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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 02:34

Tel-Aviv, Istanbul, Bruxelles à l’heure du tout sécuritaire

Une dérive autiste

Petit à petit s’installe dans toute l’Europe un repli sécuritaire, une dérive autiste qui fait craindre pour l’avenir des démocraties mais aussi pour l’avenir de la culture urbaine. L’enfermement volontaire remplace l’échange et le dialogue.

© Ezra Nahmad.

Je rentre d’un voyage en Israël, impressionné par la solitude et le repli dans les villes que j’ai arpentées, pour le plaisir et pour prendre des photographies. Je rentre à Paris le jour même où l’Union européenne signe un accord avec la Turquie qui instaure une barrière anti-migratoire, alors que la guerre en Syrie a mis sur les routes plusieurs millions de personnes. Quatre jours après mon retour, deux bombes explosent à Bruxelles, l’une à l’aéroport, l’autre dans le métro, faisant plusieurs dizaines de morts. Je vois une concomitance entre ces trois faits.

Lorsqu’on se promène en Israël, on peut faire le constat que la plupart des rues sont vides, quels que soient la ville, le lieu ou l’heure où on les arpente. Seuls certains cafés, centres commerciaux et les transports en commun témoignent d’une relative sociabilité ou promiscuité. Les autres espaces publics semblent se vider au fil des ans, dans un climat d’anémie et de solitude. Les statistiques récentes de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), dont Israël fait partie depuis 2010, montrent que ce pays est désormais l’un des plus denses de ses pays membres en termes de population — et des plus pollués : huitième sur trente-quatre, et avec les taux de pauvreté les plus élevés : deuxième après le Mexique.

Un étrange paradoxe

On peut s’interroger sur cet étrange paradoxe qui fait que le pays se densifie sur le plan démographique tandis que les rues de ses villes se vident lentement. Petit territoire saturé de tours et d’autoroutes, Israël est doté d’un réseau de transports en commun déficitaire. Les noyaux urbains sont denses, bétonnés, la circulation automobile explose avec la disparition progressive des piétons, hormis dans les vieux centre urbains où les blocs à l’abandon alternent avec des zones réhabilitées, vouées à la spéculation. La disparition progressive de la pratique piétonnière est aussi nourrie par la peur des attentats et des agressions au couteau. Les attaques quasi quotidiennes sont plutôt circonscrites à Jérusalem et aux abords des colonies, mais elles surviennent ailleurs de temps à autre, transformant progressivement les artères urbaines en zones à risques.

La cyberdépendance contribue également à vider les espaces publics. Les jeunes Israéliens sont particulièrement « accros » à la technologie. Les symptômes d’addiction se répandent, notamment les formes de déprime et d’enfermement. Le coût exorbitant de la vie en Israël, plus élevé que dans de nombreux pays européens, conduit les gens à assumer plusieurs emplois, à se déplacer sur des distances de plus en plus longues et fatigantes, et donc à délaisser progressivement les loisirs.

L’emprise grandissante de la religion sur les pratiques culturelles et de loisirs, son communautarisme et la primauté accordée à la vie familiale stérilisent à leur manière la culture urbaine.

Les causes de l’anémie sociale en Israël, on le voit dans ce raccourci, sont complexes. Il ne faut pas oublier enfin que ce pays ne cesse de se barricader, dans un processus voué à se développer encore dans les années à venir, et que cet enfermement produit un autisme paranoïaque qui contribue à appauvrir les relations sociales.

Le repli européen

Scellé par le récent accord avec la Turquie, le repli européen mériterait d’être mesuré à l’aune de cette dérive autiste israélienne, comme un acte d’enfermement conduisant à une asphyxie morbide.

D’autant plus que l’Europe et le Proche-Orient se trouvent dans une trajectoire de rapprochement complexe, dans une sorte de contamination — voire de mimétisme — qui suscite de nombreuses interrogations. Et dans cette convergence on voit apparaître une dynamique inédite : la tentation croissante des États européens affaiblis, non seulement de s’appuyer sur, mais aussi de s’inspirer des solutions de gouvernement et de l’autoritarisme des États proche-orientaux.

L’expertise de la Turquie ou d’Israël en matière de lutte antiterroriste acquièrent un poids majeur, l’arme du terrorisme est utilisée comme un robinet pour exercer un chantage sur l’Europe. Développée en son temps par Mouammar Kadhafi dans sa diplomatie internationale, l’arme migratoire-terroriste est aujourd’hui monnaie courante pour un nombre croissant d’États. Mais la situation a changé depuis la chute du dictateur libyen : elle est plus fragile et volatile sur tout le pourtour méditerranéen.

Déjà dupée avec Kadhafi, l’Europe réitère son aveuglement avec Recep Tayyip Erdogan.

Au vu de cette montée dans l’usage du chantage terroriste interétatique et diplomatique, il faut remettre en cause le cliché courant sur la diffusion du terrorisme selon lequel il s’introduirait par le bas, par les parias de la société et les failles dans les systèmes de surveillance.

On a pu voir ces dernières années comment les régimes syrien et turc se sont servis des organisations terroristes pour renforcer leur pouvoir menacé à l’intérieur et sur la scène internationale.

Les États européens subissent le chantage, mais affaiblis qu’ils sont, glissent lentement vers des recettes politiques qui rappellent de plus en plus les équilibres proche-orientaux, privilégiant l’enfermement, la peur d’une menace venue du dehors et le repli communautaire.

Si les gouvernements européens affichent un certain mépris à l’endroit d’Erdogan et de Benyamin Nétanyahou, leurs tentations politiques sécuritaires patriotiques rappellent de plus en plus les formules concoctées en Israël et en Turquie. La France emboîte le pas à Israël autrement : elle se voit bien en martyre et nourrit volontiers un ressentiment maladif à l’encontre des « autres » et du monde.

Une conscience malheureuse

Je ne peux m’empêcher de considérer les attentats de Bruxelles à la lumière des constats qui précèdent. Comme un produit de l’isolationnisme et du repli des États, de l’indifférence croissante aux questions et aux dynamiques sociales, une perte d’imagination dans les relations.

Comme un aplatissement des consciences sur des considérations sécuritaires et patriotiques, accompagné de tentations autoritaires. Comme la diffusion malsaine d’une conscience malheureuse, victimaire et paranoïaque. Comme l’émergence d’un appel suicidaire collectif, dont les jeunes terroristes seraient les premiers acteurs.

Il est possible de renverser cette donne et les remèdes sont multiples, en ce sens qu’il n’existe pas de solution unique ou majeure. Et c’est non seulement une source d’espoir, mais une nécessité de prendre conscience du fait que l’issue sécuritaire ne suffit pas, et qu’elle ne peut en aucun cas nous dispenser de concevoir d’autres mesures, d’échafauder toutes sortes d’hypothèses et d’actions collectives.

Ezra Nahmad

Photographe.

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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 02:38

Myriam Benraad : « Pour défaire Daesh, il faut s’appuyer sur les peuples »

La Syrie est le théâtre tragique d’une guerre géopolitique au long cours, à laquelle les civils paient un lourd tribut. Pour quel résultat contre Daesh ?

Entretien avec Myriam Benraad, politologue française spécialiste de l’Irak et du monde arabe. Entretien,

Proche et Moyen-Orient Vos réactions (10) • envoyer l'article par mail envoyer par mail • Version imprimable de cet article Version imprimable •Images intégrées 1 •Images intégrées 2 Myriam Benraad est l’auteure de Irak : de Babylone à l’État islamique. Idées reçues sur une nation complexe (Le Cavalier Bleu, 2015).

Regards. « Daesh s’est construit à cause de la faiblesse de ses ennemis », dites-vous. Aujourd’hui ses ennemis vous paraissent-ils plus forts ou plus faibles ?

Myriam Benraad. C’est une question très complexe. Ce qu’il importe tout d’abord de souligner, c’est qu’on se trouve dans un contexte de guerre asymétrique.

Le groupe État islamique est apparu en octobre 2006 en Irak, dans la continuité de ce qui constituait la branche irakienne d’Al-Qaïda dirigée à l’époque par Abou Mousab al-Zarqawi.

Une insurrection faisait alors face à une armée régulière, les États-Unis, dans un contexte d’occupation.

