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13 mars 2015 5 13 /03 /mars /2015 02:14

Le projet controversé de

téléphérique au-dessus

 de Jérusalem

Publié le : 10 mars 2015

Des entreprises françaises sont impliquées dans le nouveau projet téléphérique à Jérusalem-est. Projet parrainé par le gouvernement israélien et la municipalité de Jérusalem qui reliera Jérusalem-Ouest, la vieille ville au sud du périmètre d’Al Aqsa, le Mont des Oliviers près de l’hôtel « Sept Arches » et Gethsémani.




La municipalité israélienne de Jérusalem a en effet récemment confié l’étude de faisabilité sur le téléphérique à la société française SAFEGE et une autre entreprise française, POMA, qui est spécialise dans des téléphériques est pressentie pour sa réalisation.

 

Le projet permettra :

• Renforcer l’annexion illégale israélienne de Jérusalem-Est
• Renforcer colonies illégales par la facilitation de la mobilité entre les colonies israéliennes à Jérusalem-Est occupée et à Jérusalem-Ouest
• Création de structures permanentes à Jérusalem-Est occupée mais pas au bénéfice de la population palestinienne locale. Le téléphérique constituera un moyen de transport discriminatoire en faveur de la population israélienne et notamment les colons israéliens et les touristes étrangers depuis Jérusalem-Ouest.
• Expropriation illégale de propriétés privées chrétiennes et du « waqf musulman »

SAFEGE est une filiale de SUEZ ENVIRONNEMENT dont le capital est détenu à hauteur de 35,68% par GDF SUEZ.. Or l’Etat français 33,29% du capital et des droits de vote du groupe énergétique GDF SUEZ.



source : AFPS 
Activités dans les colonies

- La Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, Gaza et les hauteurs du Golan sont des territoires occupés par Israël depuis 1967. Les colonies sont illégales en vertu du droit international.

- En conséquence, il existe des risques liés aux activités économiques et financières dans les colonies israéliennes. Les transactions financières, les investissements, les achats, les approvisionnements ainsi que d’autres activités économiques dans les colonies ou bénéficiant aux colonies, entraînent des risques juridiques et économiques liés au fait que les colonies israéliennes, selon le droit international, sont construites sur des terres occupées et ne sont pas reconnues comme faisant partie du territoire d’Israël. Ceci est susceptible d’entraîner des litiges liés à la terre, à l’eau, aux ressources minérales et autres ressources naturelles, qui pourraient faire l’objet d’un achat ou d’investissement, comme des risques réputationnels.

- Les citoyens et entreprises qui envisagent des activités économiques ou financières dans les colonies sont appelés à solliciter un avis juridique approprié avant de procéder à ces activités.


http://www.palestine-diplo.com/

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13 mars 2015 5 13 /03 /mars /2015 02:12

Pour combattre le djihadisme, moins de bombes et plus de politique

   > 10 MARS 2015

La principale réponse apportée aujourd’hui au djihadisme consiste à perpétuer ce qui l’a provoqué. L’Occident mésestime les fondements politiques de la violence « islamique » exercée contre lui et soutient des régimes qui l’instrumentalisent pour se maintenir en place. La France s’enferme dans cet aveuglement. Face aux attentats qu’elle subit, elle refuse la part de responsabilité de sa politique étrangère et la renvoie vers sa population musulmane.

«Shooting at you».
Jihadprincess/Deviantart.

Les organisations djihadistes sunnites (aucun équivalent n’existe chez les chiites) ne sont pas une génération spontanée, consubstantielle à l’islam, mais une extension violente de l’islam politique apparu au début du XXe siècle avec les Frères musulmans en Égypte. Le mot d’ordre «  l’islam est la solution  »  Al-islam howa al-hal  ») de ces derniers était alors une réponse à l’agression politique et culturelle de l’Occident. Il offrait l’alternative d’un retour aux référents islamiques dans un monde musulman laïcisé depuis la suppression en 1924 du califat par la Turquie kémaliste. Le mouvement s’opposait aux États nationaux construits sur le modèle occidental, contraire au principe supranational de l’oumma, la communauté des croyants. Sa répression par les régimes nationalistes postcoloniaux a fait basculer certains de ses acteurs dans le djihadisme  ; ainsi, en Égypte, de Sayyid Qutb sous la présidence de Gamal Abdel Nasser et d’Ayman Al-Zawahiri sous celles des successeurs du Raïs, Anouar El-Sadate et Hosni Moubarak.

En Arabie saoudite, Oussama Ben Laden de retour d’Afghanistan se «  révolte  » en 1990 contre l’acceptation par la monarchie wahhabite du déploiement de l’armée américaine sur le «  sol sacré  » de La Mecque et Médine. En Irak, les groupes djihadistes apparaissent après 2003 en réaction à l’occupation américaine. En Algérie, ils naissent de l’annulation, fin 1991 par l’armée, des élections législatives favorables au Front islamique du salut (FIS). Les groupes algériens, repoussés vers le Sahel après une décennie de guerre civile, se sont par la suite alliés avec les mouvements identitaires touareg réprimés par les États sahéliens soutenus par la France et les États-Unis.

Enfin, bien sûr, il y a la création par la force de l’État d’Israël par et avec le soutien de l’Occident. L’appui indéfectible qu’apportent la plupart des États occidentaux au gouvernement israélien, malgré ses guerres meurtrières et sa colonisation croissante des territoires occupés, nourrit en permanence le ressentiment arabe et musulman contre «  les successeurs des Croisés  ». Et ce ressentiment est accru par l’assimilation de mouvements de résistance comme le Hamas à des groupes terroristes, par Israël et l’Occident.

L’État islamique en Irak et au Levant, «  enfant  » de l’invasion de l’Irak par les États-Unis et de la guerre civile en Syrie, marque une nouvelle évolution du djihadisme qui va bien au-delà du terrorisme. Il recrée un «  État  » territorial devant être purifié, siège d’un nouveau califat qui efface les frontières tracées par les puissances coloniales au lendemain de la première guerre mondiale. Il pousse au paroxysme le principe de l’idéal islamique blessé, le sentiment d’injustice subie et l’esprit de vengeance.

INSTRUMENTALISER LE CONFESSIONNALISME

À ces moteurs du djihadisme s’ajoute l’instrumentalisation des appartenances confessionnelles par des régimes du Proche-Orient, du Maghreb et jusqu’au Pakistan, dans leurs différends régionaux. En Syrie, l’Arabie saoudite et le Qatar ont favorisé l’émergence des groupes armés d’obédience salafiste et Frères musulmans. Ils ont accompagné ce faisant la confessionnalisation de la rébellion orchestrée par le régime de Damas pour décrédibiliser l’opposition, qui était au départ supra-confessionnelle. Ils ont ainsi aidé Bachar Al-Assad à faire le lit des factions djihadistes Front al-Nosra et organisation de l’État islamique (OEI) au détriment des composantes non islamistes.

Les exemples de connivences d’États avec les groupes djihadistes ne manquent pas. Al-Assad se sert de l’invasion du territoire syrien par l’OEI — qu’il s’est gardé d’attaquer —, pour «  démontrer  » le caractère terroriste de la révolution. Dix ans auparavant, ce même régime offrait un refuge complaisant aux djihadistes qui combattaient l’occupation américaine en Irak. Le Pakistan a pour sa part soutenu et aidé les talibans dans les années 1990 à prendre le pouvoir en Afghanistan — talibans qui ont ensuite accueilli Oussama Ben Laden. Quant au Yémen, lors de la guerre civile de 1994, le président Ali Abdallah Saleh a utilisé des djihadistes anciens d’Afghanistan pour combattre avec son armée la tentative de sécession du sud du Yémen. Puis, devant se ranger du côté des États-Unis au lendemain du 11 septembre 2001, il n’a lutté que très sélectivement contre les précurseurs d’Al-Qaida au Yémen, allant jusqu’à faire «  évader  » certains d’entre eux de ses prisons en 2005. En Algérie, dans les années 1990, le pouvoir a manipulé des composantes des groupes islamistes armés pour servir ses intérêts et discréditer leur combat, y compris dans les attentats qui ont frappé la France en 1995. Et au Liban, Damas s’est également servi ces dernières années de groupuscules djihadistes pour défendre ses intérêts, tandis que l’Arabie saoudite y a fait de même contre l’influence iranienne.

La liste est longue de l’instrumentalisation du djihadisme par des États. Ceux-ci se trouvent être en majorité des régimes alliés de l’Occident ou qui ont voulu se poser comme tels : Algérie, Arabie saoudite, Qatar, Yémen, Pakistan, Syrie. Sans ces agissements pour des intérêts propres à chacun, l’étendue du terrorisme dit «  islamique  » serait certainement plus circonscrite.

LA DÉSASTREUSE «  GUERRE CONTRE LE TERRORISME  »

Les États–Unis, suivis par leurs alliés européens, mènent une«  guerre contre le terrorisme  » depuis bientôt quinze ans. De l’Afghanistan, elle a été étendue à l’Irak, au Yémen, à la Somalie, aux pays du Sahel et à la Syrie. Aujourd’hui c’est la Libye qui est sur la sellette.

