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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 07:29
Israël : Benjamin Netanyahu, libre de grignoter la Palestine

Malgré une résolution de l'ONU, le Premier ministre israélien a annoncé la construction d'une nouvelle colonie en Cisjordanie. Une première en 25 ans.

 
 
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Publié le | Le Point.fr
 
 
Il avait déclamé son « amour des colonies » aux quarante familles juives évacuées de la colonie sauvage d'Amona en Cisjordanie, qu'il avait promis de reloger. Trois mois plus tard, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a tenu parole. Et de quelle manière ! Pour la première fois depuis la conclusion des accords d'Oslo en 1993, Israël a annoncé la création d'une nouvelle colonie, au cœur de la Cisjordanie occupée. Baptisée Geulat Tzion, l'implantation doit être construite dans le secteur de Shilo, une colonie située au nord de Ramallah, en Cisjordanie. Or, d'après l'ONG israélienne la Paix maintenant, cette nouvelle construction, située au cœur du territoire palestinien, va « fragmenter la Cisjordanie en assurant une continuité géographique d'une série de colonies avec pour objectif d'empêcher la création d'un État palestinien viable ».
 

Jusqu'ici, les 14 017 logements construits depuis l'arrivée au pouvoir de Benjamin Netanyahu en 2009 l'avaient été dans des colonies de Cisjordanie existantes, même si, comme le rappelle Le Monde , des dizaines de « colonies sauvages » (créées sans autorisation, NDLR) ont été régularisées. Selon un rapport de l'Office central de statistiques israélien publié le 22 mars, ces constructions ont connu une nette accélération en 2016, avec 2 630 chantiers qui ont été lancés, soit 40 % de plus qu'en 2015. Toutefois, ces données ne prennent pas en compte la colonisation israélienne à Jérusalem-Est, où vivent plus de 200 000 Israéliens. Depuis la guerre des Six Jours de 1967, Israël occupe illégalement Jérusalem-Est (annexé en 1980) et la Cisjordanie, où elle a construit 131 colonies, rassemblant aujourd'hui quelque 630 000 colons.

Illégal selon le droit international... et israélien

Exaspéré par cette accélération des constructions, illégales selon le droit international, le Conseil de sécurité a adopté en décembre 2016, grâce à l'abstention de l'administration Obama, une résolution appelant Israël à « cesser immédiatement et complètement toute activité de colonisation en territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est », qui « met en péril la viabilité de la solution à deux États ». Problème : depuis l'adoption de ce texte non contraignant, le locataire de la Maison-Blanche a changé. Le nouveau président américain Donald Trump a rompu avec la position officielle des États-Unis au Proche-Orient, à savoir « deux États vivant en paix et en sécurité ». Et le message semble être passé à Tel-Aviv.

Rien qu'au cours du mois de janvier, Benjamin Netanyahu a annoncé cinq extensions de colonies portant sur plus de 6 000 logements en Cisjordanie et à Jérusalem-Est occupées. Et s'il a consenti à démanteler début février l'« avant-poste » d'Amona, le Premier ministre a soutenu pendant ce temps un projet de loi – adopté le 6 février par la Knesset –, permettant la régularisation de 53 « colonies sauvages » en Cisjordanie, qui portent sur au moins 800 hectares de terres palestiniennes. Illégal, cette fois selon le droit israélien, ce texte, s'il est appliqué, anéantirait définitivement sur le terrain tout espoir d'État palestinien.

L'ONU impuissante

Dans son premier rapport au Conseil de sécurité depuis l'adoption de la résolution condamnant la colonisation israélienne, l'émissaire de l'ONU pour le Proche-Orient Nickolay Mladenov a regretté que l'État hébreu n'ait pris « aucune mesure » pour se conformer au texte. Au contraire, l'expert a constaté une « augmentation » des annonces de colonisation, qualifiées de « profondément inquiétantes ». Si la nouvelle administration américaine a fini par appeler Israël à la retenue, elle n'a pour l'heure pas trouvé de terrain d'entente avec Tel-Aviv.Selon un rapport de l’Office central de statistiques israélien publié le 22 mars, les constructions de logements dans les colonies ont connu une nette accélération en 2016, année durant laquelle 2 630 chantiers ont été lancés, soit 40 % de plus qu'en 2015. © AFP

 

Après quatre jours de discussions infructueuses entre les deux parties, la délégation américaine a réitéré le 24 mars les « inquiétudes (de Donald Trump) sur la colonisation ». De leur côté, les Israéliens ont rappelé qu'ils souhaitaient adopter une « politique qui prenne en compte ces inquiétudes ». Problème : le nouveau chef de la délégation américaine, Jason Greenblatt, est considéré comme un défenseur notoire de la colonisation israélienne. En visite le 16 mars en Israël, l'émissaire, qui n'a pas prononcé une seule fois l'expression « solutions à deux États », a poursuivi la politique de rupture de son président en rencontrant pour la première fois les représentants du Conseil Yesha, la principale organisation de colons.

« Tout droit vers l'apartheid » (ONG israélienne)

Les nationalistes religieux sont en effet omniprésents dans le gouvernement de Benjamin Netanyahu, le plus à droite de l'histoire d'Israël. Poussé à l'intransigeance par ses ministres notamment sur la colonisation, le Premier ministre doit multiplier les gages s'il ne veut pas que sa coalition, qui ne possède qu'une majorité de six sièges à la Knesset, éclate. L'annonce de la création de la nouvelle colonie de Geulat Tzion a d'ailleurs été saluée par le ministre de l'Agriculture Uri Ariel (membre du parti le Foyer juif), qui a déclaré sur la radio publique israélienne que cette décision allait « permettre le développement de la Judée-Samarie », le nom biblique de la Cisjordanie. À en croire le quotidien Haaretz , le Premier ministre israélien aurait assuré à ses ministres qu'il ne construirait pas d'autre colonie.

Néanmoins, son gouvernement a profité de l'occasion pour annoncer qu'il avait approuvé la mise en vente de 2 000 logements dans les colonies de Cisjordanie, dont l'extension avait été annoncée en janvier. Israël a également annoncé qu'il allait prendre possession de 90 hectares de terres palestiniennes, permettant de légaliser, a posteriori, trois « colonies sauvages ».

 

 

Évolution des frontières d'Israël ©  AFP<img title="Évolution des frontières d'Israël © AFP" d-src="/images/2017/03/31/7984967lpw-7985162-evolution-des-frontieres-d-israel-jpg_4196912.jpg" alt="Évolution des frontières d'Israël © AFP" />
Depuis la guerre des Six Jours de 1967, Israël occupe illégament Jérusalem-Est (annexé en 1980) et la Cisjordanie, où elle a construit 131 colonies, rassemblant aujourd'hui quelque 630 000 colons. © AFP

 

« Monsieur Netanyahu est l'otage des colons et place sa survie politique au-dessus des intérêts de l'État d'Israël », estime sur son site l'ONG La Paix maintenant. « En cédant aux pressions des colons, Netanyahu conduit Israéliens et Palestiniens tout droit à une réalité à un seul État, synonyme d'apartheid. » Ce mot, lourd de sens, a déjà été utilisé le 15 mars dans un rapport de la Commission économique et sociale pour l'Asie occidentale (Cesao), un des cinq organes régionaux de l'ONU, basé à Beyrouth et composé de dix-huit pays arabes.

