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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 17:29
Le texte ci-dessous a été publié sur le site de l'AFPS (http://www.france-palestine.org/article11172.html) le 18 février 2009

 
Voici les intentions officielles des futurs (et anciens) dirigeants d’Israël, la droite dure raciste alliée naturelle de l’extrême droite, dont nous avons déjà signalé qu’ils ne reconnaissent pas le droit aux Palestiniens d’avoir en Etat : appropriation totale de Jérusalem, de la Vallée du Jourdain et des Hauteurs du Golan, colonisation intensiifiée...par "Israël en tant qu’état juif sioniste sûr et prospère".

Les bases de la paix

La paix est l’objectif principal de l’état d’Israel. Le Likoud renforcera les accords de paix existants avec les états arabes et recherchera la conclusion d’accords de paix avec tous les voisins d’Israël, dans le but de parvenir à une solution globale du conflit israélo- arabe.

Le Likoud cherchera à parvenir à la paix et à des frontières permanentes dans le cadre de traités de paix entre Israël et ses voisins et recherchera à coopérer avec eux sur un plan pratique. Ces accords de paix incluront des relations diplomatiques complètes, des frontières ouvertes à la libre circulation, la coopération économique et l’établissement de projets communs dans les domaines de la science, de la technologie, du tourisme et de l’industrie.

La mesure du désir de paix des états arabes sera le niveau de leurs efforts pour empêcher les activités hostiles d’organisations terroristes à partir de leur territoire et pour démanteler l’infrastructure de ces organisations. Ceci comprend la fermeture de leurs quartiers généraux et la prévention de toute guerre économique ou politique ainsi que de tout acte hostile pendant les négociations.

Les Palestiniens

Déclaration d’un état

Toute déclaration palestinienne unilatérale d’un Etat palestinien constituera une violation fondamentale et grave des accords passés avec l’état d’Israël et l’annulation des accords d’Oslo et de Wye. Dans le cas d’une telle déclaration, le gouvernement adoptera immédiatement des mesures radicales.

Implantations (colonies, ndlt)

Les communautés juives en Judée, en Samarie et à Gaza sont la concrétisation des valeurs sionistes. L’installation sur cette terre est l’expression claire du droit indiscutable du peuple juif à la Terre d’Israël et constitue un atout important pour la défense des intérêts vitaux de l’état d’Israël. Le Likoud continuera à renforcer et à développer ces communautés, et il empêchera leur déracinement.

La partition du Néguev

Israël rejette formellement les idées proposées par les dirigeants du Parti Travailliste concernant l’abandon de parties du Néguev aux Palestiniens. La signification pratique de ce plan est que la “Ligne Verte“ ne serait plus considérée comme une “Ligne Rouge“, ce qui nous rapproche du plan de partition de 1947 puisqu’il ouvre la voie au principe que le sort de la Galilée, du Triangle et d’autres régions à l’intérieur d’Israël est négociable. Le Likoud affirme que ces propositions de la direction du Parti Travailliste risquent de provoquer, au sens propre, le démembrement de l’Etat d’Israël.

Les accords d’Oslo et de Wye River

Le gouvernement d’Israël garantira les intérêts vitaux de l’état lors de ses négociations avec l’Autorité Palestinienne. Ayant établi le principe de réciprocité dans les négociations et dans la mise en place des accords, y compris le Mémorandum de Wye River, et y ayant méticuleusement adhéré, le gouvernement continuera à conditionner leur application à la réalisation des engagements palestiniens. Le gouvernement continuera à s’assurer que les Palestiniens remplissent les obligations suivantes :

La guerre au terrorisme

L’Autorité Palestinienne doit systématiquement combattre les organisations terroristes et leurs infrastructures. L’AP doit non seulement intensifier ses efforts pour empêcher les attaques, mais il doit aussi agir avec détermination pour empêcher des actes terroristes potentiels en démantelant l’infrastructure terroriste qui s’est développée et étendue dans les zones gérées par l’AP depuis les accords d’Oslo.

Mettre fin à l’incitation

Mettre fin à l’incitation contre Israël dans les médias palestiniens, le système éducatif et toutes les autres institutions palestiniennes et remplacer le ton anti-Israël actuel des médias et du système éducatif palestinien par la reconnaissance d’Israël et le développement de relations de bon voisinage pacifiques entre Juifs et Arabes.

Collecte des armes

La confiscation des armes illégales détenues par les civils palestiniens et le retrait des armes des forces de l’AP autres que celles autorisées dans les zones extérieures au territoire de l’AP selon les termes de l’accord.

Diminution de la police de l’AP

La taille de la police de l’AP doit être réduite au niveau autorisé selon l’accord.

Le statut permanent

Les objectifs d’ensemble en ce qui concerne le statut final des Palestiniens sont les suivants : mettre fin au conflit entre Israël et les Palestiniens sur la base d’un accord stable et durable et remplacer la confrontation par la coopération et le bon voisinage, tout en garantissant les intérêts vitaux d’Israël en tant qu’état juif sioniste sûr et prospère.

Le gouvernement Likoud honorera tous les accords internationaux signés par ses prédécesseurs et s’efforcera de parvenir à un dispositif de statut final avec les Palestiniens. Le seul moyen qui permette de parvenir à un dispositif de statut final sont le dialogue et les négociations politiques.

Le dispositif de statut permanent minimisera les dangers sécuritaires implicites dans les accords d’Oslo. Le plus important de ces dangers est la présence et l’expansion possible des forces sécuritaires palestiniennes à proximité de centres de population israéliens, de bureaux gouvernementaux, de structures d’urgence et de zones de stationnement des Forces Israéliennes de Défense.

L’accord de statut permanent sera basé sur les principes suivants :

-  Autonomie

Le gouvernement d’Israël rejette catégoriquement l’établissement d’un Etat arabe palestinien à l’ouest du Jourdain.

Les Palestiniens peuvent gérer librement leurs vies dans le cadre de l’autonomie, mais pas en tant qu’état indépendant et souverain. Ainsi, par exemple, en matière d’affaires étrangères, de sécurité, d’immigration et d’écologie, leur activité sera limitée par le respect des impératifs de l’existence, de la sécurité et des besoins nationaux d’Israël.

-  Jérusalem

Jérusalem est la capitale éternelle et unifiée de l’Etat d’Israël et d’Israël seul. Le gouvernement rejettera catégoriquement toute proposition palestinienne de partage de Jérusalem, y compris le plan de partage la ville présenté à la Knesset par les factions arabes et soutenu par de nombreux membres du Parti Travailliste et du Meretz. Le gouvernement rejette fermement les tentatives de diverses sources dans le monde, certaines d’origine antisémite, de mettre en question le statut de Jérusalem comme capitale d’Israël, et le lien spécial entre le peuple juif et sa capitale, vieux de 3000 années. Pour s’en assurer, le gouvernement poursuivra les poiltiques de fermeté qu’il a adoptées jusqu’ici :

* Aucune activité diplomatique ne sera autorisée à la Maison d’Orient. Le gouvernement a mis fin au flot de visites de chefs d’Etat et de ministres à la Maison d’Orient, qui avait commencé sous le gouvernement de gauche.

* La présence de la police israélienne à Jérusalem Est sera augmentée. Ceci en plus de nouveaux postes de police et de leur renforcement dans les quartiers (nom donné aux nouvelles colonies de Jérusalem Est, ndlt).

* Le gouvernement Likoud agira vigoureusement pour poursuivre l’installation d’habitants juifs dans la partie est de la ville et y renforcer la souveraineté israélienne, tout en mettant l’accent sur l’amélioration du bien-être et de la sécurité des résidents arabes. Malgré les protestations de la gauche, le gouvernement Likoud a constamment approuvé le développement de la présence juive à l’intérieur de la Vieille Ville et dans la “Cité de David“.

-  Le Jourdain comme frontière permanente

La Vallée du Jourdain et les territoires qui la dominent seront sous souveraineté israélienne. Le Jourdain sera la frontière orientale permanente de l’état d’Israël. Le Royaume de Jordanie est un partenaire souhaitable dans le dispositif de statut permanent entre Israël et les Palestiniens sur certains sujets à définir.

-  Zones de sécurité

Le gouvernement a réussi à réduire de façon significative l’extension du territoire que les Palestiniens espéraient recevoir par l’accord intérimaire. Le gouvernement insistera pour que les zones de sécurité essentielles à la défense d’Israël, y compris la zone de sécurité occidentale et les implantations (colonies, ndlt) juives, demeurent sous autorité israélienne.

-  Le Golan

Suivant la proposition du gouvernement dirigé par le Likoud, la 10ème Knesset a fait passer la loi qui étend la loi, la juridiction et l’administration israéliennes aux Hauteurs du Golan, établissant ainsi la souveraineté israélienne sur cette région. Le gouvernement continuera à renforcer la colonisation juive sur le Golan.

