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21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 01:10

Le boycott pour sauver Israël de sa politique



Daniel Blatman, Pro­fesseur d’Histoire contem­po­raine à l’Université hébraïque de Jéru­salem, 15 DÉCEMBRE 2013 À 17:06 (MIS À JOUR : 16 DÉCEMBRE 2013 À 12:31)

En juillet, Israël a réagi avec colère contre la décision de la Com­mission euro­péenne sti­pulant qu’à dater du 1er janvier 2014, les pays membres de l’Union impo­se­raient un boycott des pro­duits fabriqués dans les ter­ri­toires occupés et n’autoriseraient plus le finan­cement de projets scien­ti­fiques dans les­quels seraient impliqués des cher­cheurs ou des ins­ti­tu­tions liés aux colonies.

 

 

Les hommes poli­tiques israé­liens ont repris à cette occasion les clichés consacrés sur la mémoire his­to­rique de l’Europe dont ils déplo­raient la dis­pa­rition ; on a pu entendre des allu­sions à peine voilées à la per­sis­tance d’un anti­sé­mi­tisme tra­di­tionnel ; des décla­ra­tions absurdes selon les­quelles Israël était tout à fait capable de se passer de la coopé­ration tech­no­lo­gique et scien­ti­fique de l’Europe ont été pro­férées. 

 

Puis, sans sur­prise, le gou­ver­nement israélien a accepté de se plier aux condi­tions imposées par la Commission.

 

L’idée d’imposer un boycott a tou­jours été consi­dérée comme une question délicate par de nom­breux juifs. 

 

Il est vrai que l’histoire juive ne manque pas d’exemples où ils ont été les vic­times d’un boycott anti­sémite. 

 

Pourtant, en mars 1933, une orga­ni­sation juive n’a pas hésité à se rallier à l’idée de boycott. 

 

Moins de deux mois s’étaient écoulés depuis l’accession de Hitler au pouvoir en Alle­magne et l’antisémitisme nazi menaçait l’existence même des Juifs dans ce pays. 

 

Lors d’une assemblée extra­or­di­naire, les res­pon­sables juifs amé­ri­cains déci­daient de boy­cotter tous les pro­duits alle­mands importés aux Etats-Unis. 

 

Le rabbin libéral, Stephen Samuel Wise, qui diri­geait alors le Congrès juif amé­ricain, déclara lors de cette réunion : « L’époque de la modé­ration et de la pru­dence est ter­minée. Nous devons faire entendre notre voix en tant qu’êtres humains […].  Cette attaque n’est pas dirigée contre les Juifs d’Allemagne, mais contre l’ensemble du peuple juif. »

 

Ce sen­timent d’urgence n’est pas res­senti aujourd’hui par les diri­geants juifs libéraux dans le monde. Ils sont bien conscients pourtant de la dégra­dation rapide d’Israël qui se trans­forme pro­gres­si­vement en pays d’apartheid. Ils ont lu toutes les infor­ma­tions concernant les crimes de guerre commis par les colons dans les Ter­ri­toires et même, parfois, par les soldats de Tsahal. 

Or, leur silence est assourdissant.

 

Certes, aux Etats-Unis comme en Europe de nou­velles orga­ni­sa­tions ont été créées, qui ne ménagent pas leurs cri­tiques à l’encontre de la poli­tique israé­lienne - comme J Street et J Call. Mais dans leurs cri­tiques, elles n’osent pas aller au-delà de cer­taines limites ; elles dénoncent, mais n’envisageraient pas d’agir contre les méfaits dénoncés. 

 

Elles se plient ainsi à une tra­dition bien ancrée dans les judaï­cités de la dia­spora selon laquelle, seuls les citoyens de l’Etat juif auraient le droit d’intervenir dans les déci­sions qui engagent son avenir et son destin.

 

Or, mal­heu­reu­sement, trop nom­breux sont les citoyens israé­liens indif­fé­rents au déve­lop­pement des cou­rants racistes qui visent les Pales­ti­niens ou les réfugiés venus d’Afrique. 

 

Des hommes poli­tiques et des rabbins extré­mistes ne se privent pas pour pro­noncer contre eux des dis­cours ouver­tement haineux, usant d’une ter­mi­no­logie qui rap­pelle les slogans anti­sé­mites de l’Europe des années 30.

 

Les construc­tions dans les colonies, la réqui­sition des terres et les spo­lia­tions, l’emprisonnement et l’expulsion sans procès de réfugiés afri­cains ainsi que la bru­talité des colons sont ava­lisés par le gou­ver­nement israélien. 

 

Cela ne l’empêche pas de dénoncer, avec un cynisme à toute épreuve, toute ini­tiative de la com­mu­nauté inter­na­tionale visant à imposer un boycott des colonies dans les Ter­ri­toires occupés.

 

Il s’agit là pourtant d’un boycott par­fai­tement jus­tifié du point de vue poli­tique autant que moral. 

 

Il faut boy­cotter, bannir et pour­suivre en justice les colonies et tous ceux qui com­mettent des crimes de guerre dans les Ter­ri­toires occupés. 

 

Or, la seule voix juive qui se fait clai­rement entendre hors d’Israël est celle des groupes reli­gieux extré­mistes et racistes qui expriment leur soutien à la vio­lence exercée à l’encontre des Pales­ti­niens et à la sépa­ration raciale en Israël. Le silence des diri­geants juifs huma­nistes de par le monde devient incompréhensible.

 

Si le judaïsme huma­niste - confiant en la pos­si­bilité d’une coexis­tence paci­fique entre deux Etats, Israël et Palestine - a renoncé à cet idéal, qu’il se taise n’a rien d’étonnant. 

 

Mais si l’idéal d’un Etat juif tolérant, huma­niste et paci­fique revêt quelque impor­tance à ses yeux, il ne peut se fier aux seuls Israéliens.

 

L’appel du rabbin Wise en 1933 garde toute son actualité et c’est l’avenir du peuple juif qui est en jeu.

 

Après plus de quarante-cinq années d’occupation pendant les­quelles Israël a exercé sa domi­nation sur un autre peuple, le cancer raciste a pénétré dans les couches pro­fondes de la société israé­lienne. 

 

Les judaï­cités du monde doivent aider Israël à s’en délivrer. 

 

Il s’agit là, de toute évi­dence, d’une opé­ration dou­lou­reuse. 

 

Cela nécessite un soutien actif au boycott des colonies racistes dans les Ter­ri­toires occupés qui trans­forment Israël en un pays d’apartheid ; cela signifie le refus absolu de coopérer avec toux ceux qui sont liés au maintien des colonies : qu’ils soient ministre des Affaires étran­gères ou cher­cheur, rabbin ou viti­culteur. 

 

Il ne faut négliger aucune action qui irait dans le sens d’une rupture claire entre le cœur d’Israël et les colonies dans les Ter­ri­toires occupés. Les judaï­cités de par le monde doivent assumer la mission que la géné­ration actuelle leur impose : boy­cotter tout ce ou ceux qui ont un rapport avec les colonies et tenter ainsi de sauver Israël de sa politique.

 

http://www.liberation.fr/monde/2013/12/15/le-boycott-pour-sauver-israel-de-sa-politique_966707

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Published by Liberation.fr - dans Revue de presse
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