De ce point de vue, la donne n’a jamais foncièrement changé : d’un côté combattent des guérilleros, de l’autre des armées conventionnelles. Seules certaines méthodes diffèrent aujourd’hui.

Ce qui est certain néanmoins, c’est que les bombardements causent de nombreux morts parmi les civils, irakiens comme syriens.

Les revers subis par l’État islamique restent quant à eux très modestes au regard de l’action militaire adverse.

Pourquoi cette action est-elle à vouée à obtenir si peu de résultats ? Les forces internationales en présence sont dépourvues de stratégie commune.

En réalité, ni les Russes, ni les Américains n’ont le pouvoir d’influer structurellement sur un contexte local marqué par ses propres dynamiques, synonymes d’un imbroglio pour l’heure sans issue.

Chacun se livre une guerre par procuration sur le terrain, une lutte pour l’hégémonie.

Ainsi, l’Iran a gagné la guerre d’Irak dès 2003 – les Saoudiens l’avaient d’ailleurs annoncé aux Américains !

Le projet iranien est celui d’une expansion régionale au-delà des frontières, et Téhéran a réussi à se rallier des pans entiers des populations du Moyen-Orient, sponsorisant notamment un certain nombre d’actions caritatives, telle la construction d’écoles par exemple, et finançant différentes factions religieuses et politiques.

L’Iran a ainsi formé un véritable "arc chiite" de Téhéran jusqu’à Beyrouth en passant par Bagdad et Damas.

« On a oublié en Occident que ces dictateurs ne pensent pas avec nos catégories : ils sont prêts à causer des millions de morts pour assurer leur survie »

Comment les autres puissances régionales ont-elles réagi à cette stratégie de conquête iranienne ?

En face se situent plusieurs puissances comme l’Arabie saoudite et la Turquie qui perçoivent cet expansionnisme avec effroi, étant elles-mêmes en quête de primat géopolitique.

En perte de vitesse et nostalgique de son aura passée, l’Égypte vit également mal cette expansion.

Ces États comptent tous s’imposer et se moquent des morts que leurs ambitions dévorantes engendrent.

Les droits de l’Homme n’ont guère de signification à leurs yeux. Ils sont prêts à armer les différents acteurs qui se sont rangés de leur côté pour gagner la guerre, même si en réalité aucun ne la gagnera jamais.

Ces choix constituent autant d’impasses et de catastrophes, et il en ressort un état de barbarie qui atteint à présent des sommets inouïs.

Comment percevez-vous l’intervention de la Russie ?

Le premier intérêt des Russes à intervenir militairement en Syrie est de limiter la contamination djihadiste. Moscou entend constituer un cordon sanitaire face au djihad à ses portes.

L’État islamique menace en effet directement et ouvertement la Russie, qui tente aussi par cette intervention de rétablir son influence d’antan au Moyen-Orient face aux Américains.

Les Russes veulent tout simplement reprendre la main là où ils ont été laissés après la guerre du Golfe de 1990.

Les bombardements russes ne s’embarrassent pas de détails, néanmoins, et tuent les civils par centaines. C’est une véritable boucherie.

Pourquoi les Américains laissent-ils faire ?

Ils n’ont dans les faits aucune stratégie tangible. Ils ne souhaitent pas remettre les pieds dans le bourbier irakien.

Au fond, l’intervention russe en Syrie les arrange en les dédouanant de leurs responsabilités.

Eux s’occuperont de l’Iraq, bon gré mal gré, conformément à la politique du "Iraq first" esquissée depuis 2014 par Barack Obama.

Washington soutient néanmoins les Kurdes en Syrie, comme en Irak.

Autrement dit, Russes et Américains se partagent les tâches et plus personne outre-Atlantique n’évoque un départ prochain d’Assad, ce qui tranche avec la position qui est toujours celle de la France, considérant qu’aucune solution politique n’est possible sans un retrait du dirigeant syrien.

Or soyons clairs : il n’y aura aucune transition pacifique en Syrie tant qu’Assad se maintiendra au pouvoir.

Cela fait cinq ans que la guerre perdure, dans un rapport de forces pur.

Les Russes permettent au régime de reprendre un certain nombre de territoires et Assad ne fera aucune concession à l’opposition.

À ce titre, on a oublié en Occident que ces dictateurs ne pensent pas avec nos catégories : ils sont prêts à causer des millions de morts pour assurer leur survie. Saddam Hussein en était aussi un exemple effrayant.

« Daesh a réussi à globaliser son combat en un temps record et forme une internationale révolutionnaire radicale »

Est-ce que Daesh recule ou progresse ? La situation est variable d’un territoire à l’autre.

Le groupe a repris un certain nombre de zones, mais a aussi reculé dans d’autres.

Ni l’intervention russe, ni celle de la coalition emmenée par les États-Unis n’a fait la différence.

Pendant ce temps, le groupe terroriste s’exporte vers d’autres terrains telle la Lybie, et compte par ailleurs de plus en plus nous attaquer.

L’ensemble du monde musulman est gangrené, nos sociétés aussi. J’attribue le 13 novembre au fait que les djihadistes ont voulu se venger après avoir été relativement affaiblis en Irak et en Syrie. Ils ont réussi à globaliser leur combat en un temps record et forment une internationale révolutionnaire radicale, leur modèle se parachevant dans la terreur et un projet politique de nature totalitaire.

La majorité des civils syriens et irakiens rejette l’État islamique, lequel pille, massacre, viole, décapite, jusqu’à des adolescents parce qu’ils écoutent de la musique.

Pour défaire ce groupe, il faut s’appuyer sur ces peuples, même si aujourd’hui beaucoup fuient et sont donc les acteurs tragiquement absents de cette crise historique.

Les civils paient un lourd tribut…

Le mieux, pour les civils encore sur place, serait d’obtenir des cessez-le-feu locaux.

Tant que le régime et l’opposition s’y refusent en Syrie, le bain de sang continuera. Une partie des opposants a réclamé un cessez-le-feu, mais à condition que les Russes cessent leurs bombardements.

Damas et Moscou l’accepteront-t-ils ? C’est peu probable.

De fait, Assad est euphorique actuellement : grâce à l’aide des Russes, le régime reprend la main peu à peu. Sa position reste celle de la force.

Pourquoi ferait-il des concessions ? Même Poutine aurait dit d’Assad que son cynisme l’avait frappé.

Le président russe n’est pourtant pas lui-même un modèle de candeur... Quant aux Occidentaux, nous ne sommes pas réalistes sur ces conflits et le niveau de cynisme dont sont capables ces chefs d’État, ainsi qu’une partie des protagonistes au sein de l’opposition.

Comment peut s’imaginer l’avenir de la Syrie ? Je crois qu’il sera celui d’une partition douce, de type fédéraliste dans le meilleur des cas.

Les Kurdes souhaitent d’ores et déjà leur autonomie. Assad tentera a minima de sécuriser la partie occidentale du pays, la "Syrie utile".

Les territoires plus à l’Est regrouperont quant à eux un éventail de groupes armés sunnites. Quoi qu’il en soit, Assad ne retrouvera jamais sa légitimité perdue, c’est une donnée objective.

Sa stratégie est de diviser pour mieux régner, il est prêt à tout pour conserver le pouvoir, y compris à "acheter" l’allégeance d’une partie des opposants, lassés des combats, mais il ne pourra jamais retrouver son assise d’antan, à moins d’un massacre total.

« Lorsque des populations sont bombardées de toutes parts, elles finissent par opter pour Daesh »

Quel type de solution les forces internationales devraient-elles soutenir ? À ce stade de décomposition et d’urgence, Américains et Russes doivent s’entendre, et ce rapidement, même si l’on est loin d’être en mesure de négocier un quelconque "après".

En réalité, il n’existe aucune stratégie claire et simple. Soutenir les bombardements sur les civils ? Certainement pas. Cela ne fait que re-légitimer l’État islamique, dont le fonds de commerce est la "guerre contre l’islam" que le monde entier livrerait.

Lorsque des populations sont bombardées de toutes parts, elles finissent par opter pour Daesh, non par adhésion idéologique à leur projet, mais parce qu’elles sont tuées.

