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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 01:00

La débacle



Uri Avnerysamedi 30 novembre 2013

Le plus grand danger pour Israël ne réside pas dans la pos­si­bilité de la bombe nucléaire ira­nienne. Le plus grand danger tient à la stu­pidité de nos dirigeants.

Il ne s’agit pas là d’un phé­nomène uni­quement israélien. Un grand nombre des diri­geants du monde sont car­rément stu­pides, et l’ont tou­jours été. Il suffit de consi­dérer ce qui s’est passé en Europe en juillet1914, lorsqu’une masse de poli­ti­ciens stu­pides et de généraux incom­pé­tents ont plongé l’humanité dans la Pre­mière guerre mondiale.

 

Mais der­niè­rement, Ben­jamin Néta­nyahou et presque la totalité de la classe poli­tique israé­lienne ont atteint un nouveau record de bêtise.

 

COMMENÇONS par la fin.

 

L’Iran est le grand vain­queur. Il a été cha­leu­reu­sement accueilli de nouveau dans la famille des nations civi­lisées. Sa monnaie, le rial, s’envole. Son prestige et son influence dans la région ont atteint des sommets. Ses ennemis du monde musulman, l’Arabie Saoudite et ses satel­lites du Golfe, ont été humiliés. Toute attaque mili­taire contre lui par qui­conque, y compris Israël, est devenue impensable.

 

L’image de l’Iran comme nation d’ayatollahs fana­tiques, entre­tenue par Néta­nyahou et Ahma­di­nejad, a disparu. L’Iran apparaît aujourd’hui comme une nation res­pon­sable, gou­vernée par des diri­geants modérés et avisés.

 

Israël est le grand perdant. Il s’est mis dans une situation d’isolement complet. Ses exi­gences ont été ignorées, ses amis tra­di­tionnels ont pris leurs dis­tances. Mais par-​​dessus tout, ses rela­tions avec les États-​​Unis ont été sérieu­sement mises à mal.

 

Ce à quoi se livrent Néta­nyahou et Cie est presque impen­sable. Assis sur une très haute branche, ils s’appliquent à la scier.

 

On a beaucoup parlé de la totale dépen­dance d’Israël par rapport aux États-​​Unis dans presque tous les domaines. Mais pour saisir l’immensité de la folie, il faut men­tionner en par­ti­culier un élément. Israël contrôle, en réalité, l’accès aux centres de pouvoir des États-​​Unis. Toutes les nations, en par­ti­culier les plus petites et les plus pauvres, savent que pour être admis dans les allées du Sultan Amé­ricain, pour obtenir aide et assis­tance, il leur faut sou­doyer le portier.

 

On peut pour cela recourir à un moyen poli­tique (des pri­vi­lèges de la part de leur sou­verain), éco­no­mique (matières pre­mières), diplo­ma­tique (votes aux Nations Unies), mili­taire (une base ou une “coopération”en matière de ren­sei­gnement), ou toute autre chose. Si ce moyen est suf­fi­samment important, l’AIPAC aidera à obtenir le soutien du Congrès.

 

Ce capital sans égal repose seulement sur la per­ception de la position unique dont jouit Israël aux États-​​Unis. La défaite com­plète de Néta­nyahu sur les rela­tions amé­ri­caines avec l’Iran a sérieu­sement mis à mal cette per­ception si elle ne l’a pas fait dis­pa­raître. La perte est incalculable.

 

LES HOMMES POLI­TIQUES ISRAÉ­LIENS, comme la plupart de leurs col­lègues d’ailleurs, ne sont pas très au fait de l’histoire du monde. Ce sont des hommes de parti qui passent leur vie à des intrigues poli­tiques. S’ils avaient étudié l’histoire, ils ne se seraient pas tendu le piège dans lequel ils sont aujourd’hui tombés.

 

Je suis tenté de me vanter d’avoir écrit, il y a plus de deux ans, que toute attaque de l’Iran, par Israël ou par les États-​​Unis, est impos­sible. Mais il ne s’agissait pas d’une pro­phétie, ins­pirée par quelque divinité inconnue. Ce n’était même pas très futé. C’était le simple résultat d’un examen de la carte. Le Détroit d’Hormuz.