-  Liban

Israël agira pour l’application de la résolution 425 du Conseil de Sécurité des Nations Unies qui doit permettre de retirer les Forces Israéliennes de Défense du Liban, tout en s’assurant d’accords sécuritaires appropriés, de façon à défendre ses citoyens dans le nord du pays et à garantir la sécurité des membres de l’armée du sud Liban. Israël évitera toute démarche inconsidérée qui pourrait déplacer la ligne de front du sud Liban à la limite de la Galilée.

-  Syrie

Israël continuera à chercher la reprise des négociations de paix avec la Syrie sans conditions préalables.

 

Extraits du chapitre “Paix et Sécurité" de la Plateforme du parti Likoud. Les autres chapitres sont en cours de traduction.

Likoud – Plateforme http://www.knesset.gov.il/elections/knesset15/elikud_m.htm

Intro : CL, Afps

Traduction : AFPS/RP



Les articles publiés ne reflètent pas obligatoirement les opinions du CJPP5, qui dénie toute responsabilité dans leurs contenus, lesquels n'engagent que leurs auteurs ou leurs traducteurs. Nous sommes attentifs à toute proposition d'ajouts ou de corrections.
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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 16:28

par Dominique Bari ,
Article publié dans l'Humanité le mercredi 18 février 2009
 
Ramallah réclame une enquête alors que se poursuivent les tractations sur un cessez-le-feu à Gaza et sur la formation d’un gouvernement israélien.

« Nous sommes venus aujourd’hui apporter des - documents qui montrent que la Palestine en tant qu’État (…) est en mesure de saisir la Cour et de demander une enquête sur les crimes commis par l’armée - israélienne. » Vendredi (13 février) à La Haye, le ministre palestinien de la Justice, Ali Kachan, accompagné de son collègue aux Affaires étrangères, Riad Al Malki, ont officiellement réclamé au procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, qui les a reçus pendant plus de quatre heures, d’enquêter sur des crimes de guerre commis par l’armée israélienne depuis 2002. « Nous déposerons encore d’autres documents sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité, pas seulement à Gaza lors de la dernière attaque israélienne mais aussi de 2002 à aujourd’hui », a déclaré à la presse, Ali Kachan, à l’issue de l’entrevue.

« analyse préliminaire »

La semaine dernière, le procureur avait annoncé avoir entamé une « analyse préliminaire » après avoir reçu 210 dépositions d’ONG dénonçant les crimes de guerre commis par Israël durant son offensive sur Gaza. 1 330 Palestiniens dont 700 civils, femmes et enfants y ont trouvé la mort. Le 3 février, l’Autorité palestinienne avait reconnu la compétence de la CPI, une mesure destinée à ouvrir la voie à une enquête. Luis Moreno-Ocampo avait alors indiqué qu’il fallait déterminer si l’Autorité palestinienne avait « la capacité légale pour accepter la juridiction de la Cour ». Une question qui tient sa réponse, a rappelé Riad Al Malki, dans la visite qu’a récemment effectuée le président Mahmoud Abbas dans plusieurs pays d’Europe : en France, en Italie, en Pologne, il a été reçu en tant que président de la Palestine. « Ses visites étaient considérées comme des visites d’État », a relevé le ministre.

Sur le terrain politique, après l’offensive sanglante sur Gaza la situation reste aussi confuse sur les intentions israéliennes. L’existence de négociations avec le Hamas par l’intermédiaire de l’Égypte révélée vendredi a été confirmée. Les principaux points de désaccord étaient surmontés, avançait le Hamas, mais samedi Israël bloquait les pourparlers en indiquant qu’« il n’était pas question de rouvrir les points de passage sans que Shalit soit libéré ». Mais pour les Palestiniens « il n’existe aucun lien entre les deux dossiers », et la libération de Shalit, capturé en juin 2006, reste liée à l’élargissement de prisonniers palestiniens détenus en Israël.

Le premier ministre israélien par transition, Ehud Olmert, devait mener dimanche des consultations avec les principaux responsables politiques sur une trêve. Ces discussions devaient avoir lieu avec le ministre de la Défense Ehud Barak et la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni, mais aussi avec le chef du Likoud Benyamin Netanyahu.

« Le gouvernement doit - tenir compte de la nouvelle situation (politique) et des résultats des élections », a expliqué Ehud Olmert lors de la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem. Or, justement, cette situation est très fluctuante. Qui conduira le prochain gouvernement israélien ? Kadima et le Likoud, qu’un seul siège de député sépare à l’issue des élections du 10 février, prétendent tous deux en avoir la légitimité. Les tractations patinent entre les deux partis. « La rotation (du pouvoir) est le minimum que le Kadima puisse exiger pour qu’un gouvernement stable voie le jour. (…) S’il n’assume pas le pouvoir, il ira dans l’opposition », déclarait hier le ministre de la Sécurité intérieure Avi Dichter. « Tzipi Livni (chef de Kadima) a reçu la préférence de l’opinion publique, et (Benyamin) Nétanyahu (chef du Likoud) doit l’admettre. Il faut un juste équilibre », a-t-il ajouté.

Ce jeu de chaises musicales au gouvernement pourrait impliquer que les chefs de file des deux partis passent deux ans chacun au poste de premier ministre. Une telle option a un précédent en Israël. En 1984, les travaillistes de Shimon Peres avaient formé une alliance avec le Likoud de Yitzhak Shamir. Les deux hommes avaient dirigé le gouvernement à tour de rôle. La préférence de Netanyahu irait à la création d’un cabinet d’union nationale avec Kadima dont il aurait seul la direction. Les deux partis envisageant chacun de leur côté de s’appuyer sur les partis d’extrême droite et religieux pour arriver à leurs fins.

http://www.humanite.fr/2009-02-16_International_Crimes-de-guerre-l-autorite-palestinienne-saisit-la-justice




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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 20:25

Delphine Matthieussent

 

Pour le professeur Zeev Sternhell, "quand on regarde ce qu’a fait le centre gauche, il n’y a plus besoin de droite".

 

Pourquoi ce glissement à droite de l’électorat ?

 

Les électeurs préfèrent en général l’original à la photocopie. Ce glissement vers la droite - surtout vers le Likoud - s’explique d’abord par l’échec du centre-gauche au pouvoir ces trois dernières années. Le processus d’Annapolis n’a jusqu’à présent rien donné, la vie des Palestiniens ne s’est pas améliorée d’un iota et les colonies continuent à enfler. Sous prétexte de besoins démographiques, on continue à élargir les colonies, y compris les plus anciennes. Depuis les dernières élections, rien n’a été fait sauf deux guerres, celle du Liban à l’été 2006 et la récente guerre à Gaza - si on peut qualifier de guerre cette campagne punitive. Quand on regarde ce qu’a fait le centre gauche, il n’y a plus besoin de droite. Si tout ce que nous concevons comme politique est la manière forte, il n’y a pas de raison de ne pas prendre l’original.

 

Quel a été l’impact de la récente opération israélienne "Plomb durci" ?

 

Chaque conflit entraîne un glissement à droite. La victoire du Likoud en 1977 est le résultat, même décalé, de la guerre du Kippour. Après la première guerre du Liban, en 1982, malgré l’inflation de 400 pc, tout ce que la gauche a réussi à faire, c’est un match nul avec la droite et un partage du pouvoir entre Shimon Peres et Yitzhak Shamir dans le cadre d’un gouvernement d’union nationale. Tout le monde parle le même langage pendant la guerre ; tout le monde fait preuve de la même ardeur patriotique qui fait disparaître les différences entre la gauche et la droite.

 

Comment expliquez-vous le "phénomène Lieberman" ?

 

Il charrie les aspirations d’un nationalisme viscéral, qui ne peut pas ne pas exister dans une société en guerre permanente depuis le début de son existence. On peut dire qu’il s’agit d’une forme de lepénisme, mais Lieberman ressemble peut-être davantage à la droite sud-américaine qui allie aspirations dictatoriales, nationalisme intégral dans le sens maurrassien du terme et économie libérale. Sa base électorale est constituée d’anciens immigrants russes qui ont la haine de tout ce qui ressemble à la gauche. Lieberman ne remet pas en question la démocratie formelle car la démocratie israélienne est bien enracinée. Mais la démocratie a aussi pour tâche de défendre les droits de l’homme. Or, Lieberman s’en fiche totalement.

 

 

Zeev Sternhell est professeur émérite de Sciences politiques à l’Université hébraïque de Jérusalem et membre fondateur du mouvement "La Paix maintenant".

 

Publié le mercredi 11 février 2009, par la Libre Belgique qui reprend Libération

 

http://www.lalibre.be/



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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 20:38

T. Hocine

 

Les électeurs israéliens se rendent aujourd’hui aux urnes pour des élections législatives, décidées à la suite de la mise en cause suivie de sa démission du Premier ministre Ehud Olmert dans des affaires de corruption.

