Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 07:17

L'ONU se penche sur la politique «d'occupation» d'Israël

 

        

Par Nissim Behar, à Tel-Aviv
 
Le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, le 27 septembre. Photo Atef Safadi. AFP
 

Le gouvernement Netanyahou s'inquiète d'une possible résolution du Conseil de sécurité voter une résolution ordonnant l’arrêt de la colonisation ou l’évacuation des territoires occupés.

  •  
    L'ONU se penche sur la politique «d'occupation» d'Israël
«L’ennemi intérieur». C’est ainsi que les dirigeants de l’Etat hébreu qualifient l’organisation israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem et le mouvement La paix maintenant après que leurs responsables ont accepté de témoigner devant le Conseil de sécurité de l'ONU à l’occasion d’une réunion organisée vendredi soir sur la situation dans les territoires palestiniens occupés depuis juin 1967.
Benyamin Nétanyahou et ses principaux ministres visent spécialement Hagaï el-Ad, le secrétaire général de B’Tselem, qu’ils présentent comme un «menteur» et un «traître». Parce qu’il a évoqué les arrestations arbitraires, les destructions de maison et les obstacles à la libre circulation de la population locale ? Surtout parce qu’il a appelé le Conseil de sécurité «à agir concrètement pour arrêter l’occupation».

Mesure discriminatoire

Furieux, Nétanyahou et les partis de la majorité veulent d’ailleurs punir B’Tselem. Ils promettent de voter une loi interdisant aux volontaires du service national – un substitut au service militaire armé – de travailler pour l’ONG. Plusieurs députés de la majorité annoncent également un texte supprimant l’exemption fiscale pour les dons accordés à cette organisation.
Une mesure discriminatoire supplémentaire pour B’Tselem, qui est déjà, avec une quinzaine d’autres ONG également classées à gauche, obligée par la loi de signaler sur chacun de ses courriers et publications qu’elle est «financée par des gouvernements étrangers».
La virulence de la réaction de Nétanyahou aux propos d’El-Ad en dit long sur ses inquiétudes. Car lui et ses principaux ministres redoutent vraiment de voir, dans les prochaines semaines, le Conseil de sécurité voter une résolution ordonnant l’arrêt de la colonisation ou l’évacuation des territoires occupés. Un texte qui aurait force exécutoire et auquel les Etats-Unis n’auraient pas, pour une fois, opposé leur véto.

Un texte musclé

La nervosité israélienne est d’autant plus palpable que la veille de l’intervention d’El-Ad, le conseil exécutif de l’Unesco, la branche culturelle de l’ONU, a adopté un projet de résolution présentant l’Etat hébreu comme une «puissance occupante» à Jérusalem. Un texte musclé qui dénonce également la limitation de l’accès des musulmans au Haram al-Sharif, l’esplanade des Mosquées. Certes, ce projet de résolution porté par la Palestine et plusieurs pays arabes affirme l’importance de la ville pour les trois religions monothéistes. Mais il n’emploie que le nom arabe des différents lieux saints. Ce qui revient, aux yeux d’Israël, à «nier le lien historique entre le peuple juif, le mont du Temple [sur lequel est bâtie l’esplanade des mosquées], ainsi que le mur des Lamentations».
Qualifiant ce texte de «révisionniste parce qu’il équivaudrait à nier le lien de la Chine avec la grande muraille et de l’Egypte avec les pyramides», Nétanyahou a donc annoncé vendredi que son pays coupait immédiatement les ponts avec l’Unesco. En théorie, le projet de résolution devrait être adopté mardi à l’occasion d’une séance plénière de l’Unesco. Mais tout porte à croire que ce ne sera pas le cas. Michael Worbs, le président du Conseil exécutif de l’organisation, plaide d’ailleurs en faveur du report du scrutin au printemps prochain «afin de donner une chance au dialogue».
 
 
 
 
Repost 0
Published by Libération.fr - dans Revue de presse
commenter cet article
19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 07:11

Nouvelle attaque de Nétanyahou contre une ONG défendant les droits des Palestiniens

Le premier ministre israélien a vivement dénoncé l’intervention vendredi, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, du directeur de l’organisation B’Tselem, Hagai El-Ad, lors d’une réunion informelle consacrée à la colonisation.

La passe d’armes est déjà un classique. D’un côté, des organisations non gouvernementales israéliennes mettant en cause, sur la place publique, l’occupation en Cisjordanie. De l’autre, Benyamin Nétanyahou, dans le rôle du pourfendeur d’une fantasmatique « cinquième colonne », qui participerait à la délégitimisation d’Israël. En témoignant vendredi 14 octobre devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le directeur de B’Tselem, Hagai El-Ad, s’attendait forcément à une réaction du premier ministre israélien. Elle n’a pas tardé.

 

Le militant de cette célèbre organisation, documentant les atteintes aux droits des Palestiniens, s’est exprimé lors d’une réunion informelle consacrée à la colonisation, convoquée à la demande de cinq pays : l’Egypte, la Malaisie, le Venezuela, le Sénégal et l’Angola. Dans son intervention, Hagai El-Ad a notamment souligné la sophistication bureaucratique et juridique de l’occupation, qui recouvre d’un vernis légal les violations des droits palestiniens, « du berceau jusqu’à la tombe ». « Le contrôle d’Israël sur les vies palestiniennes est unique dans l’attention prudente accordée par la puissance occupante à la lettre de la loi, tout en étranglant son esprit même », a-t-il expliqué. Hagai El-Ad a appelé le Conseil de sécurité à agir d’urgence.

 

 

 

Dès la fin de shabbat, samedi soir, le bureau du premier ministre israélien a publié un communiqué annonçant son intention de punir B’Tselem pour cette dénonciation de l’occupation sur la scène internationale. Un texte de loi devrait empêcher les organisations recevant plus de la moitié de leur financement de l’étranger d’accueillir des volontaires au service national. Une mesure essentiellement symbolique – l’ONG n’accueille qu’un seul volontaire par an, un poste actuellement vacant – mais qui traduit les tensions récurrentes entre la droite israélienne et les organisations étiquetées de gauche, qui jouent un rôle essentiel de vigie en l’absence d’une opposition incisive. Selon une loi votée en juin par la Knesset (le Parlement), les ONG recevant plus de la moitié de leur financement de l’étranger doivent le préciser dans leurs documentations et présentations.

« Le chœur de ceux salissant Israël »

Sur sa page Facebook, M. Nétanyahou a estimé que B’Tselem et une autre ONG, Americans for Peace Now, liée à l’organisation israélienne La Paix maintenant, ont « rejoint le chœur de ceux salissant Israël », répétant « l’assertion fallacieuse » selon laquelle l’occupation et les colonies sont la cause du conflit israélo-palestinien. « La vérité, écrit le premier ministre, est que les Palestiniens attaquent Israël depuis cinquante ans, avant même qu’une seule colonie n’eût été créée. » L’une des rares à intervenir en défense de l’ONG a été la députée Ksenia Svetlova, de l’Union sioniste. « Tous ceux qui visent B’Tselem et La Paix maintenant ont oublié ce que sont la liberté d’expression et les valeurs démocratiques », a-t-elle dit.

Cette intervention du directeur de B’Tselem a été très mal reçue par le gouvernement israélien pour plusieurs raisons. Elle a eu lieu au lendemain du vote par l’Unesco de deux projets de décision sur « la Palestine occupée », soumis par sept pays arabes. ils ont été adoptés en commission avec 24 voix pour, six contre (dont les Etats-Unis) et 28 abstentions (dont la France). Les textes, qui doivent encore être soumis au vote en assemblée plénière, ont provoqué la colère des responsables politiques israéliens, parce qu’ils nient les liens historiques entre les juifs et le lieu saint de l’esplanade des Mosquées, dans la vieille ville, à Jérusalem-Est. Sa désignation israélienne, le mont du Temple, n’y est pas employée.

Période diplomatique sensible

Le discours du directeur de B’Tselem intervient aussi à une période diplomatique sensible. Alors que l’élection présidentielle américaine approche, de nouvelles tensions sont apparues avec l’administration Obama au sujet de l’avant-poste d’Amona, qui devait être liquidé d’ici le 26 décembre selon une décision de la Cour suprême. Mais le gouvernement essaie d’obtenir un délai supplémentaire de six mois, ne sachant que faire de ses habitants. La piste de la création d’une nouvelle colonie pour les reloger a provoqué la fureur de Washington.

