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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 09:48
"La France nous avait promis de reconnaître l'État palestinien"
 
 

EXCLUSIF. Le ministre des Affaires étrangères de l'Autorité palestinienne, Riyad Al-Malki, explique au "Point" pourquoi, malgré tout, Paris n'a pas démérité au

Proche-Orient.

Propos recueillis par
Modifié le - Publié le | Le Point.fr
 
Engagement numéro 59 du candidat Hollande en 2012 : « Je soutiendrai la reconnaissance internationale de l'État palestinien. »
 
Cinq ans après cette promesse de campagne, l'État palestinien semble plus que jamais renvoyé aux calendes grecques.
 
En dépit d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU et d'une conférence internationale pour la paix organisée à Paris, la colonisation israélienne grignote ce qu'il reste de la Palestine.
 
Donald Trump rompt avec la solution à deux États et Benjamin Netanyahu annonce même la création d'une nouvelle colonie, pour la première fois en plus de vingt a...
 
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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 09:42
Israël tire des missiles sur l'armée syrienne dans la province de Quneitra
 
 
 
 
 
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Les positions de l'armée syrienne dans la province de Quneitra ont été la cible d'une frappe de missiles israéliens.

L'aviation israélienne a tiré vendredi des missiles sur les positions des troupes gouvernementales syriennes à Khan Arnabeh, dans la province de Quneitra, portant un préjudice, a annoncé l'agence syrienne Sana.

« Les avions israéliens ont tiré deux missiles contre une position de notre armée depuis le territoire occupé [le plateau du Golan, ndlr] à 18h45. Cela a provoqué un préjudice matériel », a précisé Sana qui cite une source militaire.

Selon la source, la frappe a eu lieu au moment où l'armée syrienne repoussait des attaques de groupes terroristes dans la province de Quneitra, leur infligeant de lourdes pertes.

« Ces actions n'arrêteront pas la lutte de nos forces armées contre les groupes terroristes qui agissent comme des alliés d'Israël dans ce secteur », a ajouté le militaire.

Le service de presse de l'armée israélienne avait antérieurement annoncé que les troupes du pays avaient pris pour cible les régions frontalières de la Syrie en réponse aux tirs de mortier contre la partie des hauteurs de Golan contrôlée par Israël. Les militaires israéliens estiment que les tirs de mortiers n'étaient pas intentionnels et qu'il s'agit d'obus de mortier tiré lors des combats entre les forces gouvernementales et l'opposition en Syrie.

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https://fr.sputniknews.com/international/201704211031017836-israel-aviation-missiles-syrie-destructions/

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22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 09:58
La municipalité de Barcelone refuse toute complicité avec le système israélien d’apartheid
 
 
 
 
 
vendredi 21 avril 2017 / 4h:58
Manifestation BDS à Gijón, 2012 - Archives
 
Manifestation BDS à Gijón, 2012 - Archives
 
 
 
 
 
 
 
Mouvement espagnol de solidarité avec la Palestine – Déclaration des groupes de solidarité en Espagne avec la Palestine sur la décision historique du conseil municipal de Barcelone en faveur des droits des Palestiniens.

 

 

Barcelone a franchi un pas important en devenant une ville hors apartheid

 

Avec le soutien des groupes Barcelona en Comú, Partit Socialista de Catalunya, Candidatura d’Unitat Popular et Esquerra Republicana de Catalunya, le Conseil municipal de Barcelone a aujourd’hui tenu une session en session plénière qui a promulgué l’inclusion de clauses dans les contrats pour assurer le respect des Droits de l’homme, en particulier avec les entreprises qui sont liées à l’occupation israélienne en Palestine. La déclaration exhorte également le Gouvernement de la Catalogne à créer un Centre d’étude et d’évaluation de l’impact des entreprises catalanes à l’étranger.

La déclaration reconnaît la légitimité des campagnes et initiatives non violentes promues par la société civile palestinienne et internationale pour défendre les droits de l’homme et le droit international humanitaire en Palestine. Grâce à ce vote, le conseil municipal de Barcelone met fin à la complicité de la ville avec les violations flagrantes et systématiques des droits de l’homme par l’occupation colonisatrice et expansionniste de l’État d’Israël dans les territoires palestiniens occupés, et il reconnaît le droit au BDS.

Cette décision arrive dans une période d’agression israélienne croissante, dans une impunité totale, contre le peuple palestinien et le mouvement international non-violent BDS. D’autres preuves de cette impunité sont le rapport de la Commission économique et sociale de l’ONU pour l’Asie occidentale (CESAO) qui a dénoncé le système d’apartheid qu’Israël impose à la population palestinienne et a donc appelé à l’appui du Boycott, du Désinvestissement et des Sanctions, comme cela a été utilisé contre l’apartheid Afrique du Sud.

Rima Jalaf, directrice de la CESAO, a par la suite démissionné après avoir subi une pression interne pour retirer le rapport. Ce n’est pas une coïncidence qu’il y ait dans ce contexte une campagne de diffamation et de criminalisation du mouvement BDS non violent, comme en témoigne le harcèlement du militant des droits de l’homme Omar Barghouti, récemment arrêté et interrogé pendant plusieurs heures par les autorités israéliennes.

Rafeef Ziadah, membre du secrétaire international du Comité national palestinien du BDS, déclare: « Nous saluons la municipalité de Barcelone et accueillons chaleureusement cet important pas en avant pour le mouvement mondial BDS dirigé par les Palestiniens pour la liberté, la justice et l’égalité. Après 50 ans d’occupation militaire israélienne de Gaza et de Cisjordanie, avec Jérusalem-Est, et des décennies de son régime d’apartheid et de colonialisme, les gens de conscience du monde entier se joignent au mouvement de BDS en pleine croissance en appui aux droits stipulés du peuple palestinien, tels que stipulés par les Nations Unies.

La reconnaissance par la municipalité de Barcelone du droit de défendre les droits des Palestiniens par la tactique non violente de la campagne BDS n’est pas seulement un triomphe de la liberté d’expression et des droits démocratiques. C’est également un indicateur clair de la reconnaissance généralisée du BDS en tant que mouvement unificateur, inspirant et antiraciste enraciné dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et qui soutient le principe fondamental selon lequel les Palestiniens doivent bénéficier des mêmes droits que le reste L’humanité ».

Nous célébrons cette victoire parce que nous estimons qu’il s’agit d’un grand pas en avant pour sensibiliser le gouvernement local à la défense des droits de l’homme et à la rupture de la complicité qui renforce intrinsèquement l’apartheid et l’occupation de la Palestine. Cette résolution est une reconnaissance institutionnelle des exigences de la société civile visant par la lutte non violente – telle qu’elle est pratiquée par le mouvement BDS – à mettre fin à la complicité dans les violations du droit international.

Nous espérons que cette résolution créera un précédent à Barcelone afin que la ville continue à devenir un espace libre d’apartheid israélien, comme cela s’est déjà produit dans 70 autorités locales dans toute l’Espagne, et prenne la tête de la défense de la liberté et de la dignité des peuples.

19 avril 2017 – BDS – Traduction : Chronique de Palestine

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22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 09:44

Le Hezbollah invite la presse à la frontière après des propos belliqueux d'Israël

 

 

 

Le mouvement chiite libanais Hezbollah a voulu montrer jeudi qu'Israël érigeait des positions militaires à la frontière en vue d'une nouvelle guerre, soutenant que son ennemi juré "a peur".

Lors d'un voyage de presse plutôt inhabituel tant cette puissante organisation a le goût du secret concernant ses activités militaires, elle a invité des dizaines de journalistes à se rendre sur la ligne de démarcation entre Israël et le Liban, qui fut en 2006 le théâtre d'une bataille dévastatrice et meurtrière.

"Cette tournée a été organisée pour montrer les mesures défensives qu'est en train de prendre l'ennemi", a expliqué le porte-parole du Hezbollah, Mohammad Afif, juché sur une colline le long de la "Ligne Bleue", la ligne de cessez-le-feu entre les deux voisins.

En tenue de camouflage et portant des lunettes de soleil, un commandant militaire du Hezbollah identifié comme Haj Ihab, affirme aux journalistes que l'Etat hébreu renforce ses positions près de la ville frontalière israélienne de Hanita.

 

- 'Bermes supplémentaires'

"Comme ses positions se trouvent sur la frontière et que l'ennemi craint que la résistance (le Hezbollah) avance vers elles, il a érigé une falaise, des bermes en terre supplémentaires et a disposé des blocs de ciment", a-t-il soutenu.

Derrière lui, au-delà d'un champ, apparaît un poste militaire israélien en haut d'une colline. Une partie de la pente semble avoir été creusée au bulldozer pour créer une falaise qui serve d'obstacle naturel en cas d'assaut depuis les lignes du Hezbollah.

La journaliste de l'AFP a également pu voir une patrouille israélienne composée de deux véhicules blindés et d'un bus blanc emprunter une route à travers un champ et deux bulldozers en action.

Ces derniers mois, les spéculations vont bon train sur la possibilité d'une nouvelle guerre entre Israël et le Hezbollah, près d'une décennie après leur dernière confrontation.

Les 34 jours de guerre en 2006 avaient entraîné la mort de 1.200 personnes au Liban, pour la plupart des civils, et 160 Israéliens en grande majorité des soldats.

Un nouveau conflit pourrait être encore plus meurtrier. Le chef d'état-major israélien Gadi Eisenkot a averti récemment que "la prochaine guerre aura plusieurs cibles: l’État libanais et les groupes terroristes opérant sur son territoire et sous son autorité".