 

Sales affaires et élections anticipées, une habitude en Israël, où la gestion des affaires, surtout celles concernant les relations avec les Palestiniens, se fait par le vide. Autrement dit, demeurer dans la précarité et en situation intérimaire pour se garder de prendre le moindre engagement et si jamais un cabinet venait à en prendre, il signe aussitôt sa chute et son successeur s’emploiera à en effacer jusqu’à la trace. Et à quelques chose près, c’est le même scénario qu’en 1996, quand il fallait tuer l’accord palestino-israélien d’Oslo, en le bloquant, et tuant l’espoir des Palestiniens.

 

D’ailleurs, le Premier ministre palestinien, Salam Fayyad, écarte l’idée que le gouvernement israélien, qui sera issu de ces élections, reconnaisse les droits légitimes des Palestiniens, à leur tête la création d’un Etat indépendant. « Je ne connais aucun dirigeant politique israélien qui soit prêt à envisager une solution raisonnable au conflit israélo-palestinien », a expliqué M. Fayyad. « Tous veulent une solution partielle destinée à redorer l’image de l’occupation et à en modifier les conditions, alors que la colonisation continuera », a-t-il souligné. M. Fayyad a affirmé que les leaders israéliens « veulent diviser en cantons » la Cisjordanie, tout en prétendant accepter la création d’un Etat palestinien [1].

 

« Toutes les propositions qui nous ont été faites jusqu’à ce jour sont inacceptables et le seront pour les générations futures », a-t-il encore affirmé. Et d’ailleurs, relèvera-t-on, toute la guerre menée le mois dernier contre la bande de Ghaza était un élément, certainement le plus important de cette campagne, puisque l’argument consistait à tuer le plus de Palestiniens. C’est-à-dire dépasser le discours des formations dites extrémistes, une aberration dans le lexique politique. Une meurtrière surenchère à laquelle l’électorat israélien est bien sensible, une donnée tout aussi importante. C’est lui qui a contribué à la mort des accords d’Olso en portant au pouvoir en 1996 Benjamin Netanyahu, le nouveau chef du Likoud, héritier du groupe terroriste sioniste, Irgoun, et en élisant en 2001 Ariel Sharon, surnommé par les Palestiniens le boucher de Beyrouth, car à l’origine du massacre de 1500 réfugiés palestiniens des camps de Sabra et Chatila à Beyrouth, en septembre 1982. C’est lui qui décrétera au soir de son élection la mort des accords d’Oslo.

 

Pour le reste, c’est de la simple gesticulation, une course pour le pouvoir et rien d’autre. C’est ce que confirme la tendance actuelle des sondages, donnant dans le peloton de tête le parti Israël Beiteinou, opposé à la création d’un Etat palestinien indépendant. Cette formation d’extrême droite, dirigée par un ancien du Likoud, Avigdor Liberman, a mené une campagne appelant notamment à poursuivre les agressions militaires sur la bande de Ghaza. Les autres formations, le Likoud de Benjamin Netanyahu, le Kadima (centre droit, au pouvoir) de Tzipi Livni et le parti travailliste du ministre de la Défense, Ehud Barak, exigent le maintien de blocs de colonies. Et très justement, M. Fayyad avait averti en octobre qu’un règlement du conflit israélo-palestinien basé sur deux Etats « vacillait » en raison de la poursuite de la colonisation juive dans les territoires occupés.

 

Le numéro deux de sa liste, Uzi Landau, un ancien député du Likoud, a affirmé qu’Israël Beiteinou devait « entrer dans un gouvernement national qui rejettera la ‘’feuille de route’’ ainsi que toute négociation sur un retrait israélien du plateau du Golan », des positions partagées par la classe politique israélienne toutes tendances confondues. La feuille de route, un plan de paix international soutenu notamment par les Etats-Unis et l’Union européenne, prévoit à terme la création d’un Etat palestinien. Le plateau du Golan syrien a été conquis en 1967 puis annexé par Israël. Quant au principal favori, M. Netanyahu, il joue la surenchère. « Avec un gouvernement sous ma direction, il n’y aura plus de tirs de roquettes ni de contrebande d’armes qui pourront un jour atteindre Tel-Aviv », a assuré cet ancien Premier ministre.

 

Tzipi Livni a, elle aussi, tenté de parer les critiques sur sa droite en expliquant qu’elle n’était pas liée à un plan du Premier ministre sortant Ehud Olmert prévoyant un retrait israélien de la très grande majorité de la Cisjordanie et un partage de souveraineté à El Qods-Est, un leurre bien entendu. « Chaque Premier ministre choisit sa voie, celle qu’il (Ehud Olmert) a choisie n’est pas la mienne ». Roni Bar-On, le ministre des Finances, un proche de Mme Livni, n’a pas exclu une alliance avec Avigdor Lieberman. « C’est un grand sioniste, il n’y a pas de raison de l’exclure d’une coalition », a-t-il affirmé. Ehud Barak, le ministre de la Défense et chef du Parti travailliste en difficulté dans les sondages, mise, selon les médias, sur une éventuelle libération de Gilad Shalit, un soldat israélien enlevé en 2006 détenu par le Hamas dans la bande de Ghaza pour remonter la pente.

 

Mais M. Olmert a tempéré les espoirs d’un accord avec le Hamas sur Gilad Shalit, en qualifiant de « très exagérées et dommageables » les informations publiées à ce sujet, après que la presse dominicale eut annoncé « une percée » dans les négociations. Pour ainsi dire, personne ne souhaite la libération de ce soldat qui est un prisonnier de guerre. Plus que cela et même s’il a été contraint à sortir de la scène politique par la plus petite porte, Olmert n’oublie pas de ménager sa famille politique rien que pour barrer la voie à son ministre de la Défense. Mais le reste, se rend-on compte, demeure invariablement le même. Pas de paix avec les Palestiniens. Tous les gouvernements israéliens depuis 1948 se sont gardés de franchir le pas. Ils sont tous liés par ce que les Israéliens appellent eux-mêmes les questions consensuelles, c’est-à-dire, les territoires palestiniens et arabes, les réfugiés, El Qods, l’eau et plus généralement un Etat palestinien avec tous les attributs de souveraineté. C’est exactement ce qu’a relevé le Premier ministre palestinien. Malgré l’offre de paix arabe, Israël répond par une déclaration de guerre. Et avec un discours qui ne souffre d’aucune ambiguïté, il se trouve des Etats pour condamner la résistance des Palestiniens.

 

[1] Quant à Mahmoud Abbas, il a déclaré qu’il était prêt à négocier avec tout nouveau gouvernement israélien

 

Publié par el Watan, le mardi 10 février 2009

 

 

http://www.elwatan.com/

 

note : CL, Afps




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9 février 2009 1 09 /02 /février /2009 09:56
Par Michel Bôle-Richard
 


Au sud de Zeitoun, faubourg oriental de la ville de Gaza, le quartier habité par le clan Samouni n'est plus qu'un cimetière de ruines. Seules quelques maisons sont encore debout. Vingt et une habitations et une mosquée ont été réduites à l'état de carcasses de béton et de ferraille. Tsahal est passé par là.

 

Moussa Samouni, 19 ans, raconte : "Lors de l’offensive terrestre le 4 janvier, les hélicoptères ont déposé les parachutistes sur les toits. Ensuite, ils ont fait sortir tout le monde et nous ont rassemblés dans un bâtiment. Nous étions près de 120 personnes. Nous sommes restés toute la nuit. Il y avait des explosions, des coups de feu. C’était la panique totale. Les enfants pleuraient. Il faisait froid. Nous avons ouvert la porte pour aller chercher du bois. Mon père était dans la rue, mort. Les soldats nous ont ordonné de rentrer. Puis il y a eu un bombardement et ensuite un deuxième et après les obus sont tombés sur le toit. Vingt-deux personnes sont mortes. J’ai perdu mon père, ma mère, mon frère, mon oncle et plusieurs cousins. Il y avait des blessés partout qui perdaient leur sang." Moussa n’a pas été touché. Il a tenté de sortir mais il a été arrêté par les soldats qui lui ont attaché les mains et bandé les yeux. Il s’est retrouvé prisonnier avec son oncle. Cela a duré trois jours.

Trois jours d’interrogatoire. "Les soldats nous ont accusés d’être du Hamas. Ils nous ont tapé dessus. Je leur ai dit : Tuez-moi si vous pensez que je suis du Hamas. Ils ont mis des grenades dans les poches de mon oncle et derrière moi, et menaçaient de les faire exploser. Mon oncle préférait mourir par balles, a-t-il dit. Ils ont voulu nous brûler et ont mis le feu à des couvertures. On va vous faire sauter la tête , disaient-ils." Le 7 janvier au matin, tous deux ont finalement été libérés. Les soldats leur ont intimé l’ordre de ne pas dire un mot et leur ont donné des drapeaux blancs.

