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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 05:54

Stéphanie Latte : « Israël a tissé une toile carcérale sur les territoires palestiniens »

 
 
 
 
Entretien réalisé par Rosa Moussaoui
Mardi, 23 Mai, 2017
L'Humanité
 
 
 
 

Stéphanie Latte est politiste et historienne, chercheuse au CNRS, au Centre de recherches internationales de Sciences-Po. Elle voit dans le système carcéral israélien un dispositif central de renseignement et de gestion de l’occupation.

L’actuelle mobilisation des prisonniers palestiniens en grève de la faim est-elle inédite par son ampleur et sa durée ?

Stéphanie Latte. Ces dernières années, ce sont surtout de longues grèves individuelles ou de petits groupes (80 personnes en 2016) contestant la détention administrative qui ont été conduites. Celle-ci fait donc partie des grandes grèves de la faim qui ont eu lieu depuis 1967, comme celle de 1992 qui engagea quasiment tous les détenus et l’ensemble des partis et aboutit à l’allongement de la durée de visites familiales de 30 à 45 minutes et à la possibilité d’étudier en prison. Un droit retiré en juin 2011 suite à la décision du Premier ministre israélien de durcir les conditions de détention afin de les rendre plus proches de celles du soldat Gilad Shalit enlevé et détenu par le Hamas à Gaza entre 2006 et octobre 2011, tout comme la possibilité de passer le bac en détention, et de recevoir suffisamment de livres, journaux et vêtements des familles. Ce qui fait partie des revendications de la grève actuelle. Une grève réellement unitaire n’avait pas eu lieu depuis celle de 2004 qui se solda par un échec et eut des conséquences lourdes sur les mobilisations collectives en prison pendant la décennie qui a suivi. Le Mouvement des prisonniers politiques, créé dans les années 1980, a en effet été très affaibli au début des années 2000, malgré la signature du Document des prisonniers en 2006 par l’ensemble des représentants partisans qui appelaient à l’unité face à la scission entre le Hamas et le Fatah. D’une part, en raison de l’absence de transmission générationnelle alors que la plupart des détenus (à l’exception de 350) sont sortis avec le processus de paix. D’autre part et surtout car avec la reprise des incarcérations massives au moment de la seconde Intifada (2000-2004) un nouveau management carcéral qui a fortement individualisé la vie en détention a été mis en place par l’administration pénitentiaire. Il a séparé et isolé les détenus en quartiers en fonction de leurs appartenances partisanes mais aussi de leurs lieux de résidence et de leurs liens familiaux : les résidents des villes ont été séparés de ceux de camps et des villages ; ceux originaires de Ramallah ont été distingués de ceux venus de Naplouse ou de Jénine. Un système de promotion matérielle et individuelle a été installé, et la représentation politique collective des prisonniers politiques a également été mise à mal par une politique de transferts. Le Mouvement des prisonniers a refait surface lors de la grève de la faim d’avril-mai 2012 lancée par le Hamas dont certaines revendications étaient similaires à celles encore portées à présent : arrêt des mises à l’isolement prolongé, fin de la politique de la détention administrative. Si 20% seulement des membres du Fatah l’avaient alors suivie et aucun de ses leaders, elle attestait déjà d’un regain de cohésion nationale par-delà les murs. Le mouvement actuel, réellement unitaire, est porté par des leaders charismatiques de tous les partis : Marwan Barghouti, Ahmed Saadat, secrétaire général du Front Populaire de Libération de la Palestine, Abbas Sayyed, membre du bureau politique du Hamas, Zaid Bseiso du Djihad islamique, Wajdi Jawdat du Front Démocratique de Libération de la Palestine et Bassam Kandakji du Parti du peuple. Il signe le retour sur la scène politique du Mouvement des prisonniers.

Comment les formes d'expression politique des militants palestiniens incarcérés s'articulent-elles aux mobilisations à l'extérieur ? Comment s'inscrivent-ils dans le champ politique palestinien ?

Stéphanie Latte. Ce mouvement est massivement soutenu et fortement relayé dehors par tous les partis et par l’ensemble des forces de la société civile : BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions), les comités de résistance populaire, le Conseil des organisations palestiniennes des droits humains, la Commission contre le mur et les colonies, le Haut comité de suivi pour les citoyens arabes d'Israël, etc. Il renforce et catalyse ainsi un front d’opposition large à la politique de l’Autorité palestinienne, qui divise de plus en plus le Fatah. Il intervient dans un contexte politique qui a vu s’accroître l’opposition de la société palestinienne et d’une part grandissante des cadres du Fatah et de la jeunesse du Parti à sa politique de répression des opposants, des mobilisations pacifiques et de la résistance, et à sa coopération sécuritaire avec Israël, maintenue pendant la grève, ce qui accroît les tensions avec la population, le leadership de la grève et ses soutiens dehors. Les communiqués du Mouvement des prisonniers associent de façon systématique la cause des détenus au boycott des produits israéliens, alors que l’Autorité palestinienne se borne à endosser le boycott des produits des colonies. Fervents défenseurs d’une ligne arafatiste, ils sont de plus en plus nombreux au sein du Fatah à afficher frontalement leur désaccord. Si nombre de cadres des partis traditionnels ont longtemps minoré l’impact des mobilisations de la société civile et de la jeunesse, ils ont maintenant pris acte de la nécessité de fédérer les fronts militants.

Quel est le rôle de Marwan Barghouti dans ce mouvement de protestation ?

Stéphanie Latte. Marwan Barghouti est une figure politique consensuelle et populaire au sein de la société palestinienne, donné vainqueur d’une prochaine élection présidentielle. Il est un symbole qui permet de fédérer le mouvement en prison et dehors. Représentant de la branche résistante du Fatah et ardent partisan de l’unité palestinienne, il est apprécié par l’ensemble des partis y compris le Hamas qui s’est engagé à le faire libérer lors d’un futur échange de prisonniers. Par ailleurs, il défend l’idée d’un vaste mouvement de résistance populaire pacifique et de désobéissance civile. Il est pour une solution à deux Etats dans le respect du droit international et contre les attaques visant des civils israéliens, et appelle au boycott économique et diplomatique d’Israël. Les prisonniers représentent à présent la seule ressource militante partagée à même de rallier le plus grand nombre, et c’est maintenant le leadership de l’intérieur des prisons qui, parce qu’il dépasse les conflits partisans dehors, est plébiscité par les partis, et de nombreux militants du Fatah, ainsi que par la société civile et les initiatives de jeunesse, inversant ainsi le rapport de force entre l’intérieur et l’extérieur des prisons.

Quelle place l'expérience carcérale tient-elle dans les biographies des militants palestiniens ?

Stéphanie Latte. Elle est centrale alors que les taux d’incarcération sont très élevés. En 1989, le taux d’incarcération était de 750 prisonniers pour 100 000 personnes (1), soit le plus haut au monde, et on estime qu’une proportion de 40 % des hommes palestiniens sont passés par les prisons israéliennes depuis 1967. Entre 2006 et 2008, au moment de la répression de la seconde Intifada, environ 8 000 Palestiniens étaient détenus (2). Les arrestations massives ont repris depuis les épisodes violents de l’automne 2013, puis de « l’Intifada des couteaux », nommé par les Palestiniens le « petit soulèvement (habbeh) », déclenchée en octobre 2015 : selon la police israélienne, 17 396 Palestiniens de Cisjordanie et de Jérusalem-Est ont été arrêtés en 2014. Depuis l’occupation de 1967, ce système carcéral, arrimé à la justice militaire et à un système de la preuve ancré sur les aveux, n’a ainsi pas été seulement élaboré comme un mode de sanction pour des délits avérés et prouvés de type sécuritaire. Il est aussi un dispositif central de renseignement et de gestion de l’occupation qui a criminalisé toute activité politique la contestant et tissé ce que je qualifie de véritable toile carcérale sur les territoires palestiniens : réalité et virtualité, cette toile carcérale consiste en un ensemble de dispositions juridiques permettant d’arrêter et d’incriminer un très grand nombre de personnes, hommes et femmes à partir de l’âge de 12 ans (3). Depuis quelques années, outre les membres du Hamas et du FPLP, les militants pacifiques engagés dans la résistance populaire dans les villages s’opposant au tracé du Mur et aux prédations territoriales des colons (Nai’lin, Bei’lin, Nabi Saleh, etc.) sont très fréquemment inculpés. En 2013 et 2014, selon l’ONG israélienne Court Watch, les comparutions les plus nombreuses devant les cours militaires ont été celles de très jeunes hommes – dont de nombreux mineurs – pour jets de pierres et celles d’hommes entrant en Israël sans permis. D’autres formes d’engagement et d’expression ont été récemment visés avec la multiplication des incriminations pour activités ou incitations sur les réseaux sociaux, l’arrestation de journalistes, de militants et de figures locales du mouvement BDS dont Omar al-Barghouti, l’un de ses fondateurs, au mois de mars 2017.