Or Benyamin Nétanyahou redoute que Barack Obama profite des deux mois et demi séparant l’élection de son successeur, début novembre, et son entrée en fonction, pour lancer une dernière initiative devant le Conseil de sécurité de l’ONU. Si elle prenait la forme d’une résolution fixant les paramètres d’une solution négociée avec les Palestiniens, il s’agirait d’un revers majeur pour le premier ministre israélien. Avant cela, un autre texte pourrait arriver sur la table du Conseil, à l’initiative de l’Autorité palestinienne, afin de dénoncer l’extension de la colonisation. Cette pression internationale explique pourquoi M. Nétanyahou a poursuivi en coulisses, ces dernières semaines, des discussions avec le chef de file travailliste, Isaac Herzog, en vue de la constitution d’une grande coalition.

 
Repost 0
Published by Le Monde.fr - dans Revue de presse
commenter cet article
18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 08:39

Mossoul, clé de l’avenir d’un Irak unifié

Reconquérir la ville, et après ?

 
 
 
 

Orient XXI > Magazine > Myriam Benraad > 17 octobre 2016

La bataille de Mossoul a commencé. Le premier ministre irakien Haïdar Al-Abadi et le président américain Barack Obama ont promis la défaite imminente de l’organisation de l’État islamique (OEI). La bataille qui s’engage au cœur du « califat » s’annonce toutefois bien plus complexe que prévu. Plus encore, il n’est pas dit qu’elle parvienne à mettre fin aux violences qui rongent l’Irak depuis plus de treize ans et qu’elle puisse ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire du pays.

 

« Nous nous tenons à vos côtés, comme vous vous tenez auprès de nous. Avec l’aide de Dieu, la victoire est proche. Aujourd’hui, nous avançons ; demain, nous vaincrons et travaillerons ensemble pour rétablir la vie, les services et la stabilité dans chaque ville et chaque village. » Par cette annonce, diffusée le 4 octobre 2016 sur les ondes de la radio irakienne, le premier ministre Haïdar Al-Abadi promettait à Mossoul, tombée il y a deux ans, la défaite imminente de l’organisation de l’État islamique (OEI). Son de cloche analogue à Washington, où Barack Obama affirmait libérer la ville du joug djihadiste avant la fin de son mandat.

Les regards du monde entier sont tournés depuis plusieurs mois vers Mossoul, où l’opération « Conquête » (« Fatah ») a formellement débuté fin mars dans la zone de Makhmour et vise à libérer la province de Ninive par le biais d’une coalition de forces hétéroclites et sur fond de bombardements occidentaux intensifiés. Joseph Votel, commandant du centre opérationnel de l’armée américaine (Commandement central des États-Unis, Centcom), évoquait en août 2016 une reprise de Mossoul « avant la fin de l’année ». Depuis, les déclarations concernant l’assaut sur la deuxième plus importante agglomération d’Irak se sont multipliées, de même que les commentaires sur les chances de réussite de cette opération périlleuse. Or, si les pronostics vont bon train quant à la « libération » à venir, peu s’interrogent sur le « jour d’après », qui n’est pas sans soulever une série d’interrogations tout aussi fondamentales tant les divisions sous-jacentes au combat contre l’OEI restent nombreuses — renvoyant ici dos à dos peshmergas kurdes, milices chiites, armée irakienne et combattants sunnites. Certains n’hésitent pas à décrire Mossoul comme la prochaine Alep, lorsqu’ils n’évoquent pas un enfer potentiellement comparable à celui de Stalingrad.

Trois aspects essentiels sont paradoxalement peu évoqués dans l’abondante couverture de la bataille : quel sera l’avenir de Mossoul, alors que des villes telles que Ramadi et Fallouja ont été dévastées par les opérations militaires passées ? Quel sera aussi celui des Arabes sunnites, notamment à Ninive ? Dans quelle mesure la question de Mossoul pourrait-elle déterminer la survie (ou non) d’un État irakien en état de faillite structurelle depuis de longues années ? Sans administration tangible, nationale et locale, et sans représentation politique sunnite à la hauteur des enjeux, un retour à la stabilité est loin d’être acquis. Sans doute serait-il judicieux, de ce point de vue, de redonner la parole aux Irakiens, et plus particulièrement aux voix de Mossoul. Un million de civils pourraient, en effet, être déplacés durant ce siège, faisant peser le risque d’autres « guerres civiles après la guerre civile ».

L’héritage singulier d’un passé riche

Située au nord de l’Irak sur les bords du Tigre, Mossoul est riche de son histoire comme de son exceptionnelle diversité. Ce sont les Arabes qui, au VIIe siècle, la renommèrent après avoir conquis les plaines de Haute-Mésopotamie. Naguère, la région avait constitué un haut lieu des civilisations antiques, dotée d’un immense patrimoine archéologique, de monuments, de mosquées et tombeaux, et de somptueuses bibliothèques. Puis Mossoul devint, au XXe siècle, un symbole du métissage identitaire et culturel irakien, faisant cohabiter sous un même toit Arabes, Kurdes et Turkmènes, juifs, chrétiens, musulmans et yézidis. La présence chiite y a toujours été faible, dimension ayant sans doute exacerbé la conviction parmi un nombre important de Maslaouis qu’un « complot » à Bagdad visait à les éliminer. La forte religiosité sunnite qui caractérise la ville a du reste facilité sa pénétration par l’OEI en 2014 et la séduction exercée par l’idéologie radicale du groupe auprès de la jeunesse. On retrouve là un schéma identique à celui qui avait marqué la dictature baasiste : beaucoup des jeunes des zones rurales qui encerclent Mossoul avaient alors rejoint le courant panarabe par rejet des élites urbaines et comme canal révolutionnaire d’ascension sociale.

Au fil des siècles, Mossoul est devenue une métropole stratégique, à proximité des frontières turque et syrienne, et s’est transformée pendant le Moyen-Âge en carrefour commercial très réputé pour ses tissus, son marbre, ses caravanes et autres marchandises. Cette richesse ne fut pas sans attiser d’âpres convoitises et la ville fut ainsi pillée par les Mongols, dominée par les Perses, puis conquise par les Ottomans, après avoir été, au Xe siècle, un émirat indépendant. Au début du XXe siècle, Mossoul est ethniquement arabe et kurde et conserve une identité qui lui est propre, comme l’illustrent la persistance de son dialecte (moqué par les Irakiens) et les écrits et mémoires des intellectuels de l’époque. Son administration, essentiellement sunnite, est empreinte d’un « ottomanisme » qui évoluera en nationalisme arabe. Ce dernier s’exprime avec force lors de la révolte de 1959 conduite par le colonel Abd Al-Wahhab Al-Chawwaf, lorsque la République irakienne naissante et alors proche des communistes réprime Mossoul dans le sang.

La population locale a perpétué le souvenir de ces événements, développant l’obsession d’un « jamais plus » et se dissociant de l’État pour ne plus l’affronter à nouveau. Cette épaisseur temporelle permet d’entrevoir pourquoi Mossoul ne s’est pas non plus soulevée contre l’OEI, et plus particulièrement contre ses combattants étrangers peu appréciés. Elle éclaire la réticence que beaucoup ont éprouvée à quitter leur ville en 2014, surtout débarrassée d’une armée irakienne principalement chiite qui faisait office de force d’occupation pour le compte de Bagdad. Il n’en demeure pas moins que les habitants de Mossoul dénoncent aussi la cruauté djihadiste, souvent rapportée à celle de l’ancien régime. Ce fatalisme ne laisse guère penser que les civils défendront l’OEI et ses éventuels successeurs, Kurdes et chiites notamment, dont ils appréhendent les représailles.

Hantise du lendemain

Par-delà les prédictions court-termistes, la bataille de Mossoul sera douloureuse : nul ne sait, en effet, quelle résistance l’OEI opposera dans son fief et évoquer un « calendrier » relève donc d’un exercice très improbable. De source irakienne et américaine, une partie du commandement de l’OEI aurait déjà quitté la ville et confié sa défense à ses unités les plus redoutables — estimées par le Pentagone à 5 000 hommes et composées d’Irakiens, de Turkmènes et de Tchétchènes. Ces hommes ont adopté de nouvelles tactiques de guerre, dont la mise à feu de gisements de pétrole pour déjouer une partie des bombardements occidentaux et ralentir l’avancée des troupes irakiennes. Des tunnels souterrains auraient été construits, outre l’usage à présent banalisé des kamikazes et engins explosifs. L’OEI a fait montre, par le passé, d’une résistance féroce lors des campagnes militaires successives et s’est replié, au fur et à mesure de ses revers, sur une action insurrectionnelle et clandestine semblable à ce qu’avait été sa « première vie » en Irak.

