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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 01:09

 

Crise de l'électricité à Gaza: 1ère livraison égyptienne de carburant
 
 
 
 
 
 

Rafah (Territoires palestiniens) (AFP) - L'Egypte a entamé mercredi matin la livraison d'un million de litres de carburant aux deux millions de Gazaouis, qui ne disposent plus que de deux heures de courant par jour, a indiqué un responsable palestinien.

Ce "million de litres de carburant égyptien va être transporté par 22 camions via le terminal de Rafah", la seule ouverture de Gaza sur le monde qui ne soit pas tenue par Israël, a indiqué à l'AFP Waël Abou Omar, responsable palestinien au point de passage de Rafah.

Il sera directement acheminé vers l'unique centrale électrique de l'enclave côtière, à l'arrêt faute de fuel depuis deux mois et "sous 24 heures, la centrale électrique recommencera à fonctionner", a indiqué l'Autorité de l'énergie à Gaza.

Depuis qu'Israël a réduit ses livraisons d'électricité à Gaza lundi, l'ONU et les humanitaires ne cessaient de mettre en garde contre un "effondrement total" de la petite enclave palestinienne soumise depuis dix ans à un sévère blocus.

A Gaza, ravagée par les guerres et la pauvreté, l'alimentation en électricité est une préoccupation primordiale dans l'enclave en bordure du désert, a fortiori en plein ramadan et durant l'été.

En trois jours, Israël a réduit d'une trentaine de mégawatts l'approvisionnement des lignes électriques alimentant la

L'Etat hébreu explique avoir pris cette décision parce que l'Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas refusait désormais de régler la facture d'électricité de la bande de Gaza gouvernée sans partage par le Hamas islamiste, son grand rival.

Ce montant s'élève chaque mois à 11,3 millions d'euros pour 120 MW, répartis sur dix lignes israéliennes, soit un quart des besoins de la bande de Gaza estimés entre 450 et 500 MW.

En temps normal, l'unique centrale électrique de l'enclave, soumise à un sévère blocus israélien doublé de la fermeture de la frontière égyptienne, fournit à plein régime 65 MW et les lignes égyptiennes 23 MW.

Plusieurs fois endommagée par les guerres, la centrale subit régulièrement des baisses de régime et les lignes égyptiennes, abimées ou détruites par les affrontements entre l'insurrection jihadiste et l'armée égyptienne dans le Sinaï, ne sont plus d'une grande aide.

 
 
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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 01:04

Risques d’escalade dans le Golfe

 
 
 

Orient XXI > Magazine > Vidéo > Alain Gresh > Philippe Henri Gunet > 19 juin 2017

Le 5 juin 2017, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Bahreïn et l’Égypte ont décidé de rompre leurs relations diplomatiques avec le Qatar et ont pris une série de mesures politiques et économiques contre ce pays. Cette escalade fait peser de nouvelles menaces sur une région déjà ébranlée par la guerre au Yémen et les crises au Proche-Orient.

 
Risques d’escalade dans le Golfe (Orient XXI) - YouTube

Philippe Gunet. — Depuis quinze jours une crise oppose l’Arabie saoudite au Qatar. Riyad a lancé une offensive politique importante contre son voisin. Quels sont les événements qui l’ont caractérisée et surtout, quelles en sont les causes ?

Alain Gresh. — Ce qui caractérise l’offensive lancée par l’Arabie saoudite et ses alliés contre le Qatar c’est la violence, et le fait qu’on est tout de suite monté aux extrêmes. Ces pays ont rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar. Ils ont instauré un embargo sur les aéroports, sur les lignes aériennes qui viennent du Qatar, un embargo terrestre. Le Qatar a une seule frontière avec l’Arabie saoudite, par laquelle transite une grande partie de son approvisionnement ; elle a été fermée. L’Arabie saoudite a exclu le Qatar des coalitions diverses et variées de lutte contre le terrorisme et a demandé à son contingent militaire basé en Arabie saoudite à la frontière avec le Yémen de se retirer. C’est donc extrêmement violent. Et ce qui est frappant, quinze jours après, c’est que malgré tout, il ne semble pas que cette offensive donne des résultats, ni que le Qatar soit prêt à plier, ni que l’Arabie saoudite et ses alliés arrivent à constituer un front assez large pour l’isoler totalement. On a donc l’impression qu’au départ l’Arabie saoudite et ses alliés pensaient obtenir des résultats rapides, mais pour l’instant, ce n’est pas le cas.

P. G. Y avait-il des prémices à cette crise ? Finalement, que reproche l’Arabie saoudite au Qatar ?

A. G. — Il y a des tensions entre le Qatar et ses voisins depuis très longtemps. C’est lié au fait que le Qatar a toujours eu une politique indépendante, n’a pas voulu être sous la tutelle saoudienne, a développé des moyens de communication — dont la fameuse chaîne Al-Jazira, qui était un vecteur de critique, y compris de la monarchie saoudienne. Sur différents dossiers, les Qataris ont une position parfois difficile à comprendre. Avant les printemps arabes, par exemple, c’était le pays qui hébergeait la plus grande base américaine dans la région, avait des relations avec Israël et la Syrie, soutenait le Hezbollah. La cohérence était dans l’indépendance politique de la décision qatarienne.

Déjà en 2014 une première crise avait amené l’Arabie saoudite à simplement retirer son ambassadeur. Une forme d’arrangement avait abouti à ce que, notamment, la chaîne Al-Jazira et la presse qatariote soient moins critiques à l’égard de l’Arabie saoudite. Rien ne laissait donc présager une nouvelle crise dans la mesure où en mai 2017, quelque temps avant son déclenchement, au cours d’une réunion à Doha des ministres des affaires étrangères du conseil de coopération du Golfe (CCG), personne n’avait rien dit. La veille, le ministre des affaires étrangères saoudien Adel Al-Joubeir avait été appelé à intervenir devant tous les ambassadeurs du Qatar dans le monde sans rien évoquer des divergences. On savait qu’il y avait des tensions, mais pourquoi maintenant ?

Officiellement, on peut dire qu’il y a trois types de critiques : d’abord les médias, non seulement la chaîne Al-Jazira, mais tous les médias plus ou moins financés par le Qatar. Aujourd’hui les médias panarabes sont financés pour l’essentiel par l’Arabie saoudite. La voix différente du Qatar déplaît à l’Arabie saoudite, comme à son allié les Émirats arabes unis. Ils demandent la fermeture ou la transformation d’Al-Jazira, d’Al-Araby al-Jadid — un journal et une télévision basés à Londres, fondés par Azmi Bishara, qui est un intellectuel palestinien laïc, plutôt de gauche. Il y a beaucoup de demandes de ce type.

