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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 08:56

Face à Netanyahou et à Donald Trump, l’OLP menace et s’essaie à la résilience

Publié le à 12h24

« Personne n’a autant profité des négociations de paix que les Palestiniens »

Saeb Erekat, Secrétaire général du comité exécutif de l’OLP

Mardi 7 février 2017 à l’Académie diplomatique internationale

Saeb Erekat

Comment exprimer sa colère, après tant d’avanies? Comment esquisser une riposte qui paraisse crédible ? Comment se faire entendre, à l’ombre des puissants…..

Saeb Erekat n’ignore rien de ces questions. Cet ancien négociateur palestinien est l’un des meilleurs connaisseurs des arcanes diplomatiques où se joue, en partie, le sort de son pays. A partir de 1995 et pendant près de quinze ans, il a été de toutes les discussions sur l’autonomie partielle de certains territoires palestiniens. Proche du leader historique palestinien Yasser Arafat, il a joué un rôle clé dans les négociations de Camp David (2000) et de Taba (2001) qui, sous la houlette du président américain Bill Clinton, se sont approchées le plus d’un accord de paix global entre Israël et l’OLP.

Secrétaire général du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), cet élu de Jéricho, ville vieille de 9000 ans, conserve une position clé dans le système politique palestinien. Il était à Paris mardi 7 février dans la délégation accompagnant le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, qui a rendu visite à François Hollande. La veille, le parlement israélien – la Knesset – avait adopté une loi permettant de déclarer israélienne des terrains privés palestiniens de Cisjordanie. Un vote qui provoqua un tollé dans le monde entier car il ouvre la possibilité d’une annexion par morceaux de la Cisjordanie. Le président Donald Trump, en revanche, n’a pas réagi, lui qui recevra le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou le 15 février.

> Lire l’article « Israël a voté une loi en faveur des colons en Cisjordanie », sur le site de La Croix

Devant une cinquantaine de personnes – diplomates, chercheurs, journalistes – réunis à l’Académie diplomatique internationale, Saeb Erekat a protesté contre cette « soi-disant loi » – qui pourrait être invalidée par la Cour suprême israélienne. Et il a défendu coûte que coûte la piste d’une solution du conflit fondée sur le scénario de deux États vivant côte à côte dans la paix et la sécurité – scénario pourtant rendu de plus en plus difficile par la colonisation.

Le nombre de colons en hausse

Selon des chiffres rendus publics jeudi 9 février par Yesha, la principale organisation des colons, plus de 421 000 colons israéliens vivaient fin 2016 en Cisjordanie, un chiffre en hausse de 3,9% par rapport à l’année précédente. Et selon le Jerusalem Institute for Israel Studies, plus de 203 000 autres vivaient dans des quartiers de colonisation à Jérusalem-Est, en 2014.

« Je ne regrette aucune de toutes ces minutes passées à négocier »

« Pour reprendre les négociations entre Palestiniens et Israéliens, il n’est pas besoin de réinventer la roue », commence Saeb Erekat. « Nous les Palestiniens, nous l’OLP, nous avons reconnu le droit d’Israël à exister, en paix et en sécurité, sur 75% du territoire de la Palestine mandataire britannique. A partir des accords d’Oslo en 1993, nous avons négocié de bonne foi avec les Israéliens. Je ne regrette aucune minute de tout ce temps passé. Personne n’a autant profité des négociations de paix que les Palestiniens. Et personne n’aurait autant à perdre d’une abrogation des accords conclus que les Palestiniens ».

> Lire Le décryptage des accords d’Oslo sur le site Les clés du Moyen Orient

« Nous n’avons pas d’armée, pas d’économie »

« Ces accords nous octroient des droits, alors que le rapport de force militaire nous est totalement défavorable. Nous les Palestiniens, nous n’avons pas d’armée, pas d’aviation, pas de marine, pas d’économie ».

« La loi du 6 février, un premier pas vers l’annexion »

« L’option de paix sur laquelle nous travaillons, et qui est toujours la mienne, c’est la solution à deux États. Mais Benjamin Netanyahou n’a pas arrêté de vouloir la détruire depuis qu’il est devenu pour la première fois premier ministre en 1996, et même dès 1993. Et il a vraiment fait du bon boulot !! La soi-disant loi votée lundi 6 février en est un bel exemple. Si elle n’est pas cassée par la cour suprême israélienne, elle permettra de légaliser les colonies illégales, elle autorisera le vol et le pillage du sol palestinien. Ce serait un premier pas vers l’annexion des territoires de la Cisjordanie. Un deuxième coup après l’annexion de Jérusalem-Est par Israël en 1967″.

« Nous combattons le sionisme, pas le judaïsme »

« Mais d’accord ! Faisons comme si Netanyahou avait gagné et qu’il avait détruit la solution à deux États », enchaine Saeb Erekat, en puisant dans l’art de la rhétorique. « Il nous a vaincus, nous les Palestiniens modérés, et tous les Arabes modérés, et le camp de la paix israélien. Que se passera-t-il après? Les Palestiniens, qui sont musulmans et chrétiens, se convertiront-ils au judaïsme? Certainement pas. Attention ! Nous ne sommes pas en guerre contre le judaïsme, qui est une des plus grandes religions du monde. Mais nous combattons l’Israël nationaliste, le sionisme, l’accaparement des terres. Notre conflit est politique, il est pour le contrôle de nos territoires, l’affirmation de notre nation ».

« S’il n’y a qu’un seul État, comment fonctionnera-t-il? »

« Ce sont Netanyahou et ses alliés extrémistes qui veulent nous entrainer vers un conflit religieux. Car s’il n’y a qu’un seul État, comment fonctionnera-t-il? Comme un État démocratique où tous les citoyens, juifs et arabes, seront à égalité? Quand on dit cela, Netanyahou nous accuse de menacer le caractère juif d’Israël ! »

« Netanyahou et consorts se rapprochent de tous les suprématistes »

« En fait, pour les Israéliens qui prône la solution d’ « un État, deux systèmes », il n’y a pas d’autres options que celui d’un régime d’apartheid, avec nos villes enfermées dans des enclaves, le vol de la terre, les démolitions de maisons, les punitions collectives,un contrôle généralisé… Netanyahou et consorts voudraient-ils que nous acceptions un tel sort en remerciant Dieu d’être ainsi placés sous l’occupation israélienne? Pourquoi essaient-ils donc de se rapprocher de tous les suprématistes et extrémistes de droite en Europe et aux États-Unis si ce n’est pour créer une alliance contre l’Islam, contre les Arabes et in fine contre les Palestiniens? »

« Un terrible constat »

« Mahmoud Abbas, lui, refuse la violence », affirme Saeb Erekat. « Il croit à la solution à deux États. Mais si Israël n’y croit pas, si nous arrivons à la conclusion que Netanyahou ne veut pas de cette solution, ce sera un terrible constat. Car nous ne participerons pas un système où il y aurait deux cartes d’identité différentes, l’une pour les juifs, l’autre pour les Arabes; deux plaques d’immatriculation différentes, l’une pour les juifs, l’autre pour les Arabes ».

« Nous ne coopérerons pas à un régime d’apartheid »

« Notre réaction sera d’abord l’enracinement : j’y suis, j’y reste ! Puis l’abandon de la reconnaissance d’Israël. Car enfin, si Israël ne veut pas d’un État de Palestine, pourquoi reconnaitrait-on Israël? Cela mettrait fin à toutes nos relations officielles, politiques, sécuritaires, économiques entre l’Autorité palestinienne et Israël. Lorsque nous disons cela, Netanyahou nous accuse de recourir à la menace. Mais quel choix nous laisse-t-il? Nous n’accepterons pas de coopérer à un régime d’apartheid ».

« Un État sans Jérusalem-Est comme capitale n’a aucun sens »

« Même chose si le président américain Donald Trump décidait de transférer l’ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem. Si les Américains ou qui que ce soit déménagent leur ambassade, c’est un fait accompli, c’est la reconnaissance de l’annexion de Jérusalem-Est par Israël, point final. Or pour nous, Palestiniens, avoir un État sans Jérusalem-Est comme capitale n’a aucun sens ».