Les deux pays sont techniquement en guerre. Israël a retiré ses forces du sud du Liban en 2000, après 22 ans d'occupation.

- 'Nous ne craignons pas la guerre' -

"Ces mesures défensives démontrent que c'est Israël qui a peur", martèle le commandant du Hezbollah pour bien faire passer ce message.

Le Hezbollah ("parti de Dieu") veut également démontrer qu'il est prêt à une nouvelle confrontation bien que des milliers de ses combattants soient engagés en Syrie aux côtés des forces du régime de Bachar al-Assad.

Le long du parcours emprunté par les journalistes depuis la ville méridionale de Naqoura, étaient positionnés des combattants du Hezbollah en tenue de combat, le visage camouflé de rayures vertes et noires et arborant les drapeaux jaunes du mouvement. Certains avaient en main des fusils automatiques, d'autres des RPG.

A la fin de la guerre de 2006 et après 40 ans d'absence, l'armée libanaise s'est déployée dans l'extrême sud du Liban, où aucune autre présence paramilitaire libanaise n'est en théorie autorisée.

Alors que le Hezbollah est disert sur les mesures prises par Israël, il reste muet sur ses propres préparatifs de guerre.

Certains analystes estiment qu'il sera difficile pour le Hezbollah de combattre sur deux fronts, la Syrie et Israël, d'autres font remarquer que ses combattant ont gagné en expérience avec la guerre en Syrie.

"Nous ne disons pas ce que la résistance fait, mais nous n'avons pas peur de les affronter (les Israéliens)", souligne Haj Ihab.

Malgré le ton belliqueux, Mohammad Afif insiste sur le fait que pour le Hezbollah, "les possibilités d'une guerre sont minces".

Sur la ligne de démarcation, où officiellement patrouillent armée libanaise et casques bleus de l'ONU, la tension n'était pas perceptible. L'odeur du thym sauvage et des fleurs jaunes d'ajoncs embaumait l'air.

afp
 
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22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 09:38
Israël-Palestine: l’heure de Marwan Barghouti?
 
 
 
Par René Backmann

En prenant la tête d’une grève de la faim qui touche déjà près d’un détenu palestinien sur quatre, le dirigeant le plus populaire de Palestine lance depuis sa prison un double défi. Au gouvernement israélien, tenté par un refus de négocier lourd de menaces. Et à Mahmoud Abbas, dont l’immobilisme est de plus en plus critiqué.

 
Près de 1 500 prisonniers palestiniens sur les 6 500 détenus en Israël ont entamé lundi 17 avril – journée des prisonniers en Palestine – une grève de la faim, pour réclamer des conditions de détention « dignes ». Préparé depuis des mois sous le nom de « Liberté et dignité », ce mouvement de protestation a été lancé par le plus célèbre des prisonniers palestiniens, Marwan Barghouti. Il purge depuis quinze ans cinq peines de prison à vie pour des attentats attribués à la Brigade des martyrs d’Al-Aqsa, groupe armé clandestin du Fatah, au cours de la deuxième intifada, entre 2000 et 2005. Accusations contre lesquelles il a refusé de se défendre, estimant la cour qui le jugeait illégitime.

Dirigeant historique du Fatah en Cisjordanie, excellent connaisseur d’Israël – il a appris l’hébreu lors de ses premières détentions – et autrefois interlocuteur apprécié des journalistes et des politiciens de la gauche israélienne, Marwan Barghouti est aujourd’hui, à 57 ans, de loin le responsable politique le plus populaire parmi les Palestiniens. Figure patriotique exemplaire, souvent comparée à Gerry Adams ou Nelson Mandela, il reste depuis des années, malgré sa détention, le favori désigné par les sondages d’opinion pour succéder à Mahmoud Abbas à la tête de l’Autorité palestinienne. Et surtout pour présider un État de Palestine indépendant.

« Ayant passé les quinze dernières années dans une prison israélienne, écrit-il dans la tribune publiée à la veille du lancement de la grève par le New York Times, j’ai été à la fois témoin et victime du système illégal israélien d’arrestations collectives arbitraires et des mauvais traitements des prisonniers palestiniens. Après avoir épuisé toutes les autres options, j’ai décidé que le seul choix pour résister à ces mauvais traitements était de se mettre en grève de la faim. […] Faire la grève de la faim est la forme la plus pacifique de résistance disponible. Elle n’inflige des souffrances qu’à ceux qui y participent et à ceux qui leur sont chers, dans l’espoir que leur estomac vide et leur sacrifice permettront à leur message de trouver un écho au-delà des murs de leurs sombres cellules. »

Pour punir Marwan Barghouti d’avoir organisé cette grève et fait parvenir, depuis sa cellule, son texte au New York Times par l’intermédiaire de sa femme Fadwa, les responsables du Service israélien des prisons (IPS) ont décidé de le transférer dans un nouveau centre de détention et de le condamner à l’isolement. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et l’avocat de Barghouti ont été informés par l’IPS que les visites familiales étaient annulées et que toutes les autres visites seraient interdites.

Une poignée d’autres détenus, considérés comme organisateurs de la grève, ont également été transférés dans d’autres prisons et soumis aux mêmes sanctions en attendant de comparaître devant une instance disciplinaire. Les autres détenus grévistes, répartis dans huit centres pénitentiaires, sont aussi privés de visite aussi longtemps que durera leur mouvement.

En prévision de la dégradation de l’état physique des grévistes, le ministre de la sécurité publique, Gilad Erdan, membre du Likoud comme le premier ministre Benjamin Netanyahou, a ordonné qu’un hôpital de campagne soit installé dans la prison de Ketziot, dans le Néguev, pour que les prisonniers qui devront être alimentés de force n’aient pas à être transférés dans les hôpitaux civils. « Nous n’hésiterons pas à utiliser la loi qui autorise à nourrir de force les détenus en grève de la faim », a prévenu la ministre la justice, Ayelet Shaked, figure de proue du parti nationaliste religieux d’extrême droite « le Foyer juif ».

Bien que cette loi, votée en 2015, ait été validée par la Cour suprême, de nombreux médecins civils refusent en effet d’assumer cette responsabilité. L’hôpital pénitentiaire improvisé de Ketziot épargnera à l’administration ces réticences humanitaires du corps médical civil.

Les grévistes de la faim « sont des terroristes et des meurtriers incarcérés qui ont ce qu’ils méritent et nous n’avons aucune raison de négocier avec eux », a déclaré Erdan à la radio de l’armée. Plus radical encore, le ministre des renseignements et des transports, Yisrael Katz, lui aussi membre du Likoud, a estimé dans un tweet que « lorsqu’un meurtrier méprisable comme Barghouti proteste en prison et demande l’amélioration de ses conditions de détention, pendant que les proches de ceux qu’il a tués sont toujours dans la douleur, il n’y a qu’une seule solution : la peine de mort pour les terroristes ».

Quant au ministre de la défense, Avigdor Liberman, fondateur du parti nationaliste d’extrême droite « Israël notre maison » qui rassemble les Israéliens d’origine russe, il a prévenu qu’il était favorable « à l’approche de Margaret Thatcher » qui avait laissé mourir de faim, en 1981, Bobby Sands et neuf autres nationalistes irlandais après plus de deux mois de grève.

Une mauvaise nouvelle pour Mahmoud Abbas

À cette intransigeance, Marwan Barghouti, qui connaît bien les acteurs et les ressorts de la politique israélienne, a répondu par avance dans sa tribune du New York Times. « Des dizaines d’années d’expérience ont prouvé que le but du système inhumain d’occupation militaire et coloniale d’Israël est de briser l’esprit des prisonniers et de la nation à laquelle ils appartiennent en infligeant des souffrances à leurs corps, en les séparant de leurs familles et de leur société, en usant de mesures humiliantes pour les contraindre à se soumettre. Malgré ce traitement nous ne nous soumettrons pas. […]

« Je n’avais que 15 ans lorsque j’ai été emprisonné pour la première fois. J’avais à peine 18 ans quand un interrogateur israélien m’a forcé à écarter les jambes alors que j’étais debout, nu, dans la salle d’interrogatoire avant de me frapper sur les parties génitales. Je me suis évanoui de douleur et la chute qui en a résulté m’a laissé au front une cicatrice pour le reste de mes jours. Après quoi l’interrogateur s’est moqué de moi en disant que je ne procréerai jamais parce que des gens comme moi ne donnent naissance qu’à des terroristes et à des meurtriers. […] L’aîné de mes quatre enfants est maintenant un homme de 31 ans. Et je suis toujours ici, poursuivant ce combat pour la liberté en même temps que des milliers de prisonniers, des millions de Palestiniens et avec le soutien de tant de gens dans le monde.

« Pourquoi l’arrogance de l’occupant, de l’oppresseur et de ses partisans les rend-elle sourds à cette simple vérité : nous briserons nos chaînes avant d’être brisés parce qu’il est dans la nature humaine de répondre à la demande de liberté, quel qu’en soit le prix. »

En adoptant d’emblée une attitude inflexible et menaçante, le gouvernement israélien n’a surpris personne. Mais il a peut-être sous-estimé une donnée que nombre de ses prédécesseurs ont appris à mesurer. Au sein de la société palestinienne, le sort des prisonniers est pratiquement une cause sacrée, un des rares facteurs d’unité. Ce que confirme d’ailleurs, en dépit du conflit entre le Fatah et le Hamas, l’appui de la quasi-totalité des mouvements politiques palestiniens – du Jihad islamique au FPLP, du Hamas au FDLP – à un mouvement lancé par une figure historique du Fatah.