Les Kurdes, même s’ils ont aussi commis des abus, comme tous les acteurs en présence, présentent un projet plus porteur pour l’avenir, c’est incontestable.

Pour autant, une partie d’entre eux s’est déjà rangée du côté de la Russie et d’Assad.

Voilà pourquoi les Turcs, opposés viscéralement à Damas depuis le début de la crise, les bombardent aujourd’hui.

Ce que les Occidentaux doivent faire en priorité, c’est soutenir les acteurs locaux qui combattent l’État islamique.

Il faudra ensuite faire preuve de pragmatisme, même dans la douleur, et favoriser la reprise des discussions entre le régime syrien d’une part, et les opposants de l’autre.

Le chemin semble étroit…

Dans les faits, l’Occident dispose d’une marge de manœuvre extrêmement réduite. Il n’y aura pas de solution de court terme à ces conflagrations.

Seule la stratégie kurde est la plus crédible pour l’heure.

Ce sont les seuls à reprendre des positions à l’État islamique, comme dans la province de Hassaka au Nord-Est de la Syrie. Ils forment et entraînent des combattants arabes, sunnites et chrétiens à leurs côtés.

Les Kurdes ne sont certes pas des enfants de chœur, mais ils ne sont pas comparables aux membres de l’État islamique, coupables d’innommables exactions.

Or la Turquie les bombarde, après avoir fait passer des centaines de djihadistes par sa frontière et permis tous les trafics.

Les Américains ont bien compris, à ce titre, que rompre les voies d’accès depuis et vers l’ancienne puissance ottomane était la seule solution.

Les Russes aussi, d’ailleurs.

Une dernière question, plus franco-française… Dounia Bouzar a renoncé à sa mission de déradicalisation en raison de la déchéance de nationalité proposée par le gouvernement. Qu’en pensez-vous ?

À mon sens, sa démission est surtout le signe de l’incurie structurelle de nos autorités. Cela fait dix ans que l’État français n’a pas pris le problème de la radicalisation à bras le corps alors que le phénomène était bien connu.

Combien d’individus fichés traînent dans la nature ?

L’état d’urgence n’est que de la poudre aux yeux, de surcroît porteur de tant de dérives liberticides : il n’empêchera pas la menace terroriste de nous frapper.

Il faut une solution de long terme, qui considère les dimensions profondes de la radicalité, et Dounia Bouzar ne peut venir seule à bout de ce problème, c’est un mauvais procès qu’on lui fait.

Ajoutons que si aucune solution n’émerge au milieu du chaos moyen-oriental, la radicalisation a de beaux jours devant elle, en France comme ailleurs, soyons lucides.

Enfin, à titre personnel, je regrette le lynchage dont Dounia Bouzar a été victime, dans la presse et sur les réseaux sociaux.

En l’occurrence, la violence des attaques ad hominem est inadmissible.

Actuellement, force est de constater qu’il y a un déferlement de haine et de sexisme contre les femmes qui travaillent sur ses questions.

http://www.regards.fr/web/article/myriam-benraad-pour-defaire-daesh

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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 02:36
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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 02:38

Le Parlement européen exige un embargo sur les ventes d’armes à l’Arabie saoudite

Jean-Jacques Régibier

Vendredi, 26 Février, 2016

Humanite.fr

Le Parlement européen a voté jeudi une résolution exigeant que les pays de l’UE cessent de vendre des armes à l’Arabie Saoudite, accusée de crimes contre les civils au Yemen.

Un vote qui concerne particulièrement la France, l’un des principaux fournisseurs d’armes à Ryad.

Le Parlement européen justifie son vote en expliquant que « les frappes aériennes de la coalition menée par l'Arabie et le blocus naval qu'elle a imposé au Yémen (… ) ont conduit à des milliers de morts et ont encore déstabilisé davantage le Yémen".

C’est en effet ce que constatait en octobre dernier le rapport d’Amnesty International qui sous le titre « des bombes tombent du ciel jour et nuit « , dénonçait les crimes de guerre commis par la coalition dans la guerre civile qui ravage le Yemen depuis mars 2015.

Selon l’ONG, le conflit avait déjà fait plus de 5000 morts à la fin de l’été, dont 2000 civils parmi lesquels 400 enfants.

L’analyse de 13 frappes aériennes de la coalition ayant eu lieu entre mai et juillet 2015, mettaient en évidence, selon le rapport d’Amnesty, plusieurs violations du droit international comme le bombardement de villes à forte densité de population, ou l’usage d’armes interdites comme des bombes à sous munitions.

En juillet dernier, une autre ONG, Human Rights Watch, avait également conclu qu’un raid aérien mené à Mokha par la coalition s’apparentait « à un crime de guerre ».

A la tête d’une coalition à laquelle participent également le Bahrein, le Qatar, et les Émirats arabes unis , l’Arabie saoudite intervient au Yemen depuis avril 2015 , avec l'appui des Etats-Unis, à la demande de l’ancien président Abd Rabo Mansour Hadi chassé du pays par les rebelles houthis.

Le Parlement européen demande qu’intervienne un cessez-le-feu au Yemen pour stopper les attaques contre les civils, le personnel d'urgence et le personnel médical, et que cessent également les combat au sol et les bombardements pour permettre à l'aide d'urgence, denrées alimentaires et médicaments, « d'atteindre le peuple yéménite ».

Il appelle également toutes les parties à éviter de cibler directement les infrastructures civiles, les installations médicales et les réseaux d'alimentation en eau.

Plus d’un million et demi d’habitants auraient déjà été déplacés en raison de la guerre.

Mais au delà des appels à toutes les parties en guerre et à leurs alliés étrangers à entrer dans un nouveau cycle de négociations de paix, c’est surtout l’appel au boycott de la vente d’armes à l’Arabie saoudite qu’on retiendra dans ce vote.

Cet amendement, voté par 359 voix contre 212 et 31 abstentions, est une première dont se sont félicités tous les groupes de gauche au Parlement européens.

Pour les Verts/ALE, à l’origine du débat, Eva Joly et Pascal Durand ont expliqué qu’il "était temps que le Parlement européen se saisisse de ce conflit trop longtemps ignoré par la communauté internationale" , rappelant que "l'Arabie saoudite est le second plus gros importateur d'armes au monde... et que l'UE est son principal fournisseur !"

En 2008, les États membres s’étaient pourtant engagés à ne plus vendre d'armes aux pays qui menaceraient la stabilité régionale ou qui commettraient des violations graves du droit humanitaire international.

Ce qui n’a pas empêché la France, la Grande-Bretagne, l'Italie et l'Allemagne de continuer à vendre plusieurs dizaines de millions d'euros d'armes chaque année à Riyad.

Reste à savoir ce que les pays européens feront de cette résolution du Parlement européen, qui n’est pas contraignante pour les états.

Cette question concerne particulièrement la France, qui a passé pour 16 milliards d'euros de commandes de matériels militaires l’an dernier avec différents pays, mais qui vise tout particulièrement le développement de ses ventes d’armes en direction de l’Arabie saoudite, second pays importateur d’armes du monde, de quoi aiguiser les appétits.

Après ce vote du Parlement européen, c'est à la Haute-représentante de l'UE pour les Affaires étrangères Federica Mogherini de mettre ce débat sur la table du Conseil.

Les États européens vont-ils respecter leur position commune de 2008 sur le contrôle des exportations d'armes et, comme l’a fait la Suède, convenir d'un embargo européen sur la vente d'armes à l'Arabie saoudite ?

Cette question pourrait bien devenir dans les semaines qui viennent une nouvelle pomme de discorde dans une Union européenne déjà très malmenée.

http://www.humanite.fr/le-parlement-europeen-exige-un-embargo-sur-les-ventes-darmes-larabie-saoudite-600418

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 02:36

Iran : une élection test pour Rohani et le camp des modérés

Interview 26 février 2016 Le point de vue de Thierry Coville

Les Iraniens sont appelés à voter ce 26 février lors d'un double scrutin pour renouveler le Parlement et l'Assemblée des experts.

Dans quel contexte ces élections interviennent-elles et quels sont les enjeux ?

Le contexte politique est assez tendu.

Le camp du président Rohani espère confirmer sa victoire de 2013.