« A la puissance occupante de payer pour l’occupation »

« Si nous nous réveillons un matin, allumons Fox News ou CNN et apprenons que quelqu’un a pris la décision de déménager l’ambassade, le jour même, la reconnaissance par l’OLP de l’État d’Israël sera révoquée et l’État de Palestine demandera son accession à seize organisations internationales auxquelles il peut prétendre. Et nous dirons à la puissance occupante israélienne d’assumer ses responsabilités. Vous les Européens, vous n’aurez plus besoin de nous envoyer de l’argent. Car selon le droit international, ce sera la responsabilité de la puissance occupante de payer les salaires de nos instituteurs, de nos policiers, de nos éboueurs. Et puis nous irons devant les Nations-Unies et nos demanderons que l’adhésion d’Israël, pays qui n’obéit à aucune résolution, à aucune loi internationale, soit suspendue jusqu’à ce que son comportement change ».

« Ne nous mettez pas dans la situation où nous n’avons plus rien à perdre »

« Nous disons à Netanyahou, à Trump, ne nous mettez pas dans la situation où nous n’avons plus rien à perdre. C’est le cas déjà avec la loi du 6 février, qui est un crime de guerre. Pour la contrer, nous ne recourrons pas à la violence mais au droit international. Nous saisirons la Cour pénale internationale. Israël n’en est pas membre mais c’est un État qui doit se soumettre à la loi commune ».

« Israël fait partie de la culture américaine »

« Je sais que ce jour-là, le Congrès des États-Unis entrera en guerre contre l’OLP, nous déclarera terroriste, fermera notre bureau à Washington. Car Israël fait partie intégrante de la vie politique des États-Unis, et même de leur culture et de leur religion. Nous, non ! Mais ceux qui pensent que les colonies sont légales, que l’annexion de Jérusalem-Est est légale, sont dans un déni de réalité. Ils nous ignorent mais pensent-ils pouvoir nous faire disparaître? Les colonies sont en violation des résolutions de l’ONU, des conventions de Genève, du droit international. Cela relève des crimes de guerre. Les États-Unis doivent se convaincre que la solution à deux États fait partie de leurs intérêts vitaux. »

« Netanyahou veut dicter sa solution »

« Cela passe par des pressions sur Netanyahou, qui a toujours fermé la porte aux négociations. Quand François Hollande l’a invité à venir à Paris en même temps que Mahmoud Abbas, il a refusé. Idem quand Poutine les a invités. Il ne veut pas négocier. Il veut dicter la solution. Il veut nous convaincre de céder à ses attentes, nous contraindre de vivre sous apartheid. Ne l’encouragez pas! »

« Les colonies violent le droit international »

« Les colonies doivent être totalement boycottées. Elles violent le droit international. L’Union européenne a décidé d’un étiquetage spécial pour les productions qui en viennent. Mais c’est comme si elle disait : attention, nous vous signalons que ce produit est volé mais si vous le voulez, vous pouvez l’acheter quand même ! Il faut refuser tout contact avec les entreprises ou les instituts de recherche israéliens basées dans les colonies. Savez-vous que chez moi, à Jéricho, je suis obligé de payer mon eau à une compagnie israélienne qui me la vend un dollar le mètre cube alors qu’à quelques kilomètres, une colonie élève des alligators dans un lac artificiel? ».

> Lire « L’Union européenne impose l’étiquetage des produits venant des colonies israéliennes », article posté par La Croix le 11 novembre 2015

« La France doit reconnaitre l’État de Palestine »

« Quant à la France, elle a voté la récente résolution 2334 du conseil de sécurité de l’ONU. Mais pourquoi ne reconnait-elle pas l’État palestinien? Elle est pour la solution à deux États, mais pourquoi n’en reconnait-elle qu’un seul? Celui d’Israël et pas celui de Palestine? Si elle veut sauver l’option à deux États, ne devrait-elle pas sauver l’État de Palestine? Ce serait la meilleure preuve de soutien. C’est ce qu’a fait la Suède, mais aussi les parlements britannique, espagnol, portugais et français !…. Aujourd’hui, à l’heure de Facebook, personne dans le monde n’ignore le conflit israélo-palestinien, ni les positions des uns et des autres. Et c’est aussi un conflit qui alimente la propagande de Daech, Al-Qaïda et les autres djihadistes ».

« L’Autorité palestinienne tient le cap de la démocratie »

« Quant à nous, Palestiniens, nous sommes comme tout le monde. Il y a parmi nous des gens bien, des gens mauvais, des gens normaux. Nous vivons sous occupation et cela nous marque, évidemment. Mais l’Autorité palestinienne tient le cap de la démocratie. On compte 26 partis ou forces politiques palestiniennes; les enseignants étaient en grève l’an dernier; les médias nous critiquent tout le temps !! »

« Organiser des élections »

« Il faut que nous organisions des élections. Pour cela, nous devons constituer une gouvernement d’union nationale avec le Hamas, pendant environ six mois. Ce n’est pas simple car si le Hamas est bien un parti palestinien, c’est aussi un membre de l’organisation des Frères musulmans, qui refuse l’idée d’État national et prône un État panislamique. Mais il y a un point sur lequel nous devons trouver un accord : c’est de régler nos différends par le vote, et pas par les armes. C’est ce que Mahmoud Abbas a dit à Ismaël Haniyeh et à Khaled Mechaal quand il les a vus en octobre dernier à Doha ».

« Un seul État, un seul drapeau, une seule Autorité »

« Nous connaissons tous la complexité de la région du Proche et du Moyen-Orient. Dans un tel contexte, en tant qu’OLP et qu’Autorité palestinienne, nous espérons que tout le monde comprendra que la seule façon d’avancer, c’est l’unité nationale : un seul État palestinien, un seul drapeau, une seule autorité pour la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza ».

 

Pour aller plus loin

L’article « Le cri d’alarme de John Kerry contre la colonisation des territoires palestiniens par Israël« , posté sur le blog Paris Planète le 9 janvier 2017.

Le Grand Format posté le 13 janvier 2017 sur le site de La Croix expliquant comment engager les négociations pour aboutir à un accord de paix entre Israël et la Palestine, selon l’ancien secrétaire d’État américain John Kerry.

La position de la France sur le conflit israélo-palestinien, exprimé le 15 janvier 2017 lors de la Conférence pour la paix au Proche Orient organisée à Paris, et le commentaire d’Alain Gresh, « La dernière gifle de Benyamin Nétanyahou à François Hollande« , sur le site Orient XXI.

L’article « Les ONG israéliennes devront révéler les financements provenant de l’étranger », posté sur le site de La Croix le 9 février 2016 et l’article « Benjamin Netanyahou dénonce la rencontre entre Charles Michel et deux ONG » posté sur le site de la Radio télévision belge francophone (RTBF) le 8 février 2017.

L’article « Le combat d’un leader palestinien contre les Frères musulmans« , posté sur le blog Paris Planète le 22 février 2015.

L’article « L’Iran veut être nucléaire pour dominer le Moyen Orient« , posté sur le blog Paris Planète le 8 mars 2015.

Le dossier de La Croix consacré à Israël.

Le site du réseau de presse indépendante Palestine News Network (en anglais).

Le site du quotidien israélien Haaretz (en anglais).

Les archives de La Croix sur les accords d’Oslo, négociés entre Israéliens et Palestiniens, en août 1993.

Jean-Christophe Ploquin

 

http://paris-international.blogs.la-croix.com/face-a-netanyahou-et-a-donald-trump-lolp-menace-et-sessaie-a-la-resilience/2017/02/11/

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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 08:50
Netanyahu wants to repress my group, Breaking the Silence. May, don’t help him
 
 
Shaul
 
Israel’s friends in the UK should fight to protect funding for an organisation that bears witness to the moral price paid for the maltreatment of Palestinians
 

On Monday the Israeli prime minister, Benjamin Netanyahu, met with his British counterpart, Theresa May. Among other things, he asked her to stop the UK government’s funding of the group I co-founded, Breaking the Silence, as well as other human rights organisations in Israel and Palestine. This is regardless of the fact that Breaking the Silence has not received funding from the British government since 2011.