Dans une population où, selon le Bureau central palestinien des statistiques, près d’un million de personnes ont connu la prison depuis la création de l’État d’Israël, en 1948, et où peu de familles aujourd’hui ne comptent pas, ou n’ont pas compté, un détenu en leur sein, les demandes des prisonniers bénéficient d’un soutien quasi unanime. Ce soutien se manifeste, comme à Ramallah ou à Bethléem, par des cortèges ou des rassemblements de solidarité vigoureusement réprimés par l’armée israélienne.

Pour Qaddoura Farès, proche de Marwan Barghouti et président de la Société des prisonniers palestiniens, « cette lutte pourrait être le point de départ d’une intifada pour l’unité nationale et les droits du peuple palestinien. Son message est clair : le peuple palestinien n’a pas abandonné la voie de la résistance et un gréviste de la faim, du fond de sa prison, agit aussi à l’extérieur des murs ». Difficile de faire plus populaire et unitaire, il est vrai, que la liste des revendications formulées par les grévistes. Fruit de près d’une année de consultations discrètes d’une prison à l’autre, elle comprend une dizaine de demandes dont l’abolition de l’isolement, l’installation de cabines téléphoniques dans chaque section de détention, un meilleur accès aux soins médicaux, un droit mieux respecté à l’information et à l’éducation, l’interdiction de la détention d’enfants, la fin de la détention administrative et des visites familiales plus fréquentes. Les deux dernières sont jugées très importantes, voire prioritaires par les grévistes.

Parmi les 6 500 Palestiniens actuellement détenus en Israël, la majorité sont des condamnés purgeant leur peine ou des accusés en attente ou en cours de jugement. Mais plusieurs centaines d'entre eux – ils étaient 644 en août 2016 – ont été incarcérés à la demande de la police ou des services de renseignement sans inculpation ni jugement, en dehors de toute procédure judiciaire. Héritée du mandat britannique, cette détention administrative, arbitraire, qui est appliquée par période de six mois renouvelables, est depuis quelques années de plus en plus fréquemment utilisée. Et dénoncée par les organisations de défense des droits de l’homme.

Quant à la revendication portant sur le droit de visite, elle répond à une particularité – contestable aux yeux des juristes – du régime israélien d’occupation : les détenus palestiniens sont en effet emprisonnés non pas en territoire palestinien occupé, mais dans des centres pénitentiaires situés en territoire israélien. Ils disposent, en principe, d’une autorisation de visite familiale toutes les deux semaines.

Mais les membres de leurs familles qui résident en Cisjordanie – c’est-à-dire en territoire occupé – doivent demander un permis pour franchir les check points du mur et entrer en Israël. Permis qui leur est souvent refusé par l’administration civile, c’est-à-dire la branche de l’armée israélienne qui gère la vie quotidienne des Palestiniens des territoires occupés. Il ne s’agit donc pas, de la part des grévistes, d’une simple demande d’assouplissement du régime des visites, mais de la fin de l’arbitraire qui s’applique actuellement au régime des visites familiales.

 

 

Pour le président palestinien Mahmoud Abbas, qui tente actuellement en vain de nouer un dialogue politique avec le Hamas tout en préparant sa première visite à Donald Trump, prévue pour le 3 mai, cette grève tombe assez mal. Certes, elle lui permet de manifester sa solidarité avec les grévistes et d’appeler à leur aide la communauté internationale, ce qui ne peut nuire à une popularité en berne. Elle lui permet aussi de montrer à l’opinion publique que le Fatah, son parti, est à l’initiative d’une campagne patriotique soutenue par la quasi-totalité des forces politiques.

  1. elle souligne une nouvelle fois la différence entre un vieux dirigeant de 82 ans, fourbu et contesté, et un combattant emprisonné qui a 25 ans de moins et le soutien du peuple, en particulier de la jeunesse. Le pire scénario, pour le président palestinien, serait évidemment un échec du voyage à Washington. Et surtout, la persistance des dirigeants israéliens dans une attitude « thatchérienne » face aux grévistes. Cette crise risquerait alors de déboucher sur une explosion de colère difficile à contenir.

 

https://www.mediapart.fr/journal/international/200417/israel-palestine-l-heure-de-marwan-barghouti?page_article=2

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22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 09:26
Guerre en Syrie: Israël campe sur ses positions
 
 
Par Chloé Demoulin

Si Israël a vivement dénoncé l’attaque à l’arme chimique du 4 avril, le pays n’entend pas modifier sa politique vis-à-vis du conflit syrien. Depuis 2011, l’État hébreu s’en tient à des frappes ciblées pour protéger sa frontière et empêcher les convois d’armes à destination du Hezbollah, allié du régime syrien

Jérusalem, de notre correspondante.- Au lendemain de l’attaque à l’arme chimique du 4 avril dans la province d’Idlib, en Syrie, le ministre israélien de la défense, Avigdor Liberman, a ouvertement pointé la responsabilité de Damas. « Nous savons que c’est une opération syrienne [menée] par [Bachar al-]Assad de A à Z », a-t-il affirmé dans les colonnes du journal Yedioth Aharonoth. C’est « sûr à 100 % », a-t-il insisté. Jamais une haute autorité israélienne n’avait dénoncé aussi fermement le régime syrien depuis 2011.

Le fait que le coup soit porté par le très belliqueux chef du parti ultranationaliste Israel Beytenou (Israël notre maison), connu pour ses déclarations à l’emporte-pièce, incite toutefois à la prudence. Avigdor Liberman l’a lui-même souligné : une intervention militaire israélienne reste exclue. « Pourquoi devrions-nous prendre ce risque ? C’est la responsabilité de la communauté internationale », a-t-il justifié.

« Depuis 2011, la politique d’Israël s’en tient au strict minimum », explique Amos Harel, spécialiste des questions militaires pour le journal Haaretz. Officiellement, l’État hébreu se veut “neutre” vis-à-vis de la guerre en Syrie, ne souhaitant prendre parti ni pour le régime de Damas, avec lequel il est toujours en état de guerre, ni pour les djihadistes, qui se sont imposés comme une nouvelle menace. Cela ne veut pas dire que le pays, aux premières loges du conflit à sa frontière nord-est et ennemi intime du Hezbollah, allié aux troupes de Bachar al-Assad, reste les bras croisés. Deux lignes rouges ont été fixées par le premier ministre Benjamin Netanyahou : le “débordement” des combats sur le plateau du Golan occupé, limitrophe de la Syrie, et les transferts d’armes à destination du Hezbollah.

Ces dernières années, Israël a ainsi répliqué militairement à plusieurs reprises à la suite des tirs ayant “débordé” sur son territoire. Plusieurs frappes – entre dix et quinze selon les estimations des experts étrangers – ont également été menées en Syrie pour détruire des systèmes de navigation ou de défense aérien et des missiles à longue portée fournis par l’Iran et le régime syrien au Hezbollah. Des frappes rarement revendiquées mais régulièrement attribuées à Israël par Damas, comme celle du 13 avril dernier contre l’aéroport militaire de Mezzah, situé à quelques kilomètres du palais présidentiel de Bachar al-Assad.

Contrairement à ce que pourraient laisser croire les cris d’orfraie poussés par Avigdor Liberman, l’usage d’armes chimiques en Syrie n’est donc pas une priorité pour Israël. L’attaque du 4 avril « ne change pas la donne, confirme Hillel Frisch, professeur à l'université Bar-Ilan et chercheur associé au centre Begin-Sadate d’études stratégiques. Israël doit faire face à tellement d’autres fronts qu’il n’a pas intérêt à s’impliquer davantage dans le conflit syrien ». « Évidemment, ce serait différent si des attaques chimiques de longue portée étaient menées dans notre direction. Mais d’un point de vue strictement technique, nos experts doutent que cela soit possible. La plupart des gaz brûlent au moment du décollage. Il faudrait qu’ils trouvent un moyen pour isoler les gaz, ce qui est extrêmement problématique », estime-t-il. « Bien sûr que l’usage d’armes chimiques change quelque chose. La situation en Syrie évolue en permanence. La politique d’Israël doit donc s’adapter au fur et à mesure », nuance l’avocat Gilead Sher, ancien directeur de cabinet d’Ehud Barak, même si lui non plus ne voit pas l’attaque du 4 avril comme un « tournant » susceptible de modifier la politique de l’État hébreu.

Pour Amos Harel, ce sont plutôt les avancées territoriales du régime syrien et notamment sa « victoire à Alep en décembre dernier, grâce à l’aide de la Russie » qui inquiètent Israël. « Aujourd’hui, 70 % de la zone qui borde la frontière israélienne sont contrôlés par les rebelles. Netanyahou a défini une nouvelle ligne rouge : il ne veut pas de la présence de gardiens de la révolution iranienne, du Hezbollah ou de milices chiites dans cette zone », analyse le journaliste. « La vraie ligne rouge serait le nettoyage ethnique des sunnites à la frontière d’Israël et leur remplacement par des chiites », acquiesce Hillel Frisch.