Rédigé par les professeurs Richard Falk, enseignant à l'université de Princeton et ex-rapporteur de l'ONU sur la situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens, et Virginia Tilley, enseignante à l'université de l'Illinois et spécialiste de l'Afrique du Sud, il affirme notamment qu'« Israël a mis en place un régime d'apartheid qui institutionnalise de façon systématique l'oppression raciale et la domination du peuple palestinien dans sa totalité ». La publication le 15 mars du rapport, qui appelle les Nations unies à soutenir la campagne internationale de Boycott de l'État hébreu (BDS) a provoqué l'ire d'Israël et des États-Unis, et le nouveau secrétaire général de l'ONU, le portugais Antonio Guterres, s'en est désolidarisé. Dénonçant les « pressions incessantes » subies par le nouveau patron des Nations unies, la Jordanienne Rima Khalaf, secrétaire générale adjointe de l'ONU et chef de la Cesao, a retiré le rapport de son site avant de démissionner de son poste.

 
 
 
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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 07:14

Nétanyahou valide la création d’une nouvelle colonie, une première depuis vingt-cinq ans

 

Planifiée dans la vallée de Shilo, en Cisjordanie, la future colonie résulte d’une promesse faite aux familles de l’avant-poste d’Amona, démantelé début février.

 

LE MONDE | • Mis à jour le | Par Piotr Smolar (Jérusalem, correspondant)

 

L’annonce est tombée tard dans la soirée, jeudi 30 mars, au terme de longues discussions en conseil de sécurité, autour du premier ministre, Benyamin Nétanyahou. Pour la première fois depuis les accords d’Oslo, signés en 1993, le gouvernement israélien a décidé d’autoriser l’établissement d’une nouvelle colonie en Cisjordanie, dans la vallée de Shilo. Cette mesure était une promesse faite aux familles de l’avant-poste d’Amona, démantelé sur décision de justice début février.

Lire aussi : Colonies israéliennes en Cisjordanie : près d’un demi-siècle d’installations illégales

Elle intervient alors que les consultations diplomatiques s’intensifient, à l’initiative des Etats-Unis, pour relancer un semblant de processus politique entre les acteurs du conflit israélo-palestinien. En recevant M. Nétanyahou à la Maison Blanche le 15 février, le président américain, Donald Trump, avait demandé à Israël de la « retenue » dans le développement des colonies. Mais l’annonce de jeudi n’aurait pu être faite sans consentement américain.

Selon l’ONG La Paix maintenant, la nouvelle colonie serait « stratégique pour la fragmentation de la Cisjordanie » en étendant encore les implantations entre la « ligne verte » de 1948 et la vallée du Jourdain, qui compromettent un Etat palestinien. En outre, le gouvernement a annoncé la publication d’appels d’offres pour 2 000 nouveaux logements et le classement de près de 100 hectares en « terres d’Etat », permettant de légaliser trois avant-postes. Selon le quotidien israélien Haaretz, M. Nétanyahou aurait annoncé à ses ministres qu’Israël se limiterait à l’avenir à des constructions dans des zones d’habitation déjà établies.

Depuis les élections de mars 2015, jamais encore les colons n’avaient bénéficié d’une telle influence en Israël. Selon le Bureau central des statistiques, la construction de 2 630 logements a débuté en Cisjordanie au cours de l’année 2016, soit une hausse de 40 % par rapport à 2015. Depuis que M. Nétanyahou est redevenu premier ministre en 2009, plus de 14 000 nouveaux logements ont été mis en chantier. Si en vingt-cinq ans, aucune colonie nouvelle n’avait été approuvée, celles existant déjà ont été souvent étendues. En outre, des dizaines d’avant-postes – colonies sauvages, établies sans autorisation des autorités – ont été régularisés au cas par cas.

Lire aussi : Israël : des banques françaises soutiendraient la colonisation

Double pression pour Nétanyahou

C’est par « amour des colonies », selon sa formule du 18 décembre, que le premier ministre a cherché une formule pour satisfaire les familles d’Amona, au lieu d’exécuter simplement l’ordre d’expulsion imposé par la Haute Cour de justice. Les cinquante familles ont été évacuées les 1er et 2 février. Le 15 mars, leurs représentants ont rappelé par écrit à M. Nétanyahou ses engagements à leur égard.

Mais à cette pression de la droite nationale religieuse répond une autre, celle de Washington. Convaincu de pouvoir pousser les deux acteurs du conflit à un accord final, Donald Trump a dépêché l’un de ses proches, l’avocat Jason Greenblatt. Celui-ci a fait preuve d’habilité en rencontrant tous les acteurs, des représentants de la société civile palestinienne jusqu’à ceux des colons, sans jamais employer l’expression « solution à deux Etats ». Il s’est aussi rendu le 29 mars au sommet de la Ligue arabe, comme « observateur ». La Maison Blanche compte sur le soutien de l’Arabie saoudite, de l’Egypte et de la Jordanie pour pousser l’Autorité palestinienne au compromis.

Lire aussi : La droite israélienne veut profiter du flou des intentions de Trump

Mais du côté israélien, M. Nétanyahou pense à sa survie. Il veille sur l’électorat que représentent les 400 000 colons en Cisjordanie, qu’il se dispute avec le Foyer juif de Naftali Bennett. « Bibi ne veut renoncer à rien à cause de sa coalition, explique au Monde la députée travailliste Ksenia Svetlova. Je suis très pessimiste. La droite et le centre ne parlent même plus d’un Etat palestinien. Quant à la solution régionale, elle paraît encore moins crédible qu’avant. Les Etats arabes sont faibles et ne peuvent donner de garanties de sécurité à Israël. »

Pour l’heure, le premier écueil se situe dans les discussions entre Américains et Israéliens. Un groupe de travail, mis en place pour définir le périmètre et les règles dans le développement des colonies, n’a pas abouti. M. Nétanyahou ne veut pas donner le sentiment d’une dictée extérieure. Le chef du bureau du premier ministre, Yoav Horowitz, et l’un de ses plus proches collaborateurs, l’ambassadeur d’Israël à Washington, Ron Dermer, conduisent les négociations du côté israélien.

 
 

 

 
 
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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 07:28
Opinion

Tribune : Merci Rima Khalaf

Par un groupe de personnalités et d’associations
Rima Khalaf, le 15 mars 2017.
 
Rima Khalaf, le 15 mars 2017. Photo Mohamed Azakir. Reuters

La Commission économique et sociale pour l'Asie de l'ONU publiait, le 15 mars, un rapport controversé comparant Israël à un régime d’apartheid. Le président de l'ONU a demandé son retrait, et la rapporteure, Rima Khalaf, a démissionné. Des intellectuelles et des élues lui apportent son soutien.

  • Tribune : Merci Rima Khalaf

Le 15 mars, la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (Cesao) de l’ONU publiait un rapport dont les conclusions caractérisaient l’Etat d’Israël comme étant devenu un Etat d’apartheid. Au terme de 48 h de vives pressions, les Etats-Unis et Israël parviennent à leurs fins en forçant le retrait de ce rapport du site de l’ONU.

Si nous ne sommes pas surpris par ces procédés, nous tenons en revanche à remercier la rapporteure, Madame Rima Khalaf.

La remercier tout d’abord pour avoir solidement présenté les arguments que nous partageons, mais aussi pour avoir justement estimé les risques, et pris les précautions nécessaires afin que le fruit de cette enquête, d’un professionnalisme sans faille, puisse nous parvenir.

La Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale, à laquelle Rima Khalaf siégeait en qualité de secrétaire générale adjointe avant sa démission, a perdu une membre remarquable qui érigeait l’impartialité en principe essentiel au combat pour les droits humains, notamment en Palestine.

Nous tenons à saluer la force et la dignité du geste par lequel elle a clos sa mission officielle.