As an Israeli, it’s not my place to tell Netanyahu to stop interfering in decisions made by the British government. That’s something British citizens can do. What I can do is shed some light on the reason Netanyahu is so intent on stopping us, an organisation of soldiers who encourage public debate on the reality of occupation and the moral price it exacts from Israelis.

As Netanyahu made his way back to Israel, the Knesset passed the regulation bill, a land expropriation law that seeks to retroactively legalise the theft of Palestinian land by Israel for the benefit of settlement development.

There’s nothing new about stealing Palestinian land for the purpose of settlement expansion. This is what Israel has been doing for nearly 50 years. It’s the only way we could have installed 700,000 Israeli settlers across the green line. Sometimes this land grab is achieved by declaring Palestinian land “state land” (Israeli property), and sometimes by sealing an area off for security purposes.

What’s new about the passing of this bill is that legislation concerning what goes on in Palestine – which until now was subject to the Israeli Defense Forces (the sovereign entity in Palestine) – was decided for the first time by the Israeli parliament, a body that Palestinians cannot vote for, and which therefore does not represent them.

In so doing, the Israeli parliament took my country one step closer towards being an apartheid state. But more than anything else, the regulation law clearly indicates that the Israeli government is neither interested in ending the occupation nor in achieving a two-state solution.

For the soldiers involved with Breaking the Silence, who served in Palestine and enforced the policy of occupation, this is not new. This reality became clear to me during my first days serving in the heart of Hebron. I was one of 650 combatants guarding 850 settlers in a city of 200,000 Palestinians.

One of our main missions was to “make our presence felt”. The idea was that if Palestinians experienced IDF presence in any place, at any time of day, they would be deterred from carrying out attacks. We operated three patrols in Hebron for this purpose. Day and night, we would go into the Casbah, the Old City of Hebron. Entirely at random, rather than on the basis of any intelligence, the officer or sergeant would pick a house. We woke up a family at two in the morning, fully armed, and searched the house – for no reason.

We then started knocking on the doors of houses and shops to make noise, in the middle of the night. We ran to the other side of the Old City, entered another house – and this continued for eight hours, until the end of our shift.

This has been the protocol: 24 hours a day, seven days a week, since the start of the second intifada in September 2000. The sole purpose was to intimidate the Palestinian population through what we called “creating a sense of persecution”. Because this is what you have to do, when you want to maintain control over millions of people with no rights, and with no endgame in sight. The only way to do it is to induce constant fear, and as soon as this fear becomes routine, ramp it up more, to no end.

This is the kind of behaviour was carried out in the interest of bolstering occupation, not ending it. These are not the policies implemented by people who desire to live peacefully alongside millions of Palestinians in the West Bank, but rather by those seeking to control them forever.

This is the policy Netanyahu seeks to uphold, and why it’s so important to him to stop us or anyone else who tries to resist it. As Israelis, we must ask ourselves what kind of Israel we want, a democratic state or an apartheid state. We at Breaking the Silence choose democracy and human rights – and that’s why we’re working tirelessly to oppose the occupation.

Friends of Israel in the UK should ask themselves what it means to be pro-Israel: is it helping Netanyahu maintain the occupation, turning us into an apartheid state? Or is it helping to restore democracy through ending the occupation, thus actualising a two-state solution?

 
 
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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 07:51

Syrie. Des combattantes arabes contre Daech

 
 
Samedi, 11 Février, 2017
Humanite.fr

Elles sont arabes, et comme leurs consœurs kurdes, elles combattent dans les rangs des Forces démocratiques syriennes (FDS) contre les djihadistes de Daech.

Jusque-là, il n’y avait que les femmes kurdes qui avaient pris les armes contre les djihadistes. Mais depuis quelques temps, dans cette région du nord est-syrien, près de Raqqa, elles sont de plus en plus nombreuses, ces jeunes femmes arabes à imiter l’exemple de leurs consœurs kurdes et à rejoindre les rangs des « Unités de protection de la femme », au sein des Forces démocratiques syriennes (FDS, coalition arabo-kurde).
 
Lesquelles ont fait montre d’une redoutable efficacité en s’emparant de plus de 200 villages à proximité de Raqqa, le fief de Daeh.
 
L’engagement de ces jeunes femmes arabes dans les rangs des FDS constitue une révolution dans cette région conservatrice du nord-est syrien traversée par l’Euphrate, une région où de tout temps, y compris sous le régime du parti Baas, les femmes sont confrontées à la persistance du poids dominant des traditions et de l’archaïsme bédouin et religieux.
 
Et, selon les témoignages cités par l’AFP, elles assument pleinement leur nouveau statut : « Mon but est de libérer la femme de l'oppression de Daech mais aussi de l'oppression de la société » affirme l’une d’elles.
 
Le nombre de combattantes arabes ayant rejoint les FDS s'élève actuellement à plus de 1.000, assure la kurde Jihan Cheikh Ahmad, une des porte-parole des YPG (Unités de protection du peuple). Les victoires remportées contre l'EI les ont encouragées à se rallier aux FDS.
 
En 2014, l’Algérienne Linda Chalabi, mariée à un kurde syrien, était la première femme non kurde à s’engager dans les rangs des « Unités de protection de la femme » à Kobané.
 
Elle semblait être une exception. « Je vis ici depuis 7 ans, mon mari est ici, je me suis habituée aux gens ici. C'est mon deuxième pays, je me sens comme si j'étais en Algérie, pas dans un pays étranger. Je ne peux pas abandonner Kobané simplement » témoignait-elle en décembre 2014 sur la chaîne privée algérienne KBC, propriété du journal arabophone algérien El-Khabar.
 
Depuis, d’autres femmes non kurdes l’ont donc rejointe.
 
Raqqa est le principal objectif des FDS appuyées par la Coalition internationale.
 
Ces jeunes femmes arabes et kurdes seront sans doute en première ligne aux côtés de leurs homologues hommes face aux djihadistes de Daech, terrés dans leur capitale autoproclamée.
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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 07:43

ISRAËL – Le mythe d’une « démocratie » au Proche-Orient

Mercredi 18 janvier 2017, plusieurs milliers de militants Palestiniens et Israéliens se sont rassemblés dans le village arabe d’Umm al-Hiran, dans le désert du Néguev, pour protester contre la destruction de 150 habitations.

Le village fait partie des 35 localités bédouines non-reconnues par l’État d’Israël et donc considérées comme des « intrus ». Le gouvernement israélien souhaite en effet déplacer des milliers de bédouins, afin de les sédentariser – de force –, ailleurs, libérant ainsi l’espace pour la réalisation de divers projets immobiliers.

Parmi les manifestants, se trouvait Ayman Odeh, député à la Knesset et leader lors des dernières élections de la Liste Arabe Unie. Des heurts ont rapidement éclaté avec la police, et le député Odeh a été grièvement blessé à la tête et au dos, visé par des tirs de balles en plastique.

Déjà, plus personne ne croit à la légende qui raconte que le Mouvement sioniste a « changé le désert en jardin » et que des orangeraies ont poussé en Palestine, « là où il n’y avait rien » ; un autre mythe s’évapore lui aussi peu à peu, celui de « la seule démocratie du Proche-Orient ».

La poursuite de la Nakba

Les habitants d’Umm al-Hiran sont citoyens israéliens, tous comme les 70.000 autres Bédouins vivant dans des villages menacés d’expulsion et les 1,77 millions de Palestiniens vivant en Israël.

Ils le sont depuis la loi de 1952 qui accorde la citoyenneté aux Arabes résidant en Israël ; et 67,2% de ces familles bédouines vivent sous le seuil de pauvreté, comme 38,9% de la communauté arabe (cfr. « Israeli government policy toward the Arab community », Mossawa Center, 30 mars 2016).