Comment l'information, les mots d'ordre circulent-ils en prison ? Comment s'élaborent les stratégies de mobilisation ?

Stéphanie Latte. Toute une série de moyens de communication existent entre les prisons, et vers l’extérieur. L’information a beaucoup circulé par le biais de tout petits contenants, les « cabsuleh », qui étaient ingérées. C’est moins le cas à présent alors que des téléphones portables ont commencé à entrer en fraude au début des années 2000, bien qu’ils soient peu nombreux à présent car régulièrement saisis par l’administration. C’est aussi par le biais des visites familiales, celles des avocats, au moment des transferts et lors des audiences au tribunal, et des multiples entrées et sorties que circulent les nouvelles et mots d’ordre. Quand une grève est décidée, un comité spécifique réunissant les leaders de la grève est désigné pour être l’interlocuteur de l’administration pénitentiaire (Shabas) pour les négociations.

Chez les plus jeunes emprisonnés pour des faits mineurs, la prison constitue-t-elle une expérience de politisation ?

Stéphanie Latte. Oui, elle le reste même si l’expérience carcérale a été ces dernières années moins structurante que dans les années pré-Oslo, et si des activités individuelles (sport, TV, lectures de pure détente) ont pour partie remplacé la vie collective. La prison joue ainsi un rôle d’« université palestinienne », un lieu clé d’apprentissage militant et de formation où des cours et débats sont dispensés par les différents partis ou par des figures intellectuelles ou politiques. Les prisonniers sont en effet réunis en fonction de leur appartenance partisane, et s’ils en sont dépourvus, comme c’est le cas pour nombre de jeunes entrés en prison depuis 2013 alors que les mobilisations et actions violentes ont été le fait de jeunes non affiliés, ils vont en général dans la section Fatah, considérée comme « l’organisation mère ». Par ailleurs, les élections internes qui désignent la représentation politique et administrative des détenus, chargée des interactions avec le Shabas, et de l’organisation de la vie en détention, participent de cette socialisation politique.

Comment les femmes prisonnières s'inscrivent-elles dans ces mobilisations ?

Stéphanie Latte. Les femmes, peu nombreuses (61 détenues au 1er avril), ont toujours été plus isolées des canaux de communication. Dans le passé, elles ont conduit de longues grèves de la faim et se sont opposées à l’administration pénitentiaire pour obtenir un certain nombre de droits mais elles l’ont souvent fait de manière autonome (4). Leur mobilisation dépend aussi de la présence de figures militantes en détention à même de fédérer un mouvement. Lina Jarbouni qui représentait les détenues depuis de longues années et a été incarcérée pendant 15 ans a été libérée le 16 avril. Khaleda Jarrar, députée du FPLP, est sortie en juin 2016 après 15 mois de détention. Les femmes détenues ont fait des déclarations de soutien et annoncé une grève symbolique mais elles ne me semblent pas pleinement associées au mouvement.

De quelle façon les autorités israéliennes, qui contreviennent au droit humanitaire international, réagissent-elles à ces mobilisations collectives ?

Stéphanie Latte. Pour l’instant elles refusent toujours de négocier sérieusement avec le leadership de la grève. Elles ont tenté de casser le mouvement en isolant ses leaders et en transférant fréquemment les grévistes, en brisant les canaux de communication (interdiction des visites familiales et quasi-absence de visites des avocats), en adoptant une politique répressive (confiscation du sel, fouilles perpétuelles, harcèlement, etc.), en tentant de discréditer la grève par la diffusion de fausses informations (comme le montage vidéo montrant Marwan Barghouti en train de manger) ou des rumeurs d’accords. Des négociations parallèles avec certaines figures, en excluant d’autres, notamment Barghouti, ont été tentées ; des rencontres avec des acteurs politiques censés pouvoir faire pression sur une partie du leadership ou des grévistes, tels que des responsables de services de sécurité de l’Autorité palestinienne ont également fait partie des stratégies.

  1. Human Rights Watch, Annual Report, 1991.
  2. http://www.btselem.org.
  3. Voir Stéphanie Latte Abdallah, « Déni de frontières. Toile carcérale et management des prisonniers politiques palestiniens après Oslo (1993-2010) », in Stéphanie Latte Abdallah, Cédric Parizot (dir.), À l’ombre du Mur. Israéliens et Palestiniens entre occupation et séparation, Arles, Actes Sud, 2011, p. 73-101.
  4. Voir Stéphanie Latte Abdallah, « Des féminités mobilisées et incarcérées en Palestine », Critique Internationale, 2013/3 n° 60, p. 53-69.
 
 
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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 05:50
«Un chant d'amour» - 4 questions à Alain Gresh et Hélène Aldeguer
 
 
 
 
Alain Gresh, spécialiste du Proche-Orient, est directeur d’Orient XXI. Hélène Aldeguer, dessinatrice, illustre les articles de la rubrique « Va comprendre » d’Orient XXI. Ils répondent à mes questions à l’occasion de la parution de l’ouvrage : « Un chant d’amour : Israël-Palestine, une histoire française », aux éditions La Découverte.

Pourquoi avoir choisi la bande-dessinée pour vous exprimer ?

Il s'agit d'abord de toucher un public nouveau, différent. Avec la bande-dessinée, on emmène le lecteur dans un récit vivant, en mettant en scène l'Histoire et en donnant la parole à la société française pour transmettre des émotions et une atmosphère. Utiliser cette forme de narration, c'est aussi rendre compte que l'image a nourri cette « passion française ». Nous montrons comment les personnages, qu'ils soient des politiques, des diplomates, des intellectuel-le-s, des journalistes ou des manifestant-e-s ont été bousculés par des photos et des vidéos qui sont à l'origine de débats, de scandales, de revirements d'opinions – des images du siège de Beyrouth en 1982 à celle prises par l’équipe de Charles Enderlin de la mort du petit Mohammed Al-Doura, en passant par celles de la première Intifada…

Pour scénariser 50 ans d'Histoire en seulement 192 pages dessinées, nous avons joué avec le gaufrier pour rythmer le récit, en rompant sa linéarité par des illustrations pleine page. Dans le livre, des faits méconnus ou oubliés sont mis en avant, parfois de façon spectaculaire : ainsi la Une de France-Soir, au matin du 5 juin 1967, annonçant « Les Egyptiens attaquent Israël » – alors que c’est le contraire qui s’est produit – ou l’illustration quelques pages plus loin des Palestiniens expulsés par Israël durant la guerre de 1967, alors invisibles dans la presse française. On prend ainsi conscience du parti pris des médias à l’époque.

Lorsque le général de Gaulle rompt avec Israël en 1967, il doit affronter la presse et l’opinion publique, très hostiles à sa décision. Pouvez-vous développer ?

Contre l’ensemble de la classe politique (à l’exception des communistes), contre nombre de gaullistes, contre les médias, le général de Gaulle va condamner l’attaque israélienne de juin 1967 contre les pays arabes. Il n’agit pas par hostilité à Israël, encore moins par antisémitisme. Non seulement il a une grande admiration pour les réalisations du mouvement sioniste – on rappelle ses échanges épistolaires avec Ben Gourion – mais il a continué, malgré l’embargo sur les armes décrété en 1967, à fournir jusqu’en 1969 les pièces de rechange indispensables à l’aviation israélienne. Ce que de Gaulle condamne, c’est le pays qui a pris la responsabilité de déclencher les hostilités car il comprend les conséquences dramatiques de cette agression pour la région. Il faut relire son avertissement lors de sa fameuse conférence de presse de novembre 1967 : « Maintenant, Israël organise, sur les territoires qu’il a pris, l’occupation, qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsions, et il s’y manifeste une résistance qu’à son tour il qualifie de terroriste. » La ligne fixée par de Gaulle pour la politique française va se maintenir jusqu’à la signature des accords d’Oslo en 1993, ce qui confirme le côté visionnaire de ses positions.