Bien que très brièvement visible en ligne sur le site de l’ONU, cette publication s’est rapidement et largement répandue via les réseaux sociaux, déclenchant un séisme politique. Dès lors inscrit dans notre histoire récente, ce rapport s’est en quelques heures gravé dans notre mémoire collective. La réalité que vivent les Palestiniens, sous domination israélienne, est à jamais nommée dans un rapport de l’ONU : apartheid.

Ce rapport explique notamment les mécanismes démographiques et les lois appliquées par l’Etat Israélien pour assurer le maintien du régime d’apartheid à l’encontre des Palestiniens. Spécifiquement formulés pour les quatre catégories de la population palestinienne, ces mécanismes et ces lois tombent sous le coup de la qualification légale de l’apartheid par l’ONU.

Il décrit par exemple, en s’appuyant sur les règles du droit international et l’analyse de la politique de ségrégations et discriminations subies par les Palestiniens, la domination institutionnelle et systémique d’un groupe racial sur un autre, Juifs et Palestiniens entrant dans la qualification juridique de groupes raciaux.

L’examen scrupuleux du corpus législatif fondamental israélien met également au jour une politique privative de droits, comme par exemple le fait que les terres restent inaccessibles à l’usage, au développement ou à la propriété pour des non-Juifs. Ou encore la maîtrise de la démographie par une législation favorisant l’immigration et les intérêts des citoyens juifs au détriment des droits élémentaires des Palestiniens.

La Palestine et les Palestiniens, qu’ils soient citoyens israéliens, qu’ils vivent à Jérusalem-Est, dans les territoires Palestiniens occupés, ou qu’ils soient réfugiés dans les pays limitrophes, subissent l’apartheid.

Nous l’écrivons sans guillemets, et sans l’ombre d’un doute. Les contre-arguments habituels, examinés et réfutés dans ce rapport, ne peuvent pas écorner la vérité que Madame Rima Khalaf a définitivement mise en lumière.

Ce rapport, important de par son désir manifeste d’un état des lieux juste, objectif, et impartial reste un document officiel, qui demande pour la première fois l’ouverture du processus de rétablissement de la commission de l’ONU chargée de combattre l’apartheid, celle-là même qui fût instaurée pour l’Afrique du Sud, puis dissoute en 1994.

La conclusion du rapport insiste enfin sur l’obligation légale de mettre fin aux situations d’apartheid caractérisées, pointant les responsabilités de la communauté internationale et des institutions de la société civile, plaidant ainsi en faveur de la campagne internationale de Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS) en tant qu’outil efficace pour mettre l’Etat d’Israël en demeure de respecter les normes du Droit International.

Par ailleurs, la démission de Rima Khalaf, révélant au grand jour les pressions illégales dont souffrent nos institutions, met en exergue ce que beaucoup feignent de ne pas voir. Face au manque d’indépendance de l’ONU, pourtant condition sine qua non de l’accomplissement de ses missions premières, et pour contrecarrer les intimidations et les menaces émises publiquement par le président américain Donald Trump, qui condamnent la résolution du conflit à une impasse, nous nous devons d’agir.

Merci, Rima Khalaf, d’avoir publiquement prouvé la nécessité et le bien-fondé de l’action de ceux et celles qui militent pour les droits de l’Homme et le respect du droit international en Israël/Palestine.

Signataires :
Françoise Vergès – Politologue et historienne
Gerty Dambury – Écrivaine, metteure en scène
Nacira Guénif – Sociologue, professeure à l’université Paris 8
Gisèle Felhendler – Cofondatrice du réseau «Sortir du Colonialisme»
Marie-Christine Vergiat – Députée au Parlement Européen, Groupe GUE/NGL

un groupe de personnalités et d’associations
 
 
http://www.liberation.fr/debats/2017/03/31/tribune-merci-rima-khalaf_1559667


 

 
 
 
 
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    3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 07:21
    Apartheid israélien : la faute morale des Nations-Unies
     
     
     
     
    jeudi 30 mars 2017 / 4h:57
    lPhoto : ActiveStills
     
    Palestine occupée - Barrage militaire de Qualandia - Photo : ActiveStills
     
     
     
    Lawrence DavidsonLe 15 mars 2017, la Commission économique et sociale des Nations-Unies pour l’Asie occidentale (CESAO) a publié un rapport sur les pratiques et les politiques israéliennes à l’égard des Palestiniens.

    Utilisant le droit international comme critère de comparaison, le rapport est arrivé à la « conclusion définitive » que : « Israël est coupable de pratiques d’apartheid ». Le terme Apartheid n’a pas été utilisé dans le rapport simplement de manière « péjorative ». Il a été utilisé, dans son acception légale, en tant que terme approprié pour décrire des faits fondés sur des preuves.

    Les protestations immédiates des États-Unis et d’Israël ont été si véhémentes que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, dans un acte de forfaiture morale, a ordonné le retrait du rapport. La responsable de la CESAO, la diplomate jordanienne Rima Khalaf, a décidé qu’elle ne pouvait pas, en conscience, accepter cela, et elle lui a donc présenté sa démission.

     

    La couverture médiatique

     

    Le premier article du New York Times sur l’incident ne s’est pas vraiment intéressé à l’exactitude des données contenues dans le rapport. Cela aurait pourtant au moins permis aux les lecteurs du Times de s’informer sur les conditions réelles de vie des Palestiniens sous la domination israélienne. A la place, l’article remet en question le rapport et les personnes impliquées dans sa rédaction. Par exemple, le NYT nous dit que « le rapport a provoqué l’indignation d’Israël et des États-Unis ». Il cite les paroles de l’ambassadeur des États-Unis auprès des Nations-Unies, Nikki R. Haley : « Lorsque quelqu’un publie un rapport mensonger et diffamatoire au nom de l’ONU, il est normal que cette personne démissionne. » Il n’est nulle part fait mention dans l’article du NYT que l’accusation de Mme Haley selon laquelle le rapport est mensonger, est elle-même mensongère. Un autre article du NYT est à peine plus honnête.

    Le NYT a bien mentionné, toutefois, que, parmi les auteurs du rapport, il y avait Richard Falk, l’ancien enquêteur des droits de l’homme de l’ONU. Falk a servi pendant six ans comme Rapporteur Spécial des États-Unis pour les Territoires Occupés. Selon le NYT, sa présence a dû « irriter de nombreux soutiens d’Israël qui le considèrent comme un antisémite ». Il y a quelque chose de troublant lorsqu’un journal qui prétend représenter l’incarnation du journalisme professionnel, relaie de telles insultes sans en faire une analyse correcte. Richard Falk, qui est juif, a derrière lui un parcours sans faute, tant au niveau de ses états de services académiques que publics. Sa réputation d’honnêteté et de dévouement à la cause des droits de l’homme en fait une expression vivante des plus belles valeurs juives. Il a donc tout à fait le droit de dire : « J’ai été diffamé dans ces tentatives de discréditer le rapport – une étude qui « tente de son mieux d’examiner les preuves et d’analyser la loi applicable de manière professionnelle. »

     

    Le comportement d’Israël

     

    Quand on analyse objectivement le comportement d’Israël, il est difficile de nier la réalité brutale de ses pratiques officiellement tolérées.

    Le 17 mars 2017, au moment même du retrait forcé du rapport de la CESAO, le Département d’État américain a publié un rapport sur « les graves violations commises contre les enfants palestiniens vivant sous occupation militaire israélienne ». Ce rapport faisait partie du rapport annuel du Département sur « Les pratiques en matière de droits de l’homme dans le monde ». Parmi les problèmes cités figuraient la pratique israélienne de la détention illégale, les aveux forcés, et le recours excessif à la force, y compris la torture et les meurtres.