Bagdad continue pour sa part de clamer sa résolution à venir à bout de la mouvance terroriste et enjoignait récemment les civils de Mossoul de coopérer avec les forces gouvernementales en leur promettant d’être « sauvés de l’injustice et de la tyrannie ». Revirement quelque peu ironique pour qui se remémore le funeste bilan de l’ancien premier ministre Nouri Al-Maliki, dont les pratiques avaient largement contribué, entre 2011 et 2013, à pousser une partie de Mossoul dans les bras de l’OEI et de sa gouvernance révolutionnaire (lutte contre la corruption, redressement des institutions, couverture des besoins premiers de la population). La violence inouïe des derniers mois pourrait avoir eu raison de cette utopie d’un changement. Le chômage n’a pas été éradiqué à Mossoul, les trafics non plus, et le « contrat social » entre insurgés et civils est une peau de chagrin. Pour répondre à la grogne populaire, les militants demeurés à Mossoul auraient même reçu pour consigne de multiplier assassinats et destructions en tout genre.

Objectivement, l’impossibilité pour Mossoul de communiquer avec l’extérieur et la propagande de l’OEI ont occulté la dégradation des conditions de vie de ses habitants ainsi que la fragilité inhérente à l’entreprise d’Abou Bakr Al-Baghdadi, considérée comme une subversion de l’islam sunnite traditionnel. Les témoignages accablants recueillis aux environs de Mossoul (Al-Shirqat, Al-Qayyara), dévoilent cette sombre réalité. La tragédie est visible pour les centaines de milliers de Maslaouis qui ont fui ou tentent toujours cet exil désespéré. Pis, ni Bagdad, ni Erbil, ni les pays voisins n’ont les moyens de gérer les flux de réfugiés que cette énième crise génère. Ajoutons qu’en cas de victoire concrète de la coalition contre l’OEI, le « retour » de l’armée à Mossoul ne règlera rien si une amélioration du quotidien ne se fait pas sentir : les exigences des civils, qui ont tant souffert, n’ont guère évolué depuis juin 2014. Et force est d’admettre que les élites en place demeurent incapables d’y répondre, que peu de déplacés et réfugiés ont goûté à la « reconstruction » si longtemps promise et qu’il leur est impossible, en l’état, de repeupler des espaces défigurés par la guerre.

Déshérence politique

Outre l’actualité immédiate, la perte de repères politiques à Mossoul se fait l’écho direct de la situation dramatique des Arabes sunnites d’Irak, privés de toute représentation sérieuse depuis le renversement de Saddam Hussein en avril 2003. Pourtant, c’est cette représentation introuvable qui est sans doute la seule à même de les ramener dans le jeu national et de stabiliser les zones émancipées de l’OEI. Ce dernier a d’ailleurs bâti sa fortune sur ce vide, triplement idéologique, politique et institutionnel, de même que sur le discrédit des élites post-baasistes. Deux questions se font jour : quelles sont exactement les forces arabes sunnites engagées dans la lutte, avec quelles capacités ? Pourront-elles s’imposer face à leurs compétiteurs ? D’ores et déjà, tous s’accordent sur le lourd héritage laissé derrière lui par l’OEI : son idéal transnational d’unité sunnite a fini de déchirer le tissu social irakien, tout en accentuant les clivages qui lui préexistaient.

Conscientes de cette fragmentation, les figures sunnites irakiennes ont multiplié les réunions depuis l’été, visant à mettre à plat leurs divergences d’intérêts. Deux personnes ont émergé de ce point de vue, chacune incarnant une vision spécifique de l’avenir de Mossoul et de l’Irak au sens large. Membre d’une tribu arabe sunnite de Mossoul, Naoufal Hamadi Al-Soultan a pris la tête de la force sunnite appuyant l’armée irakienne et les milices chiites de la Mobilisation populaire à Ninive ; il incarne la ligne de Bagdad. Gouverneur depuis l’automne 2015, Al-Soultan est un ancien baasiste dont le frère a prêté allégeance à l’OEI. En face, l’homme d’affaires Athil al-Noujaïfi, ancien gouverneur ayant fui en juin 2014 et destitué de ses fonctions l’année suivante, est son principal concurrent. Il est lié au Kurdistan et à la Turquie contre Bagdad et l’Iran, et réclame un soutien militaire direct des États-Unis. Al-Noujaïfi dirige la Mobilisation nationale (Al-Hachd al-Watani), qui rassemble des milliers d’hommes, dont certains haut-gradés originaires de Mossoul qui s’opposent à toute ingérence des milices chiites et prônent une autonomie régionale sunnite comme alternative à l’OEI.

Les contours de cette autonomie restent à définir, mais la proposition est globalement très mal reçue par les forces chiites du centre qui la considèrent comme une tentative de partition de l’Irak et soulèvent la question de sa viabilité au regard des ressources naturelles limitées dont disposent les provinces sunnites du pays. À l’opposé de cet argumentaire, les sunnites citent les dispositions de la Constitution de 2005 et leur droit à constituer pareille région autonome par voie référendaire. Ils escomptent aussi d’un tel « couvert de légalité » l’effacement de la honte liée à leur abandon de Mossoul aux mains de l’OEI en 2014 et la restauration d’une légitimité politique amplement écornée par les succès djihadistes passés.

Quelle place pour les sunnites ?

Il est frappant d’observer comme les débats sur l’Irak continuent de faire l’impasse sur un ensemble de considérations historiques dont on ne soulignera jamais assez l’utilité critique. Ainsi, comme il y a un siècle lorsque Français et Britanniques se l’étaient disputée au sortir de la première guerre mondiale, la future Mossoul semble déjà préfigurer les modalités de renaissance, ou d’ultime décomposition, de l’État irakien moderne. Al-Baghdadi n’en a pas fait sa capitale sans raison : la ville était l’emblème de l’ordre colonial « croisé » puissamment associé aux accords de Sykes-Picot dans l’imaginaire djihadiste, ainsi qu’à l’abolition du califat en 1924. Mossoul n’avait de surcroît jamais fait partie de la Mésopotamie que recouvre l’Irak actuel, tandis que Ninive a été la dernière zone rattachée au nouveau territoire national en 1921.

Dans son sillage, l’OEI aura réveillé l’ancienne « question de Mossoul » et toutes les appétences qui l’ont traditionnellement façonnée, notamment au plan régional. La Turquie, par exemple, a déployé ses troupes au nord de l’Irak en appui aux sunnites de la Mobilisation nationale et tire profit de la remise en question existentielle de l’entité irakienne pour réclamer ses « droits » sur Ninive. Pour rappel, Ankara s’était opposée en 1925 à l’annexion de son vilayet par le Royaume-Uni (après que Paris eût renoncé à ses ambitions) en dénonçant alors une violation de l’armistice de Moudrous qui, le 30 octobre 1918, avait placé Mossoul et une partie de la province de Ninive et du Kurdistan irakien sous sa tutelle.

Dominée depuis 2003 par les partis chiites, Bagdad parviendra-t-elle à renouer avec Mossoul, coupée du pays depuis plus de deux ans et traditionnellement peu ouverte aux ingérences du centre ? La violence confessionnelle prônée par l’OEI lui survivra-t-elle, continuant d’obstruer toute perspective de réconciliation proprement irakienne ? Doit-on craindre que le morcellement de la composante sunnite aboutisse à un abîme politique qui, de facto, ferait de Mossoul et d’autres villes des territoires ingouvernables dans le temps long ? Encore loin d’être enterrée, l’ambition djihadiste conserverait dans ces conditions une capacité infinie de se réincarner.

Repost 0
Published by OrientXXI.info - dans Revue de presse
commenter cet article
18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 08:06

Nouvelle attaque de Nétanyahou contre une ONG défendant les droits des Palestiniens

 
 

Le premier ministre israélien a vivement dénoncé l’intervention vendredi, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, du directeur de l’organisation B’Tselem, Hagai El-Ad, lors d’une réunion informelle consacrée à la colonisation.