D’où vient l’importance prise par le CRIF (Conseil représentatif des Institutions juives de France) dans le paysage politique français, quasiment inexistante en 1967 ?

Plusieurs facteurs ont joué. D’abord, l’arrivée d’une vague de juifs d’Afrique du Nord qui a profondément renouvelé la communauté (il faudrait plutôt utiliser ce terme au pluriel) juive française. Ensuite, une redécouverte (que l’on constate à travers le monde) de l’identité juive, notamment après la guerre de 1967, souvent identifiée à la solidarité avec Israël. Ces évolutions ont poussé un CRIF, jusque-là plutôt discret, à s’affirmer sur la scène publique à la fin des années 1970, notamment en faisant de la solidarité avec Israël un des piliers essentiels de son action. Enfin, il faut insister sur les ingérences israéliennes. On en donne plusieurs exemples dans la BD : par exemple, comment un diplomate israélien a contribué à la naissance du mouvement Renouveau juif à partir de 1980, dont un des objectifs était de lutter contre une invitation de Yasser Arafat à Paris. Aucun pays étranger n’intervient autant sur la scène française. C’est le gouvernement français, dans une déclaration rédigée personnellement par de Gaulle en janvier 1969 qui notait : « Il est remarquable, et il a été remarqué, que les influences israéliennes se font sentir d’une certaine façon dans les milieux de l’information ». Mais c’était une autre époque, aucun responsable français n’oserait aujourd’hui tenir de tels propos.

Comment expliquer l’histoire d’amour entre la France et Israël qui survit à tous les drames stratégiques, même la présence forte de l’extrême droite au sein du gouvernement israélien ?

C ‘est effectivement stupéfiant. Le président français François Hollande, lors d’un dîner à Jérusalem en novembre 2013 avec le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, a déclaré vouloir déclamer « un chant d’amour pour Israël et pour ses dirigeants ». D’où le titre de notre bande dessinée. On se croit revenu au temps de l’alliance de 1956 entre la vieille SFIO et le parti travailliste israélien dans la pitoyable aventure de la guerre de Suez, celle qui a suivi la nationalisation par Nasser de la compagnie du canal le 26 juillet 1956. Au moins, à l’époque, le parti travailliste se réclamait de la gauche !

Il faut inscrire cette évolution, qui remonte au milieu des années 2000, dans le cadre du rapprochement de la France avec les États-Unis et l’OTAN, porté par la conviction qu’Israël est son allié dans la lutte contre le terrorisme et l’islamisme. À droite comme au Parti socialiste, Paris a abandonné l’idée d’une politique autonome de la France à l’égard de Washington.

Notre BD met en lumière un « tournant silencieux » de la diplomatie française sur le Proche-Orient ces dix dernières années. En principe, rien n’a changé : la France reste favorable à la création d’un État palestinien aux côtés de l’État d’Israël et elle condamne la colonisation. Mais Paris s’est engagé dans un resserrement des relations bilatérales avec Tel-Aviv, quelle que soit la politique israélienne à l’égard des Palestiniens.

Paris a abandonné le rôle d’avant-garde sur le dossier diplomatique tenu dans les années 1980 : c’est la France qui avait promu, contre les États-Unis, Israël et une partie des pays européens, l’acceptation des principes qui fondent le droit international : le droit à l’autodétermination pour les Palestiniens, la nécessité de négocier avec l’OLP. Depuis les accords d’Oslo, la France (et l’Union européenne) se contente de financer l’Autorité palestinienne et laisse la diplomatie aux mains des États-Unis. Or, on sait que ces derniers sont tout sauf un médiateur impartial. Paris se borne à demander la reprise des négociations entre l’OLP et Israël, en « oubliant » que l’on n’a pas face à face deux interlocuteurs égaux, mais un occupant et un occupé.

Sarkozy affirmait, au lendemain de son élection en 2007, que le rapprochement avec Israël permettrait à Paris de peser sur la politique de Tel-Aviv. Au moins lui, à la fin de son mandat, reconnaîtra qu’il s’était trompé et expliqua au président Obama que Netanyahou était « un menteur ». Rien d’équivalent chez Hollande à l’issue de son mandat ! Il faut aussi constater que c’est sous sa présidence que le gouvernement a accentué sa campagne assimilant antisionisme et antisémitisme et confirmé sa volonté de criminaliser le mouvement pacifique de boycott d’Israël.

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https://blogs.mediapart.fr/pascalboniface/blog/220517/un-chant-damour-4-questions-alain-gresh-et-helene-aldeguer

 
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26 mai 2017 5 26 /05 /mai /2017 08:39
A Bethléem et Jérusalem, Trump affiche un soutien sans nuance à Israël
 
 
 
 
Par Nissim Behar, à Jérusalem
 

Le président américain a brièvement rencontré le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, sans pour autant lancer d’initiative concrète. En revanche, son discours devant les députés israéliens a enthousiasmé la Knesset, y compris dans les rangs de l’extrême droite.

  • A Bethléem et Jérusalem, Trump affiche un soutien sans nuance à Israël

Quelques dizaines de Palestiniens ont manifesté mardi matin à Bethléem pour exiger de Donald Trump qu’il intervienne en faveur de leurs proches détenus en Israël. Recevant le président américain, Mahmoud Abbas a d’ailleurs évoqué cette question «chère à notre peuple», mais pour la forme. Car les deux hommes ont surtout discuté de la reprise éventuelle du processus de paix avec Israël en multipliant les marques de bonne volonté l’un envers l’autre.

Après avoir affirmé que le conflit israélo-palestinien n’était «pas religieux mais politique, parce qu’il porte sur l’occupation et la colonisation», le président de l’Autorité palestinienne (AP) a réitéré son intention de parvenir à un accord avec Israël. S’adressant en anglais à son hôte, il a espéré «que l’histoire retiendra de vous que vous aurez été le premier président américain à avoir réussi la paix au Proche-Orient». «Je serai votre partenaire», a-t-il ajouté.

A lire aussi : A Jérusalem, Trump se pose en faiseur de paix au Proche-Orient

Une heure et quart dans les Territoires palestiniens

Fort bien. Sauf que Trump est venu les mains vides chez les Palestiniens. Il a certes encouragé le leader palestinien et son «grand ami Benyamin Nétanyahou» à se rencontrer, mais il n’a pas présenté de projet concret. Ni annoncé d’initiative susceptible de les aider. En tout et pour tout, le chef de l’exécutif américain sera resté une heure et quart dans les Territoires palestiniens. De retour à Jérusalem, il a, comme tous les hôtes de marque de l’Etat hébreu, visité Yad Vashem, l’institut commémorant la mémoire des victimes de l’Holocauste. Une courte halte avant le discours qu’il devait prononcer au musée d’Israël en présence de Nétanyahou, du gouvernement israélien, et des corps constitués. Les commentateurs israéliens et palestiniens attendaient cette allocution avec impatience. Nombre d’entre eux spéculaient sur l’hypothèse d’un nouveau plan de paix américain pour la région, puisque l’entourage de Trump présentait ce discours comme le «moment phare» de sa visite au Proche-Orient.

En fait, ils ont eu droit à une longue déclaration de soutien à l’Etat hébreu dans laquelle le problème des Territoires occupés et celui d’une solution de paix prévoyant deux Etats pour deux peuples n’ont jamais été évoqués. Certes, le président s’est engagé «à réussir le processus de paix», mais il n’a pas dit comment. Et il n’a pas avancé la moindre idée novatrice susceptible de lever un blocage qui dure depuis 2014.