Après le désengagement de Tsahal le 20 janvier, les corps des 22 victimes ont été sortis des décombres et enterrés. Jeudi 22 janvier, une grande tente de deuil a été dressée au milieu des ruines pour les condoléances. Sur une toile blanche sont écrits les noms des 22 morts plus ceux de 7 autres victimes avec cette inscription : "Les martyrs du massacre de Gaza de la famille Samouni". La foule se presse dans ce décor d’apocalypse pour rendre hommage aux 29 disparus.

Dans l’une des rares maisons restées debout, les murs sont couverts d’inscriptions tracées à la craie. "La place de l’Arabe est sous terre" ; "Si vous êtes un vrai Givati (unité d’élite), vous devez tuer les Arabes" ; "Jérusalem-Est pour Israël". Des étoiles de David signent d’autres cris de guerre. C’est là que les soldats avaient installé leur campement et leurs postes de tir comme en témoignent les boîtes de cartouches et les sacs de sable sur la terrasse.

"C’ÉTAIT COMME UN JEU POUR LES SOLDATS"

C’est là aussi qu’un autre drame s’est déroulé. Fahed raconte : "Mon père Atiyeh a travaillé en Israël. Il parle hébreu et sait ce qu’il faut faire. Il a laissé la porte ouverte. Ils ont commencé par tirer partout. Lorsqu’ils sont entrés, les soldats nous ont demandé de lever les mains et de sortir. Ils étaient huit ou dix. C’est alors qu’ils ont tiré. Mon père a été tué sur le coup. Il avait trente balles dans le corps ! Il a été tué sous mes yeux. Tout le monde s’est mis a crier et à pleurer. Ils ont tiré à nouveau. Plusieurs autres membres de la famille ont été blessés, surtout des enfants dont mon frère Ahmed, âgé de 4 ans. Il a reçu deux balles dans la poitrine et des éclats dans la tête. Puis ils ont incendié une pièce. On ne voyait plus rien, On étouffait. Au bout de dix minutes, nous avons été autorisés à sortir et à nous diriger vers la route principale. J’avais mon frère dans mes bras. Les Israéliens nous ont craché dessus. Les ambulances ne pouvaient pas approcher. Nous avons trouvé refuge dans une maison. Mon frère Ahmed est mort."

Selon plusieurs autres témoins, cinq autres membres de la famille Samouni ont été tués par balles dont un jeune homme de 17 ans, qui était resté caché dans une maison. Certains blessés se sont vidés de leur sang. Un grand père de 75 ans est mort écrasé par un mur démoli au bulldozer.

Zahwa, la veuve d’Atiyeh, raconte en détail, les larmes aux yeux, le drame qu’elle a vécu. "C’était comme un jeu pour les soldats. Ils riaient", affirme-t-elle. Zeinab, 12 ans, qui a perdu son père, sa mère, deux frères et des cousins. Shiffa, 19 ans a également enterré son père, sa mère, sa tante et son oncle. Almassa, 13 ans, se souvient comment un soldat a tiré sur Messaouda qui avait son bébé de 6 mois dans les bras, et qui est mort. Tous ont perdu plusieurs proches.

"Pourquoi, pourquoi ?", répète Nabayia. "Il n’y avait pas de résistance, pas de combattants, pas d’armes. Quel est notre crime ? Quelle faute avons nous commise ? Que le monde entier réponde à cette question. Il ne peut plus y avoir de paix avec Israël. Mon prochain fils, je vais l’éduquer pour être un moudjahid, pour qu’il venge tous ces enfants, tous ces morts."

Interrogée, la porte-parole de l’armée, Avital Leibovitch, a assuré jeudi qu’"une enquête est en cours. Mais je veux que vous sachiez que la brigade Givati n’est pas entraînée pour tuer des femmes et des enfants et que des tirs des mortiers sont partis de Zeitoun." Le Bureau des Nations unies pour les affaires humanitaires (Ocha) avait recensé, le 8 janvier, Zeitoun parmi les "plus graves incidents" de l’offensive israélienne.

Les Samouni sont des agriculteurs. Les champs alentour ont été ravagés par les chars. Au moins 300 personnes sont aujourd’hui sans abri. "Comment voulez-vous que l’on aime les Israéliens ?, crie Mouna. Ils tuent par plaisir et personne ne dit jamais rien. Notre sang ne vaut rien. C’est le plus grand massacre commis dans la bande de Gaza. Combien de temps encore allons nous être terrorisés et massacrés ?"

Gaza, envoyé spécial

 

par Michel Bôle-Richard, grand reporter au quotidien " Le Monde" , publié le 24 Janvier 2009

 

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2009/01/23/a-gaza-des-habitants-racontent-l-acharnement-de-l-armee-israelienne-sur-des-civils_ 1145435_3218.html#xtor=RSS-3208



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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 11:35
Publié le vendredi 6 février 2009 par L’Orient le Jour.
 
 
Un bateau humanitaire qui faisait route vers Gaza en provenance du Liban, a été arraisonné et conduit jeudi par la marine israélienne vers le port d’Ashdod dans le sud du pays, a annoncé le ministre de la Défense israélien Ehud Barak.
 

"Il y a peu de temps, un petit bateau allait du port libanais de Tripoli avec à son bord des journalistes et toute sorte de matériel en violation du blocus maritime que nous avons instauré, et a tenté d’entrer dans les eaux de Gaza", a déclaré M. Barak à la radio publique.

"Dans un premier temps, l’équipage a compris que nous lui interdirions de se diriger vers Gaza et il a alors mis le cap sur Al-Arich (Égypte). Et de là, il a tenté de nouveau de s’infiltrer dans les eaux de Gaza. C’est alors que la marine israélienne l’a arraisonné et le mène maintenant vers le port d’Ashdod", a-t-il dit.

Le "bateau de la fraternité" transporte des tonnes de médicaments, produits alimentaires, jouets, vêtements, détergents, matelas et poches de sang offerts par des ONG libanaises et palestiniennes, selon les organisateurs du voyage. Le bateau battant pavillon togolais appartient à un Palestinien.

Parmi la délégation de huit personnes à bord se trouve l’ancien archevêque grec-catholique de Jérusalem, Monseigneur Hilarion Capucci, qui avait quitté la Ville sainte dans les années 1970 après avoir été emprisonné en Israël pour soutien à l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Quelques heures plus tôt, l’un des organisateurs du voyage, Maan Bachour, avait déclaré que le bateau avait essuyé des tirs de la marine israélienne alors qu’il se trouvait au large de la bande de Gaza, soumise à un blocus israélien.

"Les passagers nous ont informé que des frégates israéliennes avaient tiré en direction du bateau alors que celui-ci était arrivé dans les eaux territoriales palestiniennes, face au littoral de Gaza", avait-il dit.

"Des soldats sont montés à bord et nous avons perdu tout contact avec les passagers", avait ajouté M. Bachour, qui est le coordinateur de "l’Initiative nationale pour lever le blocus de Gaza".

Selon la télévision libanaise NTV et la chaîne qatarie al-Jazira, qui ont des correspondants à bord du bateau, les soldats israéliens ont "agressé les passagers en les frappant".

M. Bachour avait indiqué que dans un premier temps le navire avait été "intercepté" mercredi soir "par deux frégates israéliennes alors qu’il se trouvait dans les eaux internationales et tentait d’entrer dans les eaux territoriales au nord de la Palestine".

Le bateau a ensuite tenté "de parvenir à Gaza à travers les eaux territoriales égyptiennes", avait-il dit.

"Il n’y a aucune raison pour qu’Israël nous empêche de parvenir à Gaza. Nous n’avons ni roquette, ni arme, juste des aides pour le peuple de Gaza", a déclaré lundi un autre organisateur du voyage, Hani Souleimane.

Le Premier ministre libanais Fouad Siniora a contacté plusieurs dirigeants arabes et internationaux "pour mettre en garde contre toute atteinte au bateau de la part des Israéliens", selon un communiqué.



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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 20:10

Shlomo Sand

 

 

Le dernier massacre à Gaza, qui répondait, entre autres, à des objectifs électoraux, n’aura aucunement fait évoluer la situation dans le bon sens et, a fortiori, n’aura pas conforté le droit d’existence d’Israël au Moyen-Orient.

 

Depuis l’origine de son entreprise de colonisation, il y a à peu près un siècle, le mouvement sioniste, et l’Etat d’Israël par la suite, s’est vu comme une minorité persécutée et faible, aspirant à se faire une place au soleil. Brandissant la Bible comme droit de propriété et portant en bandoulière le terrible capital de souffrance des pogroms et des massacres nazis, le projet sioniste a réussi au-delà de tout pronostic : il a fondé un « petit Etat juif » au cœur et aux dépens d’une population arabe infiniment supérieure en nombre.