La passe d’armes est déjà un classique. D’un côté, des organisations non gouvernementales israéliennes mettant en cause, sur la place publique, l’occupation en Cisjordanie. De l’autre, Benyamin Nétanyahou, dans le rôle du pourfendeur d’une fantasmatique « cinquième colonne », qui participerait à la délégitimisation d’Israël. En témoignant vendredi 14 octobre devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le directeur de B’Tselem, Hagai El-Ad, s’attendait forcément à une réaction du premier ministre israélien. Elle n’a pas tardé.

 

Le militant de cette célèbre organisation, documentant les atteintes aux droits des Palestiniens, s’est exprimé lors d’une réunion informelle consacrée à la colonisation, convoquée à la demande de cinq pays : l’Egypte, la Malaisie, le Venezuela, le Sénégal et l’Angola. Dans son intervention, Hagai El-Ad a notamment souligné la sophistication bureaucratique et juridique de l’occupation, qui recouvre d’un vernis légal les violations des droits palestiniens, « du berceau jusqu’à la tombe ». « Le contrôle d’Israël sur les vies palestiniennes est unique dans l’attention prudente accordée par la puissance occupante à la lettre de la loi, tout en étranglant son esprit même », a-t-il expliqué. Hagai El-Ad a appelé le Conseil de sécurité à agir d’urgence.

 

 

 

Dès la fin de shabbat, samedi soir, le bureau du premier ministre israélien a publié un communiqué annonçant son intention de punir B’Tselem pour cette dénonciation de l’occupation sur la scène internationale. Un texte de loi devrait empêcher les organisations recevant plus de la moitié de leur financement de l’étranger d’accueillir des volontaires au service national. Une mesure essentiellement symbolique – l’ONG n’accueille qu’un seul volontaire par an, un poste actuellement vacant – mais qui traduit les tensions récurrentes entre la droite israélienne et les organisations étiquetées de gauche, qui jouent un rôle essentiel de vigie en l’absence d’une opposition incisive. Selon une loi votée en juin par la Knesset (le Parlement), les ONG recevant plus de la moitié de leur financement de l’étranger doivent le préciser dans leurs documentations et présentations.

« Le chœur de ceux salissant Israël »

Sur sa page Facebook, M. Nétanyahou a estimé que B’Tselem et une autre ONG, Americans for Peace Now, liée à l’organisation israélienne La Paix maintenant, ont « rejoint le chœur de ceux salissant Israël », répétant « l’assertion fallacieuse » selon laquelle l’occupation et les colonies sont la cause du conflit israélo-palestinien. « La vérité, écrit le premier ministre, est que les Palestiniens attaquent Israël depuis cinquante ans, avant même qu’une seule colonie n’eût été créée. » L’une des rares à intervenir en défense de l’ONG a été la députée Ksenia Svetlova, de l’Union sioniste. « Tous ceux qui visent B’Tselem et La Paix maintenant ont oublié ce que sont la liberté d’expression et les valeurs démocratiques », a-t-elle dit.

Cette intervention du directeur de B’Tselem a été très mal reçue par le gouvernement israélien pour plusieurs raisons. Elle a eu lieu au lendemain du vote par l’Unesco de deux projets de décision sur « la Palestine occupée », soumis par sept pays arabes. ils ont été adoptés en commission avec 24 voix pour, six contre (dont les Etats-Unis) et 28 abstentions (dont la France). Les textes, qui doivent encore être soumis au vote en assemblée plénière, ont provoqué la colère des responsables politiques israéliens, parce qu’ils nient les liens historiques entre les juifs et le lieu saint de l’esplanade des Mosquées, dans la vieille ville, à Jérusalem-Est. Sa désignation israélienne, le mont du Temple, n’y est pas employée.

Période diplomatique sensible

Le discours du directeur de B’Tselem intervient aussi à une période diplomatique sensible. Alors que l’élection présidentielle américaine approche, de nouvelles tensions sont apparues avec l’administration Obama au sujet de l’avant-poste d’Amona, qui devait être liquidé d’ici le 26 décembre selon une décision de la Cour suprême. Mais le gouvernement essaie d’obtenir un délai supplémentaire de six mois, ne sachant que faire de ses habitants. La piste de la création d’une nouvelle colonie pour les reloger a provoqué la fureur de Washington.

Or Benyamin Nétanyahou redoute que Barack Obama profite des deux mois et demi séparant l’élection de son successeur, début novembre, et son entrée en fonction, pour lancer une dernière initiative devant le Conseil de sécurité de l’ONU. Si elle prenait la forme d’une résolution fixant les paramètres d’une solution négociée avec les Palestiniens, il s’agirait d’un revers majeur pour le premier ministre israélien. Avant cela, un autre texte pourrait arriver sur la table du Conseil, à l’initiative de l’Autorité palestinienne, afin de dénoncer l’extension de la colonisation. Cette pression internationale explique pourquoi M. Nétanyahou a poursuivi en coulisses, ces dernières semaines, des discussions avec le chef de file travailliste, Isaac Herzog, en vue de la constitution d’une grande coalition.

 
Repost 0
Published by Le Monde.fr - dans Revue de presse
commenter cet article
18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 08:05
Une ONG israélienne attaque les colons devant le Conseil de sécurité de l'ONU
 
 
 
 
Par RFI
 
 
                                                   
L'initiative aux Nations unies d'une ONG israélienne contre l'occupation des Territoires palestiniens a suscité la colère du gouvernement israélien. B'Tselem a participé à une réunion du conseil de sécurité de l'ONU sur les colonies dans les Territoires palestiniens.

Entre Benyamin Netanyahu et l'ONG, l'épreuve de force est engagée.
Avec notre correspondant à Jérusalem,  Christian Brunel
 
 
L'ONG israélienne B'Tselem, en rendant compte de la répression dans les Territoires palestiniens, a brisé un tabou.
 
Son directeur, Hagai el-Ad, a témoigné lors d'une réunion organisée par le Conseil de sécurité de l'ONU et lancé un appel pressant à la communauté internationale pour qu'elle « agisse dès aujourd'hui contre l'occupation de la Palestine ».
 
Jamais, jusqu'à présent, ceux qui se présentent comme le « camp de la paix » avaient été aussi loin sur le front diplomatique.
 
Piqué au vif, Benyamin Netanyahu a dénoncé cette initiative qualifiée d'aberrante et anti-nationale.
 
Il a décidé de ne plus permettre aux jeunes Israéliens d'effectuer un service civil au sein de l'ONG au lieu de faire l'armée.
 
La menace n'a pas impressionné B'Tselem, bien décidé à poursuivre ses activités, notamment avec l'aide de volontaires palestiniens qui filment les opérations militaires en Cisjordanie.
 
Récemment, toutefois, l'organisation a annoncé qu'elle renonçait à porter plainte auprès des tribunaux militaires israéliens, faute d'obtenir des sanctions contre les auteurs de bavures.
 
 
Repost 0
Published by RFI.fr - dans Revue de presse
commenter cet article
18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 07:52

Nouvelle attaque de Nétanyahou contre une ONG défendant les droits des Palestiniens

 
 

Le premier ministre israélien a vivement dénoncé l’intervention vendredi, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, du directeur de l’organisation B’Tselem, Hagai El-Ad, lors d’une réunion informelle consacrée à la colonisation.

La passe d’armes est déjà un classique. D’un côté, des organisations non gouvernementales israéliennes mettant en cause, sur la place publique, l’occupation en Cisjordanie. De l’autre, Benyamin Nétanyahou, dans le rôle du pourfendeur d’une fantasmatique « cinquième colonne », qui participerait à la délégitimisation d’Israël. En témoignant vendredi 14 octobre devant le Conseil de sécurité de l’ONU, le directeur de B’Tselem, Hagai El-Ad, s’attendait forcément à une réaction du premier ministre israélien. Elle n’a pas tardé.