Ensuite, le Qatar est accusé d’aider le terrorisme. Or, c’est très difficile de savoir qui soutient le terrorisme. À un certain moment, le Qatar a aidé en Syrie des groupes qui étaient liés à Al-Qaida parce que leur objectif était le renversement du régime de Bachar Al-Assad, mais c’est également la politique de l’Arabie saoudite.

P. G. L’Arabie saoudite a fait la même chose...

A. G. — Et la Turquie aussi. C’est donc un peu difficile de prendre au sérieux cette accusation. En réalité, derrière, il y a plutôt une critique contre les Frères musulmans. Ceux-ci ont été soutenus pendant les printemps arabes par le Qatar. Ils ont eu un moment une influence importante qui inquiétait les Saoudiens, notamment en Égypte et en Tunisie, mais aujourd’hui le mouvement est en recul. Le Qatar abrite des dirigeants des Frères musulmans, mais peu de gens, à part en Égypte et en Arabie saoudite, considèrent qu’ils sont une organisation terroriste. Il y a eu récemment une enquête du Parlement britannique, pourtant très critique à l’égard des Frères musulmans, mais dont la conclusion est que ce n’est pas une organisation terroriste. Le Hamas, l’organisation palestinienne qui contrôle Gaza, est tout de même particulièrement ciblée, mais là aussi c’est un peu étrange dans la mesure où tout le monde reconnaît que le Hamas est une partie de l’équation palestinienne et qu’on ne peut sûrement pas le réduire à une organisation terroriste.

La troisième critique faite au Qatar concerne sa proximité et ses relations économiques avec l’Iran. J’ai rencontré il y a un an et demi le ministre des affaires étrangères du Qatar, il était très clair. D’une certaine manière, il accusait l’Iran de vouloir faire un califat chiite comme Abou Bakr Al-Bagdadi veut faire un califat sunnite, mais en même temps il disait : c’est un fait, ils sont là, la géographie commande. Il y a le champ gazier partagé de Pars Sud, et il va falloir composer avec eux.

P. G.Les Émirats arabes unis, qui ont suivi l’Arabie saoudite dans cette offensive, ont-ils les mêmes objectifs que l’Arabie saoudite ?

A. G. — Pas tout à fait. Il y a trois pôles dans cette offensive : l’Arabie saoudite, l’Égypte et les Émirats arabes unis. Pour l’Égypte, il s’agit de la lutte contre les Frères musulmans. Les Émirats arabes unis ont aussi une politique très hostile aux Frères musulmans, beaucoup plus même que l’Arabie saoudite, et par exemple au Yémen, où ils sont coalisés avec l’Arabie saoudite, ils n’apprécient pas l’alliance de l’Arabie saoudite avec les Frères musulmans locaux dans des luttes internes difficiles à comprendre. Les Émirats arabes unis sont aussi très présents sur le terrain libyen, face à des gens accusés d’être financés par le Qatar.

P. G.Pourquoi cette crise intervient-elle maintenant ? Tous ces reproches qu’expriment l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ne sont pas nouveaux...

A. G. — Non seulement ils ne sont pas nouveaux, mais ils sont en partie injustifiés. La presse Al-Jazira ne critique pas l’Arabie saoudite, n’a jamais critiqué l’intervention saoudienne au Yémen, et des amis journalistes qui travaillent à Al-Jazira m’ont dit : « On a même interdiction de montrer les victimes civiles des bombardements saoudiens. » Or, depuis trois jours Al-Jazira évoque les conséquences dramatiques de l’intervention saoudienne au Yémen. C’est donc contreproductif du point de vue de l’Arabie saoudite.

Il y a une lutte pour le pouvoir en Arabie saoudite entre le roi, le prince héritier et le fils du roi qui est le vice-prince héritier, et une alliance entre le roi et son fils pour tenter d’éliminer le prince héritier. C’est le fils du roi, Mohammed Ben Salman, qui a été à l’initiative de la guerre contre le Yémen. Il mène une politique agressive pour essayer de s’affirmer. C’est lui l’architecte de la guerre au Yémen, mais il a échoué, et là on a l’impression qu’il est à la manœuvre pour avoir un rôle plus important. Et il agit avec le prince héritier des Émirats arabes unis, Mohammed Ben Zayed, qui est aussi très anti-Frères musulmans. Les politiques traditionnelles de ces pays étaient jusqu’ici relativement prudentes, et même s’ils intervenaient, ils faisaient attention aux équilibres. Là on a l’impression qu’ils sont prêts à tout pour bouleverser le rapport de force.

Le deuxième événement est l’élection de Donald Trump aux États-Unis.

P. G. — Cette offensive a été lancée par les Saoudiens, même s’ils ont été suivis par les Émirats, les Égyptiens et d’autres. Elle intervient au moment où l’Arabie saoudite tente de construire une alliance, officiellement contre le terrorisme, mais on comprend bien qu’en réalité il s’agit de créer autour de l’Arabie saoudite un front de pays essentiellement sunnites face à l’Iran. Cette action presque intestine au sein du CCG le fragilise. La Turquie vient aider le Qatar ; le sultanat d’Oman traditionnellement ne prend pas parti ; le Koweït essaie de faire la médiation... Finalement, l’Arabie saoudite ne s’est-elle pas tiré une balle dans le pied ?

A. G. — L’Arabie saoudite a voulu obtenir un soutien en faisant pression sur plusieurs pays. D’abord financièrement, mais comme elle est aussi la gardienne des deux lieux saints de l’islam et qu’elle décide du nombre de pélerins admis par pays, elle dispose d’un moyen de pression assez fort sur ce terrain. Par conséquent, elle a obtenu quelques soutiens d’autres pays que les Émirats arabes unis et l’Égypte : le Sénégal, les îles Maldives etc. Cependant, les grands pays musulmans ne se sont pas ralliés : l’Indonésie, le pays musulman le plus peuplé, a pris une position de neutralité. Le Pakistan est très réticent. Le Maroc a envoyé des vivres au Qatar alors qu’il est réputé — à juste titre — très proche de l’Arabie saoudite. Alors oui, l’Arabie saoudite s’est tiré une balle dans le pied. La Turquie vole au secours du Qatar, et on peut imaginer un rapprochement Iran-Turquie-Qatar qui serait une catastrophe pour la politique saoudienne. Mais en politique, les calculs ne réussissent pas toujours. On peut avoir un plan extrêmement bien élaboré qui tourne en catastrophe. Dans le cas qui nous occupe, c’est un peu tôt pour le dire, mais un autre élément joue : la désagrégation de toute la région, qui s’ajoute à la guerre en Irak, en Syrie, au Yémen. Les pays du Golfe étaient à peu près stables, et là on sent des prémices d’affrontements. Le blocus imposé au Qatar est un acte de guerre. Si le Qatar ripostait — mais ils n’ont pas les moyens de riposter militairement —, ce serait de la légitime défense. La situation est donc très tendue, mais j’espère qu’on n’ira pas jusqu’à la guerre.