De nos jours, les historiens savent que, dès la guerre de 1948, le rapport des forces militaires penchait déjà en faveur du jeune Etat, bien au-delà de la représentation que s’en firent les premiers Israéliens. Lors des trois guerres suivantes : 1956, 1967 et 1973, la puissance des forces armées israéliennes s’était encore notablement accrue et, à l’aide d’armements fournis par la France puis par les Etats-Unis, elle s’imposa face aux forces arabes qui lui étaient opposées.

Toutefois, depuis la guerre de Kippour, en 1973, l’armée israélienne n’est manifestement plus confrontée à une menace militaire sérieuse ; et de même, depuis lors, l’existence d’Israël ne s’est plus trouvée en danger. Les pilotes de l’armée israélienne ont cessé, depuis longtemps, d’accomplir des missions de combat ; à l’instar de la majorité des soldats, ils effectuent essentiellement des tâches de police. Force est de reconnaître que les principales missions dévolues à l’armée d’Israël, dotée des armes américaines les plus sophistiquées (chasseurs-bombardiers, drones, fusées guidées, tanks, gilets pare balles…) consistent à réprimer la population des territoires occupés qui de temps à autre tente, de façon désespérée et violente, de se révolter contre son triste sort.

« Tout Etat normal a le droit de défendre ses frontières et de répliquer lorsqu’il subit des bombardements de roquettes », affirment les porte-parole d’Israël dans leurs vibrantes justifications de l’agression brutale contre Gaza. « Certes », pourrait répondre le premier contradicteur venu, « mais tout Etat normal sait aussi où sont ses frontières ! ». Or, Israël ne satisfait pas à ce critère de logique politique de base. Depuis 1967, il n’a pas cessé d’implanter des colonies dans des territoires qui ne sont pas reconnus comme lui appartenant, tout en se gardant, par ailleurs, de les annexer juridiquement afin de ne pas devoir accorder l’égalité civique à leurs habitants.

Si, jusqu’en 2002, Israël a pu justifier l’occupation de ces territoires au motif que le monde arabe n’est pas disposé à reconnaître son existence, cette ligne de défense rhétorique est tombée lorsque la Ligue arabe, incluant l’Organisation de la libération de la Palestine (OLP), a déclaré reconnaître Israël dans les frontières de 1967. L’Etat d’Israël n’a aucunement relevé ce défi diplomatique que tous ses dirigeants ont superbement ignoré. Il s’est retranché derrière une haute muraille de béton, tout en continuant de mordre dans les terres palestiniennes, d’élargir ses colonies et de maintenir son contrôle et sa présence militaires sur toute la Cisjordanie

« Nous sommes sortis de Gaza », affirme Israël. « Alors, pourquoi les Palestiniens continuent-ils de nous attaquer à partir de là ? ». En fait, le retrait israélien de Gaza n’a constitué ni un geste envers les Palestiniens ni un premier pas vers la paix. Bien au contraire ! Tout comme M. Ehoud Barak a effectué le retrait du Liban sans accord afin de se soustraire à toute discussion sur l’évacuation du plateau du Golan, M. Ariel Sharon est sorti de la bande de Gaza pour ne pas avoir à conclure avec les Palestiniens un accord de paix qui aurait également comporté l’évacuation complète de la Cisjordanie et la renonciation à la partie arabe de Jérusalem. En fin de compte, les habitants du sud d’Israël qui subissent les bombardements de roquettes paient le prix fort pour préserver l’intégralité et la tranquillité des colonies.

En vérité, Israël n’a jamais réellement quitté Gaza et n’a jamais accordé aux Palestiniens qui y résident ne serait-ce qu’un semblant de souveraineté. Dès l’origine, l’intention était de créer une vaste « réserve indienne » enclose, préfigurant l’instauration d’autres « réserves » similaires en Cisjordanie ; au cœur d’Eretz Israël. Si les Palestiniens disposaient au moins d’une authentique poignée de souveraineté sur une parcelle de territoire, ils ne se verraient pas accusés d’introduire en contrebande des armes dans une zone relevant officiellement de leur autorité ; ils le feraient en pleine légalité et Israël serait obligé de reconnaître la légitimité de leur Etat. En fait, Israël récuse toute notion d’égalité, même fictive, entre elle-même et les Palestiniens : elle leur dénie tout droit de se défendre. Le droit de se défendre doit demeurer un privilège israélien exclusif. C’est ainsi qu’Israël a catégoriquement rejeté la proposition faite par le Hamas d’une accalmie générale, incluant la Cisjordanie, où l’Etat hébreu continuait de pratiquer sans retenue les « assassinats ciblés » de Palestiniens armés. Il est donc reconnu et admis que le droit d’Israël « de se défendre » implique la neutralisation totale de toute force de résistance palestinienne.

Ce fut pour Israël une véritable aubaine de voir le Hamas remporter à Gaza les élections dont le caractère légal et régulier a été reconnu. Le refus de l’OLP d’accepter le verdict des urnes entraîna la scission du camp national palestinien et la création de deux zones d’influences distinctes. Gaza s’en trouva plus isolée, plus étranglée, plus violente et, surtout, plus ostracisée aux yeux du monde occidental. En Cisjordanie, où l’on souriait encore à Israël, des pourparlers de paix s’ouvrirent avec les Palestiniens « modérés ». L’humiliation et l’absence de contenu effectif des interminables discussions avec l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas ne suscitèrent pas la moindre tendance au compromis et eurent pour seul effet de conforter le Hamas intransigeant. Tout Palestinien raisonnable est à nouveau porté à se dire qu’Israël n’a cessé de duper l’Autorité palestinienne, administrant la preuve que le seul langage qu’il entende est bien celui de la force.

« Le pouvoir corrompt, et le pouvoir absolu corrompt absolument », a déclaré, en son temps, Lord Acton. Israël dispose d’un pouvoir absolu comme vient de l’illustrer sa récente agression contre Gaza. Israël a également montré que, pour économiser la vie des « soldats juifs », elle est prête à sacrifier plusieurs centaines de civils « non juifs ». La majorité des victimes à Gaza ont été des femmes, des enfants, des vieillards. La plupart des combattants palestiniens ont été tués dans les bombardements aériens, par des tirs d’hélicoptères ou d’artillerie effectués depuis les tanks ou les navires de guerre, bien avant l’entrée en lice des forces d’infanterie terrestres. Ce type d’affrontement n’a pas empêché les communicants israéliens de magnifier avec fierté la « victoire sans précédent ! ».

Non loin des lieux mêmes où la mythologie biblique en avait fait le récit, le géant Goliath est revenu, équipé, cette fois-ci, d’une énorme panoplie militaire. Mais les rôles sont désormais inversés : Goliath est devenu « juif » et il est le « vainqueur ». Le petit David est maintenant un « musulman », réprouvé et piétiné lors d’affrontements interminables. Il faut bien, hélas, le reconnaître : c’est précisément cet énorme déséquilibre des forces entre Israël et les Palestiniens qui perpétue l’occupation de la Cisjordanie et rend la paix impossible.

Le dernier massacre à Gaza, qui répondait, entre autres, à des objectifs électoraux, n’aura aucunement fait évoluer la situation dans le bon sens et, a fortiori, n’aura pas conforté le droit d’existence d’Israël au Moyen-Orient. Tant que les Israéliens ne voudront pas se souvenir que les tireurs de roquettes artisanales sur la ville d’Ashkélon sont aussi les fils et les petits-fils de ceux qui en furent expulsés vers Gaza en 1950, il n’y aura pas d’avancée dans la solution du conflit. Celle-ci implique, en effet, de mieux comprendre la profonde colère de ceux qui subissent l’occupation, depuis au moins quarante et un ans ! Peut-on au moins espérer que ce massacre obligera enfin les Etats-Unis et l’Europe à se départir de leur indifférence afin d’obliger les réfractaires à la paix, héritiers des victimes juives d’hier, à un compromis plus équitable avec les victimes de la tragédie palestinienne qui dure encore aujourd’hui ?

 

Shlomo Sand Historien, professeur à l’université de Tel-Aviv,

auteur de Comment le peuple juif fut inventé, Fayard, 2008.

Traduit de l’hébreu par Michel Bilis.


Publié en français par le Monde diplomatique, février 2009

http://www.monde-diplomatique.fr/

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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 21:05

Amira Hass (Haaretz)

 

L’histoire n’a pas commencé avec les Qassam. Mais pour nous, Israéliens [juifs], l’histoire commence toujours au moment où les Palestiniens nous font souffrir et la douleur est alors totalement sortie de son contexte. Nous pensons que si nous occasionnons aux Palestiniens une douleur décuplée, ils finiront par retenir la leçon. Et il y en a pour appeler cela un succès, un exploit, une prouesse.