 

Le militant de cette célèbre organisation, documentant les atteintes aux droits des Palestiniens, s’est exprimé lors d’une réunion informelle consacrée à la colonisation, convoquée à la demande de cinq pays : l’Egypte, la Malaisie, le Venezuela, le Sénégal et l’Angola. Dans son intervention, Hagai El-Ad a notamment souligné la sophistication bureaucratique et juridique de l’occupation, qui recouvre d’un vernis légal les violations des droits palestiniens, « du berceau jusqu’à la tombe ». « Le contrôle d’Israël sur les vies palestiniennes est unique dans l’attention prudente accordée par la puissance occupante à la lettre de la loi, tout en étranglant son esprit même », a-t-il expliqué. Hagai El-Ad a appelé le Conseil de sécurité à agir d’urgence.

 

 

 

Dès la fin de shabbat, samedi soir, le bureau du premier ministre israélien a publié un communiqué annonçant son intention de punir B’Tselem pour cette dénonciation de l’occupation sur la scène internationale. Un texte de loi devrait empêcher les organisations recevant plus de la moitié de leur financement de l’étranger d’accueillir des volontaires au service national. Une mesure essentiellement symbolique – l’ONG n’accueille qu’un seul volontaire par an, un poste actuellement vacant – mais qui traduit les tensions récurrentes entre la droite israélienne et les organisations étiquetées de gauche, qui jouent un rôle essentiel de vigie en l’absence d’une opposition incisive. Selon une loi votée en juin par la Knesset (le Parlement), les ONG recevant plus de la moitié de leur financement de l’étranger doivent le préciser dans leurs documentations et présentations.

« Le chœur de ceux salissant Israël »

Sur sa page Facebook, M. Nétanyahou a estimé que B’Tselem et une autre ONG, Americans for Peace Now, liée à l’organisation israélienne La Paix maintenant, ont « rejoint le chœur de ceux salissant Israël », répétant « l’assertion fallacieuse » selon laquelle l’occupation et les colonies sont la cause du conflit israélo-palestinien. « La vérité, écrit le premier ministre, est que les Palestiniens attaquent Israël depuis cinquante ans, avant même qu’une seule colonie n’eût été créée. » L’une des rares à intervenir en défense de l’ONG a été la députée Ksenia Svetlova, de l’Union sioniste. « Tous ceux qui visent B’Tselem et La Paix maintenant ont oublié ce que sont la liberté d’expression et les valeurs démocratiques », a-t-elle dit.

Cette intervention du directeur de B’Tselem a été très mal reçue par le gouvernement israélien pour plusieurs raisons. Elle a eu lieu au lendemain du vote par l’Unesco de deux projets de décision sur « la Palestine occupée », soumis par sept pays arabes. ils ont été adoptés en commission avec 24 voix pour, six contre (dont les Etats-Unis) et 28 abstentions (dont la France). Les textes, qui doivent encore être soumis au vote en assemblée plénière, ont provoqué la colère des responsables politiques israéliens, parce qu’ils nient les liens historiques entre les juifs et le lieu saint de l’esplanade des Mosquées, dans la vieille ville, à Jérusalem-Est. Sa désignation israélienne, le mont du Temple, n’y est pas employée.

Période diplomatique sensible

Le discours du directeur de B’Tselem intervient aussi à une période diplomatique sensible. Alors que l’élection présidentielle américaine approche, de nouvelles tensions sont apparues avec l’administration Obama au sujet de l’avant-poste d’Amona, qui devait être liquidé d’ici le 26 décembre selon une décision de la Cour suprême. Mais le gouvernement essaie d’obtenir un délai supplémentaire de six mois, ne sachant que faire de ses habitants. La piste de la création d’une nouvelle colonie pour les reloger a provoqué la fureur de Washington.

Or Benyamin Nétanyahou redoute que Barack Obama profite des deux mois et demi séparant l’élection de son successeur, début novembre, et son entrée en fonction, pour lancer une dernière initiative devant le Conseil de sécurité de l’ONU. Si elle prenait la forme d’une résolution fixant les paramètres d’une solution négociée avec les Palestiniens, il s’agirait d’un revers majeur pour le premier ministre israélien. Avant cela, un autre texte pourrait arriver sur la table du Conseil, à l’initiative de l’Autorité palestinienne, afin de dénoncer l’extension de la colonisation. Cette pression internationale explique pourquoi M. Nétanyahou a poursuivi en coulisses, ces dernières semaines, des discussions avec le chef de file travailliste, Isaac Herzog, en vue de la constitution d’une grande coalition.

 
Repost 0
Published by Le Monde.fr - dans Revue de presse
commenter cet article
18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 07:50

Mossoul, clé de l’avenir d’un Irak unifié

Reconquérir la ville, et après ?

 
 
 
 

Orient XXI > Magazine > Myriam Benraad > 17 octobre 2016

La bataille de Mossoul a commencé. Le premier ministre irakien Haïdar Al-Abadi et le président américain Barack Obama ont promis la défaite imminente de l’organisation de l’État islamique (OEI). La bataille qui s’engage au cœur du « califat » s’annonce toutefois bien plus complexe que prévu. Plus encore, il n’est pas dit qu’elle parvienne à mettre fin aux violences qui rongent l’Irak depuis plus de treize ans et qu’elle puisse ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire du pays.

 

« Nous nous tenons à vos côtés, comme vous vous tenez auprès de nous. Avec l’aide de Dieu, la victoire est proche. Aujourd’hui, nous avançons ; demain, nous vaincrons et travaillerons ensemble pour rétablir la vie, les services et la stabilité dans chaque ville et chaque village. » Par cette annonce, diffusée le 4 octobre 2016 sur les ondes de la radio irakienne, le premier ministre Haïdar Al-Abadi promettait à Mossoul, tombée il y a deux ans, la défaite imminente de l’organisation de l’État islamique (OEI). Son de cloche analogue à Washington, où Barack Obama affirmait libérer la ville du joug djihadiste avant la fin de son mandat.

Les regards du monde entier sont tournés depuis plusieurs mois vers Mossoul, où l’opération « Conquête » (« Fatah ») a formellement débuté fin mars dans la zone de Makhmour et vise à libérer la province de Ninive par le biais d’une coalition de forces hétéroclites et sur fond de bombardements occidentaux intensifiés. Joseph Votel, commandant du centre opérationnel de l’armée américaine (Commandement central des États-Unis, Centcom), évoquait en août 2016 une reprise de Mossoul « avant la fin de l’année ». Depuis, les déclarations concernant l’assaut sur la deuxième plus importante agglomération d’Irak se sont multipliées, de même que les commentaires sur les chances de réussite de cette opération périlleuse. Or, si les pronostics vont bon train quant à la « libération » à venir, peu s’interrogent sur le « jour d’après », qui n’est pas sans soulever une série d’interrogations tout aussi fondamentales tant les divisions sous-jacentes au combat contre l’OEI restent nombreuses — renvoyant ici dos à dos peshmergas kurdes, milices chiites, armée irakienne et combattants sunnites. Certains n’hésitent pas à décrire Mossoul comme la prochaine Alep, lorsqu’ils n’évoquent pas un enfer potentiellement comparable à celui de Stalingrad.

Trois aspects essentiels sont paradoxalement peu évoqués dans l’abondante couverture de la bataille : quel sera l’avenir de Mossoul, alors que des villes telles que Ramadi et Fallouja ont été dévastées par les opérations militaires passées ? Quel sera aussi celui des Arabes sunnites, notamment à Ninive ? Dans quelle mesure la question de Mossoul pourrait-elle déterminer la survie (ou non) d’un État irakien en état de faillite structurelle depuis de longues années ? Sans administration tangible, nationale et locale, et sans représentation politique sunnite à la hauteur des enjeux, un retour à la stabilité est loin d’être acquis. Sans doute serait-il judicieux, de ce point de vue, de redonner la parole aux Irakiens, et plus particulièrement aux voix de Mossoul. Un million de civils pourraient, en effet, être déplacés durant ce siège, faisant peser le risque d’autres « guerres civiles après la guerre civile ».