 

Toute action mili­taire contre l’Iran ne pouvait conduire qu’à une guerre majeure, quelque chose comme la guerre du Vietnam, en plus de l’effondrement de l’approvisionnement du monde en pétrole. Même si l’opinion publique amé­ri­caine n’avait pas été aussi hostile à la guerre, pour s’engager dans une telle aventure il aurait fallu être non pas seulement idiot, mais pra­ti­quement dément.

 

L’option mili­taire n’est pas “sortie de l’ordre du jour” – elle n’a jamais été “à l’ordre du jour”. Il s’agissait d’un pis­tolet sans muni­tions, et les Ira­niens en avaient plei­nement conscience.

 

L’arme chargée était le régime des sanc­tions. Elle frappait le peuple. Elle a convaincu le diri­geant suprême, Ali Hus­seini Kha­menei, de changer com­plè­tement le régime en mettant en place un pré­sident nouveau et très différent.

 

Les Amé­ri­cains en ont pris conscience et ont agi en consé­quence. Néta­nyahou, obsédé par la bombe, ne l’a pas réalisé. Pire, il ne l’a pas encore réalisé.

 

Si c’est un symptôme de démence que de continuer à tenter quelque chose qui a échoué de façon répétée, nous devrions com­mencer à nous faire du souci concernant le “Roi Bibi”.

 

POUR S’ÉPARGNER l’image d’un échec complet, l’AIPAC a com­mencé à demander à ses séna­teurs et à ses membres du Congrès d’envisager de nou­velles sanc­tions à mettre en place dans un avenir indéterminé.

 

Le nouveau leit­motiv du système de pro­pa­gande israélien est que l’Iran triche. Les Ira­niens ne sau­raient faire autre chose. Tricher est dans leur nature.

 

Cela pourrait s’avérer efficace, parce que fondé sur un racisme pro­fon­dément enraciné. Bazar est un mot persan, associé dans l’esprit des Euro­péens à mar­chandage et trom­perie. Mais la conviction israé­lienne que les Ira­niens trichent a un fon­dement beaucoup plus solide : notre propre com­por­tement. Lorsque Israël a com­mencé dans les années1950 à réa­liser son propre pro­gramme nucléaire, avec l’aide de la France, il lui fallait tromper le monde entier et il s’y est employé avec une effi­cacité stupéfiante.

 

Par pure coïn­ci­dence – ou peut-​​être pas – la deuxième chaîne de télé­vision israé­lienne a diffusé lundi dernier une his­toire très révé­la­trice à ce sujet (juste deux jours après la signature de l’accord de Genève !) Dans sa plus célèbre émission, “Faits”, était inter­viewé le réa­li­sateur israélien d’Hollywood, Arnon Milchan, un mil­liar­daire et patriote israélien.

 

Dans l’émission, Milchan se vantait de son travail pour Lakam, l’agence de ren­sei­gnement israé­lienne qu’animait Jonathan Pollard. (Elle a été déman­telée depuis). Lakam était spé­cia­lisée dans l’espionnage scien­ti­fique, et Milchan a rendu des ser­vices ines­ti­mables en four­nissant secrè­tement et sous des pré­textes fal­la­cieux les maté­riaux néces­saires au pro­gramme nucléaire qui a produit les bombes israéliennes.

 

Milchan évo­quait son admi­ration pour le régime d’apartheid d’Afrique du Sud et pour la coopé­ration nucléaire d’Israël avec ce régime. À l’époque, la pos­si­bilité d’une explosion nucléaire dans l’Océan Indien près de l’Afrique du Sud avait intrigué des scien­ti­fiques amé­ri­cains, et il y avait des théories (dif­fusées uni­quement sous forme de rumeurs) sur un engin nucléaire israélo-​​sud-​​africain.

 

Un troi­sième par­te­naire était le Shah d’Iran qui avait aussi des ambi­tions nucléaires. C’est une ironie de l’histoire qu’Israël ait aidé l’Iran à faire ses pre­miers pas atomiques.

 

Les diri­geants et les scien­ti­fiques israé­liens sont allés très loin dans le camou­flage de leurs acti­vités nucléaires. Le bâtiment du réacteur de Dimona était pré­senté comme une usine textile. Les étrangers amenés à visiter Dimona était trompés par de faux murs, des plan­chers secrets et ainsi de suite.