Sans avoir l’intention de renforcer son engagement militaire sur le terrain, le premier ministre israélien brosse donc Donald Trump dans le sens du poil depuis plusieurs semaines pour obtenir la création de zones tampons entre la Syrie et Israël, mais aussi entre la Syrie et la Jordanie, comme condition à tout accord de paix. Des zones tampons qui empêcheraient le Hezbollah ou l’Iran de s’emparer de positions proches de la frontière israélienne. Le sujet aurait notamment été abordé dès le 14 février dernier, lors de la visite de Benjamin Netanyahou à Washington.

C’est certainement dans cette optique que le premier ministre israélien a apporté son soutien à l’opération militaire menée par les États-Unis le 6 avril, en réaction à l’attaque chimique dans la province d’Idlib. Une opération dont l’armée israélienne avait été prévenue. S’il s’est dit « choqué et indigné » par cette attaque chimique, Benjamin Netanyahou s’est toutefois gardé, contrairement à son frétillant ministre de la défense, de dénoncer Bachar al-Assad ad hominem. Car si Israël espère l’aide des États-Unis, le pays n’a aucune intention de se mettre à dos la Russie, alliée du régime syrien.

Depuis plusieurs mois, les observateurs ont pu constater que Vladimir Poutine est resté silencieux face aux frappes prêtées à Israël sur le sol syrien. Un pacte de non-agression, dont le contenu exact reste inconnu, aurait été conclu entre Tel-Aviv et Moscou. Cet accord donnerait notamment à l’armée israélienne toute latitude pour mener des interventions ciblées en Syrie, dès lors qu’elles ne visent ni à soutenir les rebelles, ni à affaiblir le régime de Damas.

Après la réaction inédite de Donald Trump la semaine dernière, Israël pourrait toutefois avoir du mal à continuer à jouer les équilibristes entre Moscou et Washington. Le 6 avril, Vladimir Poutine a appelé Benjamin Netanyahou pour lui remonter les bretelles après la charge menée par Avigdor Liberman contre Bachar al-Assad. Selon le Kremlin, le président russe a « souligné qu’il est inacceptable de faire des accusations non fondées contre quiconque avant qu’une enquête internationale approfondie et impartiale soit menée ».

Le 7 avril, un communiqué publié au nom des alliés de Bachar al-Assad par l’organe médiatique Ilam Al-Harbi, proche du Hezbollah, affirmait que plus aucune frappe menée sur le sol syrien, d’où qu’elle provienne, ne resterait sans réponse. « Est-ce que cette menace est crédible ? On peut se le demander. Mais il est certain que cela pourrait affecter Israël », commente Amos Harel. « Pour la première fois depuis des années au Moyen-Orient, la superpuissance des États-Unis est contrebalancée par l’intervention de la Russie et de l’Iran et d’acteurs lunatiques comme Bachar al-Assad et le Hezbollah », ajoute Uzi Rabi, directeur du centre Moshe-Dayan pour le Moyen-Orient et l’Afrique. « Israël va devoir étudier des options plus permanentes pour se prémunir » contre cette situation, préconise-t-il.

Pour l’heure, du moins officiellement, Israël réfute toute réorientation de sa politique. « Rien n’a changé dans la position d’Israël vis-à-vis de la guerre en Syrie », assure une porte-parole de l’armée israélienne contactée par Mediapart. « Nous avons la même position qu’il y a un mois et rien ne changera dans les mois qui viennent », insiste-t-elle. « Nous continuerons à prendre en charge des blessés syriens. Rien de plus. » Autre volet de sa politique, Israël a en effet accueilli près de 3 000 blessés syriens dans ses hôpitaux depuis 2013. Après avoir annoncé fin février vouloir réduire la voilure de cette initiative tout aussi humanitaire que stratégique, le gouvernement israélien a finalement assuré récemment qu’il continuerait à la financer le temps nécessaire.

L’accueil de réfugiés syriens en tant que tel reste lui hors de question pour l’État hébreu, qui y voit une potentielle menace terroriste mais aussi identitaire. En janvier, le ministre de l'intérieur israélien avait approuvé à la surprise générale l’accueil de 100 orphelins syriens. Mais selon des sources citées par le Jerusalem Post, leur dossier serait en train de prendre la poussière sur le bureau de Benjamin Netanyahou, qui n’a toujours pas donné son feu vert.

 

https://www.mediapart.fr/journal/international/200417/guerre-en-syrie-israel-campe-sur-ses-positions

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22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 09:23
Shifting the Narrative
 
 
Apr 9 2017 / 11:07 am
 
Emir Abdullah, Herbert Samuel and Winston Churchill, in Al-Quds, March 28, 1921. (Photo: Supplied)
 
 
 
 
 
 
 

By Blake Alcott

Two Springs in a row the Israel lobby prevailed upon the University of Southampton to forbid an academic conference looking at whether Israel is a legitimate state. The trumped-up grounds had been security concerns, as a handful of neighboring Zionist activists had hinted at disruption.

After several other universities in England and the Netherlands likewise deemed the conference too hot to handle, the Southampton-based organizers turned to academic friends at University College Cork, in Ireland, where free speech is still alive, and on the weekend of March 31-April 2, 2017 thirty-eight academic papers were finally discussed on the theme ‘International Law and the State of Israel: Legitimacy, Exceptionalism and Responsibility’.

Richard Falk gave the keynote talk, building on his recent report proving the apartheid nature of Israel as defined in international law. Falk, 2008-2014 UN Special Rapporteur on Palestinian Human Rights, traced the fragmentation of the Palestinian community from 1917 onwards, showed that Israel’s racial policies apply to all Palestinians, not only those living between the river and the sea, and concluded that other states are obliged to put a stop to this, or any other instance of apartheid, through for instance boycott and state-level sanctions.

The report, co-authored by Virginia Tilley, author in 2005 of The One-State Solution, was also forbidden: The commissioning agency, the UN Economic and Social Commission for Western Asia (UNESCWA) in Beirut, took it off its website under pressure from the UN Secretary-General, leading ESCWA leader Rima Khalaf to resign and making it hard to find the actual report online.

International Law vs Israel

The legal scholars who spoke showed that challenges to Israel’s legitimacy are found in perhaps a dozen recurring principles of international law, some binding on all states, as well as many specific documents and covenants. Israel’s settler-colonialism violates, for example, the right to self-determination of the indigenous Palestinian people, whose claim to self-determination in Palestine is many times stronger than that of the Zionist immigrants claiming Palestine for the Jewish people.

Or, take the uncontestable right of the millions of displaced Palestinians to return to their homes in Israel: Over and above anti-colonial and anti-apartheid arguments, the right of return can perhaps be more intensively sought through practical litigation, the more so as the refugees, or displaced, are disenfranchised and often stateless. They had, after all, Palestinian nationality according to the British Mandate Citizenship Order of 1925, but were unilaterally stripped thereof by Israel in 1948-1952. Two speakers specifically addressed this question of the legitimate citizenry of whatever state rules historic Palestine and Israel’s denial of the human right to (one’s own) nationality.

The much-needed presentation by Salman Abu Sitta provided a factual foundation for realizing the right of return, showing on maps the hundreds of ethnically-cleansed villages and counting the at least 8 million dispersed Palestinians who could, realistically, return to the lands restored to Palestinian ownership (over 90% of Palestine) with little conflict with present, secondary residents.

Israel’s genesis was also seen to be relevant to its legitimacy, Ghada Karmi for instance criticizing the United Nations’ mere ‘recommendation’ in General Assembly Resolution 181 of November 29, 1947 that the Palestinian homeland be partitioned. This US-engineered move not only violated provisions of the UN Charter and principles of state succession, but re-opened the basic question of denial of self-determination through the British Mandate, never even investigated by the International Court of Justice.

Since Zed Books will most likely publish a book containing many of the papers, and since the conference site has further information, including a closing statement summarizing the happenings, I will only relate some over-arching points that struck me as a participant.

Courageous Plain Talk

The title of co-organizer Oren Ben-Dor’s talk hints at three major shifts in how we speak about the Palestine-Zionism conflict that were initiated or reinforced by the conference: ‘How can a right for a Jewish State to exist not be tantamount to a right to commit an international crime?’ Or crimes: apartheid, racism and the replacement of an entire indigenous culture by means of force.

First, the shift away from talking about Palestine as if it were only the West Bank and the Gaza Strip, with some fuzzy status for Jerusalem, and hopefully away from co-opting the term ‘occupation’ to refer only to what happened in 1967, even if speaking of the ‘Occupied Palestinian Territories’ is a hard habit to break. The shift is towards always asking after all the rights of all Palestinians – the entire 13 or so million living both within and outside historic Palestine – after decades of ignoring both the Palestinians in Israel and the externally displaced.

Second, the shift away from documenting and condemning Israel’s actions as opposed to exposing its being. It is its self-declared (Jewish) essence, namely, which causes all of its illegal and immoral actions, be it maintenance of the demographic supremacy of Jews, or robbing those under its jurisdiction of their daily dignity, stealing others’ land, or wiping them out in periodic small and large lethal attacks. Thus several speakers looked in detail at Israel’s founding documents and repeated self-definition as an ethno-religious state. From these goals, from this identity, flows the suffering of the Palestinians. In other words, we are once again talking about Zionism.

Third, the shift away from the undesirable two-state solution, away from the partition which has for 100 years been universally rejected by the indigenous, away from Zionism on four-fifths of Palestine. That said, the one-democratic-state alternative was only briefly dealt with, mainly its ‘bi-national’ version rather than the liberal-democratic version which does not assume collective Jewish rights in Palestine. Of course tension remains between the rights-based approach and the solutions-based approach, some maintaining that discussion of solutions should remain an exclusively Palestinian matter.