Il s’agit ainsi pour ce dernier du premier test politique majeur sur le plan intérieur depuis son élection présidentielle.

Cela peut lui permettre d’évaluer sa popularité.

Il y a actuellement de fortes tensions et on observe deux camps distincts qui font l’objet d’un affrontement politique : celui des ultras, opposés à l’accord sur le nucléaire, à une reprise des relations avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni, qui veulent une version « dure » de la République islamique d’Iran ; et un camp modéré qui regroupe les conservateurs modérés et les réformateurs.

Tout va se jouer autour du taux de participation.

Les experts et les informations qui proviennent d’Iran estiment qu’un taux de participation élevé donnerait plus de chances au camp des modérés pour l’emporter.

En parallèle, l’élection de l’Assemblée des experts est également importante.

Des rumeurs avancent que le Guide serait très malade.

Cette Assemblée aura pour rôle de désigner le prochain Guide. Il y a ainsi, avec la composition future de cette Assemblée, un double enjeu politique.

Des figures modérées comme Hachémi Rafsandjani, ou Hassan Rohani lui-même, s’y sont portées candidats.

Quelles sont les revendications des différents camps politiques et de la population iranienne ?

La campagne a été très courte car elle n’a duré qu’une semaine. Il s’agit d’un affrontement politique général.

Chacun essaie d’affirmer son appartenance à l’un des deux camps. Il n’y a pas véritablement de slogans qui se distinguent.

Voter pour les modérés revient à voter pour la politique de normalisation des relations avec l’extérieur, d’ouverture économique, et à une approbation de la politique de Rohani.

On assiste avant tout à l’affrontement de deux conceptions, de deux manières de gérer le pays. Les gens sont dans l’ensemble satisfaits de l’accord sur le nucléaire.

Il y a néanmoins un mécontentement concernant la situation économique dont les gens espèrent une amélioration.

Les opposants au président Rohani jouent beaucoup sur cet aspect, en occultant la réalité de la levée des sanctions.

C’est donc sur le terrain économique que va se concentrer Rohani pour essayer d’accompagner le redémarrage de l’économie iranienne qui va intervenir grâce à la fin des sanctions.

Il va tenter de mettre en place un certain nombre de réformes pour améliorer l’environnement des affaires et attirer les investissements étrangers.

Il devra notamment développer le secteur privé, continuer à réduire les subventions sur l’énergie, etc.

C’est l’attente principale de la population iranienne. Il y a par ailleurs d’autres revendications, relatives aux femmes, aux jeunes, à davantage de libertés individuelles.

Les réformateurs veulent la libération des dirigeants du Mouvement vert toujours en résidence surveillée.

Il y a également des revendications politiques et sociétales, mais, encore une fois, la priorité demeure la situation économique.

Quel impact l’issue de ces élections peut-elle avoir sur la poursuite de la politique d’ouverture initiée par le président Rohani ? La levée des sanctions joue-t-elle en sa faveur ? Quelle est selon vous la capacité du régime à se réformer ?

L’issue de ces élections est majeure.

Le parlement a un pouvoir de nuisance important, qu’il ne s’est d’ailleurs pas privé d’user depuis l’élection de Rohani.

Il serait beaucoup plus facile pour le président iranien d’avoir un parlement qui puisse travailler avec lui afin de mener des réformes et une politique économique qui aille dans le sens de l’ouverture.

Cela ferait pencher le rapport de force politique en sa faveur et permettrait d’avoir un impact sur la politique étrangère iranienne, notamment avec un rôle plus actif de la diplomatie iranienne dans les crises régionales.

Ces élections sont très importantes pour la suite du mandat de Rohani.

Concernant la levée des sanctions, la réponse est à la fois oui et non.

Oui, car Rohani peut indiquer à la population iranienne que sa politique fonctionne car les sanctions ont été levées, et non, parce que la levée des sanctions est trop récente pour que cela se soit traduit concrètement par une amélioration de la situation économique quotidienne de la population.

Rohani tente de faire passer le message que sa politique est efficace et que les Iraniens verront la situation s’améliorer dans les prochains mois.

Enfin, il est difficile de répondre à la question de la capacité du régime à se réformer.

Si les forces modérées, qui souhaitent l’ouverture intérieure et extérieure, arrivent à être de plus en plus actives dans le système, cela permettra au régime de se réformer graduellement.

C’est le message que les modérés adressent aux plus durs. Personne ne veut un scénario identique à celui de 2009 où des millions de personnes protestaient dans la rue contre le régime.

Cette étape est cruciale pour voir si le régime a la capacité d’ouvrir la porte aux forces modérées du pays qui représentent les aspirations d’une grande partie de la société civile.

http://www.iris-france.org/72356-iran-une-election-test-pour-rohani-et-le-camp-des-moderes/

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 02:34

Pourquoi un voyage gratuit en Israël est-il offert aux nommés aux Oscars ?

#IsraëlPalestine

- Ryvka Barnard Wednesday 17 February 2016 14:53 UTC 17 février 2016 67 460googleplus5 534 Topics IsraëlPalestine Tags Boycott, désinvestissement et sanctions, BDS, Oscars du cinéma, Hollywood Show commentaire(s)

Les nommés aux Oscars se voient offrir des voyages gratuits en Israël parce que Tel Aviv sent la pression croissante du mouvement BDS Seulement quelques-unes des stars nommées à la dernière édition des Oscars rentreront chez elles avec la statuette dorée.

En revanche, tous les nommés, gagnants comme perdants, bénéficieront de lots de consolation d’une valeur de 180 000 euros, selon un article du Daily Beast.

Parmi les cadeaux frivoles et hors de prix que ces stars recevront figurent des produits cosmétiques, un an de location de voitures Audi, un entraînement de remise en forme, des opérations de chirurgie esthétique et un voyage de dix jours en première classe en Israël, d’une valeur de près de 50 000 euros, aux bons soins du gouvernement israélien.

Cette histoire a de quoi faire parler d’elle. On pourrait aborder les excès grotesques des riches et célèbres dans une période d’inégalités mondiales croissantes.

On pourrait évoquer l’obsession écœurante de la société pour les normes de beauté inaccessibles qui ne peuvent être atteintes que grâce à l’achat de toujours plus de produits de remise en forme et de beauté, notamment des chirurgies coûteuses.

Cependant, que vient faire là-dedans un voyage en Israël ?

Ce ne sera pas la première fois que les stars bénéficient de voyages fortement subventionnés voire gratuits en Israël.

C’est désormais entré dans l’usage au point que le ministère israélien du Tourisme a une page sur son site officiel consacrée aux visites de célébrités.

Toutefois, ne vous méprenez pas, il ne s’agit pas que du travail de promoteurs touristiques ambitieux.

Il s’agit de « Brand Israel », une stratégie diplomatique israélienne qui consiste à courtiser les stars et les inonder de voyages et produits gratuits et de propagande pour les immuniser contre l’attrait de s’exprimer publiquement contre les violations par Israël des droits des Palestiniens.

La campagne Brand Israel a été lancée en 2006 pour élaborer un nouveau discours sur Israël sur la scène internationale ; moins centré sur la violence et l’occupation militaire, insistant plus sur la science, la technologie, le plaisir et le soleil.

Le gouvernement israélien y a investi des millions de dollars, invitant des stars d’Hollywood, des chefs d’État et des hommes d’affaires et même des représentants de minorités religieuses et culturelles à participer à des voyages spécialement adaptés pour voir les choses étonnantes qu’accomplit l’État d’Israël, comprenant toujours une conférence de presse et une séance photos avec des responsables du gouvernement israélien.

Que ne voient-ils pas lors de ces somptueux voyages tous frais payés ?

Les miradors et les check-points le long du mur de l’apartheid, à partir desquels les soldats israéliens peuvent tirer sur les manifestations palestiniennes contre la brutale occupation militaire; les salles d’interrogatoire des prisons, où les prisonniers politiques palestiniens (y compris des enfants) sont systématiquement torturés et privés de soins médicaux ; les fermiers palestiniens dont les terres et les moyens de subsistance ont été volés par les colons qui utilisent ensuite leurs avant-postes comme points de départ pour attaquer les villages palestiniens avec des bombes à essence ; les quartiers bombardés dans la bande de Gaza, où les enfants ramassent la ferraille pour remplacer les matériaux de construction qu’Israël interdit, en essayant de faire vivre leurs familles démunies.