Loin d’«  assécher  » le djihadisme, cette guerre l’a densifié, a multiplié ses foyers. Le mode d’action militaire n’est pas remis en cause alors que ses fréquents «  dégâts collatéraux  » attisent la haine à l’égard de ceux qui bombardent. Cette «  guerre  » s’attaque aux effets et non aux causes. Personne ne songe à fonder cette lutte sur les données aux origines du djihadisme ni sur celles qui le perpétuent, pas plus que ne sont vraiment remis en cause ces «  alliés  » qui instrumentalisent le djihadisme ou qui en font le lit. Les pressions sur l’Arabie saoudite, le Qatar ou la Turquie, lorsqu’il y en a, sont insuffisantes ou trop timorées. Les États-Unis et l’Europe ont quasiment laissé agir leurs alliés régionaux, comme en Syrie où le principal soutien concret à la rébellion a été celui de ces acteurs régionaux, concourant ainsi à la prédominance des groupes islamistes et djihadistes. Et les Occidentaux reprochent aux rebelles encore «  modérés  », très affaiblis, leur coordination sur le terrain avec le Front al-Nosra.

LES CHOIX POLITIQUES ERRONÉS DE LA FRANCE

Le soutien de l’Occident à des régimes autoritaires qui se posaient en remparts contre le djihadisme, a entretenu ce qui avait provoqué ce dernier face à la répression des régimes nationalistes postcoloniaux. Cette politique est renouvelée avec le nouveau pouvoir égyptien. Le maréchal Abdel Fattah Al-Sissi a en effet lancé son armée contre les djihadistes du Sinaï. Les actions terroristes se sont multipliées en Égypte depuis son coup d’État — soutenu par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis — contre le premier président égyptien démocratiquement élu, mais qui était Frère musulman.

En en faisant le premier acquéreur du Rafale, la France cautionne un régime emblématique de la répression et de l’étouffement chez lui du printemps 2011 et qui amalgame sciemment tous ses opposants intérieurs à des terroristes, qu’ils soient Frères musulmans ou laïcs. Moins d’un mois après les attentats de début janvier à Paris, c’est un message tout sauf neutre de la part de la France. Le terrorisme dit «  islamique  » n’est pas né du Printemps arabe ni de l’effondrement des régimes de Zine El-Abidine ben Ali, Hosni Moubarak ou Mouammar Kadhafi. Le respect de l’arrivée au pouvoir dans la légalité d’acteurs de l’islam politique, comme les Frères musulmans en Égypte, aurait sans doute été plus efficace pour le contrer sur le terrain politique.

La France, comme d’autres pays occidentaux, est en outre aveuglée par la recherche frénétique de débouchés commerciaux, ce qui lui lie les mains à l’égard de ses clients. On habille ainsi les succès de vente d’armements par des arguments politiques sur mesure. Le contrat Rafale en Égypte — pays qui possède déjà plus de 200 F16 — est justifié par les «  menaces qui existent autour de ce pays  » (François Hollande) et parce que «  La France et l’Égypte mènent un combat commun contre le terrorisme  »(Jean-Yves le Drian).

À l’instar de la mondialisation économique, nous pouvons parler d’une mondialisation politique. Dès lors, notre comportement en politique étrangère se répercute sur notre situation intérieure de par les composantes de la population nationale. En France, la réponse aux attentats des 7 et 9 janvier 2015 perpétrés par de jeunes Français musulmans, est de vouloir transformer l’islam en France en un «  islam de France  » pour combattre toute radicalisation. Opposée au communautarisme, la France a décidé de mieux structurer celui des Français musulmans. Le gouvernement s’attache à réformer leurs institutions représentatives et se penche sur les critères de choix et de formation des imams. C’est à peu près la démarche que pratiquent depuis des années les régimes arabes autoritaires pour empêcher toute contestation intérieure au nom de l’islam : contrôler les mosquées, trier et «  mouler  » les imams (souvent recrutés en accord avec des pays comme l’Algérie, le Maroc ou la Turquie  !), contrôler les prêches. Cela n’a jamais empêché dans ces pays les déviances radicales, et cela ne les empêchera pas davantage en France, car ces mesures ne s’attaquent qu’à un support de la radicalisation et non à ses causes, qui ne sont pas religieuses.

On refuse de voir la responsabilité de notre politique étrangère et de la poursuite de ses errements. On continue à se lier avec des régimes discutables, souvent au nom d’intérêts purement commerciaux. On continue à soutenir indéfectiblement Israël, même lorsque celui-ci fait sciemment des centaines de morts civils à Gaza. Au lieu de remettre à plat la politique étrangère, on stigmatise encore un peu plus les Français musulmans. Pour analyser et combattre les replis identitaires et la radicalisation, on se focalise sur leurs vecteurs socio-économiques et sociologiques, mais pas sur leurs causes. On cite la pauvreté, les ghettos de banlieue, la non-intégration et une mauvaise lecture du Coran. On se leurre en pensant qu’une réforme de l’islam en France et son encadrement plus serré pourraient contribuer à immuniser la France contre de nouveaux attentats. On refuse obstinément de voir que le vrai problème de fond est avant tout politique.

Les acteurs du djihadisme comme Abou Bakr Al-Baghdadi, le chef de l’OEI, ne cherchent qu’à nous enfermer davantage dans un cercle vicieux à leur profit. La France s’y précipite avec une politique réactive de court terme, sans voir qu’elle sert finalement le discours mobilisateur de ceux qu’elle prétend abattre.


HTTP://ORIENTXXI.INFO/MAGAZINE/POUR-COMBATTRE-LE-DJIHADISME-MOINS,0835
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12 mars 2015 4 12 /03 /mars /2015 02:18

Netanyahu ne fera 

aucune concession aux 

Palestiniens

Par: rédaction 
9/03/15 - 10h21  Source: Belga

A quelques jours des élections législatives en Israël, fixées au 17 mars, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a formulé quelques commentaires sur l'idée, qu'il avait soutenue par le passé, de la création d'un Etat palestinien.

"Au Moyen-Orient, la situation est telle que chaque territoire qui est abandonné par Israël va être directement investi par des forces islamistes radicales et des organisations terroristes soutenues par l'Iran", lit-on dans plusieurs médias citant une communication du Likoud, le parti de Netanyahu.

"Pas de retrait ou de concession"
"Il n'y aura pas de retrait (israélien de Cisjordanie) ou de concession (aux Palestiniens). Cela est tout simplement hors de propos", poursuit le Likoud. Le Premier ministre se distancie de la sorte de ses déclarations, faites en 2009, où il avait exprimé son soutien à une solution à deux Etats au conflit israélo-palestinien.

Pêche aux votes
Le rejet d'une telle option par Benjamin Netanyahu est vu par les médias locaux comme une tentative de marquer des points auprès des plus conservateurs et des colons en vue du scrutin législatif prévu le 17 mars prochain. 

Double discours
Le journal Jediot Achronot a encore publié vendredi des extraits de documents datant d'août 2013 dont il ressort que le Premier ministre aurait été disposé, dès le début des négociations de paix israélo-palestiniennes, à discuter avec les Palestiniens d'un partage du territoire et d'un retrait de grandes parties de la Cisjordanie. Cela aurait signifié l'abandon de nombreuses colonies juives. Les négociations n'ont finalement pas abouti.

Position occidentale
Les alliés occidentaux d'Israël, comme les Etats-Unis ou l'Allemagne, voient la solution à deux Etats comme la seule voie de sortie possible au conflit.

 

http://www.7sur7.be/7s7/fr/1735/Israel-Palestine/article/detail/2245235/2015/03/09/Netanyahu-ne-fera-aucune-concession-aux-Palestiniens.dhtml


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12 mars 2015 4 12 /03 /mars /2015 02:16

Pourquoi le Hamas et le Hezbollah restent quand même alliés

AU-DELÀ DE LA CRISE SYRIENNE ET DU CLIVAGE ENTRE SUNNITES ET CHIITES

ORIENT XXI MAGAZINE NICOLAS DOT-POUILLARD WISSAM ALHAJ > 9 MARS 2015

Il serait particulièrement tentant d’opposer, depuis 2012, le Hezbollah libanais au Hamas palestinien. La crise syrienne les a incontestablement divisés : la direction du Hamas a depuis trois ans quitté Damas, où certains de ses cadres résidaient, coupant les ponts avec Bachar Al-Assad. C’est une ligne de rupture avec les années 2000. Le Hezbollah s’est quant à lui installé dans une continuité stratégique : celle qui l’unit à Damas et à Téhéran depuis plus de vingt ans. L’opposition entre les deux mouvements est cependant relative.

Khaled Mechaal ; Hassan Nasrallah.
K. Mechaal : Trango ; H. Nasrallah : via indiavision.com.