L’unique raison de la violence qui s’exerce contre eux réside dans le fait qu’ils ne sont pas « Juifs ». En Israël, 93% du foncier appartient à l’État, rendant l’accès à la terre quasiment impossible aux non-juifs. L’ONG Adalah a ainsi recensé plus de cinquante lois ou décrets discriminant les Arabes. Entre autres choses, la question du service militaire : obligatoire pour tous les citoyens juifs, il est considéré comme un passage essentiel d’intégration à la vie adulte et professionnelle ; mais les citoyens arabes en sont dispensés et, le système reposant sur la sacralisation du soldat, ils restent invariablement en marge de la société et des postes clés.

Le caractère démocratique d’Israël repose généralement sur le fait que la minorité arabe possède le droit de vote.

Une réalité qui doit être replacée dans son contexte. En décembre 1947, quelques semaines après l’annonce du partage de la Palestine, David Ben Gourion, leader de l’Agence juive et futur premier ministre d’Israël, indique que la présence dans la zone destinée au futur État d’Israël de 40% de non-juifs « ne constitue pas une base solide pour un État juif », et que seul « un État avec au moins 80% de juifs sera viable et stable ». Le même objectif est défendu dans le Jerusalem Master Plan (cfr. Francesco Chiodelli, « The Jerusalem Master Plan : Planning into the Conflict », Jerusalem Quarterly 51), une politique publique revendiquée par l’actuel maire de Jérusalem, Nir Barkat, et qui vise à obtenir d’ici 2020 une diminution significative du nombre de Palestiniens dans la ville. Si actuellement 37% des habitants sont arabes, l’objectif est de limiter cette population à 30% de la part totale, pour assurer la présence d’au moins 70% de Juifs. Ceci pourrait expliquer pourquoi, en dépit de la loi de 1980 sur la réunification de Jérusalem par Israël, les Palestiniens vivant à Jérusalem-Est n’ont pas le droit de vote : leur alliance avec des partis anticolonialistes israéliens pourraient changer la donne politique.

Par ailleurs, le rapport à l’État varie en fonction de l’origine ethnique. Le champ politique est divisé entre ceux des citoyens qui soutiennent le sionisme et ceux qui plaident pour redéfinir les contours de l’État hébreux. Parmi les premiers, nous retrouvons des partis politiques qui se positionnent sur un ensemble de sujets allant de l’économie au social en passant par l’international et l’éducation, mais se rejoignent sur un même enjeu : maintenir une majorité juive en Israël. À l’inverse, la seconde sphère mène essentiellement une lutte pour la séparation du sionisme et de l’État.

Les mouvements politiques arabes en Israël ont droit à l’expression politique, tant qu’ils ne remettent pas en cause la primauté juive. Les manifestants d’Umm al-Hiran dénonçaient l’expropriation de la terre de Palestine par Israël, une spoliation qui a débuté bien avant 1948 et la Nakba (la « catastrophe », terme par lequel les Palestiniens désignent l’expulsion de centaine de milliers d’entre eux lors de la création de l’État d’Israël), et qui se poursuit insidieusement. Des critiques inacceptables pour l’establishment israélien qui, en tant qu’autorité coloniale, ne pouvait répondre que par la répression.

L’État d’Israël se défend de traiter différemment ses citoyens en fonction de leur appartenance ethnique. Mais la complexité du système israélien est basée sur le fait que les discriminations sont en partie l’œuvre d’organismes à qui l’État à déléguer certaines prérogatives. L’Agence Juive, par exemple, liée à l’Organisation sioniste mondiale, est en charge de faciliter l’immigration des Juifs en Israël. Elle dispose de moyens conséquents pour octroyer des aides sociales et des logements. Le Keren Hayessod collecte quant à lui des fonds dans la diaspora juive pour financer les principaux aménagements du pays. Le Fonds national juif est chargé de l’achat et de la gestion de la terre.

Tous trois sont reconnus comme « institutions nationales » ; ils agissent bien sûr pour les seuls intérêts de la communauté juive et dédouanent l’État de pratiques « non-démocratiques ».

Les juifs anticolonialistes, « traitres à la nation »

Jusqu’à ces dernières années, les Juifs israéliens anticolonialistes bénéficiaient d’une relative protection de parole et d’acte de par leur appartenance ethnique. Benyamin Netanyahu, premier ministre d’Israël, semble déterminé à y mettre fin.

Avec la seconde Intifada, le climat en Israël s’était durcit pour les opposants à la politique d’occupation et de colonisation. L’arrivée de Naftali Bennett, leader du parti ultra-nationaliste Le Foyer Juif, dans l’entourage de Netanyahu a vu la situation s’aggraver : en mars 2011, la Knesset a voté un amendement au budget d’État qui stipule l’interdiction de financer des associations qui, le jour de la fête nationale, organisent une commémoration de la Nakba.

Le 11 juillet 2016, par 57 voix contre 48, une loi sur les ONG a été votée : toutes les organisations qui reçoivent plus de la moitié de leur financement de gouvernements étrangers doivent le notifier sur chacune de leur publication. L’objectif est clair : placer sur le banc des traîtres à la nation les ONG qui défendent les droits des Palestiniens. Pour le leader du Parti travailliste, Isaac Herzog, peu connu pour son engagement anticolonialiste, cette loi illustre le « fascisme bourgeonnant » en Israël.

Dans la foulée, c’est une loi autorisant l’expulsion de membres de la Knesset qui a été votée. Pour cela, il faudra que 90 députés, sur les 120 que compte l’assemblée, jugent l’attitude de l’un d’entre eux inappropriée. Là encore, les cibles sont claires : les députés arabes qui participent régulièrement à des manifestations aux côtés de Palestiniens. Parallèlement, Ayelet Shaked, ministre de la Justice et membre du Foyer Juif, s’attèle à définir les contours d’une prochaine loi devant sanctionner les citoyens qui participent au mouvement Boycott, Désinvestissement, Sanctions contre Israël.

Puis, vint le 14 octobre 2016, lorsque Hagai El-Ad, directeur exécutif de l’ONG de défense des droits de l’homme B’Tselem, a été invité à s’exprimer devant le Conseil de Sécurité de l’ONU dans le cadre d’une réunion sur les « colonies illégales israéliennes ». Face aux ambassadeurs et diplomates, il a déclaré : « Israël ne peut pas se considérer comme une démocratie tout en occupant le territoire d’un autre peuple. » En 2015 déjà, il avait affirmé dans une tribune au New-York Times, à propos de l’occupation et de la colonisation que « tout cela est honteux. Et l’un des aspects les plus honteux de l’occupation est sa façade démocratique qui obscurcit une réalité antidémocratique et oppressive. »

Le gouvernement israélien a aussitôt dénoncé ces propos et a accusé Hagai El-Had de « trahison » et de propager des « calomnies ». La surenchère a provoqué une polémique, lorsque le représentant de la coalition gouvernementale à la Knesset, David Bitan, a proposé une loi interdisant aux citoyens de critiquer Israël sur la scène internationale au risque de se voir déchoir de leur nationalité. Bien qu’elle ait reçu peu de soutiens dans son propre camp, la proposition de David Bitan donne une idée de la température du débat en Israël.

En revanche, 51 députés contre 17 ont validé en première lecture, le 11 janvier 2017, une loi interdisant à l’ONG Breaking the Silence d’intervenir dans les écoles. L’organisation recueille et collecte les témoignages d’anciens soldats afin de « briser le silence » sur les réalités du service militaire israélien et de l’occupation des territoires palestiniens.

Le retour des « marchands de sang »

Ironiquement, c’est également le 11 janvier 2017 que Frédéric Encel, géopolitologue, et Philippe Val, ex-directeur de Charlie Hebdo, ont partagé la tribune d’une salle de conférence de la TAL Business School à Tel-Aviv.

La thématique en était : « France-Israël, deux démocraties face au fléau islamiste ». Elle faisait échos aux propos de Benjamin Netanyahu qui, à la suite de l’attaque au camion bélier sur des soldats israéliens à Jérusalem, avait voulu faire un lien entre Daesh et l’auteur de l’opération, un Palestinien de Jérusalem-Est. Ou peut-être à ses affirmations selon lesquelles Yakoub Mousa Abu al-Qian, enseignant de 47 ans et habitant d’Umm al-Hiran, était lié à Daesh. La veille des démolitions, Abu Al-Qian est mort en fonçant avec son véhicule sur un groupe de policiers, tuant un sergent.