Ces touristes célèbres ne risquent pas non plus de voir la résistance populaire palestinienne contre l’oppression, manifestant contre le mur d’apartheid, contre la confiscation des terres et les démolitions de maisons dans les villages non reconnus du Naqab.

Ils ne rencontrent pas les jeunes Israéliens qui risquent des peines d’emprisonnement pour avoir refusé de servir dans l’armée d’occupation.

Ces récits sont source d’inspiration et font passer des gens à l’action dans le monde entier ; il n’est pas étonnant que le gouvernement israélien veuille les réprimer.

Ce n’est pas un hasard si cette nouvelle stratégie a été lancée à peu près au même temps où plus de 170 organisations de la société civile palestinienne appelaient les gens à travers le monde à agir en solidarité avec les Palestiniens qui luttent pour la justice et à mener des campagnes de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS) afin d’exposer et de mettre fin à la complicité des gouvernements et des entreprises dans le régime d’apartheid d’Israël.

Le mouvement BDS expose la vraie brutalité du colonialisme israélien, les scènes mêmes que l’initiative Brand Israel cherche à dissimuler.

Le régime d’apartheid d’Afrique du Sud a utilisé des tactiques presque identiques à l’apogée de l’opposition internationale à son encontre.

De nombreux artistes et musiciens ont refusé d’être cooptés par le gouvernement israélien pour effacer la réalité brutale de l’apartheid israélien.

Roger Waters, Brian Eno, Lauryn Hill et plus de 1 000 artistes britanniques se sont engagés à ne pas entretenir l’apartheid israélien.

Il y a quelques mois à peine, des centaines de chercheurs britanniques ont publiquement adopté la même position de principe.

Il ne s’agit pas simplement d’une affaire d’artistes et d’universitaires qui ne veulent pas se salir les mains avec les crimes de l’État israélien.

Il s’agit de repousser les tentatives systématiques d’Israël de réprimer la réalité de l’apartheid.

Cette réalité ne peut être cachée que si tout le monde est d’accord pour ne pas en parler, pour regarder de l’autre côté.

Et Israël investit massivement pour que cela se produise.

Mais cela ne fonctionnera pas.

Les nommés aux Oscars se voient offrir des voyages gratuits en Israël parce que Tel Aviv sent la pression croissante du mouvement BDS qui vise à mettre un terme à la complicité internationale au refus d’Israël de respecter les droits des Palestiniens.

Peu importe qui repartira avec une statuette à la fin de la cérémonie, le succès grandissant du mouvement BDS montre que les vrais gagnants seront les Palestiniens qui luttent pour leur liberté et tous ceux qui défendent la justice avec eux.

- Ryvka Barnard est responsable des campagnes sur le militarisme et la sécurité au sein de l’organisation War on Want. Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : statue géante représentant un Oscar près du Dolby Theatre à Hollywood (Californie), le 27 février 2014 (AFP). Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.

http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/pourquoi-un-voyage-gratuit-en-isra-l-est-il-offert-aux-nomm-s-aux-oscars-1928503733#sthash.n8kfDC16.dpuf

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 02:38

Pourquoi un voyage gratuit en Israël est-il offert aux nommés aux Oscars ?

#IsraëlPalestine

- Ryvka Barnard

Wednesday 17 February 2016 14:53 UTC 17 février 2016 67 460googleplus5 534 Topics IsraëlPalestine Tags Boycott, désinvestissement et sanctions, BDS, Oscars du cinéma, Hollywood Show commentaire(s)

Les nommés aux Oscars se voient offrir des voyages gratuits en Israël parce que Tel Aviv sent la pression croissante du mouvement BDS

Seulement quelques-unes des stars nommées à la dernière édition des Oscars rentreront chez elles avec la statuette dorée.

En revanche, tous les nommés, gagnants comme perdants, bénéficieront de lots de consolation d’une valeur de 180 000 euros, selon un article du Daily Beast.

Parmi les cadeaux frivoles et hors de prix que ces stars recevront figurent des produits cosmétiques, un an de location de voitures Audi, un entraînement de remise en forme, des opérations de chirurgie esthétique et un voyage de dix jours en première classe en Israël, d’une valeur de près de 50 000 euros, aux bons soins du gouvernement israélien.

Cette histoire a de quoi faire parler d’elle.

On pourrait aborder les excès grotesques des riches et célèbres dans une période d’inégalités mondiales croissantes.

On pourrait évoquer l’obsession écœurante de la société pour les normes de beauté inaccessibles qui ne peuvent être atteintes que grâce à l’achat de toujours plus de produits de remise en forme et de beauté, notamment des chirurgies coûteuses.

Cependant, que vient faire là-dedans un voyage en Israël ?

Ce ne sera pas la première fois que les stars bénéficient de voyages fortement subventionnés voire gratuits en Israël.

C’est désormais entré dans l’usage au point que le ministère israélien du Tourisme a une page sur son site officiel consacrée aux visites de célébrités.

Toutefois, ne vous méprenez pas, il ne s’agit pas que du travail de promoteurs touristiques ambitieux.

Il s’agit de « Brand Israel », une stratégie diplomatique israélienne qui consiste à courtiser les stars et les inonder de voyages et produits gratuits et de propagande pour les immuniser contre l’attrait de s’exprimer publiquement contre les violations par Israël des droits des Palestiniens.

La campagne Brand Israel a été lancée en 2006 pour élaborer un nouveau discours sur Israël sur la scène internationale ; moins centré sur la violence et l’occupation militaire, insistant plus sur la science, la technologie, le plaisir et le soleil.

Le gouvernement israélien y a investi des millions de dollars, invitant des stars d’Hollywood, des chefs d’État et des hommes d’affaires et même des représentants de minorités religieuses et culturelles à participer à des voyages spécialement adaptés pour voir les choses étonnantes qu’accomplit l’État d’Israël, comprenant toujours une conférence de presse et une séance photos avec des responsables du gouvernement israélien.

Que ne voient-ils pas lors de ces somptueux voyages tous frais payés ?

Les miradors et les check-points le long du mur de l’apartheid, à partir desquels les soldats israéliens peuvent tirer sur les manifestations palestiniennes contre la brutale occupation militaire; les salles d’interrogatoire des prisons, où les prisonniers politiques palestiniens (y compris des enfants) sont systématiquement torturés et privés de soins médicaux ; les fermiers palestiniens dont les terres et les moyens de subsistance ont été volés par les colons qui utilisent ensuite leurs avant-postes comme points de départ pour attaquer les villages palestiniens avec des bombes à essence ; les quartiers bombardés dans la bande de Gaza, où les enfants ramassent la ferraille pour remplacer les matériaux de construction qu’Israël interdit, en essayant de faire vivre leurs familles démunies.

Ces touristes célèbres ne risquent pas non plus de voir la résistance populaire palestinienne contre l’oppression, manifestant contre le mur d’apartheid, contre la confiscation des terres et les démolitions de maisons dans les villages non reconnus du Naqab.

Ils ne rencontrent pas les jeunes Israéliens qui risquent des peines d’emprisonnement pour avoir refusé de servir dans l’armée d’occupation.

Ces récits sont source d’inspiration et font passer des gens à l’action dans le monde entier ; il n’est pas étonnant que le gouvernement israélien veuille les réprimer.

Ce n’est pas un hasard si cette nouvelle stratégie a été lancée à peu près au même temps où plus de 170 organisations de la société civile palestinienne appelaient les gens à travers le monde à agir en solidarité avec les Palestiniens qui luttent pour la justice et à mener des campagnes de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS) afin d’exposer et de mettre fin à la complicité des gouvernements et des entreprises dans le régime d’apartheid d’Israël.

Le mouvement BDS expose la vraie brutalité du colonialisme israélien, les scènes mêmes que l’initiative Brand Israel cherche à dissimuler.

Le régime d’apartheid d’Afrique du Sud a utilisé des tactiques presque identiques à l’apogée de l’opposition internationale à son encontre.

De nombreux artistes et musiciens ont refusé d’être cooptés par le gouvernement israélien pour effacer la réalité brutale de l’apartheid israélien.