Le 18 janvier 2015, non loin de la ville de Quneitra, sur le plateau du Golan syrien, des hélicoptères israéliens tirent sur des véhicules transportant des membres du Hezbollah libanais et des Gardiens de la révolution iraniens. Douze d’entre eux sont tués dans l’opération. Quatre jours plus tard, le site internet de la télévision du Hezbollah, Al-Manar, publie deux lettres de condoléances adressées à Hassan Nasrallah, le secrétaire général du parti. La première est signée par Mohammed Al-Daif, responsable des brigades Ezzedine al-Qassam, la branche militaire du Hamas palestinien  ; la seconde par Ismaël Haniyeh, ancien premier ministre du Hamas dans la bande de Gaza. Dans ces lettres, ces deux dirigeants du Hamas affirment leur convergence stratégique avec le Hezbollah dans sa confrontation avec Israël.

Les condoléances adressées par le Hamas au Hezbollah apparaissent d’autant plus surprenantes que les activistes de la formation chiite libanaise ont été tués en Syrie, où ils sont, depuis 2012, déployés militairement auprès de l’armée gouvernementale. Le Hamas s’est, depuis la même époque, illustré par un soutien presque inconditionnel au soulèvement syrien et à l’opposition, dénonçant la présence militaire du Hezbollah en Syrie.

Dès février 2012, Haniyeh prononce un discours à la mosquée Al-Azhar au Caire, rompant avec la logique de conciliation entre le régime et l’opposition initialement adoptée par le mouvement palestinien. Surfant à l’époque sur la dynamique des processus révolutionnaires arabes, de la Tunisie à l’Égypte, s’appuyant sur la montée des Frères musulmans dans la région, le Hamas renforce alors ses liens avec le Qatar et la Turquie, s’éloignant un peu plus de Téhéran et du Hezbollah. En juin 2013, Khaled Mechaal, principal dirigeant du Hamas en dehors des territoires occupés, participe à une conférence de soutien à la révolution syrienne à Doha : le prédicateur égyptien Youssef Al-Qaradawi, principal théoricien contemporain de la mouvance des Frères musulmans, y prononce alors un discours assassin à l’encontre du Hezbollah, qu’il nomme «  Hizb al-shaitan  »   le parti du diable  »), lui reprochant sa proximité avec les autorités syriennes.

DEUX LECTURES DE LA CRISE SYRIENNE

Le Hamas a toujours nié tout investissement militaire en Syrie, notamment dans les combats déchirant le camp de réfugiés de Yarmouk, dans la banlieue de Damas, mais certaines sources font état d’une participation de combattants du Hamas aux côtés des forces armées de l’opposition syrienne. En juin 2013, c’est un jeune membre du Hamas, Muhammad Quneita, venu de la bande de Gaza et originaire du camp de Chati, qui décède lors de combats près de l’aéroport d’Idlib. L’été 2013, le quotidien libanais Al-Akhbar proche du Hezbollah et de la coalition libanaise du 8-Mars accuse le Hamas d’avoir participé à la bataille de Qoussair1 en Syrie, non loin des frontières libanaises, contre les troupes du Hezbollah et de l’armée gouvernementale syrienne : le Hamas aurait fait bénéficier les groupes armés de l’opposition syrienne de son expertise militaire en matière de construction de tunnels. Une information immédiatement démentie par le représentant du Hamas au Liban, Ali Barakat.

En 2012 et en 2013, Hamas et Hezbollah semblent se situer aux antipodes : leurs lectures de la conjoncture régionale diffèrent du tout au tout. Le Hamas parie sur un cercle vertueux : celui de révolutions arabes qui, tout en faisant tomber des régimes autoritaires, porteraient au pouvoir des forces politiques issues des Frères musulmans — desquels ils sont issus —, à l’image de l’Égypte ou de la Tunisie, renforçant sa position régionale dans le cadre de son opposition à Israël, mais aussi au Fatah. L’analyse du Hezbollah est parfaitement inverse : si le mouvement de Hassan Nasrallah applaudit en 2011 les révolutions tunisienne et égyptienne — certains de ses activistes étaient emprisonnés en Égypte jusqu’à la chute du président Hosni Mubarak pour leur coopération militaire avec le Hamas dans la bande de Gaza —, il est plus que circonspect sur les dynamiques à l’œuvre en Syrie depuis le printemps 2011. Il accuse alors une partie de l’opposition syrienne, notamment le Conseil national syrien (CNS), d’être bien trop proche des chancelleries occidentales. De manière plus pragmatique, il s’agit pour le Hezbollah de préserver un hinterland syrien faisant office de base arrière militaire et de principale source d’approvisionnement logistique depuis le début des années 1990.

LA RUPTURE N’AURA PAS LIEU

Le divorce annoncé entre le Hamas et le Hezbollah n’a pourtant pas eu lieu. Les deux organisations sont demeurées pragmatiques, s’accordant peut-être sur leurs désaccords2, notamment syriens. En dépit de certaines rumeurs courant lors de l’année 2013, les dirigeants du Hamas résidant dans la banlieue sud de Beyrouth, à majorité chiite et sous contrôle sécuritaire du Hezbollah, n’ont jamais quitté le Liban  ; ainsi de Ali Barakat, représentant du mouvement, et de Oussama Hamdan, responsable des relations extérieures du Hamas. Téhéran s’est faite également la plus pragmatique possible : les contacts avec le Hamas n’ont jamais cessé, même si le soutien financier s’est à un moment raréfié, profitant à des formations palestiniennes comme le Mouvement du djihad islamique en Palestine où, à la gauche du spectre politique, au Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP)3.

Cette rupture avortée entre le Hamas et le Hezbollah s’explique aisément. Elle a d’abord ses raisons historiques : les deux mouvements collaborent de manière très officielle depuis le début des années 1990, en amont même de la relation que le Hamas a pu établir avec le régime syrien par le passé. En décembre 1992, 415 militants du Mouvement du djihad islamique en Palestine et du Hamas sont expulsés par Israël à Marj az-Zouhour au sud-Liban : le Hezbollah développe à l’époque des liens prégnants avec les cadres dirigeants du Hamas exilés au Liban.

La relation est aussi politique. Certes, le Hamas est issu des Frères musulmans palestiniens, sunnites, et des mouvements de prédication islamique développés dès le début des années 1970 par le cheikh Yacine dans la bande de Gaza. Le Hezbollah, chiite, reconnaît quant à lui la guidance des ayatollahs iraniens Rouhollah Khomeyni, puis Ali Khamenei. Cependant, un fonds commun islamo-nationaliste, forgé dans l’opposition à Israël, les unit.

La relation est enfin matérielle et stratégique : elles s’inscrit surtout dans un temps long, que même les désaccords sur la Syrie n’ont pas suffi à abolir. La guerre israélienne contre Gaza de l’été 2014 est révélatrice. Lorsque les armes se taisent, des dirigeants du Hamas comme Mahmoud Zahar remercient explicitement l’Iran et le Hezbollah pour leur soutien logistique, financier et matériel au Hamas et aux brigades Ezzedine al-Qassam. Haniyeh qui a pu, en février 2012, dénoncer la politique de Bachar Al-Assad, salue à Gaza en décembre 2014, lors des cérémonies célébrant le 27e anniversaire du Hamas à Gaza, un Hezbollah pourtant allié du régime syrien. Depuis l’hiver 2014, plusieurs dirigeants du Hamas (Ali Barakat, Ousamma Hamdan, Muhammad Nasr) ont multiplié les réunions avec les directions du Hezbollah et l’Iran, en vue d’une visite attendue — mais toujours reportée — de Mechaal à Téhéran.

La permanence des relations entre le Hezbollah et le Hamas est enfin conjoncturelle — ce qui peut amener à en relativiser la portée. Pour le Hamas, la conjoncture politique a changé en deux ans dans l’ensemble du monde arabe. Le soulèvement syrien s’échoue sur des lignes de fractures miliciennes et confessionnelles sur lesquelles il peut désormais difficilement parier. Le soutien des Frères musulmans égyptiens au Hamas et la présidence de Mohamed Morsi ne sont, depuis l’été 2013, qu’un lointain souvenir : ils sont sous le coup de la répression du maréchal Abdel Fattah Al-Sissi. Le Hamas compte aujourd’hui sur une médiation saoudienne pour se réconcilier avec des autorités égyptiennes qui l’ont placé sur la liste des organisations terroristes. En Tunisie, le mouvement islamiste Ennahda s’est fait pragmatique, participant d’un gouvernement d’union nationale avec Nidaa Tounès — qui ne cache pas ses velléités de rétablir des relations diplomatiques avec Damas. Le Qatar, subissant les pressions du Conseil de coopération du Golfe (CCG), prend ses distances avec les Frères musulmans égyptiens.