Other areas of tension: Is it Israel, or only the Israeli ‘regime’, which is incompatible with Palestinians’ political and human rights and with most parts of international law? Shall we directly or circumspectly enter the real-world debate over Israel’s ‘right to exist’ – denial of which would be implied by its illegitimacy? For the Jewish state in Palestine, after all, the question is existential, while the vision shared by all participants was that no Jewish individuals need be expelled or disenfranchised.

A Call for Return and International Solidarity

Crucially, one speaker decried the Eurocentrism of our whole discourse, stating clearly that too little space is given to distinctively Palestinian, or perhaps Western Asian, points of view and categories of legal and constitutional thought. The implicit issue is who ‘owns’ the framework or starting-point of our anti-Zionist approach. What is the right mix of Zio-centrism and its implicit Judeo-centrism with a more positive orientation around Palestinian self-definitions and solutions rooted in the Arab and Arabic history of the Holy Land. This view is perhaps congruent with that of one speaker who elaborated on Jewish opposition to Zionism, both Ashkenazi and Mizrachi, including local Jews present in Palestine for centuries.

Another tension can be discerned between legal and ethical approaches. Since the law is not sui generis, arising rather out of a mixture of ethics and power, no speaker challenged the law’s embeddedness in morality and human rights. Those less knowledgeable about international law, on the other hand, welcomed learning about it and using it as a tool to reach ethical goals.

Real-life Debate

Was the conference ‘balanced’? As to the ratio of Jewish to indigenous-Palestinian speakers, I personally believe the discussion would profit from a higher portion of the latter. The Palestinian Other has in the West been invisible and unheard for so long, and so fundamentally, that even some correction in the other direction might be salutary. Moreover I don’t believe there was space at the conference for Palestinian anger, even hate. While all agreed that peace without the precondition of justice is an unworthy goal, the mix of retributive as opposed to restorative or transitional justice was left undiscussed.

But the issue raised before the conference from its Israel-lobby critics was that it was one-sidedly critical of Israel. As a description, this is of course accurate. But this is meaningless unless we ask why.

All interested academics were invited to submit papers. If only two accepted, that is the problem of the Zionists. In the event only one turned up while the other, Alan Johnson of the Britain Israel Communication and Research Centre (BICOM), cancelled at the last minute. At least one pro-Israel blogger was present, as well as several soft Zionists and an editor of England’s Jewish Chronicle. But both in concept and in practice the conference was open-minded and respectful of all views.

More broadly however, all academic conferences lean one way or another. A conference on Freudian psychology never includes more than one or two who basically reject the Freudian framework. Conferences I have attended on ecological economics never attracted climate-change deniers who believe the earth’s resources and its capacity to absorb pollution are unlimited. To single out this conference for criticism is, well, illegitimate. And there will of course be follow-up conferences, perhaps with more focus and depth and with more time allotted to self-criticism and defensive reasoning by Israeli apologists themselves.

Take-home Thoughts

In sum, if a state is beyond reasonable doubt colonialist, apartheid, and racist, one can only avoid declaring it illegitimate if colonialism, apartheid and racism are declared legitimate – or unless these international crimes are after all legitimate in certain circumstances, bringing us to the hoary justification of Israel’s misbehavior on grounds of exceptionalism.

Personally, I believe that in addition to being a victory for free speech – thanks to the principled tenacity of the organizers and indeed all participants, and to the people of Cork – it was an achievement to take a step towards normalizing the discourse of Israel’s being, its legitimacy or lack thereof, its placement of a European problem’s solution in Western Asia, and whether it is ‘right’ that it exists where it exists and at the cost of the Palestinians. Not only does this address the elephant in the room, it enables contact with the century-old Palestinian resistance to Britain’s imposition of the Jewish National Home project.

One can count the number of Palestinians describing themselves as Zionists on the fingers of one hand. The discourse is once again about Zionism, the Jewish state in Palestine, at the level of the causes of the region’s problems and their possible remedy using international law.

– Blake Alcott is an ecological economist and the director of One Democratic State in Palestine (England) Limited. He contributed this article to PalestineChronicle.com.

 
 
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21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 10:52
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jeudi 20 avril 2017 / 5h:23
Nakba, 1948 - Archives
 
Nakba, 1948 - Archives
 
 
 
 
 
 
Blake AlcottDeux printemps de suite, le lobby israélien a persuadé l’Université de Southampton d’interdire la tenue d’une conférence universitaire qui se proposait d’examiner la légitimité de l’état d’Israël. Les motifs fabriqués étaient des questions de sécurité, étant donné qu’une poignée de militants sionistes du coin avaient laissé entendre qu’il pourrait y avoir des perturbations.

 

Après que plusieurs autres universités en Angleterre et aux Pays-Bas eurent estimé que c’était un événement trop difficile à gérer, les organisateurs, universitaires de Southampton se sont tournés vers des amis universitaires de l’University College Cork, en Irlande, où la liberté d’expression est bien vivante, et au cours du week-end du 31 mars au 2 avril, 38 exposés universitaires sur le thème du ‘Droit international et l’état d’Israël : légitimité, exceptionnalisme et responsabilité’ ont finalement pu être débattus.

Richard Falk fit le discours d’ouverture, prenant appui sur son dernier rapport attestant du caractère d’apartheid d’Israël, tel que défini par le droit international. M. Falk, rapporteur spécial des Nations Unies de 2008 à 2014 sur ‘la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967’, fit remonter le début de la fragmentation de la communauté palestinienne à 1917, montra que les politiques raciales d’Israël s’appliquaient à tous les Palestiniens, pas seulement à ceux qui vivent entre le fleuve et la mer, et conclut que d’autres états étaient dans l’obligation d’y mettre un terme, ou à tout autre cas d’apartheid, par, par exemple, le boycott et des sanctions prises au niveau de l’état.

Le rapport, co-écrit par Virginia Tilley, auteure en 2005 de The One-State Solution (La solution à un état), fut aussi interdit ; l’organisme qui l’avait commandé, la Commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie occidentale (Cesao) à Beyrouth, l’a retiré de son site internet sous la pression du Secrétaire général de l’ONU, amenant la directrice de la Cesao Rima Khalaf, à démissionner, et rendant l’accès au rapport lui-même en ligne difficile.

 

Droit international vs Israël

 

Les spécialistes du droit qui ont pris la parole ont montré qu’à l’aune d’une douzaine de principes récurrents du droit international, pour certains contraignant pour tous les états, et de nombreux documents spécifiques et conventions, la légitimité de l’état d’Israël se trouve contestée. Le colonialisme de peuplement d’Israël viole, par exemple, le droit à l’auto-détermination du peuple palestinien indigène, dont le droit à l’auto-détermination en Palestine est de très loin plus solide que celui des immigrants sionistes revendiquant la Palestine pour le peuple juif.

Ou bien, prenez le droit incontestable des millions de Palestiniens déplacés de retourner chez eux en Israël : au-delà des arguments anticoloniaux et anti-apartheid, peut-être que c’est par le recours en justice concret que le droit au retour peut être plus efficacement recherché, d’autant plus que les réfugiés, ou les personnes déplacées, sont privés de droits et souvent apatrides. Après tout, ils détenaient la nationalité palestinienne au titre du Citizenship Order (décret de citoyenneté) du Mandat britannique de 1925, mais en furent unilatéralement déchus par Israël en 1948-1952. Deux orateurs ont spécifiquement abordé cette question de la citoyenneté légitime de n’importe quel état qui gouverne la Palestine historique et le refus d’Israël de reconnaître le droit de l’homme à sa (propre) nationalité.

L’exposé si nécessaire de Salman Abu-Sitta apporta une base factuelle à la mise en pratique du droit au retour, situant sur des cartes les centaines de villages victimes du nettoyage ethnique, et évaluant à au moins 8 millions, les Palestiniens dispersés qui pourraient de façon réaliste, revenir sur les terres rendues aux propriétaires palestiniens (plus de 90% de la Palestine) sans causer de nombreux conflits avec les occupants secondaires actuels.

Il fut aussi montré que la genèse même d’Israël est une question pertinente pour juger de sa légitimité. Ghada Karmi, par exemple, critiqua la simple ‘recommandation’ des Nations Unies que faisait la Résolution 181 de l’Assemblée Générale du 29 novembre 1947, celle de partager la patrie des Palestiniens. Cette idée dont les États-Unis sont à l’origine, non seulement viola les dispositions de la Charte de l’ONU et les principes de la succession des états, mais ré-ouvrit la question fondamentale du déni de l’auto-détermination par le Mandat britannique, qui n’a même jamais fait l’objet d’une enquête de la Cour Internationale de Justice.

Comme il est fort probable que Zed Books publie un livre contenant un grand nombre des interventions, et comme le site de la conférence apporte d’autres informations, y compris une déclaration de clôture résumant l’événement, je vais me contenter de relater quelques points principaux qui m’ont frappé en ma qualité de participant.

 

Des propos francs et courageux

 

L ‘intitulé de l’exposé du co-organisateur Oren Ben-Dor évoque trois évolutions majeures dans notre façon de parler du conflit qui oppose la Palestine et le sionisme que cette conférence a initiées ou renforcées: « Comment le droit d’exister pour un état juif peut-il ne pas être synonyme du droit de commettre un crime international ? » Ou des crimes : l’apartheid, le racisme et le remplacement par la force de la culture indigène par une autre.