Assemblée conquise

En revanche, il a promis que son «administration sera toujours aux côtés d’Israël». Et dans la foulée, il a dénoncé l’Iran, «qui appelle quotidiennement à la destruction» de l’Etat hébreu, ainsi que le Hamas et le Hezbollah «qui lancent des roquettes sur des enfants innocents». «Mais plus avec Donald J. Trump», a-t-il ajouté en faisant l’une de ses mimiques habituelles alors que l’assemblée conquise l’applaudissait debout. A la sortie de l’événement, Ayelet Shaked, ministre de la Justice et numéro 2 du parti d’extrême droite Foyer juif, a reconnu sa surprise d’avoir entendu de tels propos dans la bouche d’un président américain. «C’est un discours sioniste, a-t-elle dit. C’est un grand jour pour notre pays.»

 
 
 
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26 mai 2017 5 26 /05 /mai /2017 08:35

Cisjordanie : «J'espère que Donald Trump réussira à créer le dialogue»

 
 
Vera Baboun a publié «Pour l'amour de Bethléem: ma ville emmurée»*, un ouvrage personnel dans lequel elle livre un témoignage poignant sur sa vie de femme, mère seule de 5 enfants, à la tête d'une ville encerclée par un mur de huit mètres de haut.
 

Vera Baboun a publié «Pour l'amour de Bethléem: ma ville emmurée»*, un ouvrage personnel dans lequel elle livre un témoignage poignant sur sa vie de femme, mère seule de 5 enfants, à la tête d'une ville encerclée par un mur de huit mètres de haut. Crédits photo : Majdi Mohammed/AP

 
 
 
INTERVIEW - Vera Baboun publie un ouvrage poignant sur son expérience de maire de Bethléem. Cette chrétienne palestinienne estime que Donald Trump, qui s'est rendu ce mardi dans sa ville, «a l'opportunité d'être le premier président américain à apporter une solution de paix».

Pour quelques jours encore, Vera Baboun est maire de Bethléem. Chrétienne palestinienne, elle est la première femme à occuper ce poste. Elle a passé cinq ans à la tête de cette ville emblématique de Cisjordanie, lieu de la Nativité. Vera Baboun a publié «Pour l'amour de Bethléem: ma ville emmurée»*, un ouvrage personnel dans lequel elle livre un témoignage poignant sur sa vie de femme, mère seule de 5 enfants à la tête d'une ville encerclée par un mur de huit mètres de haut. Malgré cet enfermement vécu comme une humiliation, elle délivre un message de paix et un témoignage de foi ancrée dans le concret. Elle a reçu le prix littéraire de l'Oeuvre d'orient qui récompense un auteur qui donne un regard positif sur l'Orient chrétien. Alors que Donald Trump s'est rendu ce mardi à Bethléem, Vera Baboun estime que celui-ci peut créer un environnement favorable à la reprise du dialogue entre Israël et l'autorité palestinienne.

 

 

LE FIGARO.- Dans votre livre, vous racontez votre quotidien dans Bethléem. De quelle manière celui-ci est-il affecté par le mur de séparation?

Vera Baboun.- À travers mon histoire, c'est l'histoire de Bethléem que je raconte dans mon livre. Car j'ai donné une part de moi à cette ville, de même que celle-ci vit en moi. Ce mur m'affecte à trois titres. Il entrave ma liberté de circulation. Il créé une séparation, un enfermement. Nous, citoyens de Bethléem, sommes placés sous un statut inférieur à celui des personnes extérieures au mur.

Deuxièmement, il affecte la vie économique de ma ville.

Personne ne peut vivre normalement, personne ne peut trouver un travail dans ces conditions. Dans notre gouvernorat de plus de 210.000 habitants, seule une poignée de Palestiniens disposent d'un permis de travail pour aller à Jérusalem. Le taux de chômage culmine à 27%. Enfin, le mur et l'occupation israélienne m'empêchent d'exercer correctement mon mandat de maire. Sur les terrains illégalement occupés, je ne peux pas construire des routes ou développer une activité économique viable.

 

Vous y racontez aussi votre parcours personnel: Palestinienne, chrétienne, vous êtes la première femme à devenir maire de Bethléem. Comment en êtes-vous arrivée là?

Il fallait au préalable que je sois en paix, que je me réconcilie avec moi-même. J'ai toujours vécu avec pour principe la maxime que je cite au début de mon livre: c'est dans la souffrance que naissent les plus grandes grâces. Quelle que soit l'épreuve, j'ai toujours cherché à en sortir grandie.

L'emprisonnement de mon mari pour activisme et sa mort prématurée m'ont causé beaucoup de peine. Mais je ne suis pas restée dans mon coin à me lamenter. J'ai pris en main le foyer familial, j'ai repris mes études en parallèle pour subvenir aux besoins de mes cinq enfants, et j'ai accepté de me présenter aux élections municipales de Bethléem.

Devenir maire a été le plus gros défi pour moi. Je n'étais pas avantagée en tant que femme, puis en tant que mère seule après le décès de mon mari. Mais j'en ai finalement tiré bénéfice pour administrer ma ville ; dans sa famille comme en politique, il faut prendre soin de mon prochain. Je vois aussi un autre parallèle intéressant entre mes deux missions: qui d'autre qu'une femme, qui donne la vie dans ses entrailles, pouvait devenir maire de Bethléem, la ville qui a vu naître le Christ!

Entre Israël, qui poursuit la colonisation illégale de la Cisjordanie, et les Palestiniens qui poursuivent les attaques terroristes, comment retrouver le chemin du dialogue?

La règle d'or, c'est de ne pas fermer les yeux sur la situation de son voisin. Sur le terrain, la condition des Palestiniens est intenable. Il faut que l'on nous reconnaisse le droit de vivre dans la paix. Il faut que l'on nous rende nos terres, dans les frontières de 1967.

Pour renouer le dialogue, Israël doit nous parler d'égal à égal. Car actuellement, nous ne sommes pas au même niveau: ce sont les occupants, et nous sommes les occupés.

Qu'attendez-vous de la visite de Donald Trump à Bethléem?

Nous espérons une marque de respect et de reconnaissance. Nous savons qu'il souhaite être à l'initiative d'un accord de paix. Il a déjà donné plusieurs signes positifs: notre président Mahmoud Abbas a été invité à la Maison -Blanche, et Donald Trump a accepté son invitation à Bethléem. Il ne parle plus de transférer l'ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem.

Personnellement, j'espère que Donald Trump réussira à créer un environnement favorable au dialogue. Il a l'opportunité d'être le premier président à apporter une solution de paix.


*«Pour l'amour de Bethléem: ma ville emmurée» - Bayard (2016), p.189, Prix 15,90€.

 

http://www.lefigaro.fr/livres/2017/05/23/03005-20170523ARTFIG00323-cisjordanie-j-espere-que-donald-trump-reussira-a-creer-le-dialogue.php

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26 mai 2017 5 26 /05 /mai /2017 08:22

Iran. Défis économiques pour le président réélu

 
 
 

Orient XXI > Magazine > Hamzeh Arabzadeh > 25 mai 2017

Hassan Rohani a été réélu président avec 57 % des voix le 19 mai dernier. Manifestement, les perspectives d’ouverture économique à l’étranger qu’il défend ont davantage convaincu les électeurs que les promesses souvent inconsidérées de ses adversaires conservateurs en direction des plus modestes. Reste que le chômage, qui a pris la place de l’inflation dans les débats politiques, ne peut être combattu efficacement que par une diversification du secteur industriel hors pétrole. On est loin du compte.

 

Il y a quatre ans, en 2013, les problèmes économiques étaient au centre des débats de la onzième élection présidentielle iranienne. Au cours des trois dernières années précédentes, la monnaie avait connu de très forts taux d’inflation : 26 % en 2011, 21 % en 2012 et 34 % en 2013. La croissance était négative, avec − 3,7 % et − 7,8 % en 2012 et 2013, et le taux de chômage record.