L’héritage singulier d’un passé riche

Située au nord de l’Irak sur les bords du Tigre, Mossoul est riche de son histoire comme de son exceptionnelle diversité. Ce sont les Arabes qui, au VIIe siècle, la renommèrent après avoir conquis les plaines de Haute-Mésopotamie. Naguère, la région avait constitué un haut lieu des civilisations antiques, dotée d’un immense patrimoine archéologique, de monuments, de mosquées et tombeaux, et de somptueuses bibliothèques. Puis Mossoul devint, au XXe siècle, un symbole du métissage identitaire et culturel irakien, faisant cohabiter sous un même toit Arabes, Kurdes et Turkmènes, juifs, chrétiens, musulmans et yézidis. La présence chiite y a toujours été faible, dimension ayant sans doute exacerbé la conviction parmi un nombre important de Maslaouis qu’un « complot » à Bagdad visait à les éliminer. La forte religiosité sunnite qui caractérise la ville a du reste facilité sa pénétration par l’OEI en 2014 et la séduction exercée par l’idéologie radicale du groupe auprès de la jeunesse. On retrouve là un schéma identique à celui qui avait marqué la dictature baasiste : beaucoup des jeunes des zones rurales qui encerclent Mossoul avaient alors rejoint le courant panarabe par rejet des élites urbaines et comme canal révolutionnaire d’ascension sociale.

Au fil des siècles, Mossoul est devenue une métropole stratégique, à proximité des frontières turque et syrienne, et s’est transformée pendant le Moyen-Âge en carrefour commercial très réputé pour ses tissus, son marbre, ses caravanes et autres marchandises. Cette richesse ne fut pas sans attiser d’âpres convoitises et la ville fut ainsi pillée par les Mongols, dominée par les Perses, puis conquise par les Ottomans, après avoir été, au Xe siècle, un émirat indépendant. Au début du XXe siècle, Mossoul est ethniquement arabe et kurde et conserve une identité qui lui est propre, comme l’illustrent la persistance de son dialecte (moqué par les Irakiens) et les écrits et mémoires des intellectuels de l’époque. Son administration, essentiellement sunnite, est empreinte d’un « ottomanisme » qui évoluera en nationalisme arabe. Ce dernier s’exprime avec force lors de la révolte de 1959 conduite par le colonel Abd Al-Wahhab Al-Chawwaf, lorsque la République irakienne naissante et alors proche des communistes réprime Mossoul dans le sang.

La population locale a perpétué le souvenir de ces événements, développant l’obsession d’un « jamais plus » et se dissociant de l’État pour ne plus l’affronter à nouveau. Cette épaisseur temporelle permet d’entrevoir pourquoi Mossoul ne s’est pas non plus soulevée contre l’OEI, et plus particulièrement contre ses combattants étrangers peu appréciés. Elle éclaire la réticence que beaucoup ont éprouvée à quitter leur ville en 2014, surtout débarrassée d’une armée irakienne principalement chiite qui faisait office de force d’occupation pour le compte de Bagdad. Il n’en demeure pas moins que les habitants de Mossoul dénoncent aussi la cruauté djihadiste, souvent rapportée à celle de l’ancien régime. Ce fatalisme ne laisse guère penser que les civils défendront l’OEI et ses éventuels successeurs, Kurdes et chiites notamment, dont ils appréhendent les représailles.

Hantise du lendemain

Par-delà les prédictions court-termistes, la bataille de Mossoul sera douloureuse : nul ne sait, en effet, quelle résistance l’OEI opposera dans son fief et évoquer un « calendrier » relève donc d’un exercice très improbable. De source irakienne et américaine, une partie du commandement de l’OEI aurait déjà quitté la ville et confié sa défense à ses unités les plus redoutables — estimées par le Pentagone à 5 000 hommes et composées d’Irakiens, de Turkmènes et de Tchétchènes. Ces hommes ont adopté de nouvelles tactiques de guerre, dont la mise à feu de gisements de pétrole pour déjouer une partie des bombardements occidentaux et ralentir l’avancée des troupes irakiennes. Des tunnels souterrains auraient été construits, outre l’usage à présent banalisé des kamikazes et engins explosifs. L’OEI a fait montre, par le passé, d’une résistance féroce lors des campagnes militaires successives et s’est replié, au fur et à mesure de ses revers, sur une action insurrectionnelle et clandestine semblable à ce qu’avait été sa « première vie » en Irak.

Bagdad continue pour sa part de clamer sa résolution à venir à bout de la mouvance terroriste et enjoignait récemment les civils de Mossoul de coopérer avec les forces gouvernementales en leur promettant d’être « sauvés de l’injustice et de la tyrannie ». Revirement quelque peu ironique pour qui se remémore le funeste bilan de l’ancien premier ministre Nouri Al-Maliki, dont les pratiques avaient largement contribué, entre 2011 et 2013, à pousser une partie de Mossoul dans les bras de l’OEI et de sa gouvernance révolutionnaire (lutte contre la corruption, redressement des institutions, couverture des besoins premiers de la population). La violence inouïe des derniers mois pourrait avoir eu raison de cette utopie d’un changement. Le chômage n’a pas été éradiqué à Mossoul, les trafics non plus, et le « contrat social » entre insurgés et civils est une peau de chagrin. Pour répondre à la grogne populaire, les militants demeurés à Mossoul auraient même reçu pour consigne de multiplier assassinats et destructions en tout genre.

Objectivement, l’impossibilité pour Mossoul de communiquer avec l’extérieur et la propagande de l’OEI ont occulté la dégradation des conditions de vie de ses habitants ainsi que la fragilité inhérente à l’entreprise d’Abou Bakr Al-Baghdadi, considérée comme une subversion de l’islam sunnite traditionnel. Les témoignages accablants recueillis aux environs de Mossoul (Al-Shirqat, Al-Qayyara), dévoilent cette sombre réalité. La tragédie est visible pour les centaines de milliers de Maslaouis qui ont fui ou tentent toujours cet exil désespéré. Pis, ni Bagdad, ni Erbil, ni les pays voisins n’ont les moyens de gérer les flux de réfugiés que cette énième crise génère. Ajoutons qu’en cas de victoire concrète de la coalition contre l’OEI, le « retour » de l’armée à Mossoul ne règlera rien si une amélioration du quotidien ne se fait pas sentir : les exigences des civils, qui ont tant souffert, n’ont guère évolué depuis juin 2014. Et force est d’admettre que les élites en place demeurent incapables d’y répondre, que peu de déplacés et réfugiés ont goûté à la « reconstruction » si longtemps promise et qu’il leur est impossible, en l’état, de repeupler des espaces défigurés par la guerre.

Déshérence politique

Outre l’actualité immédiate, la perte de repères politiques à Mossoul se fait l’écho direct de la situation dramatique des Arabes sunnites d’Irak, privés de toute représentation sérieuse depuis le renversement de Saddam Hussein en avril 2003. Pourtant, c’est cette représentation introuvable qui est sans doute la seule à même de les ramener dans le jeu national et de stabiliser les zones émancipées de l’OEI. Ce dernier a d’ailleurs bâti sa fortune sur ce vide, triplement idéologique, politique et institutionnel, de même que sur le discrédit des élites post-baasistes. Deux questions se font jour : quelles sont exactement les forces arabes sunnites engagées dans la lutte, avec quelles capacités ? Pourront-elles s’imposer face à leurs compétiteurs ? D’ores et déjà, tous s’accordent sur le lourd héritage laissé derrière lui par l’OEI : son idéal transnational d’unité sunnite a fini de déchirer le tissu social irakien, tout en accentuant les clivages qui lui préexistaient.

Conscientes de cette fragmentation, les figures sunnites irakiennes ont multiplié les réunions depuis l’été, visant à mettre à plat leurs divergences d’intérêts. Deux personnes ont émergé de ce point de vue, chacune incarnant une vision spécifique de l’avenir de Mossoul et de l’Irak au sens large. Membre d’une tribu arabe sunnite de Mossoul, Naoufal Hamadi Al-Soultan a pris la tête de la force sunnite appuyant l’armée irakienne et les milices chiites de la Mobilisation populaire à Ninive ; il incarne la ligne de Bagdad. Gouverneur depuis l’automne 2015, Al-Soultan est un ancien baasiste dont le frère a prêté allégeance à l’OEI. En face, l’homme d’affaires Athil al-Noujaïfi, ancien gouverneur ayant fui en juin 2014 et destitué de ses fonctions l’année suivante, est son principal concurrent. Il est lié au Kurdistan et à la Turquie contre Bagdad et l’Iran, et réclame un soutien militaire direct des États-Unis. Al-Noujaïfi dirige la Mobilisation nationale (Al-Hachd al-Watani), qui rassemble des milliers d’hommes, dont certains haut-gradés originaires de Mossoul qui s’opposent à toute ingérence des milices chiites et prônent une autonomie régionale sunnite comme alternative à l’OEI.