 

Néanmoins, la « leçon » reste une abstraction pour la majorité des Israéliens. Les médias israéliens ont prescrit à leurs consommateurs une diète stricte à la fois pauvre en information et pauvre en matière de vérité mais riche en généraux et leurs imitateurs. Pleins de modestie, ils ne font pas valoir les exploits : les enfants tués et les corps qui se décomposent sous les décombres ; les blessés qui meurent lentement en perdant leur sang parce que nos soldats ouvrent le feu sur des équipes de secours ; les gamines qu’il a fallu amputer des jambes à cause de blessures terribles dues à toutes sortes d’armes inquiétantes ; les pères bouleversés et en pleurs ; les quartiers d’habitation qui ont été rasés ; les terribles brûlures dues au phosphore blanc ; ou encore le transfert en petit avec des dizaines de milliers de personnes ont été expulsées ou qui sont expulsées en ce moment même de leurs maisons avec pour ordre de se concentrer dans un espace bâti qui ne cesse de se réduire et qui, lui aussi, est condamné à être bombardé sans arrêt.

 

Depuis l’instauration de l’Autorité Palestinienne, la machine israélienne des porte-paroles n’a cessé de grossir la menace militaire que les Palestiniens faisaient peser sur nous. Et lorsqu’ils passent de la pierre au fusil ou du cocktail Molotov à l’attentat suicide, de la charge explosive placée en bord de chemin au Qassam et du Qassam au Grad, et de l’OLP au Hamas, on dit chez nous, en claironnant victoire : « On vous l’avait bien dit. Ce sont des antisémites. » Et puisqu’il en est ainsi, il nous est permis de nous déchaîner.

 

Ce qui rend possible le déchaînement militaire israélien – dont le dictionnaire que je possède n’offre pas de mots pour le décrire – c’est le processus graduel d’isolement de Gaza. Cette coupure a transformé les Gazaouis en objets abstraits, sans nom ni adresse à l’exception de celle des hommes armés, et sans Histoire en dehors des dates que les gens de la Sûreté israélienne (Shabak) fixent pour eux. Le blocus de Gaza n’a pas débuté quand le Hamas a pris le contrôle des organes de sécurité dans la Bande de Gaza, ni quand Gilad Shalit a été capturé, ni quand le Hamas a été élu lors d’élections démocratiques. Le blocus ( de Gaza) a commencé en 1991, avant les attentats-suicides, et depuis lors, il n’a cessé de se sophistiquer pour atteindre son sommet en 2005.

 

La machine israélienne des porte-paroles a joyeusement présenté le désengagement comme l’abolition de l’occupation, en ignorant effrontément les faits. L’isolement et le bouclage ont été présentés comme une nécessité militaire. Mais nous sommes tout de même de grands enfants et nous savons que la nécessité militaire et les mensonges constants servent des objectifs politiques. L’objectif d’Israël était de faire échouer la solution à deux Etats que le monde espérait voir se concrétiser avec la fin de la guerre froide en 1990 – une solution qui n’était pas parfaite mais à laquelle les Palestiniens étaient alors prêts.

 

Gaza, ce n’est pas une puissance militaire qui aurait attaqué un petit voisin n’aspirant qu’à la paix, Israël. Gaza est un territoire qu’Israël a envahi en 1967, en même temps que la Cisjordanie. Ses habitants font partie du peuple palestinien qui a perdu sa patrie et sa terre en 1948.

 

En 1993, Israël a eu une occasion en or, une occasion unique, de démontrer au monde que ce qu’on disait de lui n’était pas vrai. Qu’il n’est pas un Etat colonialiste par nature. Qu’expulser un peuple de sa terre, chasser des gens de leurs maisons, voler des terres palestiniennes pour y installer des Juifs, ne constituait pas le fondement de son existence et de son essence. Dans les années 90, Israël a eu une occasion de démontrer que 1948 n’était pas son paradigme. Israël a manqué cette occasion, en ne faisant que perfectionner sa méthode de vol des terres et d’expulsion hors des maisons et en entassant les Palestiniens dans des enclaves coupées les unes des autres. Aujourd’hui, en ces jours sombres, Israël démontre que l’année 1948 ne s’est pas encore achevée.

 

Amira Hass

Haaretz, le 14 janvier 2009

 

www.haaretz.co.il/hasite/spages/1055376.html

 

(Traduction de l’hébreu : Michel Ghys)


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Version anglaise : History did not begin with the Qassams

www.haaretz.com/hasen/spages/1055241.html

 

 

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1 janvier 1970 4 01 /01 /janvier /1970 01:00
Vendredi 28 octobre 2011
imagesCAVZMNEC.jpgOn évalue aujourd’hui à plus de 700.000 le nombre de Palestiniens ayant été, depuis 1967, arrêtés et plus ou moins longtemps détenus par les forces israéliennes. Ce chiffre représentant plus de 20% de la population des Territoires palestiniens occupés, il n’est pas de famille palestinienne qui ne connaisse ou n’ai connu au moins un emprisonné. Un article de Christiane Gillmann, membre du réseau Chrétiens de la Méditerranée, daté du 15 septembre 2011, pour le groupe de travail Prisonniers de l’Association France-Palestine Solidarité (Sources : Addameer, B’Tselem, FIDH).
 
En juin 1967, 19 ans après que leur Etat se soit constitué sur 78% de la Palestine (soit 40% de plus que prévu par le Plan de partage des Nations-Unies), les forces armées israéliennes ont pris le contrôle des 22% restants. Presqu’aussitôt elles y ont instauré deux pratiques hautement criminelles : celle qui consiste à aider les colons israéliens à s’emparer de terres palestiniennes et à s’y installer, ainsi que les arrestations massives de Palestiniens détenus, plus ou moins longtemps, dans des prisons israéliennes. Deux pratiques qui ne sont pas seulement moralement condamnables, mais sont aussi criminelles au strict sens juridique : le droit humanitaire de la guerre, en l’occurrence la 4ème convention de Genève, interdit l’une et l’autre et les qualifie d’infractions graves, c’est-à-dire de crimes de guerre (art. 49 et 147).
 
Plus de 700.000 Palestiniens ont été victimes d’arrestations, dont 10.000 femmes, 7.500 enfants et 65 députés. Pour une partie d’entre eux, la détention aura duré de 2 jours à 6 mois (la visite très hypothétique d’un avocat n’étant possible qu’au bout de 32 jours), car tous ne feront pas l’objet d’une procédure ou de cette non-procédure, en fait véritable « lettre de cachot », que constitue la détention administrative.
 
L’armée israélienne opère aux checkpoints et lors d‘incursions dans les villes, villages et camps de réfugiés de Cisjordanie, autrefois en plein jour et actuellement plutôt la nuit, en réveillant brutalement les occupants d’une maison et en humiliant devant ses proches la personne qu’elle choisit d’arrêter. Aujourd’hui elle s’en prend aux villages de Cisjordanie résistant de manière non-violente au mur et aux colonies israéliennes qui leur volent terre et eau.
 
Les enfants palestiniens - c’est-à-dire les mineurs de moins de 18 ans que les forces israéliennes s’autorisent à arrêter, détenir et juger dès qu’ils ont 12 ans - paient ces derniers temps un lourd tribu à la répression israélienne, puisqu’ils sont environ 7.000 a avoir été arrêtés depuis 2000. C’est un chiffre considérable (126.000 à l’échelle de la France 18 fois plus peuplée que les Territoires palestiniens occupés), surtout si on le compare au nombre beaucoup plus faible d’arrestations d’enfants, durant la première Infidada où ils se sont pourtant trouvés en première ligne. De toute évidence, les militaires israéliens et les membres du Shin Bet tablent sur la fragilité de ces enfants, que la torture ou la simple crainte de la torture sont sensées faire parler : des témoignages d’enfants sont en tout cas produits actuellement devant les tribunaux militaires israéliens, contre les dirigeants de la résistance populaire non-violente.
 
Actuellement 6.000 prisonniers politiques palestiniens peuplent les prisons israéliennes, dont 33 femmes, 202 enfants (40 d’entre eux sont âgés de 12 à 15 ans), 18 députés dont Marwan Barghouti condamné, comme 801 autres Palestiniens, à plusieurs fois la peine perpétuelle.
 
Où et dans quelles conditions sont-ils détenus et que se passe-t-il pour ceux qui, comme Salah Hamouri, ont affaire à cette fameuse justice militaire israélienne ?
 
LES LIEUX ET CONDITIONS DE DETENTION
 
Les prisonniers politiques palestiniens sont répartis dans 20 prisons et centres de détention situés en Israël, en violation de l’article 49 de la 4ème convention de Genève Des centres de détention temporaire consacrés à l’interrogatoire des prisonniers, se trouvent dans les Territoires palestiniens occupés, notamment à Ofer, au sud de Ramallah et à Etzion près d’Hébron. Ils sont situés dans l’enceinte de colonies juives et sont constitués de tentes souvent très usées abritant de 25 à 30 personnes où les conditions de détention sont particulièrement inhumaines et dégradantes.
 