Si l’inefficacité des politiques explique en partie cette situation, ce sont les sanctions imposées par le conseil de sécurité de l’ONU qui ont véritablement paralysé l’économie. En 2013, pour la plupart des Iraniens, voire même certains gouverneurs, ces sanctions ne représentaient plus seulement un problème, ils étaient la source même de la misère et de l’isolement. Il n’est donc pas étonnant qu’Hassan Rohani, modéré, pragmatique et seul candidat non conservateur ait pu dire au cours de l’un des débats télévisés de la campagne présidentielle : « les centrifugeuses [d’enrichissement de l’uranium] doivent tourner, mais cela doit être aussi le cas des rouages de l’économie », et promettre de reprendre les négociations sur la question du nucléaire entre l’Iran et les pays du P5+11 dans le but de lever les sanctions. Le 14 juillet 2015, après la signature du Plan d’action conjoint (Joint Comprehensive Plan of Action, JCPOA) entre l’Iran, l’Union européenne et les P5+1, les Iraniens s’attendaient donc à des changements rapides.

Mais les difficultés économiques sont toujours au cœur des débats, bien que la situation se soit incontestablement améliorée sur de nombreux plans durant le dernier mandat présidentiel, selon l’estimation de Rohani et ses partisans. Ainsi, l’inflation a chuté : de 34 % en 2013, elle est passée à moins de 10 % en 2016. C’est le plus faible taux enregistré depuis 1998, et il s’est relativement stabilisé au cours des dernières années ; les exportations de pétrole ont augmenté, passant de 1,3 million de barils par jour en 2012 à 2,8 millions ; les importations de médicaments ainsi que de matériels industriels et médicaux ont été facilitées ; et la croissance économique est repartie, évoluant de − 7,8 % en 2013 à plus de 6 % en 2016, avec cependant moins de 1 % se rapportant aux secteurs non pétroliers. Ils soulignent de plus le fait d’avoir mis en œuvre de nombreuses réformes structurelles du système bancaire, fiscal et douanier, dont beaucoup ont été validées par les institutions internationales telles que le Fonds monétaire international (FMI).

Le chômage au cœur des débats

Malgré tout, l’économie semble toujours le talon d’Achille du pays. Mohammad Bagher Ghalibaf, le maire de Téhéran (qui s’est finalement retiré de la compétition) et Ebrahim Raisi, candidats conservateurs de l’élection présidentielle de 2017 n’ont pas cessé de remettre en question les compétences de Rohani en la matière. Dans les débats, le chômage a pris la place que l’inflation avait eue pendant quatre ans. Les deux candidats se sont livrés à une guerre sans merci à coup de promesses électorales séduisantes pour diminuer le chômage. Ainsi, Ghalibaf avait promis de créer cinq millions d’emplois en quatre ans et d’octroyer une indemnité de chômage avoisinant les 80 dollars (2 596 471 rials iraniens) à chaque chômeur. Plus modestement, Raisi se proposait de créer au moins un million d’emplois par an.

Le chômage est assurément le plus grand défi que l’économie doit relever. Il est en moyenne de 11,6 % depuis 1991 (cf. schéma 1). Après avoir décliné de plus de 3 % entre 2010 et 2013, il est passé de 10,4 % en 2013 à 11,3 % en 2016, malgré une création nette d’emplois s’élevant à 1,3 million durant cette période. Néanmoins, la situation est bien meilleure que par le passé, la création nette d’emplois entre 2005 et 2013 étant inférieure à 40 000 et la chute du taux de chômage entre 2010 et 2013 seulement due à une moindre participation au marché du travail.

L’Iran est un pays fort d’une population très jeune. Comme le montre le schéma 2, au cours de la dernière décennie, le ratio des personnes en âge de travailler (entre 15 et 65 ans) par rapport à la population totale iranienne était de presque 5 % supérieur à la moyenne de ceux de l’Union européenne et du Proche-Orient. Selon le rapport du FMI, ce même ratio devrait augmenter jusqu’en 2040 pour atteindre environ 8 %.

Répartition par âge de la population (15-64 ans)

En outre, la population active est bien formée. Le nombre d’étudiants dans l’enseignement supérieur a nettement augmenté au cours des vingt dernières années (cf. schéma 3). En 2015, 4,8 millions d’Iraniens ont entamé des études supérieures, représentant près de 6,2 % de la population totale (pour environ 3,5 % in France). Le nombre élevé d’inscriptions à l’université est lié à l’amélioration de l’accès à l’éducation. Toutefois, les difficultés à trouver un emploi, auxquelles s’ajoutent les 18 mois de service militaire obligatoire (réservé aux hommes) poussent la jeune génération à entamer des études pour retarder son entrée sur le marché du travail. Ce vivier de jeunes hautement qualifiés en âge de travailler, qui aurait pu constituer une incroyable opportunité n’importe où ailleurs, pourrait se révéler être une source d’instabilité sociopolitique en Iran s’ils restent à l’écart du marché du travail.

La dépendance au pétrole

Mais le problème du chômage est structurel et ne peut être résolu simplement. Une création significative d’emplois nécessite une croissance non liée au secteur pétrolier. L’exemple des pays émergents montre que la grande compétitivité des secteurs exportateurs, surtout dans l’industrie, est l’unique voie menant à une croissance à long terme et à la création d’emplois, en particulier en ce qui concerne la main-d’œuvre qualifiée.

La dépendance au pétrole est pour une grande part responsable de la faiblesse du secteur manufacturier en Iran. L’économie du pays a été extrêmement liée aux revenus du pétrole au cours de ces cinquante dernières années. Or, le secteur pétrolier n’est pas labor-intensive et ne peut générer d’emplois. En même temps, la part de l’économie dévolue au secteur public et semi-public s’est développée au détriment du secteur privé auquel il n’a pas laissé d’espace de croissance. S’appuyant sur la rente pétrolière, le secteur public se complaît dans son inefficacité et son improductivité. Par ailleurs, le secteur privé pâtissant de la « maladie hollandaise »2 demeure chétif et non compétitif.

Isolée depuis plusieurs décennies, l’économie iranienne a besoin pour se moderniser et stimuler les emplois productifs d’attirer des investissements étrangers. Le bas prix de l’énergie, la proximité géographique avec le marché du Proche-Orient, et — plus important —, la présence d’une main-d’œuvre peu chère et qualifiée peuvent potentiellement faire de l’Iran la cible idéale des investissements étrangers. Cependant, les tensions dans la région, le fait que les banques européennes n’envisagent qu’avec réticence de travailler avec leurs homologues iraniennes, mais aussi les difficultés institutionnelles et les risques politiques ont incité les firmes internationales à la prudence dans leurs investissements sur ce marché au potentiel pourtant considérable. Selon Eshaq Jahangiri, le vice-président, l’économie iranienne n’a pu capter que 6 milliards de dollars d’investissements étrangers, soit beaucoup moins que ce qu’Hassan Rohani espérait avant la levée des sanctions.

Promesses inconsidérées des conservateurs

Contrairement à Hassan Rohani, les deux candidats conservateurs n’ont pas dit grand-chose sur leur désir de capter des investissements étrangers et de travailler avec des multinationales. Au vu de la proximité que ces deux candidats entretiennent avec les tenants de la « ligne dure » et les Gardiens de la Révolution, leur victoire n’aurait guère été appréciée par les entreprises étrangères.

Tentant d’obtenir le soutien des ménages à petits revenus, Ghalibaf et Raisi avaient tous les deux promis qu’ils augmenteraient Yaraneh, l’allocation directe à tous les Iraniens. Yaraneh avait été établie par le plan de réforme des allocations de 2010 pour remplacer des aides à l’énergie par une sorte d’assistance sociale sous la forme d’une allocation directe (actuellement environ 14,5 dollars, c’est-à-dire 470 610 rials par personne). Ghalibaf déclarait vouloir tripler Yaraneh pour tout le monde, ce qui supposerait un budget de 50 milliards d’euros. Plus modéré, Raisi réservait la même augmentation aux ménages des trois derniers déciles. Ces promesses ont fait pleuvoir les critiques même parmi les conservateurs au Parlement, quant au fait que les candidats n’ont pas fourni d’explications sur les moyens de financer ces réformes. Les seules actions susceptibles de dégager les financements nécessaires sont l’augmentation de la masse monétaire (la banque centrale n’est pas indépendante), l’augmentation des impôts ou celle du prix de l’énergie (l’État est le seul pourvoyeur d’énergie). Toutefois, n’importe quelle combinaison de ces trois axes serait néfaste à la production et occasionnerait une plus forte inflation, laquelle se situe aux alentours de 10 % — soit beaucoup plus que dans bien des pays émergents ou développés.