    Habituellement, ces rapports annuels sur les droits humains sont rendus publics par le Secrétaire d’État. Cette année, Rex Tillerson, qui occupe actuellement ce poste, n’était nulle part en vue. Et, bien sûr, le président Trump n’a consacré aucun de ses fameux tmettre les Nations-Unies en failliteweets au comportement barbare d’Israël.

    Plus tôt dans l’année, le 8 février 2017, on a appris que « Israël a interdit l’entrée des gaz anesthésiants dans la bande de Gaza. » Il y a environ 200 patients à Gaza en attente de soins chirurgicaux ; certains d’entre eux vont mourir à cause de l’interdiction d’Israël.

    Une semaine plus tard, le 14 février 2017, on a appris que des responsables israéliens faisaient chanter des patients palestiniens qui demandaient l’autorisation d’entrer en Israël pour recevoir des soins médicaux indispensables. Un jeune de Gaza, âgé de 17 ans, souffrant de cardiopathie congénitale et ayant besoin d’un remplacement valvulaire cardiaque « a été explicitement informé que [pour quitter la bande de Gaza] et être opéré, il devrait coopérer avec les forces de sécurité et espionner pour le compte d’Israël. » Il a refusé, et il est mort peu après. Cette tactique israélienne n’est ni exceptionnelle, ni nouvelle.

     

    Du chantage et encore du chantage

     

    Les Nations-Unis se sont rendues coupable d’une faute morale en retirant le rapport de la CESAO parce que le Secrétaire général Guterres a décidé d’entériner un déni de réalité – la réalité de la pratique de l’apartheid en Israël.

    Et aussi sans doute parce que, entre deux réalités, Guterres a privilégié celle de sa survie financière menacée par la promesse américaine à peine voilée de mettre les Nations-Unies en faillite. C’est bien sûr du chantage. Il est intéressant de noter que le chantage à l’argent exercé par les États-Unis sur l’ONU fait écho à celui exercé par le lobby sioniste dans les couloirs du Congrès.

    Il est évident que les Nations Unies, sans parler des politiciens américains, ont besoin de diversifier leurs sources de revenus. Ma femme Janet a suggéré une fois que les Nations Unies se voient accorder le droit d’exploiter et tirer profit de toutes les ressources sous-marines. Ce n’est pas une mauvaise idée. De même, les politiciens étasuniens doivent accepter ou être obligés de faire appel à des fonds gouvernementaux pour leur campagne au lieu d’être contraints à se vendre au plus offrant.

    Cependant, ces changements ne seront pas pour tout de suite. Telles que les choses se présentent aujourd’hui, la réalité en Palestine est ce que les Américains et les Israéliens décident qu’elle est, parce que les politiciens et les dirigeants internationaux ne peuvent littéralement pas se permettre de s’opposer à leur vision corrompue de la situation.

    * Lawrence Davidson est professeur d’histoire à L’Université de West Chester à West Chester, PA.


     

    24 mars 2017 – CounterPunch – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

     

     

    http://chroniquepalestine.com/apartheid-israel-faute-morale-nations-unis/

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    2 avril 2017 7 02 /04 /avril /2017 10:26
    La colonisation grignote aussi Jérusalem-Est
     
     
     
    Par Chloé Demoulin

    Le gouvernement israélien a approuvé à l'unanimité, jeudi 30 mars, la création d'une nouvelle implantation juive en Cisjordanie, dans le secteur d'Emek Shilo, une première depuis 1999. Dans les quartiers palestiniens de Jérusalem-Est, des organisations juives achètent des maisons depuis plusieurs décennies. Une entreprise qui éloigne chaque jour un peu plus la perspective d’une solution à deux États.

    Silwan (Jérusalem-Est), envoyée spéciale.- Ce jeudi 30 mars, le gouvernement israélien a approuvé à l'unanimité la création d'une nouvelle implantation juive en Cisjordanie, dans le secteur d'Emek Shilo, une première depuis 1999. Selon le premier ministre, Benjamin Netanyahou, il s'agit de concrétiser l'engagement pris pour reloger les colons d'Amona, évacués du site jugé illégal par la Cour suprême israélienne car se trouvant sur des terrains privés palestiniens. « J'ai promis d'établir une nouvelle implantation. Nous tiendrons cette promesse aujourd'hui », avait-il annoncé dans la journée. Les constructions effectuées dans les sites existants ont porté à 400 000 le nombre d'Israéliens vivant en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël lors de la guerre des Six-Jours en 1967 et peuplé de 2,8 millions de Palestiniens.

    À Jérusalem-Est, où les positions israéliennes n’ont cessé de se renforcer depuis 1967, vivent déjà plus de 200 000 Juifs. Ramot, Pisgat Ze’ev ou encore Gilo : on ne compte plus les colonies juives construites en périphérie de la ville et désormais considérées comme de simple banlieues. Mais cette présence juive a également progressé à l’est de la ligne verte, dans les zones habitées par les Palestiniens, au cœur même du quartier musulman de la vieille ville et au sein de plusieurs quartiers arabes voisins. Selon Ir Amim, ils seraient 2 800 (en augmentation de 40 % depuis 2009) rien qu’à Silwan et dans les quartiers palestiniens voisins qui constituent ce qui est appelé le “bassin sacré”.

     

    Les fouilles de la cité de David, en contrebas de la mosquée Al-Aqsa. © Chloé Demoulin.
     
    Les fouilles de la cité de David, en contrebas de la mosquée Al-Aqsa. © Chloé Demoulin.

     

    En passant la porte des Maghrébins, en contrebas des murailles sud de la vieille ville, impossible de la louper. Ir David (la Cité de David) constitue une des nouvelles attractions touristiques de Jérusalem. Ce parc archéologique de 24 000 m2 est présenté comme le berceau antique de la ville trois fois sainte, où se serait installé le roi David après avoir quitté Hébron il y a 3 000 ans.

    « Un demi-million de personnes visitent ce parc chaque année, y compris des scolaires, des soldats israéliens, des touristes. Mais l’histoire qu’on leur propose est racontée par des colons qui œuvrent chaque jour pour déplacer les Palestiniens et prendre le pouvoir sur le quartier », dénonce Betty Herschman, membre de l’ONG Ir Amim, qui milite pour faire de Jérusalem “une ville plus équitable” pour les Israéliens et les Palestiniens. « La plupart des gens ne vont pas plus loin, et ils ne peuvent pas être témoins de l’immense pauvreté qui règne dans le reste de Silwan. »

    Ce que la majorité des visiteurs ignorent, c’est en effet que la Cité de David s’érige au sein du quartier arabe de Silwan, où vivent 50 000 Palestiniens. De larges murs et des grilles, surmontés de caméras, séparent le parc du reste du quartier. « Ils ont dit qu’ils feraient un parc pour tout le monde. Mais aujourd’hui, ni moi ni mes enfants ne pouvons y aller », regrette Fakhri Abu Diab, représentant du comité de défense des résidents palestiniens de Silwan. Cet ancien comptable de 55 ans, père de 5 enfants, assiste depuis des années, impuissant, au grignotage de Silwan par les Israéliens.

    Pour Betty Herschman, la Cité de David n’est rien de moins qu’une « immense colonie touristique ». Depuis 1991, 30 familles juives se sont d’ailleurs installées et vivent dans l’enceinte du parc, au sommet duquel flotte un drapeau israélien. Le site archéologique est administré par la Fondation Ir David, plus connue sous le nom de Elad : une organisation nationaliste juive qui s’est donné pour mission de « renforcer une connexion juive avec Jérusalem ». Le groupe a aussi acheté plusieurs maisons individuelles aux abords de la Cité de David, également louées à des Juifs, dans le but non dissimulé de “judaïser” cette partie de Jérusalem-Est.