P. G.-- Pour compliquer davantage, le discours américain est illisible, avec un président Donald Trump qui apparemment soutient la démarche saoudienne. Il l’a peut-être même un peu encouragée. Il a requalifié le Qatar comme l’un des principaux « sponsors » du terrorisme. En même temps, les USA viennent de signer un contrat de 12 milliards de dollars pour vendre des F-15 au Qatar. Comment l’expliquez-vous ?

A. G. — Les Américains ont deux bases au Qatar : une base de matériel prépositionné, susceptible d’armer plusieurs dizaines de milliers de soldats américains en cas de crise, et la base aérienne d’Al-Oudeid du Central Command (Centcom) qui coordonne notamment toutes les activités contre le terrorisme en Afghanistan et en Irak. C’est donc curieux qu’ils disent que le Qatar est un sponsor du terrorisme. Ce n’est pas tant que Donald Trump lui-même apparaisse illisible, car aucune politique d’aucun pays n’est homogène et sans contradictions, mais normalement, au bout de six mois, on a une administration (Pentagone, CIA, département d’État, Maison Blanche) qui fonctionne, et avec des arbitrages. Là on a l’impression qu’il n’y en a pas. De temps en temps, le secrétaire d’État dit quelque chose, le Pentagone dit autre chose et Donald Trump twitte sans savoir…

Apparemment le vice-prince héritier de l’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salman, content d’être débarrassé de Barack Obama, pense pouvoir traiter directement avec Donald Trump, et même le mettre devant le fait accompli. Il s’attendait peut-être à un soutien plus important, sans se rendre compte justement de ces contradictions dans l’administration américaine. Les Américains ne peuvent pas se passer aujourd’hui de la base d’Al-Oudeid, donc ils ne peuvent pas non plus engager une crise qui pourrait amener les Qataris à dire qu’ils ont besoin d’une aide iranienne ou turque pour se défendre.

En 2003, après l’invasion de l’Irak par les États-Unis, les Saoudiens ont demandé le retrait d’une des bases nord-américaines installée là depuis 1990 et les Qataris l’ont acceptée. Ils s’en servent à présent de manière assez intelligente. De même, en achetant des F-15 pour une somme de 12 milliards de dollars, ils renforcent leurs relations avec Washington. Enfin, ils ont loué les services d’un lobbyiste aux États-Unis, John Aschroft, ancien procureur général. Le Qatar veut faire contrepoids au très puissant lobby émirati, souvent en alliance avec Israël, notamment contre l’aide du Qatar au Hamas et au Hezbollah. En ce moment, des millions de dollars affluent dans les caisses de différents lobbyistes à Washington.

P. G.Une ligne de fracture se dessinerait-elle actuellement entre l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Israël d’un côté et la Turquie, le Qatar et une alliance presque avec l’Iran, et même avec l’islam politique de l’autre ?

A. G. — C’est tout à fait ça. Les Saoudiens se tirent une balle dans le pied et tirent une balle dans le pied de la stratégie des États-Unis. S’il y a une chose claire dans la stratégie de Trump et le résultat de sa visite dans la région, c’est de dire qu’il faut une alliance des pays arabes modérés avec Israël contre l’Iran. Or là, on contribue à casser le front des pays arabes, ce qui est négatif du point de vue nord-américain. Pour cette raison, je pense que Washington poussera quand même vers une solution, malgré les tweets de Trump, mais la tentative de solution est plus difficile qu’en 2014, parce qu’on est allé tout de suite aux extrêmes — un blocus, la rupture de relations diplomatiques. Et puis parce qu’en 2014, il y avait eu une sorte d’arrangement dans lequel personne n’avait perdu la face. Dans le cas présent, cela risque d’être plus compliqué.

La monarchie saoudienne se trouve dans une période de transition. Qui va succéder au roi ? C’est aussi un pays sans véritable administration, à la différence de l’Iran. On peut critiquer les Iraniens, mais ils ont une administration, un centre de pouvoir. En Arabie saoudite, cela se joue entre quelques personnes, et une nouvelle génération arrive aux affaires. Les « jeunes » sont peut-être plus ouverts et plus occidentalisés, mais ils ne connaissent pas vraiment la situation. Au Yémen, par exemple, l’ancienne génération saoudienne connaissait tout le monde ; ils savaient comment négocier. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, cette compétence a disparu, ce qui rend les initiatives saoudiennes parfois totalement irréfléchies, avec des conséquences visibles au Yémen, où l’Arabie saoudite est en train de détruire le pays le plus pauvre de la planète, avec des conséquences humaines terribles. L’Arabie saoudite y est intervenue pour soi-disant rétablir un gouvernement légitime. Elle n’envoie pas de troupes au sol, mais les combats sont tellement durs, et les rebelles houthistes tellement efficaces — parce qu’ils se battent depuis des décennies alors que l’armée saoudienne ne sait pas se battre — que l’Arabie saoudite a été obligée d’évacuer toute la zone de la frontière sur 8 à 10 kilomètres. Tous ces conflits ne sont pas localisés parce que les gens sont liés. Une partie des Saoudiens est d’origine yéménite. Il y a des millions de Yéménites en Arabie saoudite, donc la guerre ajoute à la guerre.

 
 
 
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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 00:50

Israel begins work on first settlement in 25 years as Jared Kushner flies in

 
 

Netanyahu announces ground-breaking at Amichai, which will house 300 hardline residents of illegal outpost of Amona

 

 

 

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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 00:48

Qatar Ban : le pyromane Trump / le pompier Macron

#TensionsGolfe
 
17 juin 2017

 

Alors qu’une dégradation de la situation dans la région serait extrêmement négative, non seulement pour les pays concernés mais également pour le reste du monde, l'initiative du président français de servir d'intermédiaire paraît excellente

Mercredi 14 juin, au cours de sa visite au Maroc, l'Élysée a indiqué que le président Emmanuel Macron recevrait séparément l'émir du Qatar et le prince héritier d'Abou Dabi, en vue de faire baisser les tensions dans la région.