Parallèlement, les deux candidats avaient promis d’augmenter les salaires dans la fonction publique, de même que les pensions et les minimums salariaux, sans expliquer précisément comment ils comptaient procéder. Leurs programmes semblaient donc séduisants, mais également irréalistes, incohérents et ambigus. Le président Hassan Rohani, qui a dû tenter de répondre aux attentes élevées de la population, a eu la tâche difficile de convaincre le peuple de son bilan. Il y a finalement réussi, les défis économiques restent cependant à relever.

1NDLR. Groupe des six grandes puissances qui, en 2006, ont mis en commun avec l’Iran leurs efforts diplomatiques à l’égard de son programme nucléaire : la Chine, la France, la Russie, le Royaume-Uni, et les États-Unis, membres du Conseil de sécurité de l’ONU, plus l’Allemagne.

2NDLR. On dit qu’un pays souffre de la «  maladie hollandaise  » quand l’accroissement des recettes d’exportation de ses ressources naturelles provoque la hausse du taux de change de la monnaie. La « maladie hollandaise » défavorise les exportations et favorise les importations comme toute augmentation de la monnaie nationale par rapport aux devises étrangères. L’expression fut lancée à la suite du boom du gaz naturel qui s’est produit aux Pays-Bas dans les années 1960.

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25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 05:05

Derrière les fronts : résistances et

résilience en Palestine

 
dimanche 21 mai 2017 par Pierre Stambul
 
 
 

Ce n’est pas parce qu’ils sont mal informés que nos dirigeants soutiennent ceux d’Israël et leur garantissent l’impunité. C’est parce que cet État surarmé, morceau d’Europe installé au Proche-Orient, capable de contrôler et d’enfermer des millions de personnes, c’est leur État rêvé.

 
 
 

 

Nous avons souvent entendu lors de nos voyages en Palestine les propos suivants : « cette guerre est née de l’extérieur. De la reconnaissance par la communauté internationale d’un État qui viole en permanence le droit international et de l’impunité dont il jouit. Une solution juste viendra de pressions venues de l’extérieur et des capacités de résistance et de résilience des Palestinien-ne-s. »

C’est cela que traite le documentaire d’Alexandra Dols : informer et analyser les mécanismes qui permettent au peuple palestinien de rester debout.

En une série de séquences balayant les dix dernières années, Alexandra Dols fait témoigner :


Une femme totalement traumatisée après avoir réussi à empêcher l’enlèvement de son enfant par des colons meurtriers
- Un prêtre orthodoxe qui réaffirme la solidarité entre les Palestiniens quelle que soit leur religion
- Un professeur de sociologie de l’université de Bir Zeit
- Une Palestinienne d’Israël « queer »
- Un homme plusieurs fois emprisonné et juste libéré après une nouvelle grève de la faim
- Une femme, membre du FPLP (Front populaire de Libération de la Palestine) qui a fait de nombreuses années de prison.

Elle montre des images prises à Gaza pendant les 52 jours du massacre « bordure protectrice » pendant l’été 2014.


Le personnage principal dont les propos tissent l’unité de ce film est Samah Jabr. Cette femme, médecin psychiatre vivant à Jérusalem Est a écrit depuis des années de nombreux articles sur les effets traumatiques du « sociocide » à l’œuvre. Elle montre comment les Palestinien-ne-s sont en permanence intimidés et humiliés. Elle étudie les conséquences sur les enfants, dans quel état psychique on est en sortant de prison ou pendant le deuil.

On la suit entre Jérusalem et Ramallah et sur les check-points. À partir de la phrase terrible d’une mère apprenant la mort de son fils : (« j’ai dansé comme un poulet dont on vient de trancher la tête »), Samah confronte mots et langage du corps pour proposer l’écoute de la souffrance la plus réparatrice possible.

Réaliser et populariser des documentaires comme Derrière les fronts, c’est faire en sorte que plus personne ne puisse dire : « nous ne savions pas ». C’est empêcher le révisionnisme insupportable de ceux qui présentent Israël comme « la seule démocratie du Proche-Orient ». C’est donner une humanité au peuple palestinien diffamé en permanence.

Pour l’instant, malgré tout ce qu’elle subit, la société palestinienne ne s’écroule pas.
Le regretté Stéphane Hessel nous demandait de nous indigner. Suivons-le et ne laissons pas faire !

Pierre Stambul (Union Juive Française pour la Paix)

 

http://www.ujfp.org/spip.php?article5648

 
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25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 04:49
Al-Araqib, exemple de l’acharnement du pouvoir israélien contre ses propres citoyens !
 
 
 
 
 
jeudi 18 mai 2017 par Michel Ouaknine

Israël, seul Etat démocratique du Proche-Orient, selon ses défenseurs et promoteurs, n’hésite pas à recourir à des traitements très spéciaux contre ses propres citoyens. La semaine dernière, le gouvernement Netanyahou a fermé purement et simplement sa radio historique, Kol Israël et sa 1ère chaine de télévision (publique) sans aucun préavis et en plein Mabat, le journal de 20 heures. On a pu voir Geoula Cohen, la présentatrice apprendre la nouvelle en direct… Selon Haaretz, cette fermeture brutale était une sorte de réponse aux critiques que les journalistes avaient pu faire de l’action du gouvernement et de Benjamin Netanyahou en particulier.

Peu de médias s’en sont fait écho en France et aucune des grandes voix de nos intellectuels défenseurs des libertés ne s’en est émue…

Pas étonnant dans ce contexte que personne ne s’est ému de la 113ème démolition d’Al Araqib. Ce village bédouin, dont des documents attestent de son existence depuis l’Empire ottoman est devenu la cible privilégiée de ce même gouvernement israélien. Pourtant les Bédouins sont des citoyens israéliens ; pourtant leur village, situé en pleine zone désertique, au nord de Beer Shéva, la « capitale » du désert du Néguev, ne gêne personne... Et pourtant il a été démoli, disons le mot, rasé, pour la 113ème fois hier.

Al Araqib était un petit village de 300 habitants. Un petit village assez prospère vivant principalement de l’élevage (caprin et ovin) entouré de champs lui fournissant les céréales et le fourrage nécessaire à son activité.

PNG - 2.1 Mo
 
Al Araqib au début des années 2000 (photo Aziz Al Turi)

Cette photo qui nous montre un village tout à fait « classique » avec, aux premiers plans, ses champs, a été prise alors qu’à l’impulsion du Jewish National Fund américain se mettait en place un plan destiné à attirer 500 000 Juifs en Israël en 10 ans, principalement anglo-saxons. Ce plan, « Blueprint Negev » avait un projet ambitieux afin d’attirer de jeunes Juifs urbains, religieux ou non, en leur proposant un environnement familier : parc paysager et de loisir avec pistes cyclables, amphithéâtre de plein air (le « River Park »), centre commercial gigantesque, aménagement de la vieille ville turque de Beer Shéva, lotissements et même des fermes…

Seul problème, ce projet s’étend sur les terres où l’Etat d’Israël a regroupé les Bédouins du Néguev dès la fin de la guerre de 1948. Une zone que les Bédouins ont surnommé le « Siyag », le nom qu’ils donnent à l’espace clos où ils gardent les bêtes). Un problème ? Quel problème ? La plupart des villages bédouins n’apparaissent même pas sur les cartes ! Le « Blueprint Néguev » s’est donc mis en place par le gouvernement sous différents noms (Prawer, Begin, Shamir …) en commençant par chasser la majorité des 100 000 Bédouins vivant dans le Néguev.

PNG - 3 Mo
 
Al Araqib, le 27 juillet 2010 (photo Aziz Al Turi)

On peut comprendre la fureur et le désespoir qui a saisi les habitants d’Al Araqib quand ils ont vu arriver la colonne de véhicules impressionnante qui a détruit ce village en quelques heures. Celle-ci s’est transformée en une lutte pacifique : à peine leurs maisons détruites ceux-ci l’on rebâti le jour même avec l’aide d’autres Bédouins et de militants israéliens.

Le gouvernement s’est alors véritablement acharné sur ce village et ses habitants le détruisant à nouveau et le rasant même, ne laissant debout que le cimetière. Cimetière où les habitants ont dû chercher refuge à de nombreuses occasions.

