Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 novembre 2013 6 16 /11 /novembre /2013 01:10

Iran, l’Elysée et le Quai copains comme cochons avec les néocons américains

 

 

Bloc-note, par Emmanuel Riondé| 12 novembre 2013
Iran, l'Elysée et le Quai copains comme cochons avec les néocons (...)
 
  • facebook
  • twitter

La séquence sur le nucléaire iranien vient de confirmer ce que plusieurs décisions récentes de l’Elysée et du Quai d’Orsay laissaient entendre : la diplomatie française s’affiche désormais atlantiste et pro-israélienne, dans la droite ligne du quinquennat de Sarkozy.

C’était de la situation en Syrie dont on parlait et la question a surgit d’un coup, de la bouche de notre interlocuteur, visiblement excédé : "Hollande is an idiot ?"

Jusqu’à il n’y pas si longtemps, dans les territoires palestiniens, l’évocation de la France pouvait convoquer assez rapidement deux souvenirs émus dans la conversation : l’accrochage de Chirac avec un soldat israélien en 1996 dans les rues de Jérusalem et l’accueil fait à un Arafat bientôt mourant en 2004 à l’hôpital du Val de Grâce ; parfois trois, avec le refus français de s’engager dans la guerre en Irak en 2003. Ces souvenirs perdurent mais sont en passe d’être remplacés par l’image d’une diplomatie française perçue comme nettement moins favorable qu’elle ne l’était auparavant.

Dernière illustration et pas des moindres, la position adoptée ce week-end par Paris dans la négociation sur le nucléaire iranien. Alors que les 5+1 (les 5 permanents du Conseil de sécurité de l’Onu, Etats-Unis, Russie, Chine, RoyaumeUni, France + Allemagne) semblaient tout proche d’un accord avec Téhéran qui aurait mis fin, au moins provisoirement, à dix années de crise parfois aigüe, c’est donc la France qui a fait achopper le processus en cours. Qui reprendra le 20 novembre, toujours à Genève.

S’est-il agit pour Paris de « piquer » Washington pour lui faire savoir que la séquence syrienne avait été peu appréciée ? En septembre, après avoir soutenu la France dans sa position interventionniste sur la Syrie, la Maison Blanche s’était finalement ralliée à la proposition russe de placer l’arsenal chimique syrien sous surveillance, laissant Paris dans une situation isolée et difficilement tenable de va-t-en-guerre [1].

Ou plus simplement faut-il comprendre que la nouvelle ligne de la diplomatie française au Proche et Moyen-Orient est désormais résolument atlantiste et néoconservatrice [2] ?

A peine après un an et demi de présidence Hollande, plusieurs choix attestent de cette orientation : l’engagement de la France au Mali dans une guerre dont le président français a récemment eu l’occasion de rappeler en recevant son homologue tunisien Moncef Marzouki à l’Elysée qu’elle se voulait avant tout « contre le terrorisme » [3] ; la ligne belliqueuse tenue sur la Syrie ; de récentes nominations et/ou mutations de diplomates français en poste au Proche-Orient, visiblement jugés un peu trop pro-arabes, vers des destinations plus exotiques [4]

Cette fois le contretemps est majeur : en juin dernier, l’Iran a tourné la délicate page Ahmadinejad en portant au pouvoir le modéré Hasan Rohani dont l’élection a constitué en soi la promesse du retour à un dialogue plus constructif avec l’Occident sur le dossier nucléaire [5].

Les Etats-Unis, eux, n’ont pas laissé passer l’occasion et Obama et Rohani se sont parlés au téléphone le 27 septembre dernier, un contact au plus haut niveau entre les deux pays qui ne s’était pas produit depuis 1979. Et qui a provoqué l’inquiétude de Tel-Aviv pour qui l’Iran demeure avant tout une menace. Il semble que ce soit aussi la position française.

Ce week-end à Genève, Laurent Fabius, seul contre tous, a estimé que les réponses iraniennes n’offraient pas de garanties suffisantes pour conclure un accord. Ce qui, en toute logique, a valu à la France les félicitations de Benyamin Netanyahou et des faucons du Parti républicain américain [6].

On en est là : en 2013, la diplomatie déployée par le gouvernement français socialiste au Proche-Orient recueille l’assentiment de l’extrême-droite israélienne et des plus radicaux de l’échiquier politique américain. Le changement, c’est maintenant.

Notes

[1] lire notre entretien avec Thomas Pierret « En Syrie, “il est possible de jouer sur les équilibres au sein de la rébellion” »

[2] lire le billet d’Alain Gresh « Nucléaire iranien, la France s’oppose à une solution »

[3] lire sur regards.fr « Dix mois de Serval et après »

[4] lire sur regards.fr : « L’impuni et ses amis, et sur le blog de Georges Malbrunot « Quai d’Orsay : les ambassadeurs arabisants envoyés en Amérique du sud... »

[5] lire sur regards.fr « L’Iran vers un rééquilibrage de sa diplomatie »

[6] lire sur Le monde.fr « Nucléaire iranien : le “Vive la France !” des faucons américains »


http://www.regards.fr/web/L-Elysee-et-le-Quai-copains-comme,7202



Partager cet article

Repost 0
Published by Regards.fr - dans Revue de presse
commenter cet article

commentaires