    Ir Amim a publié un rapport en 2009 sur les méthodes qui ont permis progressivement à Elad de s’implanter à Silwan. Jusqu’au début des années 90, l’organisation dispose d’un allié de taille : le Fonds national juif, qui revendique plusieurs terrains lui ayant appartenu dans la zone avant 1948. Mais surtout d’un outil majeur : la “loi sur les propriétés des absents” adoptée en 1950. Le texte permet à l’État hébreu de confisquer les terres ou les maisons appartenant aux Arabes qui ont quitté Israël pendant la guerre d'Indépendance.

    Certains des documents et des témoignages présentés par Elad pour obtenir ces propriétés « se sont révélés invérifiables » et n’ont même pas été authentifiés par le ministère des finances, dépositaire du cadastre, note le rapport d’Ir Amim. Avec l’aval du ministère du logement et de la construction israélien, alors dirigé par Ariel Sharon, Elad et le Fonds national juif vont ainsi se saisir de larges pans de Silwan, en échange de sommes dérisoires.

    « Elad a bénéficié du soutien direct de toutes les armes,

    , constate Betty Herschman.

     

     

     

    Trente familles juives vivent dans la Cité de David. © Chloé Demoulin

     
    Trente familles juives vivent dans la Cité de David. © Chloé Demoulin

     

     

    En 1992, avec l’arrivée d’Yitzhak Rabin au pouvoir, le vent tourne. Une commission diligentée par le ministère des finances met à jour l’entreprise menée par Elad et suspend l’application de la loi de 1950 sur les propriétés des Palestiniens de Jérusalem-Est vivant désormais en Cisjordanie. Mais l’organisation ne renonce pas. Elle achète désormais les maisons directement aux Palestiniens et use, pour y parvenir, de procédés beaucoup moins avouables. Ir Amim cite par exemple une vente annulée en raison de la production de faux documents ou encore l’usage de pressions pour forcer la main aux habitants les plus réticents. Elad aurait notamment pris l'habitude de se renseigner sur les familles de Silwan et de jouer sur leurs querelles internes, par exemple entre deux héritiers, pour faciliter la vente.

    En dépit des preuves glanées par ses détracteurs, le fondateur et président de la Fondation Ir David, David Be’eri, a toujours démenti l’usage de tels procédés : « Jusqu’à ce jour, nos achats ont été contestés légalement des douzaines de fois et aucun doute n’a été soulevé sur notre conduite, pas une fois », assurait-il notamment dans un article paru en 2008 dans le journal Maariv.

    À la fin des années 1990, le transfert du parc national de la Cité de David (jusqu’ici géré par la Direction de la nature et des parcs d'Israël) sous le contrôle exclusif d’Elad vient couronner les efforts de l’organisation. « On pourrait parler de soft power, mais c’est bien plus que cela : ils manipulent la façon dont les gens voient Jérusalem dans le contexte du conflit », dénonce Betty Herschman.

    Non contente d’avoir trouvé une place de choix dans les cartes touristiques distribuées par la municipalité de Jérusalem, la Fondation Ir David reçoit aujourd’hui un soutien financier et moral affiché de la part du gouvernement israélien. Selon le rapport d’Ir Amim, le ministère du logement israélien a notamment déboursé 20 millions de shekels (soit plus de 5 millions d’euros) en 2005 pour payer la société privée chargée de la sécurité de la Cité de David. Le fondateur d’Elad, David Be’eri, a par ailleurs été désigné pour recevoir le Israel Prize for Lifetime Achievement 2017, l’une des plus hautes distinctions distribuées chaque année par l’État israélien. En annonçant la sélection, l’actuel ministre de l’éducation et fervent supporter de la colonisation, Naftali Bennet, n’a pas tari d’éloges à son endroit : David Be’eri est « parmi les plus grands constructeurs de la Jérusalem moderne », a-t-il jugé.

    Si la fondation Ir David reçoit les honneurs officiels du gouvernement Netanyahou, son fonctionnement, surtout financier, n’en reste pas moins opaque. Pendant des années, Elad a joui d’une dérogation pour ne pas divulguer les noms de ses donateurs, au motif que de telles informations auraient pu porter préjudice à ces derniers ou à l’organisation elle-même. À la suite de pressions, la fondation a toutefois consenti en 2016 à rendre ses comptes publics. Résultat : avec 450 millions de shekels (soit 114 millions d’euros) de dons entre 2006 et 2013, Elad s’avère être une des ONG les plus prospères d’Israël.

    Dans la liste de ses contributeurs, l’Association américaine des amis d’Ir David, une association des amis de l’armée israélienne basée à Miami ou encore une compagnie britannique liée au milliardaire russe Roman Abramovich, connu pour être le propriétaire du club de foot de Chelsea. Mais un article publié en mars 2016 par le quotidien Haaretz a dévoilé que la majeure partie des donations reçues par Elad provenait de sociétés enregistrées dans des paradis fiscaux, notamment aux Bahamas, dans les îles Vierges ou aux Seychelles. Il est donc impossible d’identifier leur provenance exacte.

     
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    2 avril 2017 7 02 /04 /avril /2017 10:21

    Nétanyahou valide la création d’une nouvelle colonie, une première depuis vingt-cinq ans

     

    Planifiée dans la vallée de Shilo, en Cisjordanie, la future colonie résulte d’une promesse faite aux familles de l’avant-poste d’Amona, démantelé début février.

     

    LE MONDE | • Mis à jour le | Par Piotr Smolar (Jérusalem, correspondant)

     

    L’annonce est tombée tard dans la soirée, jeudi 30 mars, au terme de longues discussions en conseil de sécurité, autour du premier ministre, Benyamin Nétanyahou. Pour la première fois depuis les accords d’Oslo, signés en 1993, le gouvernement israélien a décidé d’autoriser l’établissement d’une nouvelle colonie en Cisjordanie, dans la vallée de Shilo. Cette mesure était une promesse faite aux familles de l’avant-poste d’Amona, démantelé sur décision de justice début février.

    Lire aussi : Colonies israéliennes en Cisjordanie : près d’un demi-siècle d’installations illégales

    Elle intervient alors que les consultations diplomatiques s’intensifient, à l’initiative des Etats-Unis, pour relancer un semblant de processus politique entre les acteurs du conflit israélo-palestinien. En recevant M. Nétanyahou à la Maison Blanche le 15 février, le président américain, Donald Trump, avait demandé à Israël de la « retenue » dans le développement des colonies. Mais l’annonce de jeudi n’aurait pu être faite sans consentement américain.

    Selon l’ONG La Paix maintenant, la nouvelle colonie serait « stratégique pour la fragmentation de la Cisjordanie » en étendant encore les implantations entre la « ligne verte » de 1948 et la vallée du Jourdain, qui compromettent un Etat palestinien. En outre, le gouvernement a annoncé la publication d’appels d’offres pour 2 000 nouveaux logements et le classement de près de 100 hectares en « terres d’Etat », permettant de légaliser trois avant-postes. Selon le quotidien israélien Haaretz, M. Nétanyahou aurait annoncé à ses ministres qu’Israël se limiterait à l’avenir à des constructions dans des zones d’habitation déjà établies.