Le Hamas est également dépendant des négociations qu’il doit mener avec les organisations politiques palestiniennes qui, sur le dossier syrien, sont profondément divisées. Il ne peut cliver avec l’ensemble d’entre elles sur la seule question des relations avec la Syrie, le Hezbollah ou Téhéran, situation interne oblige : le Hamas participe ainsi, depuis juin 2014, à un gouvernement d’union nationale avec le Fatah. Il s’associe, depuis 2011, à un«  cadre de direction transitoire  » (Itar al-qiyadi al-mu’aqat) del’Organisation de libération de la Palestine (OLP) dans lequel il côtoie des organisations palestiniennes ne se reconnaissant pas dans le positionnement du Hamas sur la question syrienne. Pour le Hezbollah, le maintien d’un soutien politique et matériel à l’ensemble des mouvements palestiniens (dont le Hamas) est vital, en dépit des divisions sur la question syrienne. C’est une affaire de légitimité politique : il lui permet de prouver qu’il ne s’aligne pas uniquement sur un axe chiite courant de Beyrouth à Téhéran, mais qu’au contraire sa politique régionale transcende les appartenances communautaires entre sunnites et chiites. Et surtout, que son opposition à Israël n’est pas amoindrie par son investissement militaire en Syrie.

L’option turque, le rapprochement avec la présidence de Recep Tayyip Erdogan, soutien de l’opposition syrienne, reste encore séduisante pour le Hamas  ; elle demeure cependant problématique. Khaled Mechaal passe pour un partisan d’une alliance renforcée avec Ankara  ; Mahmoud Zahar y est plus opposé. Il se fait le plus fervent défenseur d’un retour aux «  maisons-mères  » : le Hezbollah et l’Iran. Une partie de la direction du Hamas voit difficilement comment conjuguer logiquement rhétorique anti-impérialiste et rapprochement avec une Turquie membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Paradoxalement, l’option chiite reste pour le moment plus attractive. Une autre partie du Hamas compte sur la Turquie, le Qatar et, depuis quelques semaines, sur une Arabie saoudite qui renoue le dialogue avec les Frères musulmans dans la région, pour faire office de médiateur avec les principales puissances occidentales.

UNE ALLIANCE INCERTAINE

L’opposition syrienne doute désormais de l’orientation pro-révolutionnaire du Hamas, lui reprochant de plus en plus ses liens avec Téhéran et le Hezbollah. Dans un entretien pour le site internet de la chaîne Orient-News, l’un des principaux canaux télévisés de l’opposition syrienne, Melhem Daroubi, membre des Frères musulmans syriens pourtant idéologiquement proches du Hamas, dit du mouvement de Mechaal qu’il demeure pris «  entre le marteau du soutien iranien et l’enclume de l’oppression d’Al-Assad  ». Le Hamas n’a pas retiré tout soutien à l’opposition syrienne, mais ses médias tentent, avec difficulté, de conjuguer rhétorique révolutionnaire dénonçant le régime syrien et justification pragmatique d’un rapprochement avec Téhéran et le Hezbollah. En Syrie même, certains militants du Hamas critiquent, depuis quelques mois, le rapprochement de leur direction avec le Hezbollah et Téhéran.

Ni rupture, ni retrouvailles tout à fait fraternelles : la relation entre le Hezbollah et le Hamas est d’abord soumise aux aléas d’une conjoncture politique régionale particulièrement volatile. Le Hamas est pris entre deux feux. Par affinité idéologique, voire même confessionnelle, il se retrouve proche de Frères musulmans égyptiens, tunisiens, syriens, ayant pris fait et cause pour le soulèvement syrien de 2011 et désirant couper les ponts avec le Hezbollah et Téhéran. Par souci pragmatique, il voit mal comment rompre avec un Hezbollah qui le soutient encore. La direction du parti chiite a défini une fine ligne tactique en ce qui concerne la question palestinienne : le Hezbollah dissocie visiblement le dossier syrien de ses relations avec le Hamas, fait fi des désaccords, en maintenant ses liens avec lui, y compris logistiques et militaires. Cette relation évite d’enfermer la situation régionale dans le seul cadre d’un conflit communautaire chiites-sunnites, sans pour autant l’invalider. La permanence d’un conflit israélo-arabe — et pas seulement israélo-palestinien — permet encore des rapprochements et des lignes d’alliances difficilement explicables par le seul paradigme communautaire. Dans leurs relations très contrariées, le Hamas et le Hezbollah montrent qu’au-delà de Damas et des polarisations confessionnelles entre sunnites et chiites que la crise syrienne suscite, le politique prime encore.

1Qassem Qassem «  The Hamas-Hezbollah Split on the Syrian War  »Al Akhbar, 21 juin 2013.

2Giorgio Cafiero et Peter Certo, «  Hamas and Hezbollah Agree to Disagree on Syria  »Atlantic Council, 30 janvier 2014.

3Hazem Balousha «  Iran Increases Aid to PFLP  »Al Monitor,17 septembre 2013.

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12 mars 2015 4 12 /03 /mars /2015 02:12

Les erreurs de l'Occident 

face à l’Etat islamique

08 MARS 2015 |  PAR FRANÇOIS BONNET ET JOSEPH CONFAVREUX

Nicolas Hénin, reporter indépendant, spécialiste du Proche-Orient, est resté plusieurs mois otage de l’État islamique. Avec Jihad Academy, à rebours d’un récit personnel, il livre une analyse de la catastrophe syrienne et des succès de l’État islamique, une organisation forte des faiblesses et des erreurs de ses adversaires, la coalition internationale au premier chef.

Partage  

Plus l’État islamique terrifie le monde à grand renfort de vidéos de décapitation, d’immolation ou de destruction d’antiquités, plus les réponses militaires et le traitement médiatique vis-à-vis de l’État islamique paraissent non seulement inaptes à le combattre ou le comprendre, mais même prompts à alimenter la dynamique infernale allumée entre la Syrie et l’Irak.

Nicolas Hénin, journaliste indépendant, notamment pour Arte et Le Point, a passé la plus grande partie de sa carrière entre l’Irak et la Syrie. De la chute de Bagdad investie par les troupes américaines en 2003 à la prise de Raqqa par les djihadistes à la fin de l’année 2013, il a suivi les événements qui ont abouti à l’émergence de l’État islamique. 

Le 22 juin 2013, Nicolas Hénin est enlevé à Raqqa, en Syrie, ainsi que le photographe Pierre Torrès. Lors de sa captivité, il côtoie d'autres otages, notamment le journaliste américain James Foley ainsi que Didier François et Edouard Elias, enlevés le 6 juin.
L’auteur de la tuerie du Musée juif de Belgique, Mehdi Nemmouche, a été l'un de ses geôliers. Les quatre otages ont été libérés le 18 avril 2014

Avec son ouvrage Jihad Academy. Nos erreurs face à l’État islamique, publié chez Fayard, il montre comment cette organisation djihadiste étend son emprise en cherchant un face-à-face avec l’Occident, à coups de provocations et de vidéos sanguinaires.

À le lire, les bombardements menés par les armées de Barack Obama et de François Hollande sur les positions de l’État islamique, sans toucher à l’appareil sanguinaire du régime syrien, font surtout monter le ressentiment de la population syrienne, prise en étau entre les djihadistes et la répression de Bachar el-Assad, responsable de plus de 200 000 morts qui n’ont pas ébranlé l’Occident autant que ses otages décapités.

« L’Occident est obsédé par le risque sécuritaire incarné par les djihadistes, écrit Nicolas Hénin. Mais ce sont les populations locales qui en sont les premières victimes. Et les principaux terroristes sont les forces du régime. »

Comprendre l’État islamique pour mieux le combattre, c’est donc le projet de ce livre qui va jusqu’à chercher des pistes pour freiner le « mécanisme de radicalisation », lequel se joue à deux niveaux. « À l’échelle individuelle, avec l’échec de l’intégration et les discours identitaires qui produisent de l’exclusion. À l’échelle diplomatique, avec une relation qui privilégie toujours les autocrates à leur population. L’attitude de l’Europe et des États-Unis vis-à-vis du maréchal Abdel-Fattah Sissi est le signe que nous n’avons pas compris le premier enseignement du Printemps arabe. L’idée reste forte, dans notre classe politique, que les dictatures peuvent constituer un rempart efficace contre l’extrémisme. C’est en fait, nous l’avons vu, nous le savons bien, précisément l’inverse. »

Nicolas Hénin. Jihad Academy. Nos erreurs face à l’État islamique. Fayard. 256 pages. 18 euros. 
http://www.mediapart.fr/journal/international/080315/les-erreurs-de-loccident-face-l-etat-islamique

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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 02:16

Leila Shahid: «Je pars avec tristesse et colère»
http://blog.lesoir.be/baudouinloos/2015/03/07/leila-shahid-je-pars-avec-tristesse-et-colere/


Leila Shahid n’est plus l’ambassadeur de la Palestine à Bruxelles auprès
de l’Union européenne, de la Belgique et du Grand Duché du Luxembourg.
Son départ, à 65 ans, est irrévocable. Les efforts du président
palestinien Mahmoud Abbas pour la retenir auront été vains. Diplomate
hors pair, elle prend une retraite qui sera peut-être interrompue par
l’une ou l’autre mission ponctuelle pour la Palestine. Pour Le Soir, la
célèbre diplomate palestinienne a accepté d’expliquer les raisons de son
départ et de revenir sur son bilan et ses frustrations, en ce compris
son opinion, nuancée, sur les institutions européennes qu’elle a
fréquentées pendant dix ans.
Les amis de la Palestine en Europe disent qu’ils la regrettent déjà.
C’est que Leila Shahid a toujours fait montre de telles qualités
diplomatiques offensives que ses ennemis la craignent autant que ses
amis l’adulent. Ses combativité et pugnacité ont fait les beaux jours
des plateaux télévisés français dont les débats sur le Proche-Orient ont
perdu beaucoup de leur sel quand, en 2005, elle choisit Bruxelles et
surtout l’Europe, pour représenter son pays en devenir.
Née en 1949 à Beyrouth dans une famille aux riches racines
palestiniennes, dont par sa mère la prestigieuse famille Husseini, de
Jérusalem, Leila Shahid n’a jamais vécu en Palestine mais «la cause» a
marqué sa vie depuis toujours et pour toujours.