Comme le souligne la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme, les conditions de détention infligées aux prisonniers politiques palestiniens ne respectent aucun des standards internationaux. La nourriture est de mauvaise qualité et est insuffisante ; les sanitaires sont en nombre trop limité par rapport à la surpopulation des camps ; aucun change vestimentaire n’est fourni ; le service médical, déjà déficient dans l’univers carcéral, est encore plus dramatique pour les Palestiniens. L’ensemble de ces problèmes est renforcé, pour les prisonniers détenus en Israël, par les difficultés que rencontrent leurs familles pour obtenir des permis de visite. De son côté, le CICR se heurte à beaucoup d’obstacles de la part des autorités israéliennes, lorsque, plusieurs fois par an, elle organise pour les familles des transports collectifs vers les prisons israéliennes.
Et 634 prisonniers ne peuvent depuis 2 ans plus recevoir aucun visite de leurs familles vivant dans la bande de Gaza
.
 
Une partie des prisonnières palestiniennes sont détenues à la prison de Ramleh où elles sont regroupées par 6 dans des cellules de 14 m2. De plus elles sont quelquefois mises en situation de promiscuité avec des détenues israéliennes de droit commun qui les insultent et les menacent. S’agissant des enfants, les autorités militaires israéliennes décrètent que toute personne ayant 16 ans est majeure, violant en cela la Convention internationale relative aux droits de l’enfant (CIDE) et leur propre loi qui fixe la majorité pénale à 18 ans.

Et elles arrêtent et incarcèrent les enfants palestiniens dès l’âge de 12 ans, alors que la convention onusienne n’en prévoit la possibilité qu’à partir de l’âge de 14 ans. Beaucoup d’autres dispositions de la CIDE sont violées par les autorités israéliennes ; aucun de ces enfants ne s’est vu offrir la possibilité de poursuivre sa scolarité et
,
s’agissant des visites de leurs familles et d’un minimum de suivi médical, ils sont tout aussi mal logés que les adultes.



LA PRATIQUE DE LA TORTURE
 
Quoique leur pays ait ratifié la Convention internationale contre la torture, ainsi que le pacte relatif aux droits civils et politiques, et qu’au demeurant une disposition du Code pénal israélien interdise la torture, les militaires israéliens et le personnel du Shin Bet la font systématiquement subir aux prisonniers politiques palestiniens.
 
Cette pratique a connu une brève interruption entre la fin 1999 et le début de 2002, à la suite d’un arrêt rendu le 6 Septembre 1999 par la Cour suprême d’Israël. Mais les mauvaises habitudes sont réapparues avec le déclenchement le la seconde Intifada et elles sont devenues à nouveau la règle depuis le début de l’année 2002. Les ONG israéliennes de défense des droits de l’homme que sont B’Tselem et Hamoked indiquent qu’à l’heure actuelle plus de 85% des prisonniers palestiniens ont été, et sont toujours, victimes de tortures.
 
Le recours à la torture physique contre les Palestiniens débute dès leur arrestation. Menottés et la tête recouverte d’un sac en plastique, ils sont généralement battus par les militaires qui les transportent vers les centres d’interrogatoire. Ensuite, ils peuvent subir l’isolement dans des cellules étroites et humides pour des périodes de 30 à 90 jours ou la privation de sommeil, parfois durant 10 jours, sans oublier l’obligation qui leur est faite de se dévêtir complètement chaque fois qu’ils sortent de la prison et y reviennent.
 
Lors des interrogatoires, ils sont souvent battus ou violemment secoués, mais la méthode la plus fréquemment utilisée est le Shabah qui consiste à attacher les bras du prisonnier dans son dos, alors qu’il est assis sur une chaise dont les pieds de devant ont été écourtés ; c’est là une position extrêmement douloureuse qu’on lui inflige de 18 à 22 heures d’affilée, pendant plusieurs jours.
 
JUSTICE D’ARRIERE-COUR OU DETENTION ADMINISTRATIVE
 
Le régime des incarcérations et des détentions est réglé par des ordres militaires qui s’inspirent souvent des textes répressifs en vigueur sous le mandat britannique. L’autorité militaire israélienne fixe ainsi, selon son bon vouloir, les périodes durant lesquelles les Palestiniens peuvent être détenus sans avoir accès à un Avocat (32 jours actuellement) et sans être l’objet d’une procédure (6 mois et 12 jours).
 
Si procédure il y a, elle se déroulera sur une période pouvant durer 3 ans, devant les juridictions militaires israéliennes : des tribunaux militaires dont les décisions peuvent être déférées à une cour d’appel, tout aussi militaire. Devant de telles juridictions qui siègent dans l’enceinte des prisons et centres de détention, les prisonniers palestiniens ne bénéficient jamais d’un procès équitable et comparaissent d’ailleurs la plupart du temps sans défenseur, comme l’ont constaté les enquêteurs de l’ONG israélienne Yesh Din qui ont suivi 800 de leurs audiences. Au terme d’un rapport (dont a rendu compte le quotidien « Le Monde » du 8 janvier 2008) intitulé « justice d’arrière-cour », Yesh Din dresse un tableau atterrant de ces juridictions militaires. Quant aux peines prononcées, elles sont démesurées : les peines de prison excédent souvent 50 ans et atteignent même 20 fois la peine perpétuelle… Les enfants palestiniens ne sont pas épargnés puisque l’un d’eux a été condamné à perpétuité, des peines de 2 à 5 ans et des peines de 5ans ayant été infligées respectivement à 36 % et 10 % d’entre eux.
 
Il n’est pas étonnant que désormais 95% des Palestiniens traduits devant de telles juridictions choisissent de « plaider coupable ».
 
Comme l’a fait Salah Hamouri, début 2008, en se reconnaissant faussement coupable d’avoir eu « l’intention d’attenter aux jours » du rabbin extrémiste Sofer, pour que la justice militaire abandonne l’autre « crime » pour lequel elle le poursuivait depuis 3 ans (l’appartenance à un parti progressiste, le FPLP) et qu’il encoure ainsi 7 ans de prison au lieu du double
 
Passé les 6 mois et 12 jours, tous les prisonniers palestiniens ne font pas l’objet d’un procès ou d’une mesure de libération. Certains sont envoyés dans une prison spéciale, Ketziot qui est située dans le désert du Néguev, pour des périodes de 6 mois, indéfiniment renouvelables, en vertu d’un système exhumé du droit du mandat britannique : la détention administrative. Ils rejoignent là parfois des prisonniers ayant purgé leurs condamnations. Beaucoup de mineurs (garçons et filles) et de responsables palestiniens ont eu droit à ce régime. Les prisonniers de Ketziot, dont le nombre a pu atteindre 1.600, sont aujourd’hui 253, dont 3 femmes et 15 députés


http://www.chretiensdelamediterranee.com/article-le-scandale-des-prisonniers-politiques-palestiniens-87263641.html
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1 janvier 1970 4 01 /01 /janvier /1970 01:00

 
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Actualité Juive condamné pour diffamation dans l'affaire al-Dura

Par Nolwenn Le Blevennec | Rue89 | 29/04/2011 | 18H31
  
 
Télécharger la décision du tribunal correctionnel de Paris dans l'affaire al-Dura.Dans une décision très détaillée, le tribunal correctionnel de Paris a condamné ce 29 avril l'hebdomadaire Actualité juive, le journaliste Clément Weill-Raynal et le docteur Yehuda David pour diffamation, dans le procés intenté par le père du jeune Palestinien Mohammed al-Dura,. En cause, l'article titré :
« Les blessures de Jamal […] existaient déjà en 1993 sans la moindre ambiguïté possible. »

(De nos archives) C'est un procès à double étage : énième rebondissement de l'affaire al-Dura et apogée d'une détestation entre frères jumeaux.
L'un, Guillaume Weill-Raynal, est un ami proche de Charles Enderlin, le journaliste de France 2 qui a commenté les images de la mort de Mohammed, 12 ans, dans un échange de tirs entre Israéliens et Palestiniens, le 30 septembre 2000.
Son sujet, diffusé au journal de 20 heures, a fait le tour du monde et lui vaut d'être mis à l'écart de la communauté juive française. (Voir le reportage du 30 septembre 2000)



L'autre, Clément Weill-Raynal, chroniqueur judiciaire et rédacteur en chef adjoint à France 3, défend avec énergie la thèse de la manipulation des images, voire de leur mise en scène. Il pense que les rushs tournés ce jour-là par le vidéaste Abu Rahma, au carrefour de Netzarim (Gaza), sont plus que louches. Et conforte la thèse du scénario en écrivant dans le journal Actualité Juive, sous le pseudonyme de Daniel Vavinsky.
Le premier, Guillaume, a participé à l'organisation du procès dans lequel comparaissait le deuxième, Clément, mardi, à la 17e chambre du tribunal de grande instance de Paris.