Roger Waters, Brian Eno, Lauryn Hill et plus de 1 000 artistes britanniques se sont engagés à ne pas entretenir l’apartheid israélien.

Il y a quelques mois à peine, des centaines de chercheurs britanniques ont publiquement adopté la même position de principe.

Il ne s’agit pas simplement d’une affaire d’artistes et d’universitaires qui ne veulent pas se salir les mains avec les crimes de l’État israélien.

Il s’agit de repousser les tentatives systématiques d’Israël de réprimer la réalité de l’apartheid.

Cette réalité ne peut être cachée que si tout le monde est d’accord pour ne pas en parler, pour regarder de l’autre côté.

Et Israël investit massivement pour que cela se produise.

Mais cela ne fonctionnera pas.

Les nommés aux Oscars se voient offrir des voyages gratuits en Israël parce que Tel Aviv sent la pression croissante du mouvement BDS qui vise à mettre un terme à la complicité internationale au refus d’Israël de respecter les droits des Palestiniens.

Peu importe qui repartira avec une statuette à la fin de la cérémonie, le succès grandissant du mouvement BDS montre que les vrais gagnants seront les Palestiniens qui luttent pour leur liberté et tous ceux qui défendent la justice avec eux.

- Ryvka Barnard est responsable des campagnes sur le militarisme et la sécurité au sein de l’organisation War on Want.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : statue géante représentant un Oscar près du Dolby Theatre à Hollywood (Californie), le 27 février 2014 (AFP). Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.

http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/pourquoi-un-voyage-gratuit-en-isra-l-est-il-offert-aux-nomm-s-aux-oscars-1928503733#sthash.n8kfDC16.dpuf

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 02:36

Le Parlement européen exige un embargo sur les ventes d’armes à l’Arabie saoudite

Jean-Jacques Régibier Vendredi, 26 Février, 2016

Humanite.fr

french-president-francois-hollande-greets-saudi-arabia-s-deputy-crown-prince-mohammed-bin-salman-upon-his-arrival-at-the-elysee-palace-in-paris_5469430.jpg François Hollande recevant le Prince saoudien Mohammed bin Salman à l'Elysee, le 24 juin 2015. AFP

Le Parlement européen a voté jeudi une résolution exigeant que les pays de l’UE cessent de vendre des armes à l’Arabie Saoudite, accusée de crimes contre les civils au Yemen.

Un vote qui concerne particulièrement la France, l’un des principaux fournisseurs d’armes à Ryad.

Le Parlement européen justifie son vote en expliquant que « les frappes aériennes de la coalition menée par l'Arabie et le blocus naval qu'elle a imposé au Yémen (… ) ont conduit à des milliers de morts et ont encore déstabilisé davantage le Yémen".

C’est en effet ce que constatait en octobre dernier le rapport d’Amnesty International qui sous le titre « des bombes tombent du ciel jour et nuit « , dénonçait les crimes de guerre commis par la coalition dans la guerre civile qui ravage le Yemen depuis mars 2015.

Selon l’ONG, le conflit avait déjà fait plus de 5000 morts à la fin de l’été, dont 2000 civils parmi lesquels 400 enfants.

L’analyse de 13 frappes aériennes de la coalition ayant eu lieu entre mai et juillet 2015, mettaient en évidence, selon le rapport d’Amnesty, plusieurs violations du droit international comme le bombardement de villes à forte densité de population, ou l’usage d’armes interdites comme des bombes à sous munitions.

En juillet dernier, une autre ONG, Human Rights Watch, avait également conclu qu’un raid aérien mené à Mokha par la coalition s’apparentait « à un crime de guerre ».

A la tête d’une coalition à laquelle participent également le Bahrein, le Qatar, et les Émirats arabes unis , l’Arabie saoudite intervient au Yemen depuis avril 2015 , avec l'appui des Etats-Unis, à la demande de l’ancien président Abd Rabo Mansour Hadi chassé du pays par les rebelles houthis.

Le Parlement européen demande qu’intervienne un cessez-le-feu au Yemen pour stopper les attaques contre les civils, le personnel d'urgence et le personnel médical, et que cessent également les combat au sol et les bombardements pour permettre à l'aide d'urgence, denrées alimentaires et médicaments, « d'atteindre le peuple yéménite ».

Il appelle également toutes les parties à éviter de cibler directement les infrastructures civiles, les installations médicales et les réseaux d'alimentation en eau. Plus d’un million et demi d’habitants auraient déjà été déplacés en raison de la guerre.

Mais au-delà des appels à toutes les parties en guerre et à leurs alliés étrangers à entrer dans un nouveau cycle de négociations de paix, c’est surtout l’appel au boycott de la vente d’armes à l’Arabie saoudite qu’on retiendra dans ce vote.

Cet amendement, voté par 359 voix contre 212 et 31 abstentions, est une première dont se sont félicités tous les groupes de gauche au Parlement européens.

Pour les Verts/ALE, à l’origine du débat, Eva Joly et Pascal Durand ont expliqué qu’il "était temps que le Parlement européen se saisisse de ce conflit trop longtemps ignoré par la communauté internationale" , rappelant que "l'Arabie saoudite est le second plus gros importateur d'armes au monde... et que l'UE est son principal fournisseur !"

En 2008, les États membres s’étaient pourtant engagés à ne plus vendre d'armes aux pays qui menaceraient la stabilité régionale ou qui commettraient des violations graves du droit humanitaire international.

Ce qui n’a pas empêché la France, la Grande-Bretagne, l'Italie et l'Allemagne de continuer à vendre plusieurs dizaines de millions d'euros d'armes chaque année à Riyad.

Reste à savoir ce que les pays européens feront de cette résolution du Parlement européen, qui n’est pas contraignante pour les états.

Cette question concerne particulièrement la France, qui a passé pour 16 milliards d'euros de commandes de matériels militaires l’an dernier avec différents pays, mais qui vise tout particulièrement le développement de ses ventes d’armes en direction de l’Arabie saoudite, second pays importateur d’armes du monde, de quoi aiguiser les appétits.

Après ce vote du Parlement européen, c'est à la Haute-représentante de l'UE pour les Affaires étrangères Federica Mogherini de mettre ce débat sur la table du Conseil.

Les États européens vont-ils respecter leur position commune de 2008 sur le contrôle des exportations d'armes et, comme l’a fait la Suède, convenir d'un embargo européen sur la vente d'armes à l'Arabie saoudite ?

Cette question pourrait bien devenir dans les semaines qui viennent une nouvelle pomme de discorde dans une Union européenne déjà très malmenée.

http://www.humanite.fr/le-parlement-europeen-exige-un-embargo-sur-les-ventes-darmes-larabie-saoudite-600418

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 02:34

Syrie, le cauchemar dont on ne se réveille pas

Orient XXI

> Lu, vu, entendu > Essai >

Henri Mamarbachi

> 26 février 2016 Le cauchemar syrien est l’œuvre commune du journaliste Ignace Dalle et de Wladimir Glasman, ancien diplomate disparu en août dernier.

Le livre analyse les raisons profondes, structurelles et conjoncturelles, à l’origine de la crise syrienne.

Il nomme et décrit l’ensemble des acteurs et les responsabilités collectives du chaos qui menace désormais l’existence même de la Syrie, moins d’un siècle après sa naissance.

Encore un livre sur la Syrie, dira-t-on. Même les maisons d’édition ne cachent plus leur lassitude de publier des ouvrages sur cette « guerre sans fin » à laquelle l’homme de la rue et même les spécialistes n’entendent plus rien, et qui a vu se transformer une révolte en révolution puis en chaudron où mijotent conflits locaux, régionaux et internationaux.

Pourtant, Le cauchemar syrien de Wladimir Glasman et Ignace Dalle, qui vient de paraître chez Fayard, n’est pas un énième livre écrit de plus ou moins loin par un expert ou un témoin des horreurs de la guerre, du régime ou des djihadistes.

Malgré un titre un peu passe-partout et (un style parfois narquois), l’ouvrage est important.