Pourquoi prenez-vous votre retraite à la surprise de beaucoup de monde,
à commencer par votre président, Mahmoud Abbas?

Tout simplement parce que je pense que dans la vie il y a des cycles,
comme dans l’histoire d’ailleurs, et ici il y a un cycle qui se termine,
à mes 65 ans. Ca fait 25 ans que je suis ambassadeur de Palestine.
J’avais accepté la proposition de Yasser Arafat de devenir la première
représentante palestinienne féminine en 1989 peu après le début de la
première intifada (soulèvement) dans les territoires occupés. Il m’avait
retrouvée à l’époque au Congrès du Fatah, à Tunis et il m’avait dit, de
manière très volontaire, « cette intifada est quelque chose
d’extraordinaire, les femmes y jouent un rôle très important, elles sont
à l’avant-garde des manifestations, je souhaite nommer des femmes comme
représentantes de l’OLP et j’ai décidé que tu serais la première ».
J’avais commencé par lui dire non, que ma vie était ailleurs, au Maroc,
avec mon mari l’écrivain Mohammed Berrada. Je ne voulais pas passer du
statut de militante à celui de fonctionnaire. Mais il s’est ligué avec
la complicité de mon mari pour me piéger et me faire accepter le poste
de l’Irlande. Après cette mission, il y a eu les Pays- bas, puis le
Danemark, l’Unesco, La France et finalement les dix dernières années à
Bruxelles. J’ai beaucoup aimé ce cycle de ma vie qui a été consacré à
une période historique, à savoir l’espoir d’une paix à la fin de la
première intifada, les accords d’Oslo qui sont la conséquence de cette
intifada et la diplomatie internationale qui a suivi les accords. J’ai
vécu l’espoir que cela a suscité mais aussi les déceptions qui ont
suivi.
J’ai été très heureuse à Bruxelles, chez les citoyens belges avec qui je
me suis très bien entendu. Je me suis sentie chez moi dans ce petit pays
très spécial, et je regretterai les Belges et cette ville que j’ai
adorée. Mais je pense que j’arrive réellement à un moment où j’ai le
sentiment que je ne peux pas en faire plus, sur le plan diplomatique. Ce
serait refaire du même et je n’ai plus la même motivation dans ce
secteur diplomatique. Ca ne veut pas du tout dire que je prends ma
retraite de la Palestine, ni de sa cause ! J’ai envie de faire plein
d’autres choses que je n’avais pas la possibilité de faire tant que
j’étais ambassadeur, je dirais plus dans le domaine culturel,
artistique, social et politique, mais plutôt avec la société civile, en
Palestine et dans la diaspora.
Dans ma vie, il y a eu comme cela des cycles naturels comme les
saisons ! J’avais déjà 40 ans quand je fus nommée ambassadeur mais
j’avais déjà commencé à militer pour la Palestine quand j’avais 18 ans.
Comme citoyenne, comme quelqu’un qui a eu la chance de par son
itinéraire de voir littéralement naître la révolution palestinienne en
1967. Car même si l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) est
née en 1964, elle est devenue après la défaite de 1967 un mouvement de
libération nationale de masse portée par toutes les communautés
palestiniennes au monde. Je suis née à Beyrouth où se trouvait la
majeure partie des dirigeants de toutes les organisations de l’OLP. J’ai
eu la chance de les côtoyer, de travailler avec eux à un moment
historique pour la Palestine, surtout avec le président Arafat. Entre
ces deux cycles de ma vie, il y a eu une période où je me suis un peu
éloignée au Maroc avec mon mari de 1977 à 1989. J’avais besoin à
l’époque de ce recul, l’intifada de 1987 m’a rattrapée et j’ai accepté
la proposition de devenir l’ambassadeur de cette intifada qui a permis
Oslo, dont la contribution principale à mes yeux a été de ramener le
mouvement national en Palestine.
Maintenant, la boucle est bouclée, le Luxembourg a reconnu à la
Palestine le statut de mission diplomatique et au représentant
palestinien le statut d’ambassadeur. La Belgique avait fait la même
chose un an auparavant. Dorénavant, nous sommes une mission de Palestine
avec le chef de poste qui a rang d’ambassadeur. Ca aussi c’est un cycle
qui se termine. Je pense en particulier avec beaucoup d’émotion à mon
ami Naïm Khader (délégué de l’OLP à Bruxelles assassiné devant l’ULB en
juin 1981, NDLR), qui n’a hélas pas terminé son cycle avec un
rehaussement diplomatique mais par un assassinat, une mort prématurée,
et une grande perte pour la cause palestinienne.

Vous avez observé depuis dix ans le comportement de l’Europe politique,
dans toute sa complexité organique, globalement, quel jugement
portez-vous sur l’Union européenne?

C’est moi qui ai choisi de venir à l’Union européenne. Après Paris,
alors que l’OLP avait décidé d’adopter par une loi votée au Conseil
législatif en 2004 une limite en temps aux postes d’ambassadeur (quatre
ans, comme cela se fait ailleurs dans le monde entier), on m’a dit que
je devais quitter Paris où je me trouvais depuis treize ans et qu’on
m’avait nommée à Washington. Surprise totale de mon ami et ministre des
affaires étrangères d’alors, Nasser el-Kidwa, quand je lui ai dit «
merci beaucoup mais je ne veux pas de ce poste ! » (Rires). A l’époque
c’était George W. Bush qui était président, on était en pleine guerre en
Irak et je trouvais que cela eût été malhonnête d’aller dans un pays où
je considérais que le président devait passer devant un tribunal pénal
international pour crimes de guerre ! Mon ministre m’a dit qu’il avait
voulu me faire un honneur avec ce poste dans l’Etat le plus important du
monde mais que, dans ces conditions, je pouvais choisir une autre
destination. J’ai bien réfléchi et j’ai choisi l’Union européenne, parce
que j’y crois. Je crois en son avenir, même si je trouve que le
mécanisme de ses fonctionnements institutionnels a encore besoin de
beaucoup d’amélioration. Surtout sur le plan de la politique étrangère,
où les Etats membres prennent difficilement leurs décisions à 28 sur le
plus petit dénominateur commun ! Empêchant souvent la Haute
représentante pour la sécurité et la politique étrangère de faire son
travail !
Comme vous le dites, l’Union européenne est une machine très complexe,
qui n’a pas d’égale, entre le Conseil, qui représente les gouvernements,
la Commission qui a aujourd’hui une aile diplomatique (le Service
européen d’action extérieure) et un Parlement où l’on trouve plus de
sept cents cinquante députés élus au suffrage universel, émanation des
peuples d’Europe mais qui n’a pas de pouvoir direct sur les décisions du
Conseil. Certes, depuis le traité de Lisbonne, le pouvoir du Parlement
européen est un peu plus important. Mais j’ai vécu ces dix années comme
étant une période où l’Europe reste un projet en devenir, où le débat de
fond fait défaut, sauf au Parlement européen. Quand on passe de six
membres à vingt-huit, il est évident que l’élargissement après la chute
du Mur a été un séisme. Ce qui m’a agacée profondément c’est l’absence
de vote au Conseil : tout se fait par consensus, que ce soit au Conseil
ou au Parlement. J’ai fini par comprendre cette tradition du consensus
en constatant que si on voulait unir l’Europe de l’Est et de l’Ouest,
des Etats séparés par un mur pendant un demi-siècle, il fallait accepter
l’idée du consensus, qui unit au lieu de diviser. Je crois que, très
vite, l’Europe va devoir décider qu’elle ne peut pas continuer à
fonctionner par consensus parce que c’est quelquefois le meilleur alibi
pour ne pas prendre les décisions nécessaires. Et l’Europe est devant
des défis historiques face à ses peuples et face à sa propre histoire.
Je pense en particulier à la crise en Ukraine, je pense à la crise
grecque, à celle de l’euro, à la crise financière, à la crise de
l’Europe face au partenariat méditerranéen, avec des révolutions arabes
qui ont eu lieu mais qui, malheureusement, au lieu de déboucher sur des
vraies démocraties – je mets la Tunisie à part – ont abouti à une forme
de pathologie politique qui prend en otage la religion et qui a donné
naissance à Daesh, le Front al-Nosra ou Al-Qaïda. Une crise qui est
directement une conséquence de l’irresponsabilité de la politique
américaine de M. George Bush et de ses alliés en Afghanistan et en Irak,
c’est-à-dire la destruction des structures sociales de ces sociétés qui
les a réduites à des tribus qui s’affrontent, ce qui a donné naissance à
une instrumentalisation de l’islam salafiste qui nous vaut aujourd’hui
les horreurs que nous voyons et qui ne se limitent plus aux Etat arabes,
mais qui arrivent à Bruxelles, Paris ou Copenhague, et qui ne sont
hélas ! pas terminées.