L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Bahreïn ont effectivement décrété un blocus à l'égard de l'émirat du Qatar, lui reprochant de soutenir le terrorisme. Les tensions sont très fortes et une dégradation de la situation dans la région serait extrêmement négative, non seulement pour les pays concernés mais également pour le reste du monde, du fait de l'importance des liens entretenus avec ces pays.

Le blocus est une décision très lourde, bien plus importante encore que la rupture des relations diplomatiques, et cela faisait très longtemps qu'une telle sentence n'avait pas été prononcée en relations internationales.

Ce que cachent les accusations de soutien au terrorisme

Quelle est l'origine du conflit entre l'Arabie saoudite et le Qatar ? Paradoxalement, ce qui les oppose est le fait qu’ils soient tous deux des pays sunnites et wahhabites. Le petit émirat a toujours voulu se distinguer de son voisin plus grand et plus puissant, il a donc cultivé une politique différente pour exister sur la scène internationale. Ainsi, depuis plus de vingt ans, l’émirat multiplie les initiatives pour exister face aux Saoudiens, qui le vivent comme un défi puisqu’ils considèrent parfois le Qatar comme une simple extension de leur royaume.

Depuis plus de vingt ans, l’émirat multiplie les initiatives pour exister face aux Saoudiens, qui le vivent comme un défi puisqu’ils considèrent parfois le Qatar comme une simple extension de leur royaume

Dans cet esprit, le Qatar a lancé la chaîne Al Jazeera, qui agace les monarchies du golfe. L’émirat a également soutenu les Printemps arabes, alors que les monarchies du Golfe y étaient opposées. Le Qatar soutient aussi les Frères musulmans, tandis qu’aux yeux du royaume saoudien, l'islam politique est une aberration, voire une menace à combattre. Enfin, les Saoudiens reprochent aux Qataris d'entretenir de bonnes relations avec l’Iran, alors qu’eux voient dans Téhéran une menace existentielle. Le Qatar a effectivement de bonnes relations de voisinage, entre autres raisons parce qu'il partage un gigantesque champ de gaz naturel avec l’Iran ; mais c'est également là aussi une façon de se distinguer de l’Arabie saoudite.

 

 


"Les accusations de soutien au terrorisme sont très graves et très largement exagérées. […] elles ont pour but de disqualifier les Qataris" - Pascal Boniface

 

Les accusations de soutien au terrorisme sont très graves et très largement exagérées. Les Frères musulmans sont un mouvement politique que l'on peut éventuellement combattre politiquement mais ce n'est en aucun cas un mouvement terroriste. Quant à l’Iran, bien que l’on puisse avoir des différends sur la nature du régime, il est faux de dire que Téhéran soutient le terrorisme. En réalité, ces accusations de terrorisme ont pour but de disqualifier les Qataris.

Donald Trump, l’incendiaire

Pour expliquer cette crise, l’élément le plus récent reste la visite de Donald Trump en Arabie saoudite. Les Saoudiens étaient très critiques à l'égard du président Barack Obama pour trois raisons majeures. Tout d’abord, ils reprochaient à Obama d'avoir lâché très rapidement Hosni Moubarak en Égypte, sapant de la sorte la confiance des Saoudiens dans la garantie de sécurité américaine. La monarchie estimait notamment que le pacte du Quincy de 1945 – selon lequel les Américains, en échange de l'accès au pétrole saoudien abondant et bon marché, garantissaient la sécurité du régime – était remis en cause par le fait qu'un allié aussi solide et docile que Moubarak ait été abandonné si rapidement par Washington.

À LIRE : Pourquoi la campagne contre le Qatar est vouée à l’échec

Deuxième point, la découverte importante de gisements de gaz de schiste et de pétrole aux États-Unis rendait ces derniers moins dépendants des matières premières énergétiques saoudiennes, remettant donc encore en question le pacte du Quincy.

Troisième raison, et non des moindres, l'accord sur le nucléaire iranien et la réconciliation qu'Obama a entamé avec l’Iran était insupportable pour les Saoudiens.

Les Saoudiens ont été suffisamment rassurés et confortés par Donald Trump pour se lancer dans cette politique relativement agressive à l'égard du Qatar

Dès lors, les Saoudiens s'étaient réjouis de l’arrivée de Donald Trump car ils connaissaient l'aversion du nouveau président à l'égard de l’Iran. Trump a effectué sa première visite bilatérale en Arabie saoudite, ce qui peut paraître curieux car ordinairement, la première visite bilatérale d'un président américain a lieu soit au Canada, soit au Mexique. À cette occasion, Trump a signé d'importants contrats, dont 110 milliards de contrats d'armements, relançant ainsi les tensions et la course aux armements dans la région. Les Saoudiens ont été suffisamment rassurés et confortés pour se lancer dans cette politique relativement agressive à l'égard du Qatar, ainsi que pour décider ce blocus.

Le rapprochement qatari-iranien : une prophétie auto-réalisatrice

Le problème est que cette politique ne peut produire que des perdants, pas de gagnants. Il est en effet peu probable que le Qatar change complètement de position et cède aux injonctions saoudiennes, car il perdrait alors son indépendance. Le risque serait plutôt de pousser davantage les Qataris dans les bras iraniens. En agissant de la sorte, les Saoudiens créent donc une prophétie auto-réalisatrice : craignant les liens entre le Qatar et l’Iran, ils poussent un peu plus l’émirat, s'il veut continuer à exister, à se rapprocher de Téhéran.

Entre parenthèses, ces événements montrent que la thèse souvent répandue selon laquelle le clivage majeur dans la région résiderait dans l’opposition sunnites versus chiites n'est pas aussi exacte. Le Qatar et l'Arabie saoudite sont en effet tous deux non seulement sunnites mais également wahhabites. L’émirat a de bonnes relations avec Téhéran et est soutenu non seulement par le Koweït et Oman, mais également par la Turquie. On voit donc deux blocs pouvant éventuellement se constituer, ce qui serait très dangereux. Une fois encore, ces profondes divisions montrent bien que l'unité arabe si souvent évoquée n’est qu’un mythe.

Une fois encore, ces profondes divisions montrent bien que l'unité arabe si souvent évoquée n’est qu’un mythe

Il est d'une importance capitale, non seulement pour les pays de la région mais pour l'ensemble du monde, que les tensions n’escaladent pas et, surtout, qu’elles diminuent. Pour cela, le blocus doit être suspendu et un accord doit voir le jour entre les Saoudiens, les Émiratis et les Qataris, afin que chacun puisse sortir la tête haute.

