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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 00:50

9 octobre 2013

Obama-Rohani : vers la fin de l’ostracisme international de l’Iran ?

 

 

Par Etienne Jaboeuf

POINT DE VUE - Hassan Rohani est aujourd’hui dans une position particulièrement favorable pour mener son pays à la normalisation internationale, après sa conversation téléphonique avec Barack Obama. Il doit maintenant conserver la maîtrise du calendrier face aux immenses attentes de ses électeurs et à l’intransigeance des faucons iraniens.

L’appel téléphonique passé fin septembre par Barack Obama à son nouvel homologue iranien, le modéré Hassan Rohani, juste avant son retour à Téhéran, aura finalement rompu trente-quatre années d’un silence diplomatique presque total entre l’Iran et les États-Unis.

Investi en août dernier, le nouveau président iranien a laissé à son Ministre des affaires Étrangères, Javad Zarif, le soin de rencontrer en personne le Secrétaire d’État aux Affaires étrangères américain, John Kerry, en marge de la soixante-huitième Assemblée Générale des Nations unies qui a eu lieu la semaine passée à New-York.

Peu avant ce premier grand rendez-vous international de la nouvelle administration iranienne, les deux présidents avaient lancé plusieurs signes de rapprochement inédits, dont un échange de lettres personnelles. M. Rohani avait également reconnu l’existence de l’Holocauste, prenant ainsi le contrepied de son remuant et controversé prédécesseur, l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad.

rôle secondaire

Aucun contact direct entre un président américain et un responsable iranien de premier rang ne s’était produit depuis la rupture des relations diplomatiques entre les deux nations, consécutive à la prise en otage des diplomates américains par les révolutionnaires iraniens à Téhéran en 1979.

De même, Hassan Rohani a rencontré à New York plusieurs responsables occidentaux de premier plan, tels que François Hollande. Cette entrevue était inédite depuis la rencontre en 2005 de Jacques Chirac avec Mohammad Khatami, le Président réformateur iranien de l’époque.

Pourtant, l’élection d’un modéré, comme M. Rohani, à la Présidence de la République islamique n’a jamais induit la réintégration de l’Iran dans la société internationale. En effet, selon la Constitution iranienne de 1979, le Président est investi d’un rôle secondaire, en dépit de son élection au suffrage universel direct.

La réalité du pouvoir appartient au Guide suprême, qui a le dernier mot sur toutes les décisions de politique intérieure et internationale. Ali Khamenei, qui est connu pour sa particulière intransigeance, exerce cette fonction depuis la mort du fondateur du régime, l’ayatollah Khomeini, en 1989.

Malgré ses triomphes aux scrutins présidentiels de 1997 et 2001, Mohammad Khatami avait dû renoncer, devant l’opposition du Guide, à son ambition de dialogue des civilisations.

Et l’intransigeance de l’administration américaine de George W. Bush, partie en guerre en Afghanistan puis en Irak après les attentats du 11 septembre 2001, puis l’élection de l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad à la présidence de la République islamique en 2005 avaient définitivement eu raison de cette ligne.

asphyxie de l’économie

Pourtant, la situation économique et politique actuelle du pays est bien différente du contexte du début du premier mandat de M. Khatami, en 1997.

L’asphyxie de l’économie iranienne est aujourd’hui bien plus grave. La population, elle, subissant le poids de sanctions internationales alourdies sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad, ne cesse de se paupériser. Devant une inflation de 40 %, de nombreux Iraniens cumulent plusieurs emplois pour maintenir un niveau de vie qui s’est effondré ces dernières années. La levée des sanctions internationales est donc un enjeu central du succès de la politique de M. Rohani.

M. Rohani devra, au préalable, reconstruire l’image internationale de l’Iran, largement écornée par les huit années de présidence de son prédécesseur reconduit en 2009 dans des conditions controversées. Les deux mandats d'Ahmadinejad ont exacerbé les tensions sur le dossier nucléaire, accru la répression politique et ainsi achevé de mettre le pays au banc des nations.

aspirations profondes du peuple iranien

M. Rohani dispose paradoxalement d’une situation politique plus favorable que celle de M. Khatami en son temps. Élu dès le premier tour du scrutin présidentiel de juin dernier, avec 50,7 % des suffrages, sa candidature a cristallisé les aspirations profondes du peuple iranien. Ses engagements de respect des droits fondamentaux, mais surtout, d’amélioration de la situation économique et de levée des sanctions internationales suscitent beaucoup d'espoir.

Insistant sur ses qualités de modération et de progressiste, ce clerc atypique de 64 ans, compagnon de l’ayatollah Khomeini et de l’ancien président Rafsandjani, a bénéficié d’une véritable union sacrée grâce au retrait des deux candidats réformateurs en sa faveur. 

En outre, à la différence de M. Khatami, M. Rohani bénéficie de la confiance du Guide qui lui a confié un large mandat pour parvenir à un accord rapide sur le nucléaire avec les États-Unis et leurs alliés. Il dispose d'ailleurs sur ce dossier d’une exceptionnelle crédibilité du fait de son expérience de négociateur pendant seize ans. Lors des négociations avec les occidentaux, qu’il a dirigées entre 2003 et 2005, il avait démontré sa proximité directe avec le Guide en obtenant la suspension de l’enrichissement d’uranium.

faucons

Enfin, les faucons du régime islamique, réunis autour du Guide suprême, ne semblent pas vouloir obstruer l’action de M. Rohani. Ils ont accepté son élection inattendue, contrairement au scrutin de 2009, même s’ils dominent encore le parlement et les principaux rouages de l’État.

Hassan Rohani est aujourd’hui dans une position particulièrement favorable pour mener son pays à la normalisation internationale, après sa conversation téléphonique directe avec Barack Obama. Il doit maintenant conserver la maîtrise du calendrier de la réconciliation face aux immenses attentes de ses électeurs et à l’intransigeance des faucons iraniens, pour permettre le retour de son pays dans le concert des nations.

                                                                                                                                                                                                                       

Étienne Jaboeuf est avocat au Barreau de Paris et exerce le droit du développement international. Persanophone, sa connaissance poussée de l'Iran et de sa société est née des nombreuses rencontres qu'il a effectuées lors d'un séjour d'études d'une année complète dans ce pays.



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Published by Témoignage Chrétien.fr - dans Revue de presse
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