Comment voyez-vous l’UE et la Palestine?

En proposant de venir à Bruxelles, j’avais en tête une diplomatie de
soutien à la construction des institutions étatiques. Les premiers à
parler du droit à l’autodétermination, c’étaient les Européens à Venise
en 1980. Les Américains eux étaient persuadés que le problème d’Israël
devait être réglé avec les pays arabes, notamment l’Egypte la Syrie à
cause de l’implication de leurs armées en 1967 et 1973. Moi qui avais vu
à l’époque naître le mouvement national palestinien dans les camps de
réfugiés au Liban, ça m’avait interpellé. Le terme « autodétermination
», je l’avais vécu comme aspiration populaire avant de l’assimiler comme
but juridique. C’est un peuple qui dit : « je veux gérer mon destin
comme peuple, je ne suis pas un problème de réfugiés qui cherchent de
l’aide humanitaire, je suis un peuple dépossédé de sa patrie, de sa
terre, de son identité, et même de son nom, comme le dit si bien
l’historien palestinien Elias Sanbar, et je veux être réhabilité en tant
que peuple, en tant que nation ».
Mais je dois aussi dire où le bât blesse en Europe. Autant j’ai été
conforté dans l’idée que l’Europe comprend le monde arabe mieux que les
Américains, autant j’ai été horrifiée de voir combien l’Europe est
paralysée face à Israël. Pa-ra-ly-sée ! Comme si cette Europe immense,
qui a connu deux guerres mondiales, qui compte aujourd’hui un
demi-milliard de citoyens, qui est le groupe régional le plus riche au
monde, qui a des partenaires dans son voisinage « au sud » , était
incapable de respecter et de faire appliquer ses valeurs (les droits de
l’homme et le droit international ), ses conditions pour les accords
d’association avec ses partenaires méditerranéens, à tous les Etats de
la même manière ! Il y a un partenaire à qui on accorde une impunité
totale devant les violations du droit. Un Etat qui est placé au-dessus
du droit et qui est devenu ainsi un Etat hors-la-loi, c’est Israël ! En
pratique, l’UE adopte d’excellentes résolutions à tous ses conseils
ministériels, mais refuse de les mettre en œuvre en prenant les mesures
nécessaires pour les faire appliquer par les autorités israéliennes. Que
cela soit au niveau des violations quotidiennes de la population sous
occupation, que cela soit concernant la colonisation qui est en train
d’annihiler le projet de deux Etats ou que cela soit à propos de la
destruction de tout ce que l’UE a construit depuis 25 ans dans les
territoires occupés pour l’infrastructure d’un Etat à venir. Car c’est
bien l’Union européenne qui a investit le plus – pas comme les
Américains pour l’aide humanitaire – mais pour la construction d’un
Etat. Et elle a, à travers les six sous-comités de notre accord
d’association avec elle, formé l’administration d’un Etat. Alors,
comment laisse-t-on Israël détruire cette infrastructure?! Et c’est la
même UE qui nous demande de reporter la déclaration de notre Etat en
nous disant de le faire « en temps opportun ». Mais quand donc viendra
le moment opportun? Quand il n’y aura plus de territoires disponibles
parce que les colonies israéliennes auront tout dévoré ? Certains disent
qu’un Etat palestinien n’est déjà plus viable, car il ne reste que des
poches, des « bantoustans » séparés les uns des autres. La situation est
d’une gravité extrême.

Partez-vous avec des regrets personnels par rapport à vos objectifs?

Je pars très heureuse des rapports que j’ai établis avec les partenaires
politiques avec lesquels j’ai travaillé, pas tous car je n’ai pas eu que
des amis parmi eux. Je pars très heureuse des relations établies avec
les sociétés civiles en Europe, et en particulier en Belgique, au
Luxembourg et en France, où j’ai été témoin de l’apport extraordinaire
du mouvement de solidarité et des réseaux associatifs de la société
civile européenne, ainsi que les élus parlementaires et les
collectivités locales. Je suis très fière des rapports que j’ai établis
avec les militants juifs européens en Belgique, au Luxembourg et en
France. Mais je garde une profonde déception, et surtout une profonde
douleur que durant ces 25 ans au lieu de voir le sort de mon peuple
s’améliorer, autant sous occupation que dans les camps de réfugiés, je
constate que sa situation est plus tragique que jamais et que la dignité
à laquelle il a droit, la souveraineté à laquelle il aspire,
s’éloignent. La situation la plus tragique est surement celle de la
population de Gaza toujours assiégée, affamée, abandonnée à son sort
après trois guerres criminelles en sept ans, menées par l’armée
israélienne, et des promesses généreuses (cinq milliards de dollars)
faites par la Conférence des donateurs en octobre dernier, mais pas
réalisées. La population à Jérusalem Est, elle, est prise en étau par
les colonies israéliennes qui poussent comme des champignons à l’est de
la ville, mais aussi en plein centre arabe et un mur haut de neuf
mètres, qui isole la ville de toute la Cisjordanie. Laquelle Cisjordanie
toujours séparée en territoires A, B et C, 16 ans après la date de 1999
où les accords d’Oslo prévoyaient la fin de la période intérimaire (et
nous aurions pu alors déclarer notre Etat), et qui ressemble plus à une
série de ghettos assiégés qu’au territoire d’un Etat viable. Des
réfugiés dans les camps du Liban et de la Syrie qui préfèrent se jeter à
la mer que de vivre comme des apatrides. Alors les mots frustration,
déception ou regret ne suffisent pas. Je pars avec un sentiment de
douleur et de colère. De douleur parce que je partage le sort de mon
peuple qui ne mérite pas d’être traité de cette manière par la
communauté internationale. Un sentiment de colère parce que mon peuple a
droit, comme tous les peuples du monde, à être protégé par le droit
international d’après les Conventions de Genève.
En réalité, nous n’avons pas besoin de nouvelles résolutions, toutes les
résolutions existent déjà à l’ONU et à l’Union européenne. Tout le monde
connaît la solution, mais personne n’a le courage de la mettre en œuvre.
C’est celle de deux Etats vivant côte à côte, et c’est nous qui l’avons
proposée à Israël et pas l’inverse. La reconnaissance de l’Etat
palestinien est un droit pour nous et un devoir pour la communauté
internationale parce qu’il protégera le territoire de la colonisation
galopante qui est en train de détruire la solution des deux Etats, et
protégera la population civile des violations militaires israéliennes
quotidiennes.
L’Histoire jugera le courage ou la lâcheté de la communauté
internationale.
Pour ma part je vais m’investir dans des actions qui peuvent contribuer,
avec mes compatriotes et leurs amis dans le monde, à renforcer la
résilience, la créativité, l’humanisme et la vitalité extraordinaire de
la société civile palestinienne où qu’elle se trouve, en Palestine comme
dans la diaspora.
Je suis persuadée que mon peuple a assez de ressources et de foi dans la
vie pour triompher un jour ; mais je serais moins en colère et moins
peinée si je savais qu’il sera soutenu dans cette tache immense.


Propos recueillis par BAUDOUIN LOOS

«Le Soir» des samedi 7 et dimanche 8 mars 2015

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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 02:14

Leila Shahid : Israël est toujours l'enfant chéri de l'Union européenne
MONDE <http://www.rtbf.be/info/monde>  | Mis à jour le samedi 7 mars 2015 à 10h07





Ambassadrice de la Palestine auprès de l’Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg, Leila Shahid quittera son mandat dans une dizaine jours. Elle n’abandonne pas son combat pour la reconnaissance de son état, mais elle estime qu’il est temps de laisser la place à une nouvelle génération. Invitée du Grand Oral La Première Le Soir, elle dresse le bilan de ces 10 dernières années de mandat.
<http://www.rtbf.be/info/monde/detail_leila-shahid-israel-est-toujours-l-enfant-cheri-de-l-union-europeenne?id=8924668#newsImagesPane> 
BELGIUM GAZA INJURED CHILDREN HOSPITAL - HERWIG VERGULT - BELGA

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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 02:12
Par : Amal Saad
Publié le : 2/03/15

 

L’intervention du Hezbollah en Syrie a été critiquée par beaucoup dans le monde arabe comme un signe « qu’il a abandonné la résistance pour lutter contre d’autres musulmans. » Son attaque efficace et récente à Chébaa contre un convoi militaire israélien, cependant, sert comme un rappel que le mouvement n’a pas détourné son attention d’Israël et qu’il est capable de lutter sur plusieurs fronts à la fois.