    Depuis les élections de mars 2015, jamais encore les colons n’avaient bénéficié d’une telle influence en Israël. Selon le Bureau central des statistiques, la construction de 2 630 logements a débuté en Cisjordanie au cours de l’année 2016, soit une hausse de 40 % par rapport à 2015. Depuis que M. Nétanyahou est redevenu premier ministre en 2009, plus de 14 000 nouveaux logements ont été mis en chantier. Si en vingt-cinq ans, aucune colonie nouvelle n’avait été approuvée, celles existant déjà ont été souvent étendues. En outre, des dizaines d’avant-postes – colonies sauvages, établies sans autorisation des autorités – ont été régularisés au cas par cas.

    Lire aussi : Israël : des banques françaises soutiendraient la colonisation

    Double pression pour Nétanyahou

    C’est par « amour des colonies », selon sa formule du 18 décembre, que le premier ministre a cherché une formule pour satisfaire les familles d’Amona, au lieu d’exécuter simplement l’ordre d’expulsion imposé par la Haute Cour de justice. Les cinquante familles ont été évacuées les 1er et 2 février. Le 15 mars, leurs représentants ont rappelé par écrit à M. Nétanyahou ses engagements à leur égard.

    Mais à cette pression de la droite nationale religieuse répond une autre, celle de Washington. Convaincu de pouvoir pousser les deux acteurs du conflit à un accord final, Donald Trump a dépêché l’un de ses proches, l’avocat Jason Greenblatt. Celui-ci a fait preuve d’habilité en rencontrant tous les acteurs, des représentants de la société civile palestinienne jusqu’à ceux des colons, sans jamais employer l’expression « solution à deux Etats ». Il s’est aussi rendu le 29 mars au sommet de la Ligue arabe, comme « observateur ». La Maison Blanche compte sur le soutien de l’Arabie saoudite, de l’Egypte et de la Jordanie pour pousser l’Autorité palestinienne au compromis.

    Lire aussi : La droite israélienne veut profiter du flou des intentions de Trump

    Mais du côté israélien, M. Nétanyahou pense à sa survie. Il veille sur l’électorat que représentent les 400 000 colons en Cisjordanie, qu’il se dispute avec le Foyer juif de Naftali Bennett. « Bibi ne veut renoncer à rien à cause de sa coalition, explique au Monde la députée travailliste Ksenia Svetlova. Je suis très pessimiste. La droite et le centre ne parlent même plus d’un Etat palestinien. Quant à la solution régionale, elle paraît encore moins crédible qu’avant. Les Etats arabes sont faibles et ne peuvent donner de garanties de sécurité à Israël. »

    Pour l’heure, le premier écueil se situe dans les discussions entre Américains et Israéliens. Un groupe de travail, mis en place pour définir le périmètre et les règles dans le développement des colonies, n’a pas abouti. M. Nétanyahou ne veut pas donner le sentiment d’une dictée extérieure. Le chef du bureau du premier ministre, Yoav Horowitz, et l’un de ses plus proches collaborateurs, l’ambassadeur d’Israël à Washington, Ron Dermer, conduisent les négociations du côté israélien.

     
     

     

     
     
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    1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 09:42

    « De-Colonizer », le laboratoire de recherche israélien antisioniste

    lundi 27 mars 2017

    DÉCOLONISER LE SAVOIR

    Le parlement israélien vient de voter le 6 février au soir une loi dite de « régularisation ». Cette loi rétroactive va permettre à Israël non seulement de légaliser les nombreuses implantations non autorisées, mais également d’accélérer la colonisation violente de centaines d’hectares de terres palestiniennes. De plus, depuis la nouvelle politique américaine du président Donald Trump et son soutien inconditionnel au gouvernement d’extrême droite israélien, le feu vert est donné à l’État hébreu pour poursuivre son projet colonialiste. Il est donc plus que jamais urgent de se saisir de ces questions et de dénoncer collectivement, et le plus largement possible, la politique sioniste qui tente de légaliser ses crimes qui vont à l’encontre de toute possibilité de paix juste en Palestine.

     

     

    Par cet article nous allons présenter le centre de recherche israélien De-Colonizer et ses travaux récents, qui nous permettent à toutes et à tous de comprendre et de dénoncer le projet colonial sioniste qui coûte la vie à de nombreux Palestinien(ne)s, qui se traduit par l’expropriation de terres des Palestiniens, par la destruction de localités dont les habitants se retrouvent chassés du jour au lendemain, sans aucune possibilité de relogement.

    Le laboratoire de recherche De-Colonizer est un centre alternatif israélien fondé par l’anthropologue du politique et spécialiste de la société israélienne contemporaine Eléonore Bronstein, et Eitan Bronstein, sociologue israélien et fondateur de l’ONG Zochrot. Leur objectif est de fournir, depuis l’intérieur, les outils scientifiques nécessaires à la lutte contre le régime sioniste.

    En effet, dans les clichés habituels et le discours dominant qui tentent de décrédibiliser la lutte en solidarité avec la Palestine, on remarque cette tendance à séparer systématiquement l’espace « neutre » et intellectuel de la recherche de l’espace militant. C’est pourquoi, De-Colonizer tente de prendre le contre-pied de cette idée en mettant ses productions scientifiques au service de l’action politique pour une paix juste et durable en Palestine. Le but est donc de créer des outils dont chacun pourra se saisir pour comprendre et sensibiliser à la question de la colonisation en Palestine.

    Convaincu que l’avenir de la société israélienne dépend de la compréhension de son passé, le centre de recherche considère qu’un travail de mémoire est indispensable. L’enjeu est à la fois de comprendre les conséquences de la « Nakba », la grande catastrophe de 1948, c’est-à-dire l’expulsion de 750 000 Palestiniens et Palestiniennes de leur terre, mais aussi et plus globalement de tenter de contrer la propagande israélienne qui tente de réécrire l’Histoire. De-Colonizer considère que 1948, ce point crucial de l’Histoire, n’est qu’une étape du projet colonialiste sioniste qui est en réalité beaucoup plus large. Aujourd’hui, Israël doit reconnaître sa responsabilité et permettre le droit au retour de tous les réfugiés.

    De-Colonizer fait un travail indispensable : celui de s’adresser à la société israélienne pour qu’elle apprenne à remettre en cause les privilèges dont elle jouit. De-colonizer, à l’image de l’un de ses fondateurs, Eitan Bronstein, tente d’exposer les processus nécessaires afin de décoloniser son identité israélienne, première étape que doit franchir tout Israélien ou Israélienne qui lutte contre l’État colonialiste et raciste d’Israël et qui croit en une paix juste et durable en Palestine.

    Grâce à un travail acharné de plusieurs années et à des productions de qualités, le centre de recherche a acquis une réelle légitimité à travers le monde, mais également de la part des Palestiniens, dont beaucoup travaillent en collaboration avec les chercheurs de l’ONG. De-Colonizer soutient la campagne BDS, ce qui est un fait rare pour une ONG israélienne bien qu’elle en paye le prix fort (puisqu’elle se retrouve marginalisée en Israël et doit faire face à de nombreuses attaques). De-colonizer continue à résister de l’intérieur.

    Devenu un allié indispensable à la lutte contre le colonialisme israélien, le laboratoire de recherche présente actuellement sa carte intitulée Colonialisme en destru(a)ction. À l’issue d’un travail minutieux de plusieurs années, qui témoigne d’une réelle rigueur scientifique, cette carte a pour objectif de recenser l’ensemble des localités palestiniennes, syriennes et juives détruites depuis le début des migrations sionistes en Palestine. Elle tente de mettre l’accent sur la persistance du projet colonial sioniste à travers un découpage historique. En effet, on retrouve sur la carte les localités détruites avant 1948 en bleu, les destructions pendant l’année 1948 en rouge et les destructions de 1967 à 2016 en vert. En tout, 801 localités palestiniennes, 194 localités syriennes et 44 localités juives ont été détruites depuis le début du 19e siècle.