Les contours de cette autonomie restent à définir, mais la proposition est globalement très mal reçue par les forces chiites du centre qui la considèrent comme une tentative de partition de l’Irak et soulèvent la question de sa viabilité au regard des ressources naturelles limitées dont disposent les provinces sunnites du pays. À l’opposé de cet argumentaire, les sunnites citent les dispositions de la Constitution de 2005 et leur droit à constituer pareille région autonome par voie référendaire. Ils escomptent aussi d’un tel « couvert de légalité » l’effacement de la honte liée à leur abandon de Mossoul aux mains de l’OEI en 2014 et la restauration d’une légitimité politique amplement écornée par les succès djihadistes passés.

Quelle place pour les sunnites ?

Il est frappant d’observer comme les débats sur l’Irak continuent de faire l’impasse sur un ensemble de considérations historiques dont on ne soulignera jamais assez l’utilité critique. Ainsi, comme il y a un siècle lorsque Français et Britanniques se l’étaient disputée au sortir de la première guerre mondiale, la future Mossoul semble déjà préfigurer les modalités de renaissance, ou d’ultime décomposition, de l’État irakien moderne. Al-Baghdadi n’en a pas fait sa capitale sans raison : la ville était l’emblème de l’ordre colonial « croisé » puissamment associé aux accords de Sykes-Picot dans l’imaginaire djihadiste, ainsi qu’à l’abolition du califat en 1924. Mossoul n’avait de surcroît jamais fait partie de la Mésopotamie que recouvre l’Irak actuel, tandis que Ninive a été la dernière zone rattachée au nouveau territoire national en 1921.

Dans son sillage, l’OEI aura réveillé l’ancienne « question de Mossoul » et toutes les appétences qui l’ont traditionnellement façonnée, notamment au plan régional. La Turquie, par exemple, a déployé ses troupes au nord de l’Irak en appui aux sunnites de la Mobilisation nationale et tire profit de la remise en question existentielle de l’entité irakienne pour réclamer ses « droits » sur Ninive. Pour rappel, Ankara s’était opposée en 1925 à l’annexion de son vilayet par le Royaume-Uni (après que Paris eût renoncé à ses ambitions) en dénonçant alors une violation de l’armistice de Moudrous qui, le 30 octobre 1918, avait placé Mossoul et une partie de la province de Ninive et du Kurdistan irakien sous sa tutelle.

Dominée depuis 2003 par les partis chiites, Bagdad parviendra-t-elle à renouer avec Mossoul, coupée du pays depuis plus de deux ans et traditionnellement peu ouverte aux ingérences du centre ? La violence confessionnelle prônée par l’OEI lui survivra-t-elle, continuant d’obstruer toute perspective de réconciliation proprement irakienne ? Doit-on craindre que le morcellement de la composante sunnite aboutisse à un abîme politique qui, de facto, ferait de Mossoul et d’autres villes des territoires ingouvernables dans le temps long ? Encore loin d’être enterrée, l’ambition djihadiste conserverait dans ces conditions une capacité infinie de se réincarner.

Repost 0
Published by OrientXXI.info - dans Revue de presse
commenter cet article
16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 15:17
Qusra, Cisjordanie. La force de l'olivier
 
 
                           
Deux jours dans le village de Qusra, en Cisjordanie, pendant la cueillette des olives, a été une expérience magnifique. Entre occupation violente et résistance, Qusra symbolise à lui seul la Palestine dans toute sa richesse.              

     

     

     

    qusra-couche-de-soleil
     

     

    Le village de Qusra est situé à 25 kilomètres au sud de Naplouse, en Cisjordanie. Petite bourgade de 6500 habitants, Qusra a un charme incroyable qui fait qu'on en tombe immédiatement amoureux-se.

    La terre ocre, les oliviers qui se dressent fièrement sur les collines illuminées par le soleil, le vent qui souffle sur les hauteurs, les rires des enfants, la dignité des hommes, la force des femmes… Qusra c’est tout cela à la fois, et plus encore.

    Ma compagne de voyage et moi-même avons été reçues et accueillies par le maire Abdelazeem Wadi (42 ans), son épouse Nassima et leurs cinq enfants (Sara 17 ans, Bilel 16 ans, Amin 14 ans, Amir 12 ans et Massa 5 ans). Un accueil si chaleureux qu’on a eu bien du mal à repartir.

    Nous sommes arrivées à point nommé donc, puisque c'était le début de la saison des olives, et nous avons donc participé à la cueillette avec les habitants. Le revenu principal de Qusra, c'est l'agriculture (poulets, moutons et surtout olives). L’ambiance de la cueillette fait un peu penser à celle des vendanges en France. Familiale, joyeuse, laborieuse et pleine d'enfants !

    Le village forme comme une seule et même grande famille, tout le monde se connaît, s'entraide. Il y règne une solidarité et une fraternité incroyable.

    Il faut dire que Qusra, s'il est un village extraordinaire à bien des égards, est aussi un village qui subit d'énormes difficultés dues à l'occupation.
    En effet, depuis 1981 le village est encerclé par quatre colonies peuplées par des juifs sionistes extrêmement agressifs. Ils viennent principalement de Russie, et des Etats-Unis.

    Régulièrement, les colons font des "descentes" dans le village et dans les champs : Ils tuent les moutons, arrachent les jeunes oliviers fraîchement plantés, incendient les vieux, agressent les enfants, et brûlent les mosquées.

    L'objectif ? Eh bien comme toujours, faire partir les Palestiniens pour pouvoir s'approprier toutes les terres, qui sont extrêmement productives.

    Il faut savoir que le village a déjà été découpé, sous couvert des "Accords d'Oslo", et que de nombreuses terres ont été volées aux paysans au profit des colonies. Mais le principe du sionisme, c’est d’en vouloir toujours plus...

    Leur dernière descente remonte à l'Aïd el Adha, il y a un peu plus d'un mois. Les colons sont venus armés dans le parc pour enfants de Qusra (déjà entouré de murs et de barbelés pour protéger les enfants des jets de pierres). Les enfants, terrorisés, se sont enfuis à toutes jambes. Les adultes ont accouru pour s'interposer, les colons ont alors tiré à balles réelles. Quatre blessés graves.
    Nous avons rendu visite à l'un d'eux, un père de famille de 39 ans, qui est éleveur de poulet à Qusra.
    Alors qu'il rebroussait chemin pour aller protéger sa ferme, il a reçu un tir de M16 dans la hanche (probablement tiré par un soldat, les soldats débarquant systématiquement dans ce genre de cas, pour protéger... les colons !). Il a passé 19 jours à l'hôpital et est toujours alité.
    C'est sa femme qui s'occupe désormais de la ferme, de la maison et de leurs six enfants... Heureusement qu'il y a la solidarité à Qusra!

    Et puis les habitants ne sont pas hommes et femmes à se laisser faire et à courber l’échine !

     

    qusra-soldat-2
     

     

    Abdelazeem nous expliquait que 87 plaintes ont été déposées par les habitants de Qusra auprès des autorités israéliennes pour des faits de:
    - tuerie de mouton
    - arrachage et vandalisme des oliviers
    - l'incendie d'une mosquée
    - agressions en tout genre
    - un mort (tué par une rafale de M16 sur son propre champ)

    Toutes les plaintes ont été classées...

    Malgré tout cela, Qusra respire l'optimisme et se tourne vers l'avenir. Grâce à sa proximité avec Naplouse, les jeunes vont étudier à l'Université et créent des entreprises comme une entreprise de chips 100% locale, que nous avons visitée, qui emploie près d'une cinquantaine de salarié-e-s et qui commence à prendre une sacrée ampleur en Cisjordanie.

    Qusra, c'est la Palestine qui résiste, qui vit. Leurs valeurs morales sont comme les racines d'un olivier centenaire. Si enracinées dans le sol que même un incendie ne peut les atteindre.

    C'est sans doute pour cela qu'ils inspirent tant de force et d'espoir.

