Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 08:55

40 000 enfants dans la ligne de mire à Raqqa

Paulo Sérgio Pinheiro, le président de la commission onusienne d’enquête sur la Syrie, a récemment mis en garde contre ces évacuations, fruits d’arrangements conclus entre l’armée syrienne et les rebelles, et qui laissent peu de choix aux civils, s’apparentant à des déportations forcées constitutives « de crimes de guerre ».

En décembre dernier, l’évacuation de 35 000 civils d’Alep-Est s’était déroulée dans des conditions plus chaotiques, mais nettement plus dignes. Alors que cette partie de la ville reprise par les forces de Bachar el-Assad avait été totalement ravagée par les bombardements russes, les forces en présence, dont l’armée russe, avaient accepté qu’il soit demandé au CICR, « en qualité d’intermédiaire neutre et impartial », de faciliter cette opération. L’organisation internationale avait pu obtenir des garanties sur la sécurité des personnes, dont l’assurance qu’elles quittent les lieux de leur plein gré et qu’elles puissent y revenir. Un récit de ces journées terribles qui se sont déroulées du 15 au 22 décembre 2016 a été publié sur le site du CICR. Marianne Gasser, la cheffe de la délégation en Syrie, raconte son entrée dans la ville où « tout n’était que débris, ruines de bâtiments effondrés et carcasses de voitures brûlées », et sa première rencontre avec les enfants très pâles, à peine habillés, « qui ne disaient rien, pas un son, pas un sourire ».

C’est désormais au mouvement en sens inverse qu’est confronté le CICR. Selon les dernières estimations du Haut Commissariat aux réfugiés (HCR), depuis le début de l’année, près de 440 000 personnes déplacées à l’intérieur du pays sont revenues chez elles, ainsi que 31 000 réfugiés qui avaient fui dans les pays alentour.

Quelque 275 000 personnes se sont réinstallées à Alep-Est, au « milieu d’immeubles squelettes et alors qu’il n’y a toujours pas d’eau courante, d’électricité et seulement des cliniques mobiles que nous organisons avec le SARC », précise Iolanda Jaquemet.

En mai dernier, Peter Maurer, le président du CICR, s’était déplacé en Syrie, rencontrant Bachar el-Assad pour discuter, entre autres, de l’accès aux populations à secourir et demander que le droit international humanitaire soit respecté. « Nous naviguons du jour au lendemain avec les autorités syriennes, mais une visite présidentielle, c’est aussi une occasion de faire le point et de voir quels sont les objectifs que nous envisageons ensemble dans les semaines, les mois qui viennent pour mieux servir les besoins de cette population syrienne tellement éprouvée par cette guerre », confiait-il à la Radio télévision suisse (RTS). Il estimait alors que la situation était d’une « complexité rarement atteinte », obligeant son organisation à discuter avec des « dizaines d’interlocuteurs » parmi les forces en présence, du petit chef rebelle tenant un quartier au responsable syrien d’une région.

Il se disait frappé par la coexistence de situations très différentes, avec d’un côté des endroits où la guerre continue, des villes entièrement détruites dont les habitants ont tous fui ; et de l’autre des zones où règne une « précaire stabilité qui fait que très vite les gens veulent retrouver leur foyer ». « Il y a presque deux CICR en Syrie, l’un répond à l’urgence, l’autre à la réhabilitation », disait-il, parlant d’un « immense défi humanitaire ».  

Ce qui se passe aujourd’hui à Raqqa, le principal bastion de l’État islamique, inquiète beaucoup les travailleurs humanitaires. La ville est en passe d’être reprise par les Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance de combattants kurdes et arabes appuyée par les États-Unis et l’aviation de la coalition internationale. Mais à quel prix ? Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, du 5 juin au 6 juillet, 224 civils auraient été tués par les seuls raids aériens de la coalition internationale, dont 38 enfants et 28 femmes. Il y aurait aussi de nombreux blessés.

Fin juin, l’Unicef estimait que quelque 40 000 enfants étaient « dans la ligne de mire » des combattants, « piégés à Raqqa dans des conditions extrêmement dangereuses ». L’agence onusienne faisait état d’attaques contre des hôpitaux et des écoles, appelant « toutes les parties au conflit à protéger les enfants, à fournir un accès sécurisé à tous ceux qui souhaitent quitter la ville et à garantir un environnement protecteur aux civils qui ont fui la ville ». Ce qui n’est toujours pas le cas.

Mardi 11 juillet, le Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR) estimait entre 30 000 et 50 000 le nombre de civils encore bloqués à Raqqa. Fin juin, le Haut Commissariat aux droits de l’homme avait de son côté évoqué 100 000 personnes prises au piège « dans un état de terreur et de confusion ». Le HCR juge impératif que ces civils puissent sortir en toute sécurité, alors que dans la ville les stocks en eau potable et nourriture s’amenuisent de jour en jour.

Depuis le 1er avril, 190 000 personnes ont quitté la ville. L’agence onusienne a annoncé que la route allant d’Alep à Qamichli (nord-est de Raqqa), fermée pendant deux ans en raison de féroces combats, avait été remise en service et que des camions de nourriture avaient été acheminés pour porter assistance à plus de 430 000 personnes dans le gouvernorat de Raqqa. 

 

https://www.mediapart.fr/journal/international/120717/le-plan-russe-pour-la-desescalade-en-syrie?page_article=3

Les seules publications de notre blog qui engagent notre association sont notre charte et nos communiqués. Les autres articles publiés sur ce blog, sans nécessairement refléter exactement nos positions, nous ont paru intéressants à verser aux débats ou à porter à votre connaissance.

Partager cet article

Repost 0
Published by Mediapart.fr (France) - dans Revue de presse
commenter cet article

commentaires