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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 08:45
Le plan russe pour la «désescalade» en Syrie
 
 
 
 
 
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À Astana se discute, sous le parrainage de la Russie, de l’Iran et de la Turquie, la définition de « zones de désescalade », des territoires en Syrie où une trêve durable pourrait être instaurée. Un concept qui suscite à la fois espoir et inquiétude chez les humanitaires, toujours confrontés au désespoir de la population après six ans de guerre

 
 
Genève (Suisse), de notre correspondante.-  Que faut-il espérer des négociations intersyriennes qui ont repris ce lundi 10 juillet, à Genève, dans le cadre de l’ONU, et qui se poursuivront toute la semaine ? Pas grand-chose, si ce n’est quelques retombées médiatiques permettant de revenir sur l’une des plus grandes catastrophes de l’époque contemporaine : une guerre qui dure depuis six ans et a fait 320 000 morts, 5 millions de réfugiés et 6 millions de déplacés, et qui, malgré une baisse d’intensité des combats ces deux derniers mois dans certaines régions, tue et terrorise toujours au quotidien des enfants, des femmes et des hommes.

Staffan de Mistura, l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, l’a dit et répété à plusieurs reprises : dans sa carrière de diplomate longue de 47 ans, alors qu’il a travaillé sur la résolution de 19 conflits, il n’a jamais été confronté à un tel degré de complexité, à une telle imbrication d’éléments et d’intérêts contradictoires. Avec pour conséquences l’immense souffrance d’un peuple tout entier et un processus de paix qui semble totalement échapper aux Nations unies.

Les délégations qui ont fait le déplacement à Genève – l’une représente le gouvernement syrien, avec à sa tête le négociateur Bachar al-Jaafari, et l’autre est conduite par le Haut Comité des négociations (HCN), regroupant plusieurs des mouvements clés de l’opposition – ne devraient pas, une fois de plus, se rencontrer physiquement. Les discussions ont lieu en petit comité, autour d’un déjeuner ou dans un salon discret du Palais des nations. Depuis l’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 2254, en décembre 2015, une feuille de route de sortie de crise détaillée a été définie. Quatre points sont à l’ordre du jour : la rédaction d'une nouvelle Constitution, la gouvernance – terme pour désigner une transition politique –, la tenue d’élections et la lutte contre le terrorisme. Le 17 mai dernier, la précédente réunion s’était achevée sans progrès.

 

© La ville d'Idlib touchée par un bombardement aérien attribué à des avions russes le 7 février 2017. L'attaque avait fait au moins trente morts parmi les civils.
 
© La ville d'Idlib touchée par un bombardement aérien attribué à des avions russes le 7 février 2017. L'attaque avait fait au moins trente morts parmi les civils.
« La tâche de Staffan de Mistura est effectivement l’une des plus difficiles au monde car les parties, côté gouvernemental et côté opposition, campent toujours sur des positions diamétralement opposées, comme la question du départ de Bachar el-Assad », explique un observateur humanitaire, ajoutant que « la seule inconnue est de savoir si les succès militaires de l’armée régulière syrienne, appuyée par ses alliés russes et iraniens, pourraient finalement obliger les rebelles à faire certains compromis ».

 

Lundi 10 juillet, lors d’une conférence de presse, le négociateur de l’ONU, qui passe pour un incorrigible optimiste, assurait que le processus de Genève ne se « déroulait pas en vase clos ». « Les astres commencent à être favorables […]. Nous assistons peut-être à une phase de simplification du conflit le plus complexe qui existe aujourd’hui », ajoutait-il. Il faisait référence à l’entrée en vigueur, ce dimanche 9 juillet, d’un cessez-le-feu dans le sud-ouest de la Syrie, négocié entre Vladimir Poutine et Donald Trump lors de leur première rencontre au sommet du G20 de Hambourg et déjà en partie violé par le régime syrien, si l’on en croit plusieurs informations. Il évoquait aussi la libération de Mossoul en Irak et les tentatives actuelles de reprendre Raqqa des mains de Daech.

Depuis quelques mois, les négociations à Genève ont été peu à peu éclipsées par les pourparlers d’Astana au Kazakhstan qui, eux, sont chapeautés par la Russie et l’Iran, alliés du régime de Bachar el-Assad, et par la Turquie, soutien de la rébellion syrienne. L’ONU n’y a qu’un statut d’observateur. Pour les travailleurs humanitaires et les agences onusiennes qui continuent à documenter les horreurs de la guerre et se plaignent d’un accès très restreint aux « zones assiégées et difficiles d’accès » dans lesquelles vivent quelque 700 000 Syriens, c’est là que les choses concrètes se déroulent, bien que les deux processus soient liés. Cinq rounds de pourparlers sur le règlement de la situation en Syrie s’y sont tenus depuis janvier dernier, impliquant des militaires et des chefs de groupes rebelles sur des dossiers comme la question des détenus, celle du déminage du pays et le fameux projet de mise en place de « zones de désescalade », le projet phare des Russes, attentivement suivi par le président Poutine lui-même.

 

La première session des pourparlers à Astana les 23 et 24 janvier 2017. Au premier plan, l'envoyé spécial de l'ONU Staffan de Mistura © Reuters
 
La première session des pourparlers à Astana les 23 et 24 janvier 2017. Au premier plan, l'envoyé spécial de l'ONU Staffan de Mistura © Reuters
À Astana, on ne parle plus de cessez-le-feu, mais d’« accords de désescalade » ou de « zones de désescalade », des barbarismes pour désigner ces régions en Syrie où une trêve pourrait être instaurée de manière durable, alors qu’une pacification à l’échelle de l’ensemble du pays est désormais inimaginable.

 

Le 4 mai dernier, Moscou, Téhéran et Ankara sont parvenus à un accord, sous la forme d’un « mémorandum » pour la création de quatre territoires « sécurisés », création qui aurait lieu « de manière temporaire », pour une durée de six mois renouvelable. La preuve, une fois de plus, que l’avenir immédiat de la Syrie dépend de la capacité des parrains des belligérants syriens à se mettre d’accord sur le terrain.

 

Les "zones de désescalade" prévues par le mémorandum
 
Les "zones de désescalade" prévues par le mémorandum
Selon le général Sergueï Roudskoï, haut responsable de l’état-major russe, 2,67 millions de civils vivent toujours dans ces régions dévastées par la guerre et 41 500 rebelles s’y battent encore. Si les frontières exactes des « zones de désescalade » n’ont pas été arrêtées, le mémorandum dessine leur périmètre à gros traits. Quatre entités ont été identifiées : la province d’Idlib (nord-ouest), contrôlée par une coalition de rebelles islamistes et de djihadistes, qui engloberait aussi certaines parties des provinces voisines de Lattaquié, d’Hama et d’Alep ; le nord de la province de Homs ; l’enclave de la Ghouta orientale (le plus important bastion rebelle dans la grande banlieue de Damas) ; et enfin certaines parties du sud de la Syrie, dans les provinces de Deraa et Al-Quneitra.
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à suivre....
 
 
 
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Published by Mediapart.fr - dans Revue de presse
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