré les promesses faites au lendemain de la guerre de 2014, l’Autorité palestinienne a décidé de diminuer les salaires des fonctionnaires de la bande. Une mesure qui ne peut qu’accroître la misère et le sentiment d’abandon de la population.

Le gouvernement palestinien de Rami Hamdallah basé à Ramallah a annoncé au printemps 2017 qu’une retenue serait effectuée sur les salaires de ses fonctionnaires dans la bande de Gaza. Ceux-ci se sont ainsi vus amputer d’au moins 30 % de leur revenu, ce qui a provoqué une vague de protestation à laquelle se mêlent à la fois colère et inquiétude.

D’après le communiqué du porte-parole du gouvernement, cette décision aurait été motivée par « la réduction du montant de l’aide internationale », ainsi que « le maintien du siège et les exactions de l’occupant » ou encore « les répercussions de la division interne ». Elle constitue néanmoins un coup particulièrement dur pour les 50 000 fonctionnaires et leurs familles qui dépendent toujours des revenus versés mensuellement par Ramallah, et aura probablement des conséquences économiques, sociales et politiques lourdes sur l’ensemble du territoire.

Les difficultés financières de l’Autorité palestinienne (AP) ne sont pas nouvelles et il est souvent arrivé, par le passé, que les salariés de la « fonction publique » soient payés avec plusieurs mois de retard. Pourtant, le choix du gouvernement de restreindre sa mesure aux habitants de Gaza indique qu’un nouveau cran pourrait bien être franchi dans l’isolement de la bande et sa marginalisation vis-à-vis de la Cisjordanie.

Une économie ravagée par le blocus et les guerres

Cette décision intervient en effet alors que Gaza est soumise à un sévère blocus qui dure depuis plus de dix ans. En 2006, la victoire du Hamas aux élections législatives conduit les autorités israéliennes et la « communauté internationale » à condamner et à sanctionner les gouvernements palestiniens successifs pendant plusieurs mois, des ministres et des députés ayant même été faits prisonniers par Israël. E

ntre temps, les tensions avec le Fatah aboutissent à une prise de pouvoir par la force du Hamas dans la bande de Gaza en juin 2007, tandis qu’il est évincé du gouvernement en Cisjordanie par le président de l’AP, Mahmoud Abbas. Ceci mène à la formation de deux gouvernements palestiniens distincts1 et à une rupture de facto des rapports entre la nouvelle Autorité à Gaza et l’administration israélienne. Cette dernière en profitera pour intensifier l’embargo sur les flux de biens et de personnes depuis et vers la bande.

Une politique qui confirme alors la volonté israélienne de mise à distance et de confinement2 des habitants de ce territoire, et qui contraste avec le maillage de proximité encore pratiqué en Cisjordanie. Cette évolution stratégique est également manifeste à travers le démantèlement des colonies israéliennes de la bande en 2005, la transformation des points de passage entre Gaza et Israël en véritables terminaux internationaux, la mise en place de zones tampons le long de la frontière et l’usage de l’aviation et de drones pour surveiller la population et pratiquer des incursions militaires.

S’ajoutent à ce tableau les guerres successives qui ont ravagé le territoire et abouti à une grave crise humanitaire dont les détails sont rapportés par diverses organisations internationales3.

La bande de Gaza comptait ainsi 42 % de chômeurs en 2016. De même, plus de 70 % de sa population dépendent d’une aide humanitaire tandis que 47 % se trouvent en situation d’insécurité alimentaire.

À partir de 2008, la multiplication des tunnels à la frontière avec l’Égypte avait pourtant ouvert aux habitants de Gaza une nouvelle porte sur l’extérieur et permis d’approvisionner quelque peu leur économie.

Alors que les tunnels étaient jusqu’alors liés à des activités militaires ou de contrebande restées discrètes des deux côtés de la frontière, le blocus va encourager la mise sur pied d’un secteur lié à leur construction et à leur exploitation. Leur présence devient ainsi parfaitement officielle côté palestinien.

Des comités en charge des tunnels vont en effet contrôler l’entrée et la sortie des personnes et des marchandises, et procéder au prélèvement des taxes qui s’avèreront une source incontournable du financement public local.

Ces tunnels sont loin, toutefois, de constituer une solution durable, et le durcissement de la position égyptienne à leur égard après 2013 va mettre un sérieux frein à leur exploitation et aggraver à nouveau l’asphyxie de la bande.

Piégés dans la division interne

À Gaza, le gouvernement du Hamas met très vite en place son propre système financier en créant une caisse de trésor pour collecter ses recettes et de financer ses dépenses. Il fait face cependant à une pénurie monétaire chronique, les autorités israéliennes ayant interrompu (puis rétabli de façon sporadique) l’entrée de devises qui permet au système bancaire palestinien de s’approvisionner auprès de la Banque centrale israélienne.

Aussi assiste-t-on chaque mois au déploiement de longues files d’attente pour retirer les salaires dans des banques qui se sont trouvées bien souvent en manque de billets.

Une pratique de secours avait un temps consisté à importer de la monnaie récoltée à l’étranger en l’introduisant par des canaux officieux (valises de billets à la frontière ou via les tunnels).

Par ailleurs, l’Autorité de Ramallah continue d’assumer certaines prestations sociales et de verser le salaire des fonctionnaires employés dans la bande de Gaza avant 2007, ce qui porte à environ 43 % la part de son budget dépensé pour Gaza.

Parallèlement, c’est elle qui perçoit, s’il y en a, les taxes reversées par Israël sur les importations de la bande, ainsi que les taxes sur le revenu de ses employés, ce qui représente environ 12 % de ses recettes en 20154.

Dans un premier temps, les .........................................(.........................)................

 
 

2Darryl Li, « The Gaza Strip as Laboratory : Notes in the Wake of Disengagement », Journal of Palestine Studies, vol. 35 n° 2, juin 2005.

3Voir le rapport de l’Unicef et de l’UNWRA en 2012 , intitulé Gaza in 2020 : a liveable place ?

4World Bank. 2015. main report, Banque mondiale, 2015.

5Hovdenak Are (ed.), The Public Services under Hamas in Gaza : Islamic Revolution or Crisis Management ?, Peace Research Institute Oslo, 2010.

6The PA’s 2017 Budget, Roundtable Background Paper, Palestine Economic Policy Research Institute (MAS), 2017.

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Published by OrientXXI.info - dans Revue de presse
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