    Cette carte n’est pas figée, mais elle est bien en action puisqu’elle tente de mettre l’accent sur l’évolution d’une même politique qui menace, encore aujourd’hui, les localités palestiniennes. En effet, la carte fait mention des localités toujours menacées de destruction. Sans une action de solidarité massive et populaire qui mettrait un terme à ces destructions de plus en plus violentes, nous savons déjà quelles seront les prochaines localités détruites. C’est pourquoi cette carte inédite vise aussi bien à être un outil pédagogique, éducatif que politique. Elle doit devenir un appui de taille pour tout plaidoyer politique en faveur de l’arrêt de la colonisation violente en Palestine.

    Contrairement aux normes cartographiques classiques, dont le but est de faire ressortir les localités existantes, cette carte tente de replacer sur une carte ce que le projet sioniste a tenté de détruire non seulement physiquement, mais également des mémoires et de l’Histoire. Grâce à une collaboration étroite avec la chercheuse Ariella Azoulay, cette carte recense pour la première fois les initiatives de non-agression qui existait entre villages juifs et villages palestiniens, ce type de solidarité qui existait avant 1948 et a été complètement détruit par le sionisme. C’est ce que De-Colonizer appelle la « destruction de l’espoir », l’espoir d’une entente encore possible avant la création de l’État d’Israël. Le centre de recherche a fait le choix de recenser également les localités juives détruites pendant toute la période. À traver ce choix, qui renvoie à une des lignes politiques que défendent Eitan et Eléonore Bronstein, il s’agit de montrer que les Juifs aussi payent le prix de l’appartenance à un projet politique colonialiste et raciste.

    Cette carte permet par son pragmatisme de rendre visible et facilement lisible une multitude d’informations indispensables à la compréhension du projet sioniste. Bien qu’il existe plusieurs Atlas et sites faisant référence à ces thématiques, cette carte reste inédite autant sur la forme que sur le fond, puisqu’elle est à la fois une carte historique mais également une démonstration de l’évolution d’une politique colonialiste. Elle s’adresse à tous, et c’est pourquoi nous comptons sur l’ensemble des militants de l’anticolonialisme, de l’antiracisme politique mais aussi des chercheurs et des enseignants, du personnel éducatif au sens large, de la société civile et des personnes qui luttent pour la paix de se saisir de cet outil, pour le diffuser le plus largement possible, sensibiliser à la question coloniale en Palestine et au danger qu’elle recouvre encore aujourd’hui.

    Le projet sioniste est constamment en action et nous devons y répondre par l’action également !

    Free Palestine, la lutte continue !

    Pour que la carte puisse être consultée par tous, De-colonizer a fait le choix de la mettre en ligne sur son site : http://www.de-colonizer.org/carte-en-francais

    Par ailleurs, afin de répertorier l’ensemble des lieux alternatifs, des librairies, des bibliothèques universitaires en France susceptibles de présenter cette carte et de la mettre en vente, une adresse mail a été mise à disposition. Si vous connaissez de bonnes adresses dans vos régions, vous pouvez les faire connaitre à l’adresse suivante : lamiamiya075@gmail.com

     

    http://www.ujfp.org/spip.php?article5508

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    1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 09:27

    Un projet de congrès sioniste donne des sueurs froides à Bâle

    Vingt ans après le centenaire de la fondation du sionisme dans la cité rhénane, Tel-Aviv lorgne à nouveau du côté de la Suisse pour célébrer le mouvement à l’origine de la création de l’Etat d’Israël

    200 policiers, 10 millions de francs

    Le temps presse et les autorités bâloises, chargées en collaboration avec la police fédérale d’évaluer si la ville est à même d’assurer la sécurité d’une telle manifestation, ont d’ores et déjà fait leur calcul: ce congrès nécessiterait la mobilisation de 2000 policiers et coûterait 10 millions de francs. Une évaluation basée sur l’expérience menée lors de la conférence ministérielle de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), en 2014, qui avait amené dans la cité rhénane 53 ministres des Affaires étrangères et près de 1200 délégués de 57 Etats membres. Alors, quelque 1000 policiers et 3600 soldats de l’armée avaient été mobilisés.

    Pour organiser un congrès de cette ampleur, nous aurions besoin d’un an et demi de préparation et d’une participation financière de la part de la Confédération.

    «Pour organiser un congrès de cette ampleur, nous aurions besoin d’un an et demi de préparation et d’une participation financière de la part de la Confédération. Un événement de plus petite taille serait souhaitable» souligne Marco Greiner, porte-parole du gouvernement bâlois. Berne, de son côté, attend que le premier ministre Benyamin Netanyahou envoie une lettre à la présidente de la Confédération Doris Leuthard, avant de se prononcer. Quant à l’ambassade israélienne, elle confirme qu’elle «explore» encore la «possibilité» de tenir ce congrès. «Rien n’a été décidé officiellement», communique-t-elle.

    Au parlement, en revanche, le projet israélien a déjà suscité des réactions. Le conseiller national Carlo Sommaruga critique une «instrumentalisation politique» destinée à faire de la Suisse une plateforme internationale de «promotion de la politique israélienne d’annexion des territoires palestiniens, qui sape la solution de paix de deux Etats promue par l’ONU et la Suisse». Une éventualité qui n’est sans doute pas étrangère aux inquiétudes du gouvernement bâlois, dominé par la gauche.

    Bâle, berceau de l’Etat d’Israël

    En 1997, Israël avait déjà jeté son dévolu sur Bâle pour organiser le centième anniversaire de la création du mouvement sioniste. «A Bâle, j’ai fondé l’Etat juif», avait écrit Theodor Herzl dans son journal intime. C’est dans la cité rhénane qu’en août 1897, le journaliste autrichien a créé le premier congrès sioniste, point de départ d’un processus qui a abouti à la création d’Israël, cinquante ans plus tard. Avant cela, il aura fallu vingt et un autres rassemblements, dont dix auront lieu au bord du Rhin également. «Aujourd’hui, dans chaque ville israélienne, il existe une rue de Bâle», note Patrick Kury, historien à l’université de Lucerne, spécialiste de l’histoire du sionisme.

    La Suisse, pourtant, n’était pas le premier choix de Theodor Herzl, qui visait d’abord Vienne, ou Munich. Dans la première, l’antisémitisme était trop virulent. Dans la seconde, la communauté juive, hostile au sionisme, avait refusé d’héberger l’événement. «Les autorités bâloises et, de manière générale, la société suisse libérale du XIXe siècle s’est montrée au contraire très ouverte et bienveillante à l’égard du projet d’Etat d’Israël», souligne Patrick Kuny.

    Le contexte actuel est plus propice à une mise en scène politique de l’Etat d’Israël qu’à une réflexion sur le sionisme.

    Il y a vingt ans, un millier de participants avaient afflué à Bâle pour l’occasion, dans la salle du casino de Bâle. Quelque 700 militaires étaient venus prêter main-forte aux 1200 policiers mobilisés pour l’occasion. L’événement avait une dimension plus scientifique que festive: Durant les quelques jours qu’avait duré la commémoration, des chercheurs suisses, israéliens, américains et européens avaient participé à des débats et des colloques autour du sionisme et des relations entre judaïsme et islam.