Premièrement, ne plus parler de la Palestine comme s’il ne s’agissait que de la Cisjordanie et de Gaza, avec un statut flou pour Jérusalem, et on peut l’espérer ne plus adopter le terme ‘occupation’ en référence seulement à ce qui s’est produit en 1967, même si parler des ‘Territoires palestiniens occupés’ est une habitude difficile à perdre. L’évolution se fait dans le sens de toujours s’enquérir de tous les droits de tous les Palestiniens – la totalité des quelques treize millions qui vivent à l’intérieur ou à l’extérieur de la Palestine historique – après avoir ignorer pendant des décennies les Palestiniens d’Israël et les déplacés hors de Palestine.

Deuxièmement, cesser de répertorier et de condamner les agissements d’Israël plutôt que de dénoncer son existence. C’est son essence auto-déclarée (juive), en l’occurrence, qui est la cause de tous ses actes illégaux et immoraux, que ce soit préserver la suprématie démographique des juifs, déposséder quotidiennement de leur dignité ceux qui se trouvent sous sa juridiction, voler à d’autres leur terre, ou les éliminer périodiquement lors d’attaques meurtrières, petites ou grandes. Ainsi plusieurs orateurs ont examiné en détails les documents fondateurs d’Israël et son autodéfinition répétée d’état ethno-religieux. De ces objectifs, de son identité, découle la souffrance des Palestiniens. En d’autres termes, une fois de plus nous parlons du sionisme.

Troisièmement, l’abandon de la solution indésirable des deux états, de la partition qui, depuis 100 ans est universellement rejetée par les indigènes, du sionisme sur quatre cinquième de la Palestine. Ceci dit, l’autre solution, celle d’un état unique démocratique ne fut abordée que brièvement, principalement sa version ‘bi-nationale’ plutôt que la version démocratique progressiste qui ne prévoit pas de droits juifs collectifs en Palestine. Il demeure des tensions, bien-sur, entre l’approche basée sur les droits et l’approche basée sur les différents solutions, certains soutenant que la discussion des solutions devrait rester une question exclusivement palestinienne.

Autres domaines de tension : Est-ce Israël, ou seulement le ‘régime’ israélien, qui n’est pas compatible avec les droits politiques et de l’homme des Palestiniens et avec la majeure partie du droit international ? Allons-nous engager le débat du monde réel, sans détour ou avec circonspection, sur le ‘droit à l’existence’ d’Israël – dont le déni serait impliqué par son illégitimité ? La question est après tout existentielle pour l’état juif en Palestine, tandis que la vue partagée par tous les participants était qu’aucune personne juive ne doit être expulsée ou privée de ses droits.

 

Un appel au retour et la solidarité internationale

 

Élément crucial, un orateur a dénoncé l’eurocentrisme de tout notre discours, affirmant clairement que trop peu d’espace est accordé à des points de vue et catégories de pensée juridique et constitutionnelle distinctement palestiniens, ou peut-être d’Asie occidentale. La question implicite étant, qui est ‘propriétaire’ du cadre ou du point de départ de notre approche antisioniste. Quelle est la bonne proportion entre un sio-centrisme et son judéo-centrisme implicite et une orientation plus positive autour d’autodéfinitions palestiniennes et de solutions ancrées dans l’histoire arabe de la Terre Sainte. Cette vue est compatible peut-être avec celle d’un autre orateur qui a exposé l’opposition juive au sionisme, à la fois ashkénaze et misrahim, y compris des juifs locaux présents en Palestine depuis des siècles.

On peut distinguer un autre type de tension, entre les approches juridique et éthique. Etant donné que la loi n’est pas sui generis, mais résultant plutôt d’une combinaison de questions éthiques et de pouvoir, aucun orateur n’a contesté le fait que la loi soit ancrée dans la morale et les droits de l’homme. Ceux qui connaissent moins bien le droit international ont apprécié en savoir plus afin de l’utiliser comme outil pour atteindre des objectifs éthiques.

 

Débat de la vie réelle

 

La conférence était-elle ‘équilibrée’ ? En ce qui concerne la proportion des orateurs juifs par rapport aux orateurs palestiniens d’origine, à mon avis la discussion bénéficierait d’un plus grand nombre des seconds. L’Autre palestinien est invisible et inaudible depuis si longtemps, et si fondamentalement, qu’il pourrait être salutaire d’effectuer une correction dans l’autre direction. De plus, je ne pense pas qu’il y avait à la conférence de place pour la colère palestinienne, ou même la haine. Tandis que tous s’accordaient à dire que la paix sans justice comme pré condition est un objectif indigne, l’incorporation de justice punitive par opposition à une justice réparatrice ou transitoire n’a pas été discutée.

Mais le problème soulevé avant la conférence par ses opposants du lobby israélien est qu’il s’agissait d’une critique unilatérale d’Israël. En tant que description, c’est bien sûr juste. Mais cette critique n’a aucun sens à moins de se demander pourquoi.

Tous les universitaires intéressés ont été invités à soumettre un exposé. Si deux seulement ont accepté, c’est le problème des sionistes. En fin de compte, un seulement s’est présenté, tandis que l’autre, Alan Johnson du Centre de Recherche et de Communication d’Israël en Grande Bretagne (BICOM), a annulé sa participation à la dernière minute. Au moins un bloggeur pro-Israël était présent, ainsi que plusieurs sionistes modérés et un rédacteur du Jewish Chronicle d’Angleterre. Mais dans sa conception et en pratique la conférence était ouverte et respectueuse de tous les points de vue.

Plus globalement toutefois, toutes les conférences universitaires penchent dans un sens ou un autre. Une conférence sur la psychologie freudienne n’inclue jamais plus d’un ou deux orateurs qui fondamentalement rejettent le cadre freudien. Des conférences sur l’économie écologique auxquelles j’ai assisté n’ont jamais attiré ceux qui nient les changements climatiques et qui croient que les ressources de la terre et sa capacité à absorber la pollution sont illimitées. Critiquer cette conférence en particulier est, bien, illégitime. Et, bien sûr, d’autres conférences lui feront suite, qui peut-être seront plus centrées et auront plus de profondeur et laisseront plus de temps à l’autocritique et à une argumentation défensive de la part des apologistes d’Israël eux-mêmes.

 

Matière à réflexion

 

En somme, si un état qui est, hors du doute raisonnable, colonialiste, raciste et pratique l‘apartheid, on ne peut éviter de le qualifier d’illégitime que si le colonialisme, l’apartheid et le racisme sont proclamés légitimes –ou à moins que ces crimes internationaux soient après tout légitimes dans certaines circonstances, ce qui nous amène à la justification usée jusqu’à la corde du mauvais comportement d’Israël pour des raisons d’exceptionnalité.

Personnellement, je crois que, outre une victoire de la liberté d’expression – grâce à la ténacité et aux principes des organisateurs et d’ailleurs de tous les participants, et des gens de Cork – ça n’a pas été un mince exploit que de faire un pas vers la normalisation du discours sur l’existence d’Israël, sa légitimité ou son absence de légitimité, sur le fait qu’il situe en Asie occidentale la solution à un problème européen, et sur la question de savoir si il est ‘juste’ qu’il existe là où il existe et au détriment des Palestiniens. Non seulement cela permet d’aborder le sujet tabou, mais cela permet le contact avec la résistance palestinienne centenaire à l’imposition par la Grande Bretagne du projet d’un foyer national juif.

On peut compter sur les doigts d’une main le nombre de Palestiniens qui se disent eux-mêmes sionistes. Le discours porte une fois encore sur le sionisme, sur l’état juif en Palestine, au niveau des causes des problèmes de la région et du remède qu’il est possible d’y apporter en utilisant le droit international.

* Blake Alcott est économiste de l’environnement et directeur du « One Democratic State in Palestine (Angleterre) Limited ». Il a écrit ce compte rendu pour PalestineChronicle.com.

9 avril 2017 – Palestine chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – MJB

 

pour accéder au texte original (anglais) de l'article : http://www.palestinechronicle.com/shifting-the-narrative/

 

 
 
 
 
 
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Nakba, 1948 - Archives
 
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Blake AlcottDeux printemps de suite, le lobby israélien a persuadé l’Université de Southampton d’interdire la tenue d’une conférence universitaire qui se proposait d’examiner la légitimité de l’état d’Israël. Les motifs fabriqués étaient des questions de sécurité, étant donné qu’une poignée de militants sionistes du coin avaient laissé entendre qu’il pourrait y avoir des perturbations.

 

Après que plusieurs autres universités en Angleterre et aux Pays-Bas eurent estimé que c’était un événement trop difficile à gérer, les organisateurs, universitaires de Southampton se sont tournés vers des amis universitaires de l’University College Cork, en Irlande, où la liberté d’expression est bien vivante, et au cours du week-end du 31 mars au 2 avril, 38 exposés universitaires sur le thème du ‘Droit international et l’état d’Israël : légitimité, exceptionnalisme et responsabilité’ ont finalement pu être débattus.

Richard Falk fit le discours d’ouverture, prenant appui sur son dernier rapport attestant du caractère d’apartheid d’Israël, tel que défini par le droit international. M. Falk, rapporteur spécial des Nations Unies de 2008 à 2014 sur ‘la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967’, fit remonter le début de la fragmentation de la communauté palestinienne à 1917, montra que les politiques raciales d’Israël s’appliquaient à tous les Palestiniens, pas seulement à ceux qui vivent entre le fleuve et la mer, et conclut que d’autres états étaient dans l’obligation d’y mettre un terme, ou à tout autre cas d’apartheid, par, par exemple, le boycott et des sanctions prises au niveau de l’état.