En relayant de tels propos, le gouvernement israélien cherche à se placer dans le camp des victimes du terrorisme islamiste. Il souhaite effacer le caractère profondément nationaliste des attaques menées à Jérusalem et à Umm al-Hiran. Depuis le 11 septembre 2001, les dirigeants israéliens multiplient les raccourcis idéologiques pour placer dans une même sphère les partis politiques palestiniens se revendiquant de l’Islam politique et Al-Qaïda ou Daesh.

Par ce genre d’affirmations, ils cherchent à confirmer l’idée selon laquelle l’Occident ferait face à une guerre de civilisation, Judéo-chrétiens contre Musulmans ; et surtout, elles étouffent les responsabilités de la politique israélienne dans les actions qui visent son armée et ses colons.

En 2001, lorsque la violence de la seconde Intifada était à son paroxysme, 35% des Juifs israéliens se disaient favorables à un transfert de la population palestinienne hors des frontières d’Israël. En 2015, 58% soutiennent cette proposition (Meron Rapoport, « La montée de l’hystérie anti-palestinienne », Middle East Eye), tandis que 58% estiment qu’il y a un apartheid dans leur pays, mais jugent normal à 59% que les juifs soient prioritaires sur les Palestiniens (Jamal El-Hassani, « La plupart des juifs israéliens soutiendraient un régime d’apartheid en Israël, selon un sondage », Slate.fr).

En 2015, l’ONG israélienne Yesh Din a réalisé une étude sur la justice militaire israélienne qui s’applique aux Palestiniens vivant dans les Territoires occupés : de 2006 à 2014, près de 2.100 attaques de colons sur des Palestiniens ont été dénombrées en Cisjordanie, soit une toutes les 36 heures. Or, dans 98,1% des cas, les plaintes déposées ont été classées sans suite : si 1.067 enquêtes ont été ouvertes sur ces attaques, seules 70 ont abouti à une inculpation. En revanche, 99,74% des Palestiniens inculpés par la justice militaire sont condamnés (« Eyes on Israeli Military Court », Addameer, 2012).

Le 27 mars 2012, Yitzhak Laor, poète et critique littéraire israélien, qualifiait Nicolas Sarkozy et Benjamin Netanyahu de « marchands de sang ». Il leur reprochait, au lendemain de l’attentat perpétré par Mohamed Merah contre une école juive de Toulouse, d’établir un lien entre la cause du peuple palestinien et Al-Qaïda. En d’autres termes, ils instrumentalisent les victimes à des fins politiques. Une pratique qui, indéniablement, n’a pas disparu avec la fin de la carrière politique de Sarkozy.

*

* *

En substance, donc, si la démocratie se définit exclusivement par des élections transparentes et respectées, il convient d’admettre que le mouvement sioniste est parvenu à établir en 1948 – et à maintenir – l’un des rares régimes démocratiques du Proche-Orient.

Si la démocratie se définit également par la souveraineté du peuple sans qu’il y ait de distinctions entre ses membres, il convient de reconnaître que si l’État d’Israël a toujours accepté de jouer le jeu démocratique, c’est à condition que cela garantisse les privilèges du groupe dominant, à savoir la population définie comme juive.

Une réalité que les dramatiques événements survenus ces derniers mois dans le Néguev illustrent parfaitement, celle d’un « État juif démocratique ».

 

https://lecourrierdumaghrebetdelorient.info/focus/israel-le-mythe-dune-democratie-au-proche-orient/

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 07:38
Gilbert Achcar: «Après les révolutions arabes, il reste des raisons d’espérer»
 
 
 
 
Par Joseph Confavreux

Dans son dernier ouvrage, Gilbert Achcar examine les raisons des échecs des soulèvements arabes. Il en tire quelques leçons stratégiques nécessaires pour envisager un « changement radical social et politique » plutôt que « l’aggravation du choc des barbaries».

Gilbert Achcar, enseignant à la School of Oriental and African Studies (SOAS) à Londres, revient, dans son dernier livre intitulé Symptômes morbides (Actes Sud), sur ce qu’il désigne comme la « rechute du soulèvement arabe ». L’auteur de Le peuple veut ou de Marxisme, orientalisme, cosmopolitisme montre comment les révolutionnaires sincères n’ont pas pu se constituer en forces suffisamment autonomes pour se défaire des appareils d’État sur lesquels les familles régnantes avaient installé leur pouvoir.

 

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Les exemples tunisiens et égyptiens étaient, selon lui, singuliers. La tentative de reproduire des processus révolutionnaires semblables au Yémen, en Libye, en Syrie ou à Bahreïn, s’est avérée vouée à l’échec. La tâche des révolutionnaires arabes s’est heurtée à la fois à des États qui n’étaient pas ceux des pays de l’Est que les « révolutions de velours » étaient parvenues à faire tomber, et à la tentation de s’allier avec des forces islamistes de nature, juge-t-il, « contre-révolutionnaire ».

 

S’il fallait d’emblée, estime Gilbert Achcar, « n’avoir aucune illusion quant à la possibilité que le soulèvement arabe puisse aboutir vite et paisiblement », il demeure des leçons stratégiques à tirer de cet échec d’une révolution qui s’est heurtée à deux contre-révolutions. Entretien.

Comment expliquer ce que vous appelez la « rechute du soulèvement arabe » ?

Gilbert Achcar : S’il fallait ne retenir qu’une seule raison principale, ce serait l’absence d’expression politique organisée de ce que furent les aspirations de ces magnifiques révoltes. Les espoirs portés se sont souvent avérés être des illusions, parce qu’on a manqué de forces capables de mener jusqu’au bout le combat pour un changement social, économique et politique.

Qu’est-ce qui interdisait au soulèvement arabe de reproduire le modèle des « révolutions de velours », si ce facteur n’est pas à chercher du côté d’une inexistante spécificité religieuse ou culturelle des sociétés arabes ?

La raison principale est l’exception historique constituée par la nature de l’appareil étatique à l’est de l’Europe. Cet appareil était dirigé par des couches bureaucratiques non possédantes pouvant espérer se recycler dans une économie de marché : ce que beaucoup d’entre eux ont fait. Il n’existait donc pas, chez les dirigeants de l'est de l'Europe, le même acharnement à défendre l’ordre établi que chez des classes possédantes qui ont beaucoup plus à perdre.

Dans le monde arabe, la situation se trouve à l’exact opposé, avec des familles régnantes qui ont la mainmise sur des pans entiers de l’économie et du territoire et considérent l’État comme leur propriété privée. Dans le monde arabe, la concentration des richesses est exceptionnelle. Et même s'il existe parfois des parlements et des constitutions, on peut considérer qu’il s’agit de monarchies absolues, sans souveraineté démocratique et disposant de gardes prétoriennes.

 

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Dans les prétendues républiques qu’étaient la Syrie ou la Libye, une transmission patrimoniale et familiale du pouvoir était en place ou en préparation. Ce genre de régime ne peut céder face à une révolution de velours. Il a trop à perdre. Une illusion de 2011 a été de croire en la possibilité d’un processus relativement pacifique, non violent. Cette illusion était liée à ce qui s’était passé d’abord en Tunisie, ensuite en Égypte : deux pays où on a pu confondre la chute d’un président avec un changement de régime.

 

Si ce scénario a été possible dans ces deux pays, c’est parce qu’ils n’avaient pas complété le processus de transformation vécu par la Syrie ou la Libye, et que l’État conservait une autonomie par rapport à la famille régnante. L’appareil d’État a ainsi pu se séparer du président, lorsque celui-ci s’est révélé être un poids mort, comme en Égypte, où le projet de Hosni Moubarak de transmettre le pouvoir à son fils s’est heurté à l’armée, qui constitue la véritable colonne vertébrale de l’État égyptien.