En ce sens, l'initiative du président Macron de servir d'intermédiaire est excellente – Oman pourrait également jouer ce rôle, de même que le secrétaire général de l'ONU – car au final, lorsqu’une telle opposition existe entre des pays, ils ne sont plus en mesure de se parler directement. Ce serait donc plus qu’honorable pour la France que de tenter de jouer les messieurs de bon office, certes sans avoir la certitude d'y parvenir, mais faisant au moins tous les efforts possibles. On voit là encore une différence dans cette affaire : Donald Trump a été l'incendiaire, tandis qu'Emmanuel Macron se propose à jouer le pompier.

 

- Pascal Boniface est directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et enseignant à l’Institut d’études européennes de l’Université Paris 8, France. Il a écrit ou dirigé la publication d’une cinquantaine d’ouvrages ayant pour thème les relations internationales, les questions nucléaires et de désarmement, les rapports de force entre les puissances, la politique étrangère française, l’impact du sport dans les relations internationales, le conflit du Proche-Orient et ses répercussions en France.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : (de droite à gauche) le roi Abdallah II de Jordanie, le roi Salmane d’Arabie saoudite, le président américain Donald Trump, le prince héritier d'Abou Dabi Mohammed ben Zayed al-Nahyane et l’émir du Qatar Cheikh Tamim ben Hamad al-Thani posent pour une photo lors du Sommet arabo-islamo-américain à Riyad, Arabie saoudite, le 21 mai 2017 (Reuters).

 
 
 
 
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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 00:44
La Suisse médiatrice dans l’affaire du Qatar?
 
 
 
L'invité Anouar Gharbi Directeur du Geneva Council for International Affairs and Development GCIAD
 
Une violente et grave crise diplomatique secoue actuellement la région du Golfe. En 1981, suite à la révolution iranienne, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le Koweït, le Qatar, Bahreïn et Oman ont fondé le Conseil de coopération du Golfe (CCG) et un projet d’union entre les six Etats a été déposé par les Saoudiens ces dernières années.

Dans les années 90, le Qatar est devenu un acteur socio-économique très influent, notamment avec l’arrivée de la chaîne Al Jazeera. Cette dernière a séduit les peuples et agacé les dirigeants et les dictateurs. En 2011, le Printemps arabe et sa couverture par Al Jazeera ont accentué les clivages… Lors des élections qui ont suivi en Tunisie, au Maroc, en Libye et en Egypte, les électeurs ont été séduits par le discours des «islamistes». Les régimes saoudien, émirien et bahreïnien ont rapidement étouffé les manifestations et répondu à certaines revendications. Ces dernières années, les pays du CCG ont adopté des positions et des stratégies différentes et des fois conflictuelles. Il suffit de mentionner la vision par rapport au processus démocratique en Tunisie, l’agression israélienne contre Gaza en 2012 et en 2014, le coup d’Etat en Egypte en 2013, le conflit en Libye, la guerre en Syrie, le coup d’Etat militaire qui a échoué contre le président Erdogan l’année dernière, l’accord sur le nucléaire iranien ou même l’élection présidentielle aux Etats-Unis pour se rendre compte que les enjeux ne sont plus les mêmes. Certains discours de l’ancien président des Etats-Unis Barack Obama et de ses collaborateurs sur la démocratie et l’ouverture ont été perçus comme un soutien aux «islamistes».

Avec l’arrivée de l’homme d’affaires Donald Trump au pouvoir, certains ont considéré que le moment était venu de se débarrasser définitivement des maux du Printemps arabe, de la démocratie et des libertés. Ce que nous observons aujourd’hui est une vague de contre-révolution motivée par des désirs de haine et de vengeance. Ce courant a trouvé un soutien en la personne de Donald Trump ainsi qu’au sein des extrémistes de la droite conservatrice aux Etats-Unis. Trump a ainsi déclaré dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux qu’il désirait obtenir 20 à 30% des richesses des pays du Golfe, et cela avant de devenir président des Etats-Unis. Avec sa politique dévastatrice dans une région complexe, M. Trump ne va pas «chasser» les extrémistes et les «terroristes» ni «isoler» l’Iran comme il le souhaite. Il va au contraire donner plus de temps et de moyens aux nids du terrorisme et renforcer la présence iranienne dans la région. Si le conflit n’est pas résolu rapidement, l’Iran, la Turquie et le Pakistan vont de ce fait avoir une présence beaucoup plus visible. Le Koweït et Oman seront ainsi obligés de choisir leur camp.

La Suisse est le pays le mieux placé pour comprendre les enjeux et ainsi jouer un rôle médiateur entre l’Arabie saoudite et le Qatar afin de résoudre ce conflit. Dans le cas contraire, ce dernier pourrait avoir un impact énorme sur l’économie, le sport ainsi que la stabilité et la sécurité dans le monde. (TDG)

Créé: 20.06.2017, 12h39

 

http://www.tdg.ch/reflexions/suisse-mediatrice-affaire-qatar/story/22175587

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21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 05:56

Israël commence à réduire dangereusement les livraisons d'électricité à Gaza

 
 
 
Lundi, 19 Juin, 2017
Humanite.fr

 

 

Israël a commencé lundi à réduire les livraisons d'électricité aux deux millions de Gazaouis qui ne bénéficiaient déjà que de quelques heures d'électricité par jour. L’Onu évoque un risque d’effondrement total » des services vitaux pour la population.

Cette diminution, qui fait passer à deux heures par jour l'approvisionnement en électricité des Gazaouis, suscite des inquiétudes sur une montée des tensions et un possible effondrement des services vitaux dans un territoire qui a connu depuis 2007 trois guerres avec Israël et une quasi guerre civile entre mouvements palestiniens.

"L'approvisionnement sera réduit sur deux lignes sur dix chaque jour, jusqu'à ce que cette baisse s'applique à l'ensemble des dix lignes", a détaillé la compagnie d'électricité israélienne dans un communiqué.

Israël "a réduit lundi matin de huit mégawatts l'approvisionnement des lignes électriques" vers le territoire côtier surpeuplé et ravagé par les guerres et la pauvreté, a de son côté indiqué l'Autorité de l'énergie, tenue par le Hamas islamiste au pouvoir à Gaza, dans un communiqué.

En temps normal, Israël fournit 120 mégawatts à Gaza --soit un quart des besoins de l'enclave estimés entre 450 et 500 MW. La facture, payée par l'Autorité palestinienne pourtant chassée du pouvoir à Gaza par le Hamas, s'élève chaque mois à 11,3 millions d'euros.