Le fait que le Hezbollah conserve en priorité son activité de résistance, tout engagé qu’il puisse être dans plusieurs théâtres militaires dans la région, indique qu’il a transcendé son origine, sa mission de résister à Israël.
Faire face à Israël est maintenant un des rôles, parmi d’autres, assumé par le Hezbollah dans la période qui a suivi les bouleversements régionaux et marqué le début de la montée du takfiri-djihadisme. Dépassant son rôle d’organisation de la résistance, le Hezbollah assume maintenant la responsabilité de garder les frontières du Liban, de faciliter la sécurité intérieure et la lutte antiterroriste, ainsi que de mener des opérations de contre-insurrection en Syrie et en Irak.
La résistance ne se limite plus à expulser les occupants sionistes et à empêcher toute nouvelle agression israélienne, mais aussi à présent de préserver le cadre politico-territorial et l’environnement stratégique dont elle a besoin pour poursuivre ses missions. La déstabilisation de ces deux sphères par les takfiris-djihadistes a contraint le Hezbollah à se transformer en un mouvement post-résistance.
Le préfixe « post » ici ne signifie pas la fin de la résistance, ou ce qui vient après, mais doit être compris de la même manière que la notion de « post » dans postcolonial, peut être interprétée comme « la persistance du colonialisme, quoique par de différentes ou nouvelles relations concernant le pouvoir ».
La résistance, loin d’être terminée, s’est maintenant transformée en une armée de résistance transnationale dont la direction et la mission restent attachées à sa raison d’être qui est de résister à Israël, mais qui est également engagée dans la protection de « l’épine dorsale » de la Résistance, comme l’explique Nasrallah. À cette fin, le Hezbollah a cherché à extraire les territoires syriens, libanais et irakiens du contrôle djihadiste.
En substance, le Hezbollah est confronté à une insurrection transnationale qui cherche à étendre son proto-état. Tout comme le mouvement avait créé son modèle « hybride » de guérilla en 2006 en fusionnant les méthodes conventionnelles et non conventionnelles de combat, il a créé à présent un nouveau modèle de contre-insurrection dans lequel sa propre armée de résistance, irrégulière et hybride, cherche à supprimer l’activité d’insurgés appartenant à une autre force irrégulière et hybride.

Bataille existentielle avec ISIS
La guerre avec ISIS et le front al-Nosra est considérée comme une bataille existentielle face à une force qui ne fait pas de compromis et qui est bien décidée à éliminer tous les chiites, et par extension, la résistance. Alors que l’idéologie takfiri n’est pas délégitimée politiquement de la même manière que l’est le sionisme, ni son droit d’exister en tant que doctrine religieuse n’est remis en question, le militantisme takfiri ou djihadiste est sans équivoque assimilé aux intérêts d’Israël. Dans son discours, le Hezbollah compare le danger posé par ISIS et al-Nosra à Israël. Nasrallah lui-même a invoqué l’oppression israélienne comme une analogie pour la perte des terres, la destruction des maisons, la capture des femmes, le meurtre des enfants et l’humiliation que les djihadistes pourraient infliger.
Dans son discours à l’occasion de la « Journée de la résistance et de la libération » l’année dernière, Nasrallah est même allé au-delà de cette analogie quand il a établi des parallèles entre la migration de masse de colons juifs en Palestine avec l’aide des puissances coloniales au XXe siècle et la mobilisation et le déploiement des jihadistes dans la région, qui, selon lui avait été facilité par les impérialistes d’aujourd’hui.
Les djihadistes ne sont pas seulement moralement et politiquement assimilés à Israël, selon cette interprétation, mais stratégiquement liés. ISIS est décrite comme le serviteur volontaire ou « involontaire » du projet américano-israélien de diviser la région et de fomenter la guerre, tandis que al-Nosra - dont la coopération militaire et dans le renseignement avec Israël a été bien documenté par l’ONU et la presse occidentale, ainsi que par les médias sionistes - est considéré comme une incarnation de l’ex-armée collaborationniste du Sud-Liban armée par Israël. C’est sur cette base que le Hezbollah considère les frappes aériennes de la coalition menées sous la conduite des États-Unis sur des cibles ISIS en Syrie et en Irak, comme rien de plus qu’une opération de « coups de griffes » conçue pour « contenir » l’organisation, plutôt que de la vaincre.

Une guerre offensive
Même si des arguments soutenus empiriquement comme ceux-ci ont permis au Hezbollah de théoriser sa guerre contre le djihadisme comme une extension de sa campagne de résistance, la nature de son intervention militaire en Syrie et en Irak l’a obligé à repenser et à développer son concept de la guerre de résistance. La résistance a maintenant été étendue pour englober les stratégies militaires qui n’étaient pas traditionnellement associées à la guérilla classique ou à la guerre de résistance - combattre des groupes qui ne sont pas considérés comme des forces d’occupation, défendre ses alliés en dehors de ses frontières nationales, en pratiquant la guerre de contre-insurrection.
Avancer en territoire ennemi ou dans un territoire contesté par un adversaire sur le sol d’un voisin qui est un allié, n’est ni typique des mouvements de résistance armés, ni d’une stratégie militaire défensive, sauf en étant vu comme un acte de légitime défense « préventive » que Nasrallah expose avec précision. Craignant une attaque jihadiste en territoire libanais, le Hezbollah a souscrit au vieil adage que « la meilleure défense est une bonne attaque » en Syrie et dans une mesure plus limitée, en Irak.
En 2013, le rôle militaire du Hezbollah en Syrie a changé de façon spectaculaire, d’une petite mission consultative à un rôle de combat direct avec un grand nombre de combattants. À partir de Qusayr, la présence militaire élargie du Hezbollah a aidé le gouvernement syrien à reprendre l’offensive dans les zones qui avaient été perdues au profit des rebelles. En fait, les attaques au sol dans Qusayr et Qalamoun ont été essentiellement menées par les forces du Hezbollah, tandis que l’armée syrienne fournissait artillerie et couverture aérienne à son principal partenaire. En outre, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), le Hezbollah est en train de prendre « l’initiative en menant l’armée [syrienne] et les forces iraniennes dans le triangle du territoire reliant Daraa, Quneitra et les provinces du sud-ouest de Damas. »
Dans d’autres secteurs tels que des quartiers de Damas, à l’Est de Ghouta et à Kassab, les forces du Hezbollah sont engagées directement dans les combats aux côtés des forces armées syriennes, améliorant ainsi les performances de ces dernières au combat. À Homs, Alep et sur le Golan, le Hezbollah a déployé des forces d’opérations spéciales pour aider, former, conseiller et organiser les forces régulières syriennes et les forces paramilitaires. Compte tenu de l’expérience de combat du mouvement dans la guerre non conventionnelle et sa formation au combat en zone urbaine, l’unité des forces spéciales du Hezbollah a de façon significative amélioré les capacités des troupes syriennes.
Les opérations extraterritoriales comme celles-ci ont généralement été l’apanage des grandes puissances plutôt que d’acteurs non étatiques, habituellement plutôt les bénéficiaires de cette aide. Telle que définie par le Commandement militaire des opérations spéciales des États-Unis, la guerre non conventionnelle, habituellement, « implique des parties externes qui aident les acteurs indigènes contre les gouvernements. Cette aide peut s’appliquer à la formation, l’organisation, le recrutement, [l’envoi de] conseillers opérationnels… » En d’autres termes, des forces d’opérations spéciales affiliées à des armées conventionnelles, étatiques, sont habituellement déployées pour aider les forces non conventionnelles, plutôt que l’inverse.
L’intervention militaire du Hezbollah en Syrie et en Irak a profondément remanié son rôle classique d’organisation de la résistance et l’a placé sur un pied d’égalité avec son mentor de longue date en Iran, les Forces al-Qods pour les opérations spéciales, elles-mêmes un partenaire actif en Syrie et en Irak.