Cela était impensable en Irak, en Syrie, en Libye ou à Bahreïn, à moins d’un coup d’État ou d’une guerre civile. Or, même les coups d’État sont devenus très difficiles, bien que le monde arabe en ait connu plusieurs dans les années 1960, parce que les pouvoirs en place en ont tiré les leçons et ont solidifié leur ancrage sur la société et l’État.

Cette analyse plaiderait donc, paradoxalement, pour l’option de la militarisation de l’opposition en Syrie, dont on dit pourtant qu’elle a été voulue par le régime, qui préférait affronter une insurrection armée qu’il pouvait immédiatement taxer de « djihadiste » et « terroriste » ?

Dès février 2011, il était évident que ce qui s’était passé en Égypte ou en Tunisie demeurait impensable en Syrie et qu’il y aurait un bain de sang. L’opposition syrienne a voulu croire dans la possibilité d’un changement non violent en tablant sur l’exemple libyen et en se disant qu’Assad serait dissuadé par ce qui était arrivé à Kadhafi. L’opposition syrienne n’était pas préparée à combattre un tel régime, et n’a pas été aidée par les seuls susceptibles de l’aider, à savoir les Occidentaux.

En quoi le soulèvement arabe s’est-il principalement heurté au fait de n’être pas, selon vos mots, une « confrontation bipolaire entre révolution et contre-révolution comme dans la plupart des bouleversements révolutionnaires de l’Histoire, mais un conflit triangulaire entre un pôle révolutionnaire et deux camps contre-révolutionnaires rivaux » ?

À la difficulté d’affronter un système étatique en forme d’État patrimonial possédé par des familles régnantes, s’est ajoutée une autre dimension qui a compliqué la tâche du changement révolutionnaire. Pour des raisons historiques existait dans les pays arabes une opposition réactionnaire qui s’était développée depuis les années 1970, sous la forme de courants islamistes intégristes, propulsés initialement par le royaume saoudien, en accord avec les États-Unis, comme forces susceptibles de contrer le nationalisme arabe qui se radicalisait à gauche dans les années 1960. Après la défaite du nationalisme arabe, après la guerre de 1967, de larges pans de ce courant intégriste, largement instrumentalisé par les pouvoirs en place pour combattre la gauche, ont occupé la place de l’opposition laissée vacante par la gauche.

À l’échelle régionale, ce courant intégriste, dont le mouvement des Frères musulmans constituait l’expression la plus forte et organisée, se situait dans une opposition très dure, comme en Syrie où il était violemment réprimé, ou plus modérée, comme en Égypte, où il était toléré et instrumentalisé. Quand les soulèvements arabes ont débuté, les Frères musulmans se sont engouffrés dans la brèche, parce qu’ils possédaient les moyens manquant aux révolutionnaires. Ils ont alors tenté de dévoyer les révoltes et d’imposer leurs orientations qui n’en sont pas moins opposées aux aspirations de ceux qui ont été à l’initiative de l’explosion des tenants des anciens régimes.

 

 

On s’est donc retrouvé dans cette situation particulière où, face à un potentiel révolutionnaire, ne se trouvait pas un seul camp contre-révolutionnaire, mais deux pôles contre-révolutionnaires en concurrence. En raison de leur faiblesse politique et organisationnelle, ceux et celles qui croyaient sincèrement aux aspirations progressistes des soulèvements de 2011 ont passé des alliances avec les uns ou les autres, que ce soit avec les Frères musulmans ou avec des membres de l’ancien régime, comme on l’a vu avec le mouvement Tamarod en Égypte, qui avait pris la tête de la protestation contre le président élu Mohamed Morsi.

Le potentiel révolutionnaire a donc été progressivement marginalisé au profit d’un affrontement entre les deux autres pôles, affrontement qui domine la scène depuis 2013, dans des guerres civiles comme en Syrie, ou des confrontations brutales comme en Égypte. Au lieu d’une triangulation de la lutte espérée par certains révolutionnaires, on assiste à une opposition binaire non pas entre révolution et contre-révolution, mais entre deux camps contre-révolutionnaires.

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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 07:09

International

    Chassés de leurs terres, des Palestiniens rêvent d'y revenir
    AFP
     
     
    Publié le | AFP

     

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    11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 06:56

    L’UE diffère la conférence au sommet avec Israël à cause de l’intensification de la colonisation et de la loi de confiscation de terres

     

     

    L’opposition de la France, de la Suède et de l’Irlande provoque le report de la conférence au sommet, qui aurait été le signal d’un dégel dans les relations entre Israël et l’UE. Washington attendra la décision de la Cour Suprême avant de réagir à la loi de confiscation de terres.

    Barak Ravid, Haaretz, jeudi 9 février 2017

     

     

     

    A la suite de la décision d’Israël d’accélérer les constructions dans les colonies de Cisjordanie et à Jérusalem-Est, et compte tenu de l’adoption de la loi qualifiée de “loi de régularisation,” qui permet l’expropriation de terres palestiniennes privées, la conférence au sommet entre Israël et l’Union Européenne, prévue pour le 28 février, sera à présent différée. Des diplomates européens ont fait la remarque que la réunion a déjà été retardée depuis cinq ans, et qu’elle devait représenter un dégel des relations entre Israël et l’UE.

    Des diplomates, qui ont souhaité rester anonymes en raison du caractère délicat de la question, ont déclaré à Haaretz que, pendant la réunion de lundi des ministres des affaires étrangères de l’UE, plusieurs états ont exprimé leur opposition à la tenue de la conférence au sommet, qualifiée de “réunion de l’association.” La réunion était destinée à marquer le renforcement de la coopération entre Israël et l’UE et à établir un plan de travail et des priorités pour améliorer les relations entre les parties.

    Parmi les pays qui ont exprimé des réserves au sujet de la conférence au sommet il y a eu la France, la Suède, l’Irlande, les Pays-Bas et la Finlande. Les diplomates européens ont souligné que ces pays ont affirmé que les nouvelles décisions prises par Israël en ce qui concerne les colonies, à savoir l’annonce de projets de construction de 6.000 nouveaux logements en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, ont transformé en erreur la tenue de la conférence au sommet. Quelques pays ont soutenu que tenir une réunion en ce moment s’apparenterait à récompenser Israël pour sa mauvaise conduite.

    En l’absence de tout consensus entre les 28 états-membres de l’UE, la réunion avec Israël ne peut se tenir, ont déclaré les diplomates. Le consensus doit concerner non seulement la date, mais aussi l’ordre du jour, les sujets devant être discutés avec Israël et les déclarations finales. Les diplomates ont déclaré qu’à ce stade il n’y a aucun consensus, aussi a-t-il été décidé d’examiner la question à la prochaine réunion des ministres des affaires étrangères, qui doit avoir lieu au début de mars.

    La Ministre des Affaires étrangères de l’UE, Federica Mogherini, espérait tenir la conférence au sommet avec Israël afin d’indiquer que les parties s’engagent sur une route nouvelle. Toutefois, Mogherini aura des difficultés à faire la promotion de cette question en allant à l’encontre de l’opposition de membres importants de l’UE, tels que la France. Dans une conférence de presse, lundi, après la réunion des ministres des affaires étrangères de l’UE, Mogherini a évité de dire quand la conférence au sommet se tiendrait, même si la date en a déjà fixée au 28 février.

    Elle n’a pas non plus déclaré de façon explicite que la conférence au sommet était différée. Mogherini s’est contentée d’une vague déclaration disant qu’il avait été décidé de commencer à préparer la conférence au sommet pour laquelle un ordre du jour serait établi ultérieurement par consensus de tous les états-membres.

    Les diplomates ont déclaré que la réunion des ministres des affaires étrangères s’était tenue plusieurs heures avant que la Knesset israélienne ne se soit prononcée sur la soi-disante « Loi de Régularisation". Cependant , ils ont déclaré que plusieurs ministres de l’UE avaient fait part de leur grande préoccupation de ce que la Knesset n’adopte cette mesure, et ont cité cela comme une des raisons pour lesquelles il n’est pas opportun de tenir la conférence au sommet avec Israël .

    Les U.S.A n’ont pas été rapides à réagir à l’approbation de la mesure. Un haut fonctionnaire du Département d’Etat a déclaré que l’administration Trump veut examiner la question avec les deux parties.