Depuis que l'unique centrale électrique de la bande de Gaza est à l'arrêt faute de carburant, ces 120 MW représentent 80% de l'électricité disponible dans la bande de Gaza.

La réduction entamée lundi est "dangereuse" dans un territoire "en pénurie chronique d'énergie", a estimé l'Autorité de l'énergie. Elle en a fait porter la responsabilité à Israël et "aux parties impliquées dans la prise de cette décision".

Une histoire de facture à payer...

Mi-juin, le gouvernement israélien avait annoncé avoir décidé de réduire les livraisons, arguant que l'Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas refusait désormais de régler la facture d'électricité de la bande de Gaza. L'Autorité palestinienne, elle, accuse le Hamas de ne pas assumer l'approvisionnement en énergie du territoire qu'il contrôle sans partage.

L'ONU et de nombreuses organisations humanitaires ont mis en garde contre "un effondrement total" des services vitaux pour la population, notamment dans le secteur de la santé.

Dans un contexte de crise humanitaire et de marasme économique permanents, l'alimentation en électricité est une préoccupation primordiale dans l'enclave en bordure du désert, a fortiori en plein ramadan et durant l'été.

La question de l'électricité a déjà provoqué en janvier des manifestations de protestation, rares dans la bande de Gaza et aussitôt réprimées par les forces de sécurité du Hamas.

 

http://www.humanite.fr/israel-commence-reduire-dangereusement-les-livraisons-delectricite-gaza-637614

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21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 05:51

Libérer Mossoul, et après ?

 

La longue errance des sunnites d’Irak

 

Orient XXI > Magazine > Myriam Benraad > 20 juin 2017

Au terme de huit mois d’une offensive militaire sans relâche et sanglante, les troupes irakiennes et leurs alliés ont lancé l’assaut final sur la partie occidentale de Mossoul aux mains de l’organisation de l’État islamique. La bataille a profondément fragmenté la société et touche plus particulièrement les Arabes sunnites démunis — même si le conflit ne saurait être réduit à une simple confrontation entre sunnites, chiites et Kurdes.

 

La montée en puissance de l’organisation de l’Etat islamique (OEI) et les violences qui ont suivi illustrent l’étendue des replis communautaires dans le pays, devenus de véritables « murs » intérieurs. Mais les clivages autour de la redéfinition de l’Irak sont bien plus profonds qu’il n’y paraît de prime abord et tout aussi intenses au sein de la communauté sunnite elle-même. Si les observateurs avertis s’accordent sur le fait que toute normalisation du statut des Arabes sunnites est un prérequis au retour de l’Irak à la sécurité et la stabilité et à la reconstruction d’un État et d’une citoyenneté actuellement en lambeaux, cette perspective est incertaine. Les conditions ayant entouré l’ascension de l’OEI courant 2014, sur fond d’une ample contestation dans les villes et provinces arabes sunnites, n’ont en effet pas fondamentalement évolué. La suspicion ou l’hostilité envers les élites au pouvoir demeurent identiques et questionnent au premier plan le sentiment d’appartenance national des populations locales. Leur situation au plan socioéconomique est déplorable et se trouve accentuée par les déplacements massifs suscités par l’onde de choc djihadiste ; la perception de leur marginalisation, voire de leur abandon, est toujours aussi vive, surtout parmi la jeunesse.

Des divisions multiples

Les Arabes sunnites sont divisés quant à la possibilité d’un destin dans cet ensemble irakien en pleine déliquescence. Le primat exercé par l’OEI pendant de long mois a exacerbé leurs dissensions, de même que les logiques revanchardes et autres représailles qui couvent entre eux. Au moment où le groupe djihadiste perd tous ses bastions, ces dynamiques promettent d’être brutales, à la fois entre partis politiques, factions armées, tribus et clans, civils en quête de vengeance et de justice, et parmi les familles elles-mêmes, dont certains membres ont rejoint ses rangs. Il importe de jeter la lumière sur cet état de fragmentation en ce qu’il soulève d’importantes questions.

Les développements critiques de l’année 2014 ont, à ce titre, souvent été appréhendés sur le mode du sensationnalisme, au travers d’une couverture médiatique plus concernée par l’immédiateté que par l’histoire. Or, les circonstances ayant précipité la chute de Mossoul méritent un regard rétrospectif ; elles interrogent autant cette séquence révolue que celle qui s’annonce alors que les combats entre djihadistes, troupes irakiennes et forces de la coalition font rage. On touche ici aux deux récits-clés terriblement réducteurs qui ont structuré cette énième crise : celui tout d’abord, de la « guerre éclair » conduite par l’OEI qui, dans les faits, laisse entrevoir a posteriori un processus bien plus étalé dans le temps ; celui ensuite du soutien indéfectible apporté par les Arabes sunnites aux djihadistes, en particulier à Mossoul. Un regard plus nuancé permet de mettre en exergue que les réalités de terrain ont été et demeurent beaucoup plus complexes.

L’ancien premier ministre chiite Nouri Al-Maliki avait sous-estimé l’attrait de l’OEI et de son entreprise panislamiste auprès de larges segments de la population, et plus encore sa détermination à en découdre avec les forces fédérales. Après lui, la classe politique irakienne, à commencer par son successeur Haïdar Al-Abadi, a quant à elle négligé le fait que ces mêmes Arabes sunnites n’avaient pas tous accueilli à bras ouverts ce projet. À Mossoul, la population s’est au contraire partagée dès l’entrée des djihadistes entre soutiens actifs, habitants passifs ou indifférents, et adversaires déclarés. Ces attitudes contrastées reflètent des divisions qui demeurent d’actualité. Beaucoup de sunnites rejetant l’OEI ont fui en accusant l’armée de les avoir abandonnés, et même d’avoir littéralement « vendu » leur cité. D’autres sont restés par dépit ou incapacité de trouver refuge ailleurs, mais aussi pour subvenir aux besoins de leurs proches en raison de l’incertitude du lendemain et par peur d’une situation intenable.