Clément Weill-Raynal : « 36 secondes, c'est long »

En tant que chroniqueur judiciaire, Clément Weill-Raynal connaît par cœur « la 17e » (« C'est mon bureau »). Cette fois, c'est lui l'accusé. Mal à l'aise, il tapote son front avec un mouchoir en papier.
Il est jugé pour complicité de diffamation à l'égard de Jamal al-Dura, le père de Mohammed. Est-il allé trop loin dans sa démonstration ? Il est accusé d'avoir réalisé, dans Actualité Juive, en septembre 2008, une interview comportant des propos diffamatoires.
Dans cet article, il donne la parole au médecin israélien, Yehouda David, qui affirme que les blessures sur le corps du père sont antérieures à la fusillade de Netzarim. Elles dateraient d'une rixe à la hache en 1992 et d'une opération pratiquée par lui deux ans plus tard. Le titre du papier, que Clément assure ne pas avoir choisi, est : « Les blessures de Jamal al-Dura existaient déjà en 1993 sans la moindre ambiguïté possible. »
On comprend pourtant, lors de l'audience, que l'altercation et cette opération pourraient au mieux expliquer quelques cicatrices, notamment au pied et à la main. Mais en aucun cas, celle au niveau du bassin (ne résultant pas d'un élément tranchant).

« On devine un impact de balle »

Deux heures avant le procès, nous avons rencontré Clément Weill-Raynal, chez lui. Pas encore rasé, pas encore en costume, pas encore stressé. Le journaliste assure ne pas avoir beaucoup de temps. Il veut bien nous « garder » une demi-heure, « parce que vous êtes une consœur ».
Finalement, il veut tout nous raconter pour nous convaincre. Il fait des allers-retours entre le salon et son ordinateur et nous propose de visionner avec lui les fameux rushs de France 2.
Clément Weill-Raynal les commente, les repasse, les compare avec d'autres images au ralenti. « Vous voyez là, on devine un impact de balle préexistant. On le devine, vous voyez ? Là. »
Il pointe comme cela « huit à dix éléments objectifs » qui, selon lui, discréditent les images : « Moi, si vous voulez, j'ai l'impression que France Télévision s'est fait enfler. » Concentré sur des détails, le chroniqueur judiciaire ne voit plus l'enfant crier :
« Regardez ici, j'ai compté, il y a 36 secondes pendant lesquelles il n'y a aucun coup de feu (il compte sur ses doigts). 36 secondes, c'est long. Pourquoi Jamal et Mohammed n'ont pas décidé d'en profiter pour s'échapper ? Je ne comprends pas. Ce n'est pas logique. »

« Je sais que mon frère est derrière tout ça »

Plus tard, à l'audience, l'avocate de Jamal al-Dura, Orly Rezlan, réagira sur ce point : « Sérieusement, comment auraient-ils pu savoir qu'ils avaient 36 secondes devant eux ? »
Dans sa plaidoirie, l'avocate ne cache pas son écœurement. Elle accuse Clément Weill-Raynal et « ces gens » de distiller le poison pour que personne ne puisse regarder ces images sans douter : « Ils ne débattent pas, ils affirment. »
Puis, elle poursuit :
« Vous ne supportez pas ces images et vous cherchez à les combattre, avec une multitude de petites questions additionnées. […] Pensez-vous vraiment que personne n'aurait retrouvé l'enfant s'il était vivant ? »

L'avocate n'a aucun allié sur les bancs. Et son client, Jamal al-Dura, n'est pas en France : « Je ne voulais pas leur faire le plaisir de le faire venir et il risquait sa sécurité. » En réalité, si Jamal a impulsé le procès ou en a plus accepté l'idée, il n'a pas pu l'organiser de Gaza.
Charles Enderlin et Guillaume Weill-Raynal se sont activés. A la fin de notre entretien chez lui, Clément Weill-Raynal, qui pense que son frère a « des problèmes psychologiques », s'énerve :
« Je sais très bien que mon frère est derrière tout ça. Charles Enderlin ne connaissait pas Orly Rezlan. Jamal a accepté d'attaquer, mais il n'en a pas eu l'idée tout seul. Vous avez déjà vu ça, vous, un jumeau qui traîne son frère au tribunal ? »

« C'est une maladie psychiatrique de la communauté juive »

Le jumeau de Clément, ancien avocat, n'est pas venu au procès. Il n'avait pas envie de croiser le regard de son frère avec lequel il est brouillé depuis 1999. Ni celui d'Aude Weill-Raynal, sa sœur aînée et avocate qui défend le directeur de la publication d'Actualité Juive.
Il ne supporte plus depuis longtemps leurs prises de position, même si « Aude a glissé vers la droite plus lentement. Elle a revoté pour Mitterrand en 1988, avant de se tourner vers Philippe de Villiers ».
Mais Guillaume Weill-Raynal – un peu plus épais que son frère – a accepté de nous rencontrer dans un café près de la rue Vavin, fief familial (d'où le pseudo Vavinsky), la veille du procès. Il ne confirme pas être à l'origine de la procédure mais explique avoir aidé Orly Rezlan, « juive intello de gauche dans le bon sens du terme », à monter son dossier :
« Nous avons fait une boîte à idées pour réfléchir à la bonne défense. »

A ce stade, deux options possibles : soit Guillaume Weill-Raynal veut réduire en miettes la thèse de la manipulation, soit il veut réduire en miettes son frère. En fait, c'est les deux.

« Clément a vrillé un soir de shabbat »

Guillaume s'attarde d'abord sur leurs désaccords politiques et la rupture idéologique. La famille Weill-Raynal est historiquement de gauche (grands-parents ami de Léon Blum et SFIO, père PSU dans les années 60) :
« A 20 ans, mon frère et moi étions dans un trip de gauche, dans ce qu'on appelle le “camp de la paix”. Nous allions en vacances au kibboutz. »

Puis, en 1981, les Israéliens bombardent la centrale d'Osirak, en Irak. Quelques jours après l'installation de son gouvernement, Mitterrand fait un communiqué qui condamne l'action militaire :
« Ce jour-là, en arrivant au dîner de shabbat, Clément a hurlé que les socialistes nous avaient poignardés dans le dos. C'était Munich. »

A partir d'ici, leurs chemins se séparent. Guillaume Weill-Raynal, « mauvais juif » de son frère, vit une vie dissolue avant d'épouser « une goy plus Groseille que Le Quesnoy » (en écho au film « La Vie est un long fleuve tranquille »). Il écrit « Une haine imaginaire : contre-enquête sur le nouvel antisémitisme » (Armand Colin, 2005), livre qui déconstruit des discours qu'il juge paranos et aboutit, selon certains, à une réalité édulcorée.
Son frère décide lui de suivre les préceptes de la religion.

Un élément structurant de la communauté juive

Sur l'affaire al-Dura, Guillaume Weill-Raynal n'a aucun doute :
« C'est une maladie psychiatrique qui s'est emparée de la communauté, qui fait que même un mec qui a un bac +11 va voir à la place du sang de Mohammed un chiffon rouge, alors qu'il n'y en a pas. Etre contre ce reportage, c'est quasiment aussi fort que respecter shabbat. C'est un élément structurant de la communauté juive. »

Richard Prasquier, président du Crif et proche des opinions de Clément Weill-Raynal, cité comme témoin, a d'ailleurs déclaré : « Depuis qu'Israël existe, rien n'a généré autant de conséquences. »
Guillaume Weill-Raynal pense que si son frère a décidé d'épouser la thèse de la mise en scène, c'est parce qu'il est « devenu un bon petit soldat de la communauté ou qu'il a voulu m'embêter parce que je suis pote avec Enderlin ». Au-delà des désaccords politiques, le conflit gémellaire affleure à tous moments.

« Il m'a poussé dans le camp des alters »

L'ancien avocat raconte avec émotion qu'ils dormaient dans le même lit, enfants. Leurs rapports se sont corsés à l'adolescence. En période d'examens, tous deux en droit, quand l'un allait aux toilettes, l'autre allait regarder où en étaient ses fiches :
« Chez les jumeaux, la construction des terrains de chacun se fait à retardement et dans la douleur. »

Lequel s'est construit à l'opposé de l'autre ? « Je considère que c'est lui qui m'a poussé dans le camp des alters juifs et que je m'y suis trouvé bien. »
Clément Weill-Raynal semble lui beaucoup moins dans l'introspection concernant son jumeau : « Guillaume est derrière tout ça pour des conflits anciens qui m'échappent. »
Le jugement a été mis en délibéré au 29 mars. Pour l'affaire al-Dura contre Clément Weill-Raynal.
► Article initialement publié le 9 février 2011, sous le titre « Dix ans après, l'affaire al-Dura déchire encore une famille juive ».
 

 
 
http://www.rue89.com/2011/02/09/dix-ans-apres-laffaire

 

 

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Published by CJPP5 - dans Revue de presse
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