Le rapport, co-écrit par Virginia Tilley, auteure en 2005 de The One-State Solution (La solution à un état), fut aussi interdit ; l’organisme qui l’avait commandé, la Commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie occidentale (Cesao) à Beyrouth, l’a retiré de son site internet sous la pression du Secrétaire général de l’ONU, amenant la directrice de la Cesao Rima Khalaf, à démissionner, et rendant l’accès au rapport lui-même en ligne difficile.

 

Droit international vs Israël

 

Les spécialistes du droit qui ont pris la parole ont montré qu’à l’aune d’une douzaine de principes récurrents du droit international, pour certains contraignant pour tous les états, et de nombreux documents spécifiques et conventions, la légitimité de l’état d’Israël se trouve contestée. Le colonialisme de peuplement d’Israël viole, par exemple, le droit à l’auto-détermination du peuple palestinien indigène, dont le droit à l’auto-détermination en Palestine est de très loin plus solide que celui des immigrants sionistes revendiquant la Palestine pour le peuple juif.

Ou bien, prenez le droit incontestable des millions de Palestiniens déplacés de retourner chez eux en Israël : au-delà des arguments anticoloniaux et anti-apartheid, peut-être que c’est par le recours en justice concret que le droit au retour peut être plus efficacement recherché, d’autant plus que les réfugiés, ou les personnes déplacées, sont privés de droits et souvent apatrides. Après tout, ils détenaient la nationalité palestinienne au titre du Citizenship Order (décret de citoyenneté) du Mandat britannique de 1925, mais en furent unilatéralement déchus par Israël en 1948-1952. Deux orateurs ont spécifiquement abordé cette question de la citoyenneté légitime de n’importe quel état qui gouverne la Palestine historique et le refus d’Israël de reconnaître le droit de l’homme à sa (propre) nationalité.

L’exposé si nécessaire de Salman Abu-Sitta apporta une base factuelle à la mise en pratique du droit au retour, situant sur des cartes les centaines de villages victimes du nettoyage ethnique, et évaluant à au moins 8 millions, les Palestiniens dispersés qui pourraient de façon réaliste, revenir sur les terres rendues aux propriétaires palestiniens (plus de 90% de la Palestine) sans causer de nombreux conflits avec les occupants secondaires actuels.

Il fut aussi montré que la genèse même d’Israël est une question pertinente pour juger de sa légitimité. Ghada Karmi, par exemple, critiqua la simple ‘recommandation’ des Nations Unies que faisait la Résolution 181 de l’Assemblée Générale du 29 novembre 1947, celle de partager la patrie des Palestiniens. Cette idée dont les États-Unis sont à l’origine, non seulement viola les dispositions de la Charte de l’ONU et les principes de la succession des états, mais ré-ouvrit la question fondamentale du déni de l’auto-détermination par le Mandat britannique, qui n’a même jamais fait l’objet d’une enquête de la Cour Internationale de Justice.

Comme il est fort probable que Zed Books publie un livre contenant un grand nombre des interventions, et comme le site de la conférence apporte d’autres informations, y compris une déclaration de clôture résumant l’événement, je vais me contenter de relater quelques points principaux qui m’ont frappé en ma qualité de participant.

 

Des propos francs et courageux

 

L ‘intitulé de l’exposé du co-organisateur Oren Ben-Dor évoque trois évolutions majeures dans notre façon de parler du conflit qui oppose la Palestine et le sionisme que cette conférence a initiées ou renforcées: « Comment le droit d’exister pour un état juif peut-il ne pas être synonyme du droit de commettre un crime international ? » Ou des crimes : l’apartheid, le racisme et le remplacement par la force de la culture indigène par une autre.

Premièrement, ne plus parler de la Palestine comme s’il ne s’agissait que de la Cisjordanie et de Gaza, avec un statut flou pour Jérusalem, et on peut l’espérer ne plus adopter le terme ‘occupation’ en référence seulement à ce qui s’est produit en 1967, même si parler des ‘Territoires palestiniens occupés’ est une habitude difficile à perdre. L’évolution se fait dans le sens de toujours s’enquérir de tous les droits de tous les Palestiniens – la totalité des quelques treize millions qui vivent à l’intérieur ou à l’extérieur de la Palestine historique – après avoir ignorer pendant des décennies les Palestiniens d’Israël et les déplacés hors de Palestine.

Deuxièmement, cesser de répertorier et de condamner les agissements d’Israël plutôt que de dénoncer son existence. C’est son essence auto-déclarée (juive), en l’occurrence, qui est la cause de tous ses actes illégaux et immoraux, que ce soit préserver la suprématie démographique des juifs, déposséder quotidiennement de leur dignité ceux qui se trouvent sous sa juridiction, voler à d’autres leur terre, ou les éliminer périodiquement lors d’attaques meurtrières, petites ou grandes. Ainsi plusieurs orateurs ont examiné en détails les documents fondateurs d’Israël et son autodéfinition répétée d’état ethno-religieux. De ces objectifs, de son identité, découle la souffrance des Palestiniens. En d’autres termes, une fois de plus nous parlons du sionisme.

Troisièmement, l’abandon de la solution indésirable des deux états, de la partition qui, depuis 100 ans est universellement rejetée par les indigènes, du sionisme sur quatre cinquième de la Palestine. Ceci dit, l’autre solution, celle d’un état unique démocratique ne fut abordée que brièvement, principalement sa version ‘bi-nationale’ plutôt que la version démocratique progressiste qui ne prévoit pas de droits juifs collectifs en Palestine. Il demeure des tensions, bien-sur, entre l’approche basée sur les droits et l’approche basée sur les différents solutions, certains soutenant que la discussion des solutions devrait rester une question exclusivement palestinienne.

Autres domaines de tension : Est-ce Israël, ou seulement le ‘régime’ israélien, qui n’est pas compatible avec les droits politiques et de l’homme des Palestiniens et avec la majeure partie du droit international ? Allons-nous engager le débat du monde réel, sans détour ou avec circonspection, sur le ‘droit à l’existence’ d’Israël – dont le déni serait impliqué par son illégitimité ? La question est après tout existentielle pour l’état juif en Palestine, tandis que la vue partagée par tous les participants était qu’aucune personne juive ne doit être expulsée ou privée de ses droits.

 

Un appel au retour et la solidarité internationale

 

Élément crucial, un orateur a dénoncé l’eurocentrisme de tout notre discours, affirmant clairement que trop peu d’espace est accordé à des points de vue et catégories de pensée juridique et constitutionnelle distinctement palestiniens, ou peut-être d’Asie occidentale. La question implicite étant, qui est ‘propriétaire’ du cadre ou du point de départ de notre approche antisioniste. Quelle est la bonne proportion entre un sio-centrisme et son judéo-centrisme implicite et une orientation plus positive autour d’autodéfinitions palestiniennes et de solutions ancrées dans l’histoire arabe de la Terre Sainte. Cette vue est compatible peut-être avec celle d’un autre orateur qui a exposé l’opposition juive au sionisme, à la fois ashkénaze et misrahim, y compris des juifs locaux présents en Palestine depuis des siècles.

On peut distinguer un autre type de tension, entre les approches juridique et éthique. Etant donné que la loi n’est pas sui generis, mais résultant plutôt d’une combinaison de questions éthiques et de pouvoir, aucun orateur n’a contesté le fait que la loi soit ancrée dans la morale et les droits de l’homme. Ceux qui connaissent moins bien le droit international ont apprécié en savoir plus afin de l’utiliser comme outil pour atteindre des objectifs éthiques.

 

Débat de la vie réelle

 

La conférence était-elle ‘équilibrée’ ? En ce qui concerne la proportion des orateurs juifs par rapport aux orateurs palestiniens d’origine, à mon avis la discussion bénéficierait d’un plus grand nombre des seconds. L’Autre palestinien est invisible et inaudible depuis si longtemps, et si fondamentalement, qu’il pourrait être salutaire d’effectuer une correction dans l’autre direction. De plus, je ne pense pas qu’il y avait à la conférence de place pour la colère palestinienne, ou même la haine. Tandis que tous s’accordaient à dire que la paix sans justice comme pré condition est un objectif indigne, l’incorporation de justice punitive par opposition à une justice réparatrice ou transitoire n’a pas été discutée.

Mais le problème soulevé avant la conférence par ses opposants du lobby israélien est qu’il s’agissait d’une critique unilatérale d’Israël. En tant que description, c’est bien sûr juste. Mais cette critique n’a aucun sens à moins de se demander pourquoi.

Tous les universitaires intéressés ont été invités à soumettre un exposé. Si deux seulement ont accepté, c’est le problème des sionistes. En fin de compte, un seulement s’est présenté, tandis que l’autre, Alan Johnson du Centre de Recherche et de Communication d’Israël en Grande Bretagne (BICOM), a annulé sa participation à la dernière minute. Au moins un bloggeur pro-Israël était présent, ainsi que plusieurs sionistes modérés et un rédacteur du Jewish Chronicle d’Angleterre. Mais dans sa conception et en pratique la conférence était ouverte et respectueuse de tous les points de vue.