Ancrage local de l’OEI

Au-delà d’une conjoncture mouvante, l’OEI est un phénomène ancré localement et dont la rémanence ne devrait pas surprendre. Les revers militaires et humains qu’elle a essuyés n’ont ainsi qu’en partie remis en question son implantation et sa prétention à abattre les frontières de la nation irakienne. Cet ancrage a permis aux djihadistes de convaincre une partie des sunnites du bien-fondé de leur « califat », notamment une jeunesse laissée pour compte et séduite par son discours révolutionnaire. Les Irakiens qui aux côtés d’Abou Moussab Al-Zarkaoui1 ont joué un rôle central dans la structuration du groupe restent les premiers combattants. La sociologie du mouvement parle d’elle-même : en 2017, les « locaux » forment 90 % de ses rangs, complices et sympathisants inclus. L’« irakification » de l’OEI, initiée dès 2005, n’a jamais laissé place à la constitution d’un corps militant étranger. Le groupe djihadiste a toujours représenté plus qu’une simple insurrection ; il est une réalité sociopolitique à part entière en Irak.

Plusieurs facteurs rendent compte de cette résilience, à commencer par l’atomisation de la communauté arabe sunnite et la crise de leadership en son sein. Ces faits expliquent en grande partie pourquoi certains ont pu voir dans la sécession djihadiste une alternative au vide. En l’absence d’autres options politiques, l’utopie unificatrice de l’OEI continuera de résonner, plus particulièrement parmi les jeunes Irakiens qui n’ont pas connu l’ère baasiste. Les autorités américaines et irakiennes reconnaissent cette assise générationnelle et le fait que l’OEI s’est bâti sur la pauvreté, le chômage et le manque d’éducation de la jeunesse. Cette génération est aussi le produit du long processus de désocialisation débuté pendant la décennie d’embargo et prolongé sous l’occupation, lequel a achevé de banaliser la violence, de la consacrer comme une quasi-norme.

Beaucoup de ces jeunes sunnites sont d’ailleurs issus des tribus qui ont fait allégeance à l’OEI. Par exemple, en juin 2015, le clan des Joumaïli à Fallouja s’y était publiquement lié en évoquant son rejet de l’intervention américaine et des discriminations continuelles exercées par Bagdad à l’encontre des Arabes sunnites, notamment les réfugiés de Ramadi.

L’implication militaire de milices chiites associées à l’Iran et présentes au sein des Forces de la mobilisation populaire (FMP) a compté dans ce ralliement. D’autres tribus sunnites se sont soumises aux djihadistes par crainte de subir le même sort que celles qui s’y étaient opposées, comme les Albou Nimr, dont plusieurs centaines de membres ont été sommairement exécutés fin 2014.

Cet ancrage, y compris dans les sanctuaires qui lui ont été officiellement repris depuis 2015 (Tikrit, Ramadi, Fallouja…), a permis à l’OEI de poursuivre sa stratégie de guerre civile. Les années d’exercice du pouvoir sur des pans entiers du territoire irakien ont exacerbé les tensions intercommunautaires. À cet égard, la radicalisation accrue des djihadistes a eu pour corollaire celle, réactive, des acteurs militaires et paramilitaires chiites. Les milices, animées d’un puissant sentiment anti-sunnite, se sont rendues responsables d’exactions contre les civils sunnites, le plus souvent dans un climat de totale impunité. Cet engrenage n’est pas nouveau, milices et djihadistes s’étant longuement affrontés au cours de la dernière décennie. La période récente s’est néanmoins traduite par une hausse vertigineuse des faits d’armes et des abominations.

Il est utile de rappeler que ces milices n’étaient pas supposées prendre part aux combats dans les plaines de Ninive et que les oppositions sunnites ont été vives. Comme d’autres acteurs, elles ne suivent pas un agenda proprement irakien mais des intérêts bien compris, en l’espèce un accroissement permanent de leur sphère d’influence. Certaines se sont de facto substituées à l’État dans les territoires repris à l’OEI. Les miliciens les plus radicaux ont par ailleurs infiltré des unités des forces régulières, infusant leur esprit communautaire. Les FMP ont enfin été institutionnalisées aux côtés de l’armée irakienne en novembre 2016 par une loi controversée du Parlement.

Quel État post-djihadiste ?

Pareille intrusion dans les affaires de zones ordinairement éloignées des réalités chiites est vécue par les populations locales comme intolérable et alarmante. Partout où elles ont posé le pied, les milices chiites se sont ainsi mis à dos de nombreux civils. Mossoul constitue de ce point de vue une poudrière qui n’attend que le retrait des derniers djihadistes pour exploser : la présence chiite y était historiquement quasi inexistante et la montée en force du chiisme politique après 2003 y est vécue avec consternation. Plus son influence s’étend, plus des acteurs sunnites pourraient être tentés de faire volte-face, y compris ceux qui coopèrent avec les forces irakiennes et la coalition.

L’Irak n’est pas étranger à ces alliances de circonstance, par nature friables. Dans l’ensemble, les Arabes sunnites n’ont pas confiance dans la énième « libération » qui leur est promise, ni dans la capacité de Bagdad à assurer leur sécurité face à leurs prétendus « libérateurs ».

Le fort ressentiment répandu parmi les sunnites face aux abus de l’armée et des milices combiné aux destructions engendrées par les bombardements dans leurs régions les a poussés dans bien des cas à soutenir l’OEI.

Comme dans toute guerre civile, ces violences accumulées sont autant de ressources pour le groupe djihadiste qui cherche à se reconstituer. Les griefs et revendications que l’organisation avait su exploiter pour s’assurer l’appui d’une partie des populations n’ont guère évolué et sont aujourd’hui exacerbés en raison de la crise humanitaire.

En 2014, c’est autour de la perte de confiance des Arabes sunnites dans le système politique que l’OEI a bâti une ample part de son succès. Il avait promis à ceux qui rejoindraient ses rangs un nouvel État face à la déréliction des institutions, à la corruption, à la carence de services publics et à l’attitude de l’armée. Les habitants de Mossoul se plaignaient de ces dérives et des pénuries organisées par le gouvernement.

À ce titre, les engagements des djihadistes étaient multiples : améliorer les conditions de vie, rétablir l’ordre public, restituer l’autorité à ceux qui s’en sentaient dépossédés, les tribus en particulier. Symboliquement, les bâtiments du conseil provincial de Ninive ont été conquis dès les premières heures de la chute de la ville, alors que le gouverneur Athil Al-Noujaifi s’enfuyait.

La promesse de l’OEI n’était du reste pas nouvelle : dès l’automne 2006, le groupe djihadiste (ou plutôt son "ancêtre", Al-Qaida en Irak) était entièrement tourné vers la création d’un État sunnite dissident. Alors déjà en porte-à-faux avec un centre politique perçu comme aux mains de partis chiites ultra-communautaires, de nombreux Arabes sunnites ont vu dans ce projet l’horizon d’un retour au pouvoir et d’une réparation collective.