 

Par consé­quent, lorsque nos diri­geants parlent de men­songe, de tri­cherie et de trom­perie, ils savent de quoi ils parlent. Ils consi­dèrent que les Perses sont capables d’en faire autant, et ils sont tout à fait convaincus que c’est ce qui va arriver. Pra­ti­quement tous les Israé­liens sont dans cet état d’esprit, et en par­ti­culier les com­men­ta­teurs des médias.

 

L’UN DES aspects les plus étranges de la crise israélo-​​américaine est l’accusation israé­lienne que les États-​​Unis ont une relation diplo­ma­tique secrète avec l’Iran “dans notre dos”.

 

S’il y avait un prix international du culot, on aurait là un solide prétendant.

 

La “seule super­puis­sance mon­diale” avait des rela­tions secrètes avec un pays important et n’en a averti Israël que tar­di­vement. Quel toupet ! Comment osent-​​ils ?!

 

L’accord réel, à ce qu’il semble, n’a pas été élaboré au cours des longues heures de négo­cia­tions à Genève, mais dans le cadre de ces contacts secrets.

 

Notre gou­ver­nement, en l’occurrence, n’a pas manqué de se vanter qu’il avait été en per­ma­nence tenu au courant de tout cela par ses propres sources de ren­sei­gnement. Il laissait entendre qu’il s’agissait de sources saou­diennes. Je soup­çon­nerais plutôt l’un de nos nom­breux infor­ma­teurs au sein de l’administration des États-​​Unis.

 

Quoi qu’il en soit, l’hypothèse est que les États-​​Unis ont l’obligation d’informer à l’avance Israël de chaque démarche qu’ils effec­tuent au Moyen-​​Orient. Intéressant.

 

LE PRÉ­SIDENT OBAMA a évi­demment décidé que seules des sanc­tions et des menaces mili­taires peuvent aller jusque là. Je crois qu’il a raison.

 

Une nation fière ne cède pas aux menaces qu’on lui adresse. Face à un tel défi, une nation est portée à se ras­sembler dans une ferveur patrio­tique pour sou­tenir ses diri­geants, aussi honnis soient-​​ils. Ce serait le cas pour les Israé­liens. Toute autre nation réagirait de même.

 

Obama table sur le chan­gement de régime iranien qui a déjà débuté. Une nou­velle géné­ration, qui voit sur les réseaux sociaux ce qui se produit dans le monde, désire prendre sa part des bons côtés de la vie. La ferveur et l’orthodoxie idéo­lo­gique fai­blissent avec le temps, comme les Israé­liens ne le savent que trop bien. Cela s’est produit dans nos kib­boutzim, cela s’est produit en Union Sovié­tique, cela se produit en Chine et à Cuba. Et main­tenant cela se produit aussi en Iran.

ALORS QUE devrions-​​nous faire ? Mon conseil serait sim­plement : si vous ne pouvez pas les vaincre, mettez-​​vous avec eux.

 

Mettez un terme à l’obsession de Néta­nyahou. Adoptez l’accord de Genève (parce qu’il est bon pour Israël). Rap­pelez du Capitole vos chiens de garde de l’AIPAC. Apportez votre soutien à Obama. Res­taurez les rela­tions avec l’administration des États-​​Unis. Et, ce qui est le plus important, envoyez des antennes en Iran pour changer, très len­tement, nos rela­tions mutuelles.

 

L’histoire nous apprend que les amis d’hier peuvent être les ennemis d’aujourd’hui, et que les ennemis d’aujourd’hui peuvent être les alliés de demain. Cela s’est déjà produit une fois entre l’Iran et nous. En dehors de l’idéologie, il n’y a pas de réel conflit d’intérêt entre les deux nations.

 

Nous avons besoin d’un chan­gement de direction, comme celui dans lequel l’Iran a com­mencé de s’engager. Mal­heu­reu­sement, tous les poli­ti­ciens israé­liens, de gauche comme de droite, ont rejoint la Marche des Fous. Pas une seule voix des gens en place ne s’est élevée contre. Le nouveau chef du parti tra­vailliste, Yitzhak Herzog, en fait partie tout comme Ya’ir Lapid et Tzipi Livni.

 

Comme l’on dit en Yiddish : les fous auraient été amu­sants s’ils n’avaient pas été nos fous.

 

http://www.france-palestine.org/La-debacle

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Published by Gush Shalom.org / AFPS.org - dans Regard régional
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