Il est né d’une fructueuse rencontre, sans laquelle il n’aurait sans doute jamais vu le jour, entre le journaliste Ignace Dalle, spécialiste du monde arabe qui porte la Syrie et les Syriens dans son cœur, mais qui est interdit de séjour dans ce pays depuis des décennies, notamment pour avoir publié un livre qui n’était pas à la gloire de Hafez Al-Assad, et Wladimir Glasman, diplomate et chercheur longtemps en poste à Damas, aujourd’hui décédé.

Ce dernier possédait une masse d’informations sur ce pays, dont il nourrissait son blog Un œil sur la Syrie, créé après son départ à la retraite.

L’homme, qui se savait malade depuis son départ de Damas, continuait de travailler sur son pays d’adoption.

La rencontre avec Ignace Dalle a permis un livre à quatre mains, Dalle accouchant (au sens socratique) un Glasman malade et ajoutant ses propres analyses et connaissances sur l’agonie de la Syrie, l’ingérence des puissances et les victimes collatérales.

Décédé à la fin de l’été sans avoir vu le livre terminé, il a eu la chance et la malchance de connaître aussi bien le régime que le peuple syriens.

Arabisant, cet agrégé né au Maroc a été chercheur et diplomate dans les pays arabes avant de terminer sa carrière diplomatique à Damas comme deuxième conseiller pendant presque dix ans.

Peu de choses lui échappaient de la société, des méandres de la politique et des hommes, régime et opposition confondus, dont il avait une connaissance intime.

Il s’y sentait comme un poisson dans le cours de l’Oronte.

Il avait certes ses propres opinions, proches de l’opposition laïque et farouchement anti-pouvoir, qu’on pouvait partager ou pas, mais la Syrie était devenue sa maîtresse, avant de devenir son cauchemar intime durant sa retraite.

Un cauchemar transformé en cancer au sens propre et au sens figuré, qui emporte le pays comme il a emporté l’auteur.

De la dictature au chaos Le cauchemar syrien s’ouvre sur la situation intérieure du pays tel que l’a façonné et piloté Hafez Al-Assad, ancien aviateur de l’armée, passé ministre de la défense puis détenteur de tous les pouvoirs à la faveur d’un coup d’État en 1970 contre ses alliés à l’intérieur du parti Baas, en passant par la malheureuse succession de son fils Bachar.

L’ouvrage est important dans la mesure où il n’explique pas seulement comment le pays en est arrivé là, mais également pourquoi.

Ce faisant, il nous livre nombre d’informations rapportées de l’intérieur et le plus souvent inconnues des lecteurs.

Coups fourrés, assassinats, retournements : toute la gamme de manœuvres (ou presque car il faudrait plusieurs volumes) et habiletés politiques et diplomatiques ainsi que revers et succès sont détaillés pour expliquer le régime et le système Assad, père et fils qui leur a permis — non sans machiavélisme — de diriger sans le moindre état d’âme et pendant un demi-siècle une Syrie longtemps qualifiée d’ingouvernable.

Le livre est divisé en trois parties. La première, intitulée « De la dictature au chaos » retrace les diverses étapes de la Syrie sous le règne des Assad et raconte notamment les déboires du parti panarabe Baas, instrumentalisé jusqu’à sa récente agonie, à la faveur de la rébellion.

Les deux autres parties analysent et apportent un éclairage et des compléments fort à propos des rôles des acteurs internationaux dans le conflit : l’omniprésente Russie de Vladimir Poutine, les États-Unis impuissants et privés de stratégie, la France, ancienne puissance mandataire aux relations troubles avec Damas et l’Europe inexistante.

Puis les acteurs régionaux : l’Iran, allié stratégique puis parrain envahissant, la Turquie, passée en l’espace de quelques années de partenaire rassurant à celui de début du cauchemar une fois la rupture entre Bachar Al-Assad et Recep Tayyip Erdogan consommée, les monarchies du Golfe, passées maîtresses dans l’art de jouer les pompiers pyromanes.

Enfin, les petits pays arabes voisins (Liban et Jordanie), principales victimes collatérales, et les Palestiniens de Syrie — qui vont de catastrophe en catastrophe. Sans oublier Israël, pour une fois acteur mineur, mais observateur attentif et ne sachant de qui s’inquiéter le plus dans cette nef des fous.

La première partie déroule, en amont du conflit actuel né de la révolte de février 2011, un foisonnant récit de la « politique (ou capacité) de nuisance » adoptée par le grand stratège et quasi-Machiavel de l’ère moderne qu’était Hafez Al-Assad, et qui fut poursuivie par son fils.

Il balaye ainsi « une pratique devenue de bon ton dans la plupart des pays démocratiques de renvoyer dos-à-dos l’État islamique (...) et le régime de Bachar Al-Assad », souvent qualifié de « moindre mal » et pouvant être « utile » à l’Occident.

Surtout, l’ouvrage, revisitant la formation de cet « État de barbarie » — selon l’expression, passée à la postérité jusqu’à être galvaudée chez certains auteurs qui en usent et abusent, du chercheur français Michel Seurat —, passe à la loupe les diverses tensions et les conflits non seulement entre le régime et le Baas, mais aussi dans la famille du président et jusqu’au sein de la communauté alaouite minoritaire à laquelle elle appartient.

Les tiraillements au sein de l’armée, dont une partie de la hiérarchie était plus que réticente à user d’une violence inutile et contre-productive politiquement parlant, les exactions, les règlements de compte sont égrenés au fil des pages tel un long chapelet d’évènements à charge.

Autant d’histoires et de révélations que les auteurs consignent dans ce qui ressemble à un réquisitoire.

Glasman sait de quoi il parle, grâce à son rôle d’observateur privilégié, ses contacts et les sources directes (même si elle ne sont pas toujours citées par les auteurs, ce qui se comprend aisément).

Un rendez-vous manqué Dans le chapitre intitulé « Le rendez-vous manqué de Bachar avec les Syriens », le livre rappelle à juste titre, mais sans s’étendre suffisamment, les « débuts prometteurs » du jeune président qui n’avait pas l’âge constitutionnel, mais qui « donnait l’impression de vouloir ouvrir le régime » alors que les Syriens souhaitaient en effet un véritable changement.

C’était cependant compter sans les caciques et une vieille garde qui ne voyaient pas d’un bon œil l’arrivée au pouvoir, un peu par accident, de ce jeune ophtalmologue sans véritable expérience. « De son père, il a appris qu’il ne fallait jamais rien lâcher », lit-on.

De son père, mais également de son entourage et de l’histoire de cette communauté alaouite, longtemps brimée (à laquelle la France avait tout de même accordé un « État alaouite » durant le mandat).

Ironique retour de l’histoire quand on songe à la « Syrie utile » dans laquelle pourrait se replier le régime à l’ouest du pays, face à la mer, selon l’une des options militaro-diplomatiques envisagées. Évoquant la rébellion, les auteurs écrivent à juste titre, concernant ce pays où l’opposition n’a jamais été organisée, que « dès le départ, des différences d’idées se sont manifestées et de nombreux opposants n’ont pas voulu ou pu travailler ensemble.

La référence à l’islam n’est intervenue que dans un deuxième temps, poussant des groupes de rebelles à se créer en se réclamant non plus de la révolution mais de l’islam, non plus de la Syrie mais de l’État islamique.

Il devient dès lors presque impossible de travailler ou d’envisager l’avenir ensemble puisque les projets ne sont plus les mêmes », et ce malgré le pragmatisme de certains groupes.

Jeux en eau trouble

L’Irak, qui a constitué dans le passé une partie du projet de la « Grande Syrie » et l’intervention militaire américaine à l’origine du chaos actuel ne sont pas oubliés.

Car la « lutte contre le terrorisme » des États-Unis dans ce pays voisin est aux origines du conflit régional auquel on assiste désormais en Syrie.

« Convaincu que son tour viendrait après Saddam, Bachar Al-Assad ne néglige aucun effort pour gêner l’énorme machine de guerre américaine (..) en jouant la carte des djihadistes qu’il fait envoyer en Irak »... sans se douter (à moins de lui supposer un machiavélisme encore plus prémonitoire) que son régime en ferait les frais quelques années plus tard.

Les épisodes de ces jeux en eaux troubles (l’Irak, mais aussi en Turquie avec l’affaire du Parti des travailleurs du Kurdistan, PKK parmi d’autres) révèlent judicieusement la « politique de nuisance » d’Assad fils.