    Selon le fonctionnaire, les U.S.A. ne réagiront pas jusqu’à ce que la Cour Suprême d’Israël ne statue sur le recours contre la loi. « Ceci est la première fois depuis 1967 que le droit civil israélien s’applique directement à la Cisjordanie, et que le procureur général d’Israël a déclaré publiquement qu’il ne défendra pas cela devant un tribunal, » a-t-il dit.

    Mogherini devrait s’envoler cette semaine vers Washington pour une série de réunions avec de hauts responsables de l’administration Trump, destinées à traiter principalement du conflit israélo-palestinien. Mogherini doit rencontrer le Conseiller à la Sécurité Nationale, le Gén. Michael Flynn, et le conseiller principal et gendre du président, Jared Kushner, qui devrait s’occuper de la question israélo-palestinienne.

    Mogherini a déclaré lundi qu’elle soulignera aux Américains que la position de l’UE est toujours de soutenir la solution à deux états et de s’opposer à la construction de colonies. Plus tard ce mois-ci Mogherini rencontrera aussi le Vice-Président Mike Pence, quand il se rendra à Bruxelles en compagnie du Secrétaire d’Etat Rex Tillerson et du Secrétaire à la Défense, le Gén. James Mattis. Mogherini devrait mettre aussi l’accent dans ces réunions sur la position de l’UE à propos du conflit israélo-palestinien.

    La Jordanie et la Turquie ont mardi matin condamné la loi. Le Ministre de l’Information de Jordanie, Mohammed al-Mumani, a qualifié la loi de "provocation » et a mis l’accent sur le fait qu’elle nuit à la possibilité d’une solution à deux états et qu’elle pourrait entraîner une montée de la violence dans la région. Le Ministère turc des Affaires étrangères a déclaré dans un communiqué que la loi était inacceptable et que la politique du gouvernement israélien était en train de détruire tous les fondements d’une solution à deux états.

    Réagissant à la décision, la législatrice israélienne, Ksenia Svetlova, de l’Union Sioniste a déclaré : "Israël paie le prix politique pour ses dirigeants irresponsables qui cèdent à une minorité extrémiste."

    Svetlova a considéré la démarche de l’UE comme « seulement le début" des mesures contre Israël dont elle craignait qu’elle n’aient lieu, et dont elle avait exigé que la Knesset discute de la question.

    Traduit de l’anglais par Yves Jardin, membre du GT de l’AFPS sur les prisonniers

     

    http://www.france-palestine.org/L-UE-differe-la-conference-au-sommet-avec-Israel-a-cause-de-l-intensification

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    11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 06:54

    Colonies israéliennes en Cisjordanie : la nouvelle loi est une « rupture historique »

     

    Le correspondant du « Monde » à Jérusalem, Piotr Smolar, détaille les implications capitales du vote par les députés israéliens d’un texte légalisant les colonies sauvages.

    LE MONDE | 08.02.2017 à 19h17

     

     


    La Knesset a voté, dans la nuit du 6 au 7 février, une loi autorisant l’Etat israélien à s’approprier, contre compensation, des terrains privés palestiniens en Cisjordanie sur lesquels des Israéliens ont construit sans autorisation des colonies sauvages, ou avant-postes. Piotr Smolar, correspondant du Monde à Jérusalem, a répondu mercredi 8 février aux questions des lecteurs du Monde.fr sur cette décision très controversée.
    DL : Bonjour, pourriez-vous expliquer comment ça se passe concrètement, et la chronologie avant le vote qui légalisera la colonisation ?
    Piotr Smolar : Il n’y a pas de vote légalisant la colonisation. De fait, elle existe depuis cinquante ans, et elle est justifiée, encadrée, promue par un ensemble de textes. Il y a aujourd’hui en Cisjordanie près de 400 000 colons, un chiffre en pleine hausse.


    Depuis 1967, les territoires palestiniens (moins la bande de Gaza depuis le retrait des Israéliens, en 2005) se trouvent soumis à la loi militaire israélienne, même si officiellement la zone A relève exclusivement de l’Autorité palestinienne (AP). C’est l’Administration civile (Cogat, qui dépend du ministère de la défense israélien) qui décide en matière d’autorisations de construction.
    La loi votée lundi marque une rupture historique, car, pour la première fois, les députés israéliens s’accordent le droit de légiférer sur des terres situées en dehors d’Israël – même si bien entendu, en l’absence de règlement négocié avec les Palestiniens ou d’annexion pure et simple, cette frontière n’est pas clairement définie. Cette loi ouvre donc la voie à d’autres initiatives, voulues par la droite nationale religieuse, comme par exemple l’annexion de Maale Adumim, l’une des plus grandes colonies israéliennes, près de Jérusalem.
    Lire aussi : Expropriation de terres palestiniennes : l’ONU condamne la nouvelle loi israélienne 
    Barbapapa : Etant donné que le démantèlement des colonies et le retour des terres prises aux Palestiniens a toujours été un point sur lequel les deux parties n’ont jamais pu être d’accord, est-ce que cette loi ne met pas fin définitivement à tout espoir de paix ?
    Bonne question. Derrière les communiqués des chancelleries occidentales (à l’image de celui diffusé au terme de la conférence de Paris, au début de janvier) se dessine un pessimisme généralisé. Tout le monde voit bien que la « solution à deux Etats », selon l’expression consacrée par les accords d’Oslo de 1993, paraît de plus en plus compromise.
    Benyamin Nétanyahou, qui s’épanouit toujours dans l’ambiguïté, continue de prétendre publiquement qu’il est favorable à un Etat palestinien démilitarisé, qui reconnaisse Israël comme Etat juif. Mais ces mots sont vidés de leur sens par ses actions, par ses renoncements. Le projet de loi sur les avant-postes aurait pu être bloqué à un stade initial, mais le premier ministre ne l’a pas voulu. Notamment parce qu’il est obsédé par l’idée de ne pas perdre les faveurs de l’électorat des colons, très organisé et mobilisé.
    Se1ng4lt : Peut-il exister un recours juridique d’ordre constitutionnel ? Existe-t-il des mouvements qui s’organisent sur place ? Des manifestations côté israélien ?
    Nous allons entrer dans une phase judiciaire capitale. Deux ONG, Adalah et le Centre d’aide légale et des droits de l’homme de Jérusalem, sont les premières à avoir saisi la Haute Cour de justice afin de demander la censure de cette loi. Le procureur général a déjà fait savoir qu’il refusait de défendre le gouvernement à l’audience, chose rare. Il explique depuis plusieurs mois, comme l’avait aussi fait le premier ministre avant de changer d’avis, que cette législation pourrait accélérer ou donner lieu à des procédures devant la justice internationale contre les responsables politiques et militaires israéliens.
    Mais la Haute Cour se trouve sous une pression considérable de la part de la droite nationale religieuse, qui pousse dans le sens d’une annexion de la Cisjordanie, ou tout du moins de la zone C (60 % du territoire palestinien). Plusieurs députés, comme Bezalel Smotrich (de la formation Foyer juif) envisagent une nouvelle initiative parlementaire pour surmonter une éventuelle censure et rétablir la loi. Il s’agit donc aussi d’un bras de fer entre pouvoir législatif et exécutif d’un côté, et judiciaire de l’autre.