Hier, 17 novembre, ce qui reste du « village », c’est-à-dire quelques tentes et des véhicules utilisés comme abri a été une nouvelle fois rasé : c’était la 113ème fois ! Les images ci-après, tirées de la page facebook d’Aziz Al Turi nous montrent encore l’unité de police Yo’av (créée spécialement pour maintenir l’ordre israélien dans le Néguev) en pleine action.

 

 

 

 

Salim, un des habitants d’Al Araqib en a fait cette courte vidéo

Mais l’archarnement du gouvernement ne s’arrête pas là. Les soutiens des Bédouins du Néguev sont aussi touches comme, par exemple le Dukium, le Forum pour la coexistence et l’égalité des droits dans le Néguev (une asssociation israélienne). La municipalité de Beer Shéva,leur a écrit pour les informer de leur intention de « réexaminer » l’attribution de l’abri anti-aérien (inoccupé), le Multaqa-Mifgash, où le Dukium a établi un centre culturel arabe-juif et où sont organisées des visites des villages bédouins menacés..

Haia Noah, la directrice du Dukium nous écrit :
« Le Multaqa-Mifgash à Beersheba, le centre culturel arabe-juif, où depuis 2006 le NCF organise des évenements culturels, des ateliers, des cours de langues, de fêtes communes est en danger.

Depuis quelques années la municipalité critique ces activités, demandant à de nombreuses reprises d’annuler des projections de films, de limiter nos activités ou d’avertir des événements ( je pense à l’engagement avec Umm Al-Hiran et Al-Araqib).

Cette tentative de limiter nos actions et finalement de supprimer nos locaux pour les empêcher fait partie des restrictions plus importantes sur la liberté d’expression et est un autre témoignage de la diminution de nos droits civils.

Selon l’avis de la municipalité, nous devons répondre aux arguments mentionnés dans la lettre dans un délai de sept jours dans le cadre du processus de révision. Nous rejetons totalement ces arguments et nous les répondrons en détail dans les prochains jours. Nous avons l’intention de continuer à exploiter le Multaqa-Mifgash dans l’abri municipal qui nous a été attribué et nous travaillerons de toutes les façons possibles pour assurer notre mission. »

Michel Ouaknine, UJFP

 

http://www.ujfp.org/spip.php?article5643

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25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 04:43

Donald Trump à Riyad : « Un discours qui manquait de complexité, à l’image du personnage

 
 
 
Presse
21 mai 2017
 
 
 
 
 
 
Peut-on parler d'un changement de ton entre le Donald Trump candidat à la présidentielle et le Donald Trump président américain ?

Oui et non. C'était un discours qui était très attendu et qui voulait rompre avec le discours du Caire d'Obama en 2009. Obama a été qualifié pendant ses deux mandats par les Républicains de président qui s'excuse, qui s'incline face à l'islam, l'islamisme et le terrorisme. Ce que dit Trump, c'est qu'il faut que tous les États du Moyen-Orient se prennent en main pour lutter contre le terrorisme. Les États-Unis pourront être leur allié, mais il n'est pas question qu'ils comptent sur les États-Unis pour tout faire. Mais ce qui est intéressant, c'est que les États-Unis ne chercheront pas à imposer leur mode de vie aux États du Moyen-Orient, ce qui signifie entre les lignes que Washington donne un chèque en blanc à tous les régimes de la région, y compris les régimes autoritaires, pour lutter contre Daech, même si ça passe par des mesures de répression contre le peuple. Il dit ça notamment à l'Arabie Saoudite, qu'il décrit comme un pays formidable.
Pour moi c'est un discours assez ethnocentré, assez essentialiste, et qui peut faire peur d'une certaine manière : du moment que la lutte contre Daech est engagée, du moment qu'on lui signe un certain nombre de contrats commerciaux, il est prêt à fermer les yeux sur un certain nombre de choses. Il est prêt à dire aussi, pour faire plaisir à l'Arabie Saoudite et à certains de ses alliés, que l'Iran est le responsable du terrorisme, que l'Iran est le grand méchant de la région.


Donald Trump a dit que l'Iran finance, arme, entraîne des terroristes. Il appelle les pays du monde à isoler l'Iran au plan international. Ces propos sont-ils dangereux ?

C'est assez réducteur, et très généralisant, comme si le terrorisme islamiste venait d'une seule source et était aussi simple à analyser. Il balaie d'un revers de main les causes, les ressorts, les conditions d'entrée dans le terrorisme, la complexité diplomatique et idéologique de Daech et d'autres groupes terroristes. Comme si l'Arabie Saoudite n'avait elle-même pas à se remettre en question, ainsi que d'autres pays de la région. C'est comme s'il y avait un nouvel axe du mal, du "Georges Bush réchauffé" même si ce n'est pas du tout néoconservateur comme propos. Les choses sont évidemment beaucoup plus complexes. Cette division assez simpliste vient des conseillers qui ont écrit le discours et qui avaient peur que Trump ne dévie trop du discours. Il n'a dévié qu'à un seul moment, il a reconfondu islamisme et islamique.
Par rapport à l'Iran, c'est un signe de défiance de plus. Il y a deux raisons à cela. La première, c'est qu'il veut rompre avec la diplomatie d'Obama et il a besoin de marqueurs forts. La deuxième raison, c'est qu'il a tout intérêt à avoir des bonnes relations commerciales et économiques avec l'Arabie Saoudite. D'ailleurs, dans son discours, il dit à plusieurs moments que la solution à la paix, c'est d'une part la sécurité, mais aussi la prospérité, et ça passe par la signature de contrats. Donc c'est assez simple dans la tête de Donald Trump.


Donald Trump doit se rendre en Israël, dans les Territoires palestiniens, au Vatican. Ce sont des zones très sensibles, où la moindre erreur peut se transformer en brouille diplomatique. Donald Trump prend-il des risques ?

Oui, l'establishment de Washington tremblera jusqu'à ce qu'il rentre aux États-Unis. Le moindre dérapage peut être craint, s'il décide de sortir du cadre des discours et des éléments de langage prévus. Mais en même temps, Israël est très content d'avoir Trump comme interlocuteur parce que les relations avec Obama étaient exécrables. Les Israéliens voient Trump comme un allié, beaucoup plus manipulable peut-être. D'autres points dans ce discours font le lien avec ce que l'on dit : l'injonction de Trump à la tolérance religieuse, j'ai trouvé que ça ne manquait pas de sel, par rapport à tout ce qu'il a pu dire pendant sa campagne, comme quoi l'islam détestait l'Amérique, que l'islam n'était qu'un problème. Il a aussi exhorté les pays du Moyen-Orient à gérer eux-mêmes le problème des réfugiés, en disant l'Amérique d'abord, ça ne nous regarde pas. Tout ceci est assez logique.
 
 
 
 
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25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 04:40

Blacklisted for BDS?

 
 
 
 

Popular Native American studies scholar who was named faculty dean at Dartmouth withdraws from position, following criticism of his past support for Israel boycott. Some fear impact on academic freedom.

 
May 23, 2017
 

N. Bruce Duthu, a Native American studies scholar, was an appealing candidate for dean of the faculty for arts and sciences at Dartmouth College, at least on paper. Among other qualifications, he’s well liked, has administrative experience, advocates for the liberal arts and, as a member of the United Houma Nation, would have at the dean’s level helped alleviate Dartmouth's alleged diversity problem. He would have been among the highest-ranking Native Americans in the leadership of elite higher education.

Yet Duthu, who was appointed dean in March and was to assume that role in July, just gave up the position and his current administrative duties over concerns about his past support for an academic boycott of Israel.

“As many of you know, the news of my appointment, at least in some circles, remains a source of concern and contention,” Duthu wrote in an email to colleagues Monday, telling them he’d also step down as the Frank J. Guarini Associate Dean of the Faculty for International Studies and Interdisciplinary Programs. He’ll remain on the faculty as the Samson Occom Professor of Native American Studies.

“Whether warranted or not, this matter has been and will likely continue to be a significant distraction for me professionally and a source of considerable pain and frustration for me personally,” Duthu wrote. “It also has the great potential to be damaging to the college in the long term, given the higher visibility and engagement with external audiences that come with the dean’s position.”