     

    enfants-qusra
     

     

     

    Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

     

    https://blogs.mediapart.fr/ray-elsa/blog/141016/qusra-cisjordanie-la-force-de-lolivier

     

     

     

    Repost 0
    Published by Mediapart.fr - dans Revue de presse
    commenter cet article
    15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 09:14
    Qusra, Cisjordanie. La force de l'olivier
     
     
                               
    Deux jours dans le village de Qusra, en Cisjordanie, pendant la cueillette des olives, a été une expérience magnifique. Entre occupation violente et résistance, Qusra symbolise à lui seul la Palestine dans toute sa richesse.              
     

     

    qusra-couche-de-soleil
     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Le village de Qusra est situé à 25 kilomètres au sud de Naplouse, en Cisjordanie. Petite bourgade de 6500 habitants, Qusra a un charme incroyable qui fait qu'on en tombe immédiatement amoureux-se.
     

    La terre ocre, les oliviers qui se dressent fièrement sur les collines illuminées par le soleil, le vent qui souffle sur les hauteurs, les rires des enfants, la dignité des hommes, la force des femmes… Qusra c’est tout cela à la fois, et plus encore.

    Ma compagne de voyage et moi-même avons été reçues et accueillies par le maire Abdelazeem Wadi (42 ans), son épouse Nassima et leurs cinq enfants (Sara 17 ans, Bilel 16 ans, Amin 14 ans, Amir 12 ans et Massa 5 ans). Un accueil si chaleureux qu’on a eu bien du mal à repartir.

    Nous sommes arrivées à point nommé donc, puisque c'était le début de la saison des olives, et nous avons donc participé à la cueillette avec les habitants. Le revenu principal de Qusra, c'est l'agriculture (poulets, moutons et surtout olives). L’ambiance de la cueillette fait un peu penser à celle des vendanges en France. Familiale, joyeuse, laborieuse et pleine d'enfants !

    Le village forme comme une seule et même grande famille, tout le monde se connaît, s'entraide. Il y règne une solidarité et une fraternité incroyable.

    Il faut dire que Qusra, s'il est un village extraordinaire à bien des égards, est aussi un village qui subit d'énormes difficultés dues à l'occupation.
    En effet, depuis 1981 le village est encerclé par quatre colonies peuplées par des juifs sionistes extrêmement agressifs. Ils viennent principalement de Russie, et des Etats-Unis.

    Régulièrement, les colons font des "descentes" dans le village et dans les champs : Ils tuent les moutons, arrachent les jeunes oliviers fraîchement plantés, incendient les vieux, agressent les enfants, et brûlent les mosquées.

    L'objectif ? Eh bien comme toujours, faire partir les Palestiniens pour pouvoir s'approprier toutes les terres, qui sont extrêmement productives.

    Il faut savoir que le village a déjà été découpé, sous couvert des "Accords d'Oslo", et que de nombreuses terres ont été volées aux paysans au profit des colonies. Mais le principe du sionisme, c’est d’en vouloir toujours plus...

    Leur dernière descente remonte à l'Aïd el Adha, il y a un peu plus d'un mois. Les colons sont venus armés dans le parc pour enfants de Qusra (déjà entouré de murs et de barbelés pour protéger les enfants des jets de pierres). Les enfants, terrorisés, se sont enfuis à toutes jambes. Les adultes ont accouru pour s'interposer, les colons ont alors tiré à balles réelles. Quatre blessés graves.
    Nous avons rendu visite à l'un d'eux, un père de famille de 39 ans, qui est éleveur de poulet à Qusra.
    Alors qu'il rebroussait chemin pour aller protéger sa ferme, il a reçu un tir de M16 dans la hanche (probablement tiré par un soldat, les soldats débarquant systématiquement dans ce genre de cas, pour protéger... les colons !). Il a passé 19 jours à l'hôpital et est toujours alité.
    C'est sa femme qui s'occupe désormais de la ferme, de la maison et de leurs six enfants... Heureusement qu'il y a la solidarité à Qusra!

    Et puis les habitants ne sont pas hommes et femmes à se laisser faire et à courber l’échine !

     

    qusra-soldat-2
     

     

    Abdelazeem nous expliquait que 87 plaintes ont été déposées par les habitants de Qusra auprès des autorités israéliennes pour des faits de:
    - tuerie de mouton
    - arrachage et vandalisme des oliviers
    - l'incendie d'une mosquée
    - agressions en tout genre
    - un mort (tué par une rafale de M16 sur son propre champ)

    Toutes les plaintes ont été classées...

    Malgré tout cela, Qusra respire l'optimisme et se tourne vers l'avenir. Grâce à sa proximité avec Naplouse, les jeunes vont étudier à l'Université et créent des entreprises comme une entreprise de chips 100% locale, que nous avons visitée, qui emploie près d'une cinquantaine de salarié-e-s et qui commence à prendre une sacrée ampleur en Cisjordanie.

    Qusra, c'est la Palestine qui résiste, qui vit. Leurs valeurs morales sont comme les racines d'un olivier centenaire. Si enracinées dans le sol que même un incendie ne peut les atteindre.

    C'est sans doute pour cela qu'ils inspirent tant de force et d'espoir.

     

    enfants-qusra
     

     

     

    Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

     

    https://blogs.mediapart.fr/ray-elsa/blog/141016/qusra-cisjordanie-la-force-de-lolivier

    Repost 0
    Published by Mediapart.fr (Blogs) - dans Revue de presse
    commenter cet article
    15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 09:06

    Israël rompt ses liens avec l’Unesco après un vote sur les lieux saints de Jérusalem

     
     

    Vidéo par FRANCE 24

    Texte par FRANCE 24

    Dernière modification : 14/10/2016

    Israël a annoncé qu'elle suspendait sa coopération avec l'Unesco. La veille, l'organisme onusien a voté deux textes présentant l'Esplanade des Mosquées (Mont du Temple pour les juifs) comme un lieu saint pour les seuls musulmans.

    La rupture est consommée : Israël romp ses liens avec l'Unesco. Dans une lettre adressée à la directrice générale de l'institution onusienne Irina Bokova et publiée sur Twitter, le ministre israélien de l'Éducation Naftali Bennett a annoncé la suspension de "toutes ses activités professionnelles avec l'organisation internationale"... et a accusé l'organisme d'apporter un "soutien immédiat au terrorisme islamiste".

     

    La veille, l'Unesco, l'organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture, a renouvelé deux projets résolution proposées par plusieurs pays arabes visant à "sauvegarder le patrimoine culturel palestinien et le caractère distinctif de Jérusalem-Est", la partie palestinienne de la ville occupée et annexée par Israël, et dénonçant les restrictions d'accès imposées les autorités israéliennes aux musulmans souhaitant se rendre sur l'Esplanade des Mosquées. Ce site, qui abrite la mosquée Al Aqsa et le Dôme du Rocher, est un important lieu saint de l'islam. Appelé le Mont du Temple par les juifs, il surplombe le Mur des Lamentations, un lieu sacré du judaïsme.

    Les textes votés à l'Unesco ne font mention que des noms musulmans du lieu. Ils nient donc en creux, "le lien d'Israël avec le mont du Temple", a estimé jeudi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. "Dire qu'Israël n'a pas de lien avec le mont du Temple et le Kotel [Mur des Lamentations], c'est comme dire que les Chinois n'ont pas de lien avec la Grande Muraille de Chine ou les Égyptiens avec les pyramides", a-t-il ajouté.

     

    "L’Unesco a perdu le peu de légitimité qui lui restait"

    Le chef du gouvernement israélien, qui ne décolère pas au sujet des deux projets de résolution mentionnant  la "Palestine occupée", estime que l'instance de l'ONU pour la culture a "perdu le peu de légitimité qui lui restait". Le président du Parlement israélien Yuli Edelstein a de son côté affirmé sur Twitter que "si les juifs n'ont pas de lien aux lieux saints, l'Unesco et l'ONU n'ont aucun lien avec l'Histoire et la réalité".

    Les textes ont été adoptés en commission avec 24 voix pour, six contre, 26 abstentions, et deux absents, selon différents participants. Ils doivent encore être soumis au vote du Conseil exécutif mardi.

    Si les résolutions font polémique côté israélien, elles sont au contraire saluées par les Palestiniens, Selon eux, les textes reflètent " l'engagement de la majorité des Etats membres aux principes de l'Unesco".

    Avec AFP

     

    http://www.france24.com/fr/20161014-israel-unesco-vote-resolution-patrimoine-palestinien-palestine-mur-lamentations

     
    Repost 0
    Published by France24.com - dans Revue de presse
    commenter cet article