L’axe de la Résistance
Dans la phase post-résistance, la politique de la résistance a été supplantée par la politique de l’Axe de la Résistance. L’alliance stratégique entre l’Iran, le Hezbollah, la Syrie et l’Irak est maintenant caractérisée par une unité des forces militaires et une unité des théâtres militaires contre ISIS et Israël.
En Syrie, l’intégration forcée entre l’Armée de résistance du Hezbollah, les Gardiens de la révolution (IRGC), les forces armées syriennes et des milices irakiennes, a conduit à l’émergence d’un front militaire. Quelques jours avant l’assassinat par Israël de combattants du Hezbollah et d’un commandant iranien dans le gouvernorat de Quneitra dans le Golan, Nasrallah avait menacé de riposter aux attaques israéliennes sur des cibles en Syrie comme s’il s’agissait d’attaques contre « tout l’Axe de la Résistance. »
Nasrallah a déclaré plus tard que « la fusion du sang libanais et iranien sur le sol syrien [de Quneitra], reflète l’unité de la cause et l’unité du destin des pays de l’Axe de la Résistance. » Mohammed Ali Jaafari, commandant du CGR, a fait écho à ce sentiment quand il a laissé entendre que l’attaque de représailles du Hezbollah au Chébaa, avait valeur de réponse commune : « Nous sommes un avec le Hezbollah. Partout où le sang de nos martyrs est versé sur la ligne de front, notre réponse sera unie. »
Couplées avec sa défense de la Syrie et de l’Irak contre les forces djihadistes, les représailles du Hezbollah - après l’agression israélienne sur le Golan - avec une attaque à Chébaa au Liban occupé, ont montré que les territoires de l’Axe de la Résistance constituent désormais un seul front. Nasrallah a introduit cette nouvelle doctrine de sécurité quand il a annoncé que la résistance n’était « plus préoccupée par des règles d’engagement [avec Israël]. Nous ne reconnaissons plus de séparation des arènes ou des champs de bataille ».
Cette nouvelle architecture de sécurité régionale aura des implications désastreuses pour Israël. Dans la prochaine guerre, Israël devra non seulement composer avec les opérations militaires offensives dans la Galilée et « au-delà de la Galilée », comme Nasrallah l’a récemment promis, mais aussi avec la participation éventuelle d’autres membres de l’Axe de la Résistance, en particulier l’Iran. Comme la guerre à l’échelle régionale contre les takfiris-djihadistes l’a démontré, toute agression israélienne sur la Syrie, le Liban ou l’Iran, sera considérée comme une guerre contre l’Axe Résistance dans son ensemble.

Amal Saada est une analyste universitaire et politique libanaise. Elle est l’auteur du Hezbollah : Politique et Religion, publié par Pluto Press.

Sources: journal al-Akhbar, traduit par Info-Palestine



http://www.afrique-asie.fr/menu/moyen-orient/8914-le-hezbollah-libanais-est-desormais-present-sur-plusieurs-fronts.html


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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 02:15

 

Whoever Wins Israeli Election, Settlements in West Bank Will Continue



http://sputniknews.com/middleeast/20150305/1019088838.html#ixzz3ThF3HBaX

Israel will not stop construction of new settlements on the disputed West Bank territories regardless of who wins the upcoming parliamentary elections in Israel, according to the Secretary-General of the Palestinian National Initiative party.

 

MOSCOW (Sputnik), Svetlana Alexandrova — Israel will increase new construction in occupied West Bank territories after upcoming parliamentary elections, the Secretary-General of the Palestinian National Initiative (PNI) party told Sputnik.

 

"There is no […] difference in this matter," Mustafa Barghouti told Sputnik. According to Barghouti, Israeli policy toward peace with Palestine and the long-standing disagreement on new settlement activity will remain, regardless of who wins the upcoming election in Israel.

"Neither of the two major Israeli parties, which are likely to configure the next Israeli government, has a real program or presented positions on how to achieve peace with Palestinians," Barghouti stated, adding that the most powerful Israeli political parties want to prevent the establishment of an independent Palestinian state that has East Jerusalem as its capital city.

According to Barghouti, new settlements are not the only problem. Other issues include existing Israeli settlements, as well as bypass roads and military checkpoints built into territories occupied by Israel on Palestinian soil.

"When you place this system on the map you will discover that it is developed to confiscate Palestinian land and prevent creation of independent Palestinian state," Barghouti concluded.

The official also told Sputnik that the United Arab List and Meretz, also running for the parliamentary elections in Israel, are the only parties that are interested in the continuation of the peace negotiations.

"In my opinion, the only two parties that can bring peace to the Middle East are the United Arab List that includes smaller Arab parties and one joint Arab-Jewish faction and Meretz, which is a Jewish left-wing secular party that emphasizes a two-state solution," Barghouti said.

The Fight for the Knesset

 

An early general election for the Israeli parliament, the Knesset, was scheduled for March 17, after Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu failed to overcome a dispute within his ruling coalition and dismissed his finance and justice ministers in December 2014. 

 

According to a recent poll conducted by Israeli Radio published last Friday, the center-left Zionist Union is gaining ground against the right-wing Likud party.

The Arab List could win as many as 15 Knesset seats, the secretary-general stated adding that "the Arab parties are very important for protecting the rights of the Palestinian minority."

According to Israeli legislation, any of Israel's 6.5 million population can vote, including the 20 percent Palestinian minority who are citizens of Israel. However, over 350,000 residents of East Jerusalem, Palestinians with Jerusalem identification cards, cannot vote in national elections, although they can cast ballots in municipal elections.

Barghouti underlined that this year, due to changes in Israel's election laws, the three smaller Arab parties and one joint Arab-Jewish faction were forced to unite into one bloc.

"It is a good indication of their ability to work together and it shows that they have a strong sense of responsibly for the Palestinian citizens of Israel and the occupied territory," he said.

West Bank in the Spotlight

 

The West Bank is an area disputed between the governments of Palestine and Israel. It was occupied by Israel following the 1967 Six-Day War. Since then, Israel has built numerous settlements and recently announced new construction plans. Condemnation by Palestine authorities and the international community have done nothing to deter Israeli plans.

 

In August 2014, Israel announced it would appropriate 400 hectares of land in the West Bank to build about 1,000 new housing units in East Jerusalem.

In November 2014, Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu allocated $18 million to build 300 housing units in the West Bank settlement of Beit El.

 


http://sputniknews.com/middleeast/20150305/1019088838.html#ixzz3ThEwg6bO
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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 02:11

 

 

 

Who can the Saudis trust when they find themselves on Netanyahu's side?

 

 

John Kerry's reassurances over the US-Iran deal will settle few nerves in the royal palaces, writes Robert Fisk

  

FRIDAY 06 MARCH 2015



In their golden palaces, the Saudis fear.

They fear the Iranians. They fear the Shia. They fear Isis and al-Qaeda. They fear the Muslim Brotherhood. They fear American betrayal and Israeli plots. They even fear the “power” of tiny Qatar. They fear their own Shia population. They fear themselves. For where else will the revolution start in Sunni Muslim Saudi but within its own royal family?

Just look at the past week. Iran’s Revolutionary Guards – Shias to a man – have been fighting on behalf of the Iraqi government army – almost Shias to a man – against Sunni militias around Tikrit. This is Shia Iranian expansionism on a scale undreamed-of since the 1979 Islamic Revolution in Iran. At least 2,000 Iranian Revolutionary Guards are fighting alongside Bashar al-Assad’s forces in Syria. Against Sunni militias. Then the US President seeks foreign policy medals with a friendly US-Iranian agreement on nuclear power. And finally, Saudi Arabia thinks the Israeli Prime Minister is its friend.

No wonder US Secretary of State John Kerry rushed from his nuclear talks to Riyadh on Thursday to assure the Saudi royal family that despite the cosy arrangement he is working on with Tehran, the US would not take its eye off Iran’s “destabilising actions” in Iraq and elsewhere.

Rather more feisty than his American opposite number, the elderly Saud bin Faisal, the Saudi Foreign Minister, talked about the “hegemonic” actions of Iran, telling Kerry that “Iran is taking over Iraq”, a comment that might be less damaging to the Americans if it did not contain the merit of truth.

Iran is boasting of its military assistance in the Tikrit battle, its soldiers flying their own national flag inside Iraqi sovereign territory; Iranian state television is broadcasting footage of its Revolutionary Guards in the Iraqi desert – and the presence of that most infamous of Iran’s clever generals, Qasem Soleimani. So when Benjamin Netanyahu stood up in the US Congress to warn of the global threat of Iran, it was only to be expected that Faisal Abbas, the editor-in-chief of the Saudi Al Arabiya English-language news channel, would announce that, while “it is extremely rare for any reasonable person to ever agree with anything Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu says or does … one must admit, Bibi did get it right, at least when it came to dealing with Iran”.

Abbas might not represent the Saudi royal family – but he would never have uttered such words unless they had been blessed by the monarchy.

So be a Saudi for a moment. Think not of your vast wealth nor your oil, not the declarations of eternal loyalty from your tribal and ethnic friends – let alone from the Americans. Remember that your kings are perpetually old and that your Foreign Minister uses a walker when he moves around his palace or greets the kingdom’s visitors – as he did, rather pathetically, when John Kerry turned up. And recall, as the Saudis will have done, that Kerry – with his folksy reassurances for the King and Foreign Minister – is the same political failure who promised peace between Israelis and Palestinians within months, and then walked away from this high aspiration with little more than a shrug when it inevitably collapsed.

It is worth reminding ourselves, however, that ...(....)....


http://www.independent.co.uk/news/world/middle-east/who-can-the-saudis-trust-when-they-find-themselves-on-netanyahus-side-10092147.html

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