    «Il y a vingt ans, l’atmosphère était plus favorable pour un tel événement qu’aujourd’hui», remarque Patrick Kury. Les négociations entamées au début des années 1990 autour des accords de reconnaissance mutuelle entre Israël et l’Organisation de libération Palestine (accord d’Oslo) avaient fait naître un espoir d’entente entre Israéliens et Palestiniens. «Depuis, la situation n’a fait que se dégrader au Proche-Orient. Le contexte actuel est plus propice à une mise en scène politique de l’Etat d’Israël qu’à une réflexion sur le sionisme.»

     

     

    https://www.letemps.ch/suisse/2017/03/29/un-projet-congres-sioniste-donne-sueurs-froides

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    31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 05:09

    États-Unis : des juifs s'élèvent contre le lobby pro-israélien

     

     

    Des centaines de juifs américains ont manifesté dimanche à Washington pour dénoncer le soutien de l'AIPAC à l'occupation israélienne. Une première.

     

    Par

    Modifié le - Publié le | Le Point.fr
    Réunis devant le centre de convention de Washington, des manifestants brandissent une pancarte : "Les juifs ne seront pas libres tant que les Palestiniens ne le seront pas. Rejetez l'AIPAC, rejetez l'occupation."
     
    Réunis devant le centre de convention de Washington, des manifestants brandissent une pancarte : "Les juifs ne seront pas libres tant que les Palestiniens ne le seront pas. Rejetez l'AIPAC, rejetez l'occupation." © IfNotNow/ Gili Getz
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    30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 05:26
    Israël : des banques françaises soutiendraient la colonisation
     
     
     

    Un rapport souligne les liens financiers de BNP, Axa, Société générale, Crédit agricole ou BPCE avec des groupes israéliens actifs en Cisjordanie

    Les banques françaises, complices indirectes de la colonisation israélienne. Telle est l'accu-sation, en creux, qui traverse un rapport, publié mercredi 29 mars, par un regroupement d'ONG et de syndicats. On trouve parmi eux la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), la CGT, l'Association France Palestine Solidarité ou encore CCFD-Terre Solidaire.

     

    Ce rapport met en lumière le rôle des banques israéliennes dans le financement des colonies, de la construction de logements au développement des infrastructures. Or ces banques entretiennent des relations et des parte-nariats avec leurs homologues françaises, qui sont placées devant leurs responsabilités par les auteurs du rapport, en regard du droit international. La colonisation est en effet condamnée de façon constante, comme l'a illustré, le 23 décembre 2016, l'adoption de la résolution 2334 au Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies.

     

    Le rapport s'appuie sur les analyses effectuées par le cabinet de conseil néerlandais Profundo, entre mars et juin 2016, sur la base de données publiques. Les grands groupes financiers français (BNP Paribas, Crédit agricole, Société générale, BPCE, Axa) ont des participations minoritaires, directes ou indirectes, dans le -capital des banques et des entreprises israéliennes actives en -Cisjordanie. Il s'agit, par exemple, de Bank Hapoalim, Bank Leumi ou First International Bank of Israel, qui ont, parfois, des agences dans les colonies mêmes ou bien des opérateurs de télécoms Bezeq, Partner et Cellcom, qui fournissent leurs services aux quelque 400 000 colons vivant en Cisjordanie.

     

    Les banques françaises sont fermement invitées à " un devoir de vigilance accru " et à se retirer,conformément aux principes directeurs - non contraignants - des Nations unies et de l'Organisation de coopération et de développement économiques. En poursuivant leurs activités, elles " contribuent à perpétuer une situation qui porte atteinte au droit à l'autodétermination et aux droits fondamentaux de la population civile palestinienne, notamment par l'exploitation des ressources naturelles, la destruction des biens privés et de l'aide humanitaire, le déplacement forcé de civils et les restrictions de mouvement et d'accès aux besoins et services essentiels ".

     

    Sur ce sujet éminemment sensible, plusieurs institutions financières ont réagi avec circonspection à l'interpellation des ONG. " Le cas que vous soulevez a été étudié avec attention par les membres des équipes impliquées dans les décisions relatives à la politique d'investissement responsable. Elles en ont conclu que les entreprises citées ne rentraient pas dans le cadre des exclusions de notre politique d'investissement responsable ", a répondu Axa à l'Association France Palestine.

     

    L'Etat, accusé de " silence "

    Un courrier du Crédit agricole souligne que sa filiale de gestion d'actifs Amundi, qui " a mis en place des règles d'exclusion et de sélection stricte des émetteurs "," a considéré que le secteur bancaire israélien n'intervenait pas dans la colonisation des territoires palestiniens ". Au Monde, le groupe Amundi a précisé avoir " décidé d'exclure les sociétés directement impliquées dans la construction ou le maintien des colonies ", mais ajoute qu'il ne lui paraît " pas opportun d'exclure des compagnies ayant un lien moins direct avec les constructions des colonies (...). Il en est ainsi des établissements financiers ".

     

    Le département responsabilité sociétale des entreprises de la Société générale a, lui, précisé que la banque " n'a pas de participation pour compte propre dans des entités du secteur bancaire israélien ", avant d'ajouter que " le groupe offre par ailleurs des fonds (titres détenus par nos clients), dont certains peuvent inclure, pour de faibles expositions, des -titres israéliens ". L'Etat, accusé de " silence ", est également -interpellé. " Au regard des obligations de droit international de protéger, respecter et mettre en oeuvre les droits de l'homme, - la France - est tenu - e - d'exiger le respect des droits humains par les entreprises et les banques dont les sièges sociaux sont situés - dans l'Hexagone - ", souligne le rapport. L'Etat est aussi actionnaire à 20 % d'Alstom, qui doit prendre en charge l'extension du tramway traversant des quartiers de Jérusalem-Est.

     

    Le rapport constate également que les quatre premières banques françaises - BNP Paribas, Société générale, LCL (filiale du groupe Crédit agricole) et Natixis (filiale du groupe BPCE) -, rassemblées dans un consortium, ont accordé " des prêts d'un montant total de 288 millions d'euros sur la période 2004-2020 à l'entreprise publique israélienne Israel Electric Corporation (IEC), pour un projet d'extension de deux centrales électriques au gaz, alors même que l'IEC approvisionne en électricité l'ensemble des colonies illégales en Cisjordanie occupée ". Le rapport demande à ce que le prêt ne soit pas renouvelé, à échéance.

     

    La question de la responsabilité des entreprises et des banques occidentales dans le développement des colonies se pose depuis des années. En 2016, l'opérateur télécoms français Orange a mis un terme à sa collaboration avec l'entreprise israélienne Partner, à laquelle il avait cédé l'usage de sa marque, après une vive polémique. Le gouvernement israélien avait considéré comme un appel au boycottage les propos du PDG, Stéphane Richard, en juin 2015, souhaitant rompre au plus vite ce partenariat.

    Véronique Chocron, et Piotr Smolar (à jérusalem)

    Des institutions financières désengagées

    Plusieurs institutions financières étrangères ont déjà cessé leurs investissements dans des banques et des entreprises israéliennes impliquées dans la colonisation. Selon le rapport publié par un groupement d'ONG et de syndicats, le fonds de pension néerlandais PGGM a, en décembre 2013, exclu cinq banques israéliennes (Hapoalim, Leumi, First International Bank of Israel, Israel Discount Bank et Mizrahi Tefahot Bank) de sa liste d'investissements. En 2014, le fonds de pension luxembourgeois FDC s'est également désinvesti de ces cinq banques. La danoise Danske Bank ainsi que l'allemand Deutsche Bank Ethical Fund ont placé Hapoalim Bank " sur une liste noire ".

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/03/29/israel-des-banques-francaises-soutiendraient-la-colonisation_5102561_3234.html

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