    Pseudo404 : Comment l’opinion et des médias israéliens réagissent-ils à cette loi ?
    L’opinion est très partagée. La seconde Intifada, au début des années 2000, a laissé un traumatisme collectif immense. Les cycles de négociations avec les Palestiniens, qui ont tous échoué, ont ensuite imprimé l’idée qu’il n’y avait pas d’interlocuteur sérieux, en face, avec qui discuter. En revanche, la question de l’annexion pure et simple de la Cisjordanie est loin de faire l’objet d’une approbation générale. Le prix à payer, en termes d’équilibre démographique, de budget, d’attentats, serait énorme.
    L’opposition, et notamment le Parti travailliste, est inaudible, mais c’est déjà le cas depuis de longues années. Il existe un carré humaniste attaché à un Israël démocratique, tolérant et ouvert, incarné par des ONG et quelques médias comme le quotidien Haaretz. Mais ces voix ont tendance à dialoguer entre elles, à se lamenter de l’évolution de la société israélienne sans être capables de développer une vision, un programme majoritaire, sans parvenir à convaincre les très nombreux citoyens pessimistes mais pas idéologues.
    Il est impressionnant de constater à quel point le camp national religieux, qui représente une minorité, domine sur le plan idéologique, en imposant sa vision, sa narration, à la fois sur le passé d’Israël et sur son futur. Y compris au détriment de la droite traditionnelle, du « canal historique » du Likoud. Une grande partie des députés de cette grande formation votent aujourd’hui main dans la main, sur les textes les plus sulfureux, avec leurs collègues du Foyer juif.
    Curieux : Quelles possibilités aurait un successeur de Nétanyahou pour effectuer une « marche arrière » du processus de colonisation ?
    La question n’est pas d’effectuer une marche arrière. Dans le scénario le plus optimiste, aujourd’hui bien improbable, il s’agirait d’appuyer sur le bouton « pause » pour arrêter le développement des colonies, surtout celles situées au-delà de la ligne verte [les frontières internationalement reconnues d’Israël]. Il existe un consensus général parmi les experts pour estimer que le démantèlement complet des colonies n’arrivera jamais.
    Dans l’hypothèse d’un règlement négocié du conflit avec les Palestiniens, les fameux « blocs de colonies », comme Ariel ou le Goush Etzion, reviendraient très certainement à Israël. Le problème aujourd’hui réside dans l’immobilité diplomatique d’un côté, avec l’échec du dernier cycle de négociations parrainé par John Kerry [alors secrétaire d’Etat américain] au printemps 2014, et de l’autre, le grignotage continu des terres palestiniennes. La disparition de toute continuité territoriale sur le terrain, qui s’ajoute à la division entre la Cisjordanie et la bande de Gaza, signifierait la mort de la solution à deux Etats.

     

    TL : La situation, notamment sécuritaire, en Israël risque-t-elle de se dégrader à la suite de ce vote ?
    Faire des pronostics dans ce domaine n’a aucun sens. Je peux seulement partager avec vous les appréciations des hauts gradés de l’armée israélienne : ceux-ci notent une nette décrue des violences palestiniennes au cours de l’année 2016, après une fin 2015 terrible et une multiplication des attaques au couteau ou à la voiture bélier, menées pour la plupart par des individus isolés, sans attaches à une structure.
    L’armée israélienne note aussi, à juste titre, l’énorme niveau d’exaspération des Palestiniens contre leurs propres dirigeants. Mahmoud Abbas est dans sa douzième année au pouvoir. Le système politique est atrophié, usé, ankylosé. Le niveau de corruption est élevé. Dans ces conditions, l’une des hypothèses que retient l’armée israélienne est une explosion de la rue palestinienne contre l’Autorité palestinienne. On voit déjà de nombreux affrontements et incidents dans les camps de réfugiés en Cisjordanie, à Ramallah ou à Naplouse, contre les policiers palestiniens. Et le cinquantième anniversaire de l’occupation [la guerre de Six-Jours, du 5 au 10 juin 1967], en juin, provoquera forcément un regain d’attention autour du sort réservé au peuple palestinien.
    Lire aussi : Dans la bande de Gaza, le Hamas confronté à l’usure du pouvoir 


    .................(.................).......................
    Suite du dialogue dans le texte suivant


    http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/02/08/colonies-israeliennes-en-cisjordanie-la-nouvelle-loi-est-une-rupture-historique_5076752_3218.html#WZpcZcsg2tqyvqjv.99

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    11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 06:50

    (Suite du dialogue publié par Le Monde.fr)

     

     

    DL : Quand les colons s’installent, comment cela se passe-t-il en termes administratifs (permis de résidence, permis de construire s’ils en ont seulement besoin), et comment sont-ils accueillis par la population locale ?

    On fait généralement la distinction entre les colonies et les avant-postes, ou colonies sauvages. Les colonies font l’objet d’une autorisation officielle du gouvernement israélien. Il n’y en a pas eu de nouvelle accordée depuis de nombreuses années. C’est pourquoi la décision prise par M. Nétanyahou de créer une nouvelle colonie, afin d’accueillir notamment les quarante-deux familles expulsées de l’avant-poste d’Amona il y a une semaine, marque aussi une rupture grave avec l’ère Obama.

    Lire aussi : En pleine expansion des colonies, Israël démantèle enfin l’avant-poste d’Amona

    Les avant-postes, eux, sont officiellement illégaux au regard même du droit israélien. Mais la réalité est plus complexe. Beaucoup ont été, au cas par cas, « blanchis ». Tous les colons qui y vivent (soit une centaine de petites communautés, constituées depuis le début des années 1990) bénéficient de la protection de l’armée, mais aussi de services publics, comme le raccordement à l’eau, à l’électricité, ou encore les bus scolaires.

    La première fois que je me suis rendu dans un avant-poste, j’ai été stupéfait de découvrir, en son sein, une tourelle où vingt-quatre heures sur vingt-quatre, des soldats israéliens montaient la garde. Sur ce point, l’ONG Breaking the Silence (« Rompre le silence »), composé de vétérans de l’armée, vient de publier un recueil de témoignages accablants de soldats racontant comment Tsahal est devenue une force de sécurité au service des colons.

    Lire aussi : Comment l’armée israélienne s’est mise au service des colons

    Aflo : La Palestine n’a-t-elle pas son mot à dire concernant ces lois ?

    Israël est la puissance occupante en Cisjordanie. Sur ce sujet, comme sur bien d’autres, le seul ministère dont disposent les autorités palestiniennes est celui des mots… Les dirigeants condamnent. Mais les circonstances leur sont extrêmement défavorables. Donald Trump n’affiche aucune sympathie ou intérêt pour la « cause palestinienne ». Les dirigeants européens sont divisés sur le degré de sévérité à exprimer, dans les mots et les actes, vis-à-vis d’Israël. Le simple étiquetage des produits fabriqués dans les colonies – qui n’est donc pas du tout un boycott – a déjà provoqué de telles émotions entre l’UE et Israël que Bruxelles hésite à aller plus loin.

     

     

    TOM : L’ONU a-t-elle les moyens de ses affirmations, au niveau des conséquences juridiques de l’occupation ? L’Etat israélien n’applique pas les résolutions de l’ONU et semble souvent les ignorer…

    On peut se demander en effet si le vote de la résolution 2334, le 23 décembre 2016, par le Conseil de sécurité de l’ONU, condamnant la colonisation, n’est pas le chant du cygne de l’entreprise diplomatique visant à promouvoir la solution à deux Etats. Donald Trump a critiqué l’abstention décidée par Barack Obama, qui a permis l’adoption de cette résolution. La droite israélienne est aujourd’hui dans une sorte de vertige euphorique, avec le sentiment que le parapluie diplomatique américain sera plus large et plus fort que jamais.

    Attendons à ce sujet de voir ce que Donald Trump dira, lors de sa rencontre avec Nétanyahou à Washington, le 15 février. Mais l’absence de condamnations officielles américaines, après les deux annonces massives de constructions dans les colonies par le gouvernement israélien, n’incite pas à l’optimisme.

    Lire aussi : Trump avance à tâtons sur Israël et la Palestine

     

    (à suivre).....................

     

    http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/02/08/colonies-israeliennes-en-cisjordanie-la-nouvelle-loi-est-une-rupture-historique_5076752_3218.html#WZpcZcsg2tqyvqjv.99

     

     

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    11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 06:32

    Plus de 421 000 colons israéliens en Cisjordanie occupée fin 2016

    La Cisjordanie est un territoire occupé par Israël depuis 1967 et, au regard du droit international, toutes les colonies sont illégales.

    Source AFP
    Publié le | Le Point.fr
     
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    Fin 2016, plus de 421 000 colons israéliens vivaient en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 50 ans, soit 3,9 % de plus qu'en 2015, a indiqué jeudi Yesha, la principale organisation de colons.
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