Plus globalement toutefois, toutes les conférences universitaires penchent dans un sens ou un autre. Une conférence sur la psychologie freudienne n’inclue jamais plus d’un ou deux orateurs qui fondamentalement rejettent le cadre freudien. Des conférences sur l’économie écologique auxquelles j’ai assisté n’ont jamais attiré ceux qui nient les changements climatiques et qui croient que les ressources de la terre et sa capacité à absorber la pollution sont illimitées. Critiquer cette conférence en particulier est, bien, illégitime. Et, bien sûr, d’autres conférences lui feront suite, qui peut-être seront plus centrées et auront plus de profondeur et laisseront plus de temps à l’autocritique et à une argumentation défensive de la part des apologistes d’Israël eux-mêmes.

 

Matière à réflexion

 

En somme, si un état qui est, hors du doute raisonnable, colonialiste, raciste et pratique l‘apartheid, on ne peut éviter de le qualifier d’illégitime que si le colonialisme, l’apartheid et le racisme sont proclamés légitimes –ou à moins que ces crimes internationaux soient après tout légitimes dans certaines circonstances, ce qui nous amène à la justification usée jusqu’à la corde du mauvais comportement d’Israël pour des raisons d’exceptionnalité.

Personnellement, je crois que, outre une victoire de la liberté d’expression – grâce à la ténacité et aux principes des organisateurs et d’ailleurs de tous les participants, et des gens de Cork – ça n’a pas été un mince exploit que de faire un pas vers la normalisation du discours sur l’existence d’Israël, sa légitimité ou son absence de légitimité, sur le fait qu’il situe en Asie occidentale la solution à un problème européen, et sur la question de savoir si il est ‘juste’ qu’il existe là où il existe et au détriment des Palestiniens. Non seulement cela permet d’aborder le sujet tabou, mais cela permet le contact avec la résistance palestinienne centenaire à l’imposition par la Grande Bretagne du projet d’un foyer national juif.

On peut compter sur les doigts d’une main le nombre de Palestiniens qui se disent eux-mêmes sionistes. Le discours porte une fois encore sur le sionisme, sur l’état juif en Palestine, au niveau des causes des problèmes de la région et du remède qu’il est possible d’y apporter en utilisant le droit international.

* Blake Alcott est économiste de l’environnement et directeur du « One Democratic State in Palestine (Angleterre) Limited ». Il a écrit ce compte rendu pour PalestineChronicle.com.

9 avril 2017 – Palestine chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – MJB

 

pour accéder au texte original (anglais) de l'article : http://www.palestinechronicle.com/shifting-the-narrative/

 

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21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 10:43

Victoire du « oui » en Turquie : le début d’une « nouvelle ère » ?

 
 
Interview
19 avril 2017
 
 
 
Le point de vue de Didier Billion
Dimanche 16 mars, Recep Tayyip Erdoğan a finalement remporté le référendum lui permettant de renforcer ses pouvoirs avec 51,3% de « oui ». Le point de vue de Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS.

Doit-on interpréter ce résultat étriqué comme un signe de désaveu pour le président ? Comment expliquer que le « non » l’ait emporté dans les grandes villes du pays, notamment à Istanbul et Ankara qui votent traditionnellement pour l’AKP ?

Le résultat est effectivement étriqué compte-tenu du fait que durant les premières semaines de la campagne électorale, Erdoğan et ses partisans laissaient entendre un score nettement plus favorable. L’objectif n’est donc pas atteint et la victoire apparaît comme un peu juste pour ce projet de présidentialisation du régime. Cette volonté de présidentialiser la nature du régime n’est pourtant pas nouvelle : Erdoğan l’évoquait depuis déjà plusieurs années et la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016 a accéléré le rythme pour aboutir à ce vote référendaire.
Depuis des semaines, la campagne était marquée par l’usage de l’ensemble des moyens étatiques, d’une grande partie des moyens médiatiques et par d’incessantes interventions d’Erdoğan lui-même. Or, malgré l’inégalité patente des temps de parole durant la campagne et des moyens utilisés par chacun des camps, le résultat est au final très serré. Cela signifie qu’en dépit du climat liberticide qui prévaut depuis juillet dernier, marqué par plus de 40 000 arrestations, 120 000 licenciés pour raisons politiques et plus de 150 journalistes en prison, une partie de la société turque résiste avec les moyens qu’elle a à disposition, à savoir par les urnes.

Le vote des grandes villes est effectivement intéressant – à l’exception d’Izmir qui a toujours voté majoritairement pour le parti kémaliste – car, depuis 2002, les mairies AKP y sont majoritaires. Or, ces trois villes principales, ainsi que 7-8 autres de taille moindre, ont voté majoritairement « non ». Cela peut s’expliquer par le fait que, comme dans d’autres pays, les villes sont des lieux où les débats sont les plus vifs. Au contraire, la partie centrale de la Turquie a voté majoritairement pour le « oui » car elle abrite une population plutôt conservatrice et légitimiste, votant donc traditionnellement en faveur du pouvoir et où les débats sont moins clivés. Cette différence illustre aussi le fait que la résistance d’une partie de la société civile s’exprime plus facilement dans les grands centres urbains.


L’opposition conteste la validité du scrutin et appelle à un nouveau décompte des bulletins. La légitimité démocratique du régime est-elle en jeu ?

Il semble malheureusement peu probable que la procédure de recours lancée par l’opposition aboutisse, ce qui illustre le problème d’indépendance des structures judiciaires et du Haut-conseil électoral.

Cependant, ce n’est pas tant la légitimité démocratique du régime de manière générale qui est en jeu mais plutôt la légitimité de ce scrutin en particulier. Certes, un régime présidentialiste est donc issu de ce scrutin contesté par l’opposition. Ceci étant posé, le président et le Parlement ont été élus démocratiquement. En 2014, Erdoğan avait même été élu à la présidence de la République dès le premier tour, ce qui indique qu’il possède une forte base sociale et électorale. Le Parlement a lui aussi été élu et comprend des partis d’opposition. De plus, sur les 18 articles soumis au référendum, 16 d’entre eux ne seront seulement appliqués qu’en 2019. D’ici là, de l’eau va couler sous les ponts du Bosphore et la situation politique peut se modifier. On ne peut donc pas considérer que ce scrutin référendaire remet le régime en cause en tant que tel.


Erdoğan a aussi évoqué la tenue d’un référendum pour le rétablissement de la peine de mort. Entame-t-il de cette manière un divorce définitif avec l’Union européenne ?

Ce référendum avait déjà été évoqué par Erdoğan après la tentative de coup d’État de juillet et a à nouveau émergé au cours des dernières semaines. Il ne s’agit pour l’heure que d’une menace. Mais dans l’hypothèse où un tel référendum serait organisé et si une majorité votait « oui », cela serait rédhibitoire pour la nature des relations avec l’Union européenne (UE). Les Européens ont d’ailleurs fait savoir qu’il s’agissait d’une ligne rouge à ne pas franchir, sous peine de rupture des négociations d’adhésion entre la Turquie et l’UE.
Cela étant, cette menace de rupture des négociations est quelque peu hypocrite. Certes, des discussions existent encore formellement mais, en réalité, il n’y a plus de négociations depuis plusieurs années. Ainsi, bien que cette menace des Européens ne doive pas être prise à la légère, elle ne s’appuie pas sur une réalité tangible.
Par ailleurs, si Ankara peut certes menacer de rompre avec l’UE, il faut savoir que ses échanges économiques avec elle représentent près de 40% des exportations et importations du pays. Le poids économique de l’UE est donc trop important pour que la Turquie puisse rompre du jour au lendemain ses relations avec elle et Erdoğan le sait parfaitement. Certes, le président turc est capable de mettre ses menaces à exécution mais les entrepreneurs turcs, par exemple, sont aussi en situation de lui demander de reconsidérer sa position avec plus de circonspection. On ne peut donc pas imaginer un divorce définitif avec l’UE et plutôt qu’une rupture, il est nécessaire d’entamer une refondation des relations turco-européennes.


Selon les dires de Erdoğan lui-même, ce référendum fait entrer le pays dans une « nouvelle ère ». À quoi ressemblera-t-elle concrètement ?

Le terme « d’ère » est quelque peu exagéré mais non dénué de fondement. Durant la campagne, le président n’a cessé de rappeler que dans un pays moderne – telle que la Turquie selon lui –, il faut que les centres de décision politique soient en situation de réagir vite et bien. Dans un monde où le temps s’accélère, il considère ainsi nécessaire qu’un homme puisse décider rapidement pour les intérêts de son pays, grâce à la nature présidentialiste du régime. A contrario, Erdoğan estimait qu’un régime parlementaire était trop lent à réagir. Grâce à ce référendum, il est désormais doté de capacités de décision rapide.

Par ailleurs, l’utilisation de cette formule illustre chez le président turc une certaine « obsession » politique d’apparaître comme un personnage historique, aussi important que le fondateur de la République de Turquie, Mustafa Kemal. Erdoğan veut marquer de son sceau son passage aux responsabilités politiques et il en prend le chemin car son parti est au pouvoir depuis 2002 et est lui-même président depuis 2014. Sa présidence a été caractérisée par une multiplication des réformes et une modernisation incontestable de la Turquie. Avec cette nouvelle Constitution, Erdoğan marque véritablement l’histoire de la République de Turquie. En effet, la présidentialisation est un fait inédit, de même que la suppression du poste de Premier ministre et que l’importance réduite du Parlement.
 
 
 
 
 
 
 
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