The Dartmouth Review, a conservative campus publication, had previously criticized Duthu as “a dangerously unacceptable affirmative action candidate" for dean, citing his past involvement in BDS. But he still enjoyed broad support until earlier this month, when Alan Gustman, Loren M. Berry Professor of Economics at Dartmouth, reminded fellow professors via email that Duthu's involvement in BDS included joint authorship of the Native American and Indigenous Studies Association's 2013 statement in support of the boycott of Israeli academic institutions.

Duthu has never been a vocal supporter of BDS, but he was treasurer of the association at the time and signed the document. Gustman in his letter said he had “no reason to believe that Duthu is anti-Semitic,” but that matters is “that he is supporting a movement that is substantially anti-Semitic, and that he has taken a position with regard to the [boycott, divestment and sanctions] movement that is in opposition to the position and responsibilities he will have as dean of the faculty. Most importantly, he has not publicly renounced his public [statement] on the BDS movement.”

Simply put, he said, it’s “not appropriate to appoint an advocate of BDS” as dean, “thereby providing the BDS movement with a foothold at the highest levels of our administration.”

The letter was soon posted to FrontPage Mag, a conservative blog with a large following, opening up the internal debate to an international audience. The not-so-subtle headline was "Dartmouth Appoints Anti-Semitic Terrorist Enabler as Its New Dean." Concerned email messages started to flood inboxes at Dartmouth. Even Senator Ted Cruz, a Texas Republican and former presidential candidate, weighed in.

Duthu responded to the mounting controversy in an all-faculty email a few days later. He didn’t exactly disavow the association’s statement in support of the boycott, saying he continued to believe “in the right of private citizens to express criticism of any country’s government policies.” But he said he didn’t believe that “a boycott of academic institutions is the appropriate response. Instead, I support sustained, open and collegial engagement with fellow academics, including collaborative research and teaching.”

Noting that Dartmouth has said it won't support academic boycotts of any kind, Duthu said he’d embraced the policy as associate dean and would continue to do so as dean. He also condemned anti-Semitism, along with prejudice and acts of bias of any kind.

Gustman responded with another faculty email, saying that Duthu had failed to reconcile his past support for the boycott with his current position, and asserting that boycotts of Israel are fundamentally anti-Semitic.

“Duthu’s response to the faculty is an attempt to avoid the anger his public advocacy of BDS has created without repudiating the reasons his positions created this anger in the first place,” Gustman said. “The chant of the BDS movement, from the river to the sea, is anti-Israel, anti-Zionist and profoundly anti-Jewish. ... Again, this movement has become a cover for many anti-Semites who like nothing better than to once again be free to exercise their prejudices.”

The claim that there’s little daylight between the BDS movement and anti-Semitism undergirds much public opposition to the boycott. Why single out Israel for alleged human rights abuses among so many other nations accused of the same, critics say. Many others criticize academic boycotts as antithetical to academic freedom, given that professors in Israel and elsewhere may not support their governments' policies any more than Dartmouth professors support those of President Trump. Proponents, meanwhile, say that Israel’s close relationship with the U.S. merits special scrutiny.

Either way, Gustman’s argument found sympathetic ears and Dartmouth faced mounting criticism for the appointment. Duthu, too, won support, including from a student group called Native Americans at Dartmouth. Members wrote in an open letter that various criticisms of Duthu ignored his long career as a legal scholar and dedication to social justice on campus, including for students of color.

Still, the controversy apparently proved too much for Duthu. In responding to his decision Monday, Dartmouth’s president and provost said that they in principle “condemn bias against any group or individual and have complete confidence that [Duthu] does, as well. … In fact, his life's work has been dedicated to supporting social justice and fighting bias in all its forms.”

‘Misguided’ Criticism

Cary Nelson, Jubilee Professor of English at the University of Illinois at Urbana-Champaign and affiliated professor at Israel’s University of Haifa, is an outspoken critic of the Israel boycott movement, but he said he believes Duthu has been treated unfairly.

Saying he’s followed the Dartmouth case and been in contact with faculty members there, Nelson called the protest over Duthu’s appointment “thoroughly misguided.” Nelson described Duthu as an "ally, not an enemy," and a strong supporter of Jewish studies who is “hardly a hardcore boycott advocate."

Beyond Duthu, Nelson said it’s possible that “some people can sign a BDS petition without imposing that agenda on the rest of their professional life, while others cannot.” But a “single-minded litmus test” on the matter is no way to proceed.

John K. Wilson, an independent academic freedom scholar and co-editor of the American Association of University Professors’ “Academe” blog, opposes boycotts as incompatible with academic freedom. With regard to Duthu, he said, there’s “absolutely no good reason why someone should not be dean of a college because they took a personal stand in the past, or the present, on a political issue, whether they are pro-boycott or anti-boycott.”

Duthu has never “indicated that he would ever mistreat anyone based on their disagreement with him about boycotts of Israel, and there is no evidence of anything he's done wrong,” Wilson added.

Reading between the lines of Duthu’s notification letter -- in particular his reference to “external audiences” -- Wilson wondered whether Duthu’s ability to fund-raise had come into question, since deans are increasingly responsible for such activities.

Guessing Duthu “must have realized that supporting BDS means you are effectively on an academic blacklist from the top positions at any major college,” Wilson said there’s now “more certainty that American administrators will be afraid to express any criticism of Israel in the future, and that's a threat to academic freedom.”

Susannah Heschel, chair of Jewish studies at Dartmouth, told the Jewish newspaper The Algemeiner that most of her colleagues at Dartmouth "are very saddened by the news."

“I was very disappointed that so many people attacked Bruce rather than talking to him,” she said.

 

Colleen Flaherty

 
 
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Published by Insiode Higher ED.com - dans Revue de presse
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24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 09:01
Ils ne doivent pas mourir
 
 
Par Pierre Barbancey
Mardi, 23 Mai, 2017
L'Humanité
 
 
 
 

L'éditorial de Pierre Barbancey. « Ces hommes et ces femmes de tous âges sont des combattants de la liberté dont le seul tort est de vouloir voir leurs enfants grandir dans un État de Palestine dans les frontières de 1967. »

Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a d’ores et déjà annoncé la couleur s’agissant de la grève de la faim observée par les prisonniers politiques palestiniens : il se comportera comme Margaret Thatcher qui, en 1981, a laissé mourir Bobby Sands et les patriotes irlandais. Depuis 37 jours aujourd’hui, Marwan Barghouti et des centaines d’autres détenus ont cessé de s’alimenter. Ils ne boivent plus. Le pire peut désormais arriver, si rien n’est fait. Leurs revendications sont pourtant légitimes. Ils veulent voir leur famille plus souvent, améliorer des conditions de détention terribles… À ces demandes légitimes, le gouvernement israélien oppose une fin de non-recevoir. En cinquante ans d’occupation, pas une famille palestinienne n’a été épargnée. Ils sont aujourd’hui 6 500 dans les geôles israéliennes. Certains depuis plus de trente ans, dépassant le triste record de Nelson Mandela. C’est aussi cela la réalité de l’occupation israélienne.

La libération des prisonniers palestiniens est une question urgente qui fait partie intégrante de la résolution de ce qu’il est convenu d’appeler le « conflit israélo-palestinien », en réalité une politique d’occupation et de colonisation qui nie les droits d’un peuple. La France, si sourcilleuse en d’autres points de la planète, se grandirait à intervenir pour que les revendications des prisonniers palestiniens soient entendues. Pour la première fois depuis longtemps, en Cisjordanie comme à Gaza, les Palestiniens ont arrêté le travail ou n’ont pas ouvert leur magasin, hier, en signe de solidarité avec « leurs » prisonniers. Car ces hommes et ces femmes de tous âges – 350 mineurs palestiniens sont enfermés – sont des combattants de la liberté dont le seul tort est de vouloir voir leurs enfants grandir dans un État de Palestine dans les frontières de 1967. D’où l’importance de faire grandir un mouvement international pour la libération de Marwan Barghouti, d’Ahmed Saadat et de l’ensemble des prisonniers politiques palestiniens. Tout de suite. Avant qu’il ne soit trop tard.

grand reporter
 
 
 
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