Ainsi, au lendemain du 11 septembre 2011, fait-il savoir aux Américains qu’il peut les aider dans leur recherche d’islamistes radicaux.

Il se présente comme un prestataire de services, capable de faire parler ce genre d’individus.

La Syrie a toujours fonctionné sous Hafez sur le mode « j’ai une capacité de nuisance, mais en même temps je peux vous rendre service. Je peux les interroger ».

Naturellement, les pays occidentaux, États-Unis et France en tête, préfèrent acheter les « services » du jeune dictateur plutôt que de subir ses coups (au Liban par exemple).

Mais Bachar Al-Assad n’est pas le fin stratège que fut Hafez, lequel eut le plus souvent une claire perception des rapports de force, ce qui lui permettait d’user de sa capacité de nuisance avec une intelligence rare.

Et désormais, sous son règne — bientôt seize ans au pouvoir et il vient d’annoncer des élections prochaines dans un pays exsangue dont il ne contrôle qu’une partie — pour le malheur des Syriens et de la Syrie, une nation vit sous la menace de cesser d’exister en tant que telle, moins d’un siècle après sa naissance.

Un autre titre, un autre livre avec un autre propos : l’histoire d’amour avec Alep d’une jeune enseignante française, Camille de Rouvray, qui a écrit Quitter Alep en guerre (éditions Le bord de l’eau), après avoir habité près de cinq ans dans la deuxième ville de Syrie jusqu’à l’éclatement du conflit.

Un écrit publié il y a un an mais au plus près et au plus juste de l’expérience exaltante d’une femme européenne qui découvre Alep, ses habitants, son histoire et sa culture entre 2008 et 2012, juste au moment où la ville, belle endormie, entre à son tour mais lentement en rébellion, d’abord passive puis active.

Aujourd’hui plus menacée que jamais, comme nous le montre l’actualité des bombardements sur la région, Alep fait figure de « muse » de l’auteure qui promène ses exaltations et ses doutes au cœur de la vieille cité millénaire, au hasard des rencontres, du regard, des amours et des amitiés syriennes — chrétiennes et musulmanes — ou étrangères.

Elle y décrit avec une rare justesse et sans le moindre a priori les gens et l’atmosphère puis, avec l’avancée du conflit, la peur qui gagne.

Mais les pages de ses éblouissements devant cette ville étrange, notamment sa rencontre dans un taxi syrien conduit par un muezzin mélomane qui se met à lui chanter des mouachah, lui faisant du coup découvrir la musique de l’Orient, et le oud qu’elle entreprend aussitôt d’apprendre auprès de maîtres aujourd’hui disparus ou en exil, sont proprement inoubliables.

Un chant d’amour pour la ville et ses habitants. Camille de Rouvray, Quitter Alep en guerre, Le Bord de l’eau, 2014. — 164 p. Henri Mamarbachi

http://orientxxi.info/lu-vu-entendu/syrie-le-cauchemar-dont-on-ne-se-reveille-pas,1219

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 02:32

Iran : une élection test pour Rohani et le camp des modérés Interview

26 février 2016 Le point de vue de Thierry Coville

Les Iraniens sont appelés à voter ce 26 février lors d'un double scrutin pour renouveler le Parlement et l'Assemblée des experts.

Dans quel contexte ces élections interviennent-elles et quels sont les enjeux ? Le contexte politique est assez tendu.

Le camp du président Rohani espère confirmer sa victoire de 2013. Il s’agit ainsi pour ce dernier du premier test politique majeur sur le plan intérieur depuis son élection présidentielle. Cela peut lui permettre d’évaluer sa popularité.

Il y a actuellement de fortes tensions et on observe deux camps distincts qui font l’objet d’un affrontement politique : celui des ultras, opposés à l’accord sur le nucléaire, à une reprise des relations avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni, qui veulent une version « dure » de la République islamique d’Iran ; et un camp modéré qui regroupe les conservateurs modérés et les réformateurs.

Tout va se jouer autour du taux de participation. Les experts et les informations qui proviennent d’Iran estiment qu’un taux de participation élevé donnerait plus de chances au camp des modérés pour l’emporter.

En parallèle, l’élection de l’Assemblée des experts est également importante.

Des rumeurs avancent que le Guide serait très malade.

Cette Assemblée aura pour rôle de désigner le prochain Guide. Il y a ainsi, avec la composition future de cette Assemblée, un double enjeu politique.

Des figures modérées comme Hachémi Rafsandjani, ou Hassan Rohani lui-même, s’y sont portées candidats.

Quelles sont les revendications des différents camps politiques et de la population iranienne ?

La campagne a été très courte car elle n’a duré qu’une semaine.

Il s’agit d’un affrontement politique général. Chacun essaie d’affirmer son appartenance à l’un des deux camps.

Il n’y a pas véritablement de slogans qui se distinguent.

Voter pour les modérés revient à voter pour la politique de normalisation des relations avec l’extérieur, d’ouverture économique, et à une approbation de la politique de Rohani.

On assiste avant tout à l’affrontement de deux conceptions, de deux manières de gérer le pays. Les gens sont dans l’ensemble satisfaits de l’accord sur le nucléaire.

Il y a néanmoins un mécontentement concernant la situation économique dont les gens espèrent une amélioration.

Les opposants au président Rohani jouent beaucoup sur cet aspect, en occultant la réalité de la levée des sanctions.

C’est donc sur le terrain économique que va se concentrer Rohani pour essayer d’accompagner le redémarrage de l’économie iranienne qui va intervenir grâce à la fin des sanctions.

Il va tenter de mettre en place un certain nombre de réformes pour améliorer l’environnement des affaires et attirer les investissements étrangers.

Il devra notamment développer le secteur privé, continuer à réduire les subventions sur l’énergie, etc. C’est l’attente principale de la population iranienne.

Il y a par ailleurs d’autres revendications, relatives aux femmes, aux jeunes, à davantage de libertés individuelles.

Les réformateurs veulent la libération des dirigeants du Mouvement vert toujours en résidence surveillée.

Il y a également des revendications politiques et sociétales, mais, encore une fois, la priorité demeure la situation économique.

Quel impact l’issue de ces élections peut-elle avoir sur la poursuite de la politique d’ouverture initiée par le président Rohani ? La levée des sanctions joue-t-elle en sa faveur ? Quelle est selon vous la capacité du régime à se réformer ? L’issue de ces élections est majeure.

Le parlement a un pouvoir de nuisance important, qu’il ne s’est d’ailleurs pas privé d’user depuis l’élection de Rohani.

Il serait beaucoup plus facile pour le président iranien d’avoir un parlement qui puisse travailler avec lui afin de mener des réformes et une politique économique qui aille dans le sens de l’ouverture.

Cela ferait pencher le rapport de force politique en sa faveur et permettrait d’avoir un impact sur la politique étrangère iranienne, notamment avec un rôle plus actif de la diplomatie iranienne dans les crises régionales.

Ces élections sont très importantes pour la suite du mandat de Rohani.

Concernant la levée des sanctions, la réponse est à la fois oui et non.

Oui, car Rohani peut indiquer à la population iranienne que sa politique fonctionne car les sanctions ont été levées, et non, parce que la levée des sanctions est trop récente pour que cela se soit traduit concrètement par une amélioration de la situation économique quotidienne de la population.

Rohani tente de faire passer le message que sa politique est efficace et que les Iraniens verront la situation s’améliorer dans les prochains mois.

Enfin, il est difficile de répondre à la question de la capacité du régime à se réformer.

Si les forces modérées, qui souhaitent l’ouverture intérieure et extérieure, arrivent à être de plus en plus actives dans le système, cela permettra au régime de se réformer graduellement.

C’est le message que les modérés adressent aux plus durs.

Personne ne veut un scénario identique à celui de 2009 où des millions de personnes protestaient dans la rue contre le régime.

Cette étape est cruciale pour voir si le régime a la capacité d’ouvrir la porte aux forces modérées du pays qui représentent les aspirations d’une grande partie de la société civile.

http://www.iris-france.org/72356-iran-une-election-test-pour-rohani-et-le-camp-des-moderes/

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Published by IRIS.org - dans Revue de presse
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