Les affrontements à Mossoul et dans d’autres parties du pays sont pour l’heure loin d’être éteints, au-delà du récit victorieux mis en avant par Bagdad et la coalition. Les séquelles du règne de l’OEI sont omniprésentes. Les habitants qui ont vécu de longs mois sous son joug témoignent d’une gestion à la fois étroite et féroce.

L’enthousiasme de ceux qui avaient voulu croire en cet État s’est amplement étiolé, laissant place au désenchantement, à la confusion et à la dévastation.

Au milieu de ce chaos émergent des potentats, véritables « États dans l’État ». Or, les civils livrés à eux-mêmes souhaitent principalement le retour à l’ordre et à la sécurité. Sur quels fondements, selon quel partage du pouvoir, avec quelle administration, par quelles forces ? Aucun aspect relatif à la gouvernance post-djihadiste et aux relations entre les groupes engagés dans la bataille n’a été négocié avant le lancement des opérations à l’automne 2016. Ce sont au contraire des logiques brutales de conquête qui semblent avoir pris le pas, chaque belligérant nourrissant une vision sélective du nouveau modèle national à édifier, avec peu de chances d’emporter l’adhésion des populations.

1NDLR. Leader d’Al-Qaida en Irak, tué le 7 juin 2006 à Bakouba au cours d’un raid aérien mené par l’armée américaine.

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21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 05:49

The US seems keener to strike at Syria's Assad than it does to destroy Isis

 
 

It is instructive that the West now expresses more outrage at the use of gas – it blames the Assad regime for this, of course – than at the continued cruelty of Isis

 

 
 

 

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21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 05:47

Ghassan Salamé en Libye : objectif stabilité

 
 
#CriseLibyenne

Le Conseil de sécurité de l'ONU devrait approuver mardi la nomination de l’ex-ministre libanais de la Culture comme envoyé spécial en Libye. Avant de parler de paix, il devra renouer le dialogue et réaffirmer la pertinence des Nations unies

 
19 juin 2017
 
 
 
 
BEYROUTH – Il aura fallu quatre mois pour connaître le nom du nouvel envoyé spécial de l’ONU en Libye et, sauf retournement de dernière minute, c’est l’ex-ministre libanais de la Culture Ghassan Salamé qui va endosser ce costume qui, comme le rappelle Mattia Toaldo, membre politique du Conseil européen des relations internationales spécialiste de la Libye, sera lourd à porter.

« Le travail de l’envoyé spécial de l’ONU en Libye n’est pas particulièrement attractif, et ce n’est pas un mystère, de nombreuses personnalités approchées avant Ghassan Salamé avaient refusé l’offre ».

Plus de vingt personnalités ont en effet été approchées pour prendre la place de Martin Kobler, le diplomate allemand dont le mandat a dû être prolongé en catastrophe pendant quatre mois.

À LIRE : Six ans, six envoyés : le prochain envoyé spécial de l’ONU en Libye peut-il changer la donne ?

Finalement, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a officiellement avancé le nom de Ghassan Salamé le 16 juin, qui, selon Reuters, devrait être approuvé par les membres du Conseil de sécurité mardi 20 juin.

La prorogation du mandat de son prédécesseur va rendre sa tâche, déjà ardue, encore plus complexe selon Claudia Gazzini, chercheuse spécialisée sur la Libye à l’International Crisis Group (ICG).

« L’envoyé précédent, Martin Kobler, laisse un grand vide derrière lui, notamment du fait de sa lente succession au cours de laquelle tout le monde savait déjà qu’il partirait, ce qui a étiolé son autorité. Plusieurs acteurs régionaux ont alors pu lancer des initiatives en-dehors du cadre de l’ONU, de l’Égypte à l’Algérie, en passant par les Émirats arabes unis », explique la chercheuse, qui se félicite de la nomination de Ghassan Salamé, membre du bureau de l’ICG, tout en restant prudente. « Attendons le vote du Conseil de sécurité. Il y a déjà eu tant de retournements que tout est désormais possible », soupire-t-elle.

Des enjeux restés en arrière-plan

À l’origine, Antonio Guterres avait promu la nomination de l’ex-Premier ministre palestinien pour prendre la tête de la mission de support de l’ONU en Libye (UNSMIL). Mais l’ambassadrice américaine à l’ONU Nikki Haley avait objecté, estimant que « pendant trop longtemps, l’ONU a été biaisé de manière injuste en faveur des autorités palestiniennes au détriment de nos alliés en Israël. »

À LIRE : INTERVIEW - Martin Kobler, l’envoyé spécial de l’ONU qui tente de reconstituer la Libye

À son arrivée en novembre 2015, Martin Kobler avait la lourde tâche d’effacer le mauvais souvenir de son prédécesseur Bernardino Léon, accusé de conflits d’intérêts par une enquête du quotidien britannique The Guardian en faveur des Émirats arabes unis et de leur allié local, le parlement élu de Tobrouk.

Un mois après son arrivée, il obtenait à la signature de l’Accord politique libyen de Skhrirat, qui devait aboutir à la création d’institutions nationales, mais qui a été suspendu par le parlement en mars dernier.

Un résultat en demi-teinte qu’il a reconnu lors de son dernier discours le 7 juin devant le Conseil de sécurité : « En Libye, le processus de transition n’a pas été totalement instauré. Des institutions parallèles continuent d’exister. »

Dans ce contexte difficile, Claudia Gazzini précise : « On ne peut pas attendre d’initiative de paix de la part du nouvel envoyé spécial. Ce qu’il peut obtenir est l’instauration d’un climat de dialogue entre les acteurs », dit-elle, avant d’ajouter : « Il devrait aussi mettre l’accent sur des enjeux qui sont restés en arrière-plan sous la férule de Martin Kobler, notamment les problèmes économiques comme le budget, l’exportation de pétrole ou le trafic d’êtres humains. »

Mattia Toaldo appelle à la même prudence : « Le combat de Ghassan Salamé sera avant tout de réaffirmer la pertinence de l’ONU, tandis qu’une percée dans le processus de paix est peu probable à court terme. L’ONU devra se concentrer sur des efforts de stabilisation et de réconciliation. »

 

http://www.middleeasteye.net/fr/reportages/ghassan-salam-en-libye-objectif-stabilit-561537295

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21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 05:42

Russia warns US its fighter jets are now potential target in Syria

 

 

US shooting down of Syrian jet seen as ‘act of aggression’ by Russia, which will track coalition warplanes west of the Euphrates

 

 

 

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Published by The Guardian.com (UK) - dans Revue de presse
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