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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 08:47

Frappes américaines en Syrie : « C’est le retour à la politique de ‘gendarme du monde' »

Presse
8 avril 2017
 
 
 
Si la France ou l'Allemagne ont soutenu ce bombardement décidé unilatéralement par les Etats-Unis, d'autres puissances comme la Russie ou l'Iran, deux fidèles alliés de Damas, l'ont fermement condamné. Donald Trump souhaite-t-il redistribuer les cartes dans la région ? Doit-on craindre un embrasement ? Franceinfo a interrogé Jean-Pierre Maulny, spécialiste des questions de défense et directeur adjoint de l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).

Franceinfo : C'est la première fois que les Etats-Unis frappent directement le régime de Bachar Al-Assad. Y a-t-il un risque de guerre ouverte entre Washington et Damas ?

Jean-Pierre Maulny : Je ne pense pas. Depuis quelques jours, Donald Trump avait promis une réponse après le bombardement à l'arme chimique de Khan Cheikhoun, attribué au régime. Contrairement à Barack Obama en 2013, il a mis à exécution cette menace. Mais on est dans une riposte limitée sur ue cible militaire, qui a comme objectif de dire à Bachar Al-Assad : "Ne faites plus jamais ça." Cela ne représente guère plus qu'une action dissuasive, selon moi. Je ne pense même pas que cela change véritablement quelque chose à la politique menée par Donald Trump dans la région.

Pourquoi avoir agi de façon unilatérale, alors que des négociations étaient en cours à l'ONU ?

C'est évidemment un signal destiné à la Russie, qui s'oppose systématiquement à toutes les résolutions concernant son allié syrien depuis le début du conflit dans le pays. Avec cette frappe, Trump s'adresse directement au Kremlin. Il lui signale qu'il prend les devants et qu'il n'est pas prisonnier de son blocage.

Nous sommes désormais dans une situation internationale à peu près équivalente à celle que nous avons connue pendant la guerre froide. Il n'y a plus d'accords du Conseil de sécurité des Nations unies sur les conflits majeurs, car la Russie ou la Chine mettent systématiquement leur veto. Considérant ce fait, les risques d’actions unilatérales sans résolution de l'ONU se multiplient. Ce n’est pas une surprise.

Cela rappelle les interventions militaires de l'ère George W. Bush…

Précisément. En attaquant seuls, les Etats-Unis montrent qu'ils n'ont pas besoin de leurs alliés pour intervenir et qu'ils ont les moyens d'agir de leur propre chef. Tel est le message, comme ce fut le cas sous la présidence de George W. Bush.

Lors de la guerre en Afghanistan, après le 11-Septembre, Washington n'est pas passé par l'Otan pour envahir le pays. Le Royaume-Uni et la France n'ont été que des soutiens de second plan à une opération purement américaine. La coalition internationale, créée sous mandat de l'ONU, n'est venue qu'ensuite. C'est un peu l'idée, lorsque Donald Trump appelle les "nations civilisées" à le rejoindre. C'est le retour à la politique de "gendarme du monde".

La Russie a tout de suite réagi en dénonçant "une agression" contre "un pays souverain" et a annoncé la suspension de l'accord avec Washington sur la prévention des incidents aériens en Syrie. Que cela veut-il dire ?

Comme chacun bombardait un peu de son côté dans la région, Moscou et Washington avaient passé un accord pour éviter de se taper dessus par erreur. Le Kremlin revient sur cet accord. Cela veut dire qu'éventuellement, si un avion américain est en vol au-dessus de la Syrie, il pourra être accroché par un radar de poursuite de tir de façon non volontaire.

On peut évidemment l'interpréter comme une menace voilée, même si nous restons dans le cadre d'un bras de fer diplomatique. Le dossier syrien est éminemment politique. Le langage est très démonstratif, mais la réalité est heureusement beaucoup plus mesurée.

Il ne faut donc pas craindre une escalade de la violence entre la Russie et les Etats-Unis ?

Le risque est très limité. Il n’y a aucune volonté d’affrontement direct entre ces deux puissances, surtout sur un conflit qui reste, somme toute, périphérique.
 
 
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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 08:46

Quel prix l’Europe doit-elle payer pour la reconstruction de la Syrie ?

Un échange entre Michel Duclos et Yezid Sayigh




Orient XXI > Magazine > Michel Duclos > Yezid Sayigh > 5 avril 2017

L’Union européenne copréside le 5 avril, notamment avec les Nations unies, une conférence à Bruxelles sur l’aide à apporter à la Syrie. Michel Duclos, ancien ambassadeur de France à Damas et Yezid Sayigh du Carnegie Middle East Center débattent des défis posés par cette réunion sur la manière de contribuer à la reconstruction sans renforcer le régime.

 

Tout le problème vient de ce qu’on se trouvera vraisemblablement dans une situation ambiguë : celle d’un accord imparfait ouvrant la voie à une fausse transition ou à une transition en trompe-l’œil. La tentation existera certainement, pour les Européens notamment, d’accorder au régime de Damas et à ses soutiens le bénéfice du doute.

Si les autorités françaises sont particulièrement méfiantes, c’est qu’elles sont instruites par l’expérience : à deux reprises, sous Jacques Chirac au début des années 2000 et sous Nicolas Sarkozy en 2008-2011, elles ont tendu la main à Bachar Al-Assad, et à deux reprises celui-ci les a trompées. Le régime syrien ne peut en aucun cas à leurs yeux se montrer un partenaire fiable. Sans transition réelle, pas de financement de la reconstruction du pays possible, car en fait pas de vraie reconstruction possible.

Yezid Sayigh. — Il est peu probable que le conflit syrien se termine par un règlement formel négocié conduisant à un véritable partage de pouvoir ou à une transition crédible. Les décisions concernant la fourniture ou non d’une assistance à la reconstruction économique resteront donc politiquement controversées pendant une longue période. Des distinctions devraient en outre être établies entre les sanctions contre les autorités syriennes et les agences accusées de crimes de guerre, les relations commerciales avec la Syrie qui ne font pas l’objet de sanctions et l’aide à la reconstruction. Les premières devraient être maintenues, alors que les relations commerciales devraient être facilitées. Le vrai défi se pose par rapport au troisième volet : l’aide à la reconstruction.

Quels objectifs et quelles hypothèses devraient façonner une décision européenne ? Lorsque des sanctions officielles et d’autres mesures telles que les restrictions bancaires ont été imposées, par exemple, on était convaincu que cela pousserait les commerçants et les hommes d’affaires à s’opposer ouvertement au régime d’Assad. Mais le « point de basculement » tellement vanté n’est jamais venu. L’Union européenne (UE) a eu recours à des sanctions parce qu’elles sont presque toujours un instrument de politique étrangère plus facile et moins coûteux permettant d’éviter des interventions plus déterminées et certainement plus coûteuses qui auraient eu un véritable impact.

On a pu constater le même processus, mais à l’inverse, dans le contexte israélo-palestinien : subventionner financièrement un « processus de paix » moribond en lieu et place d’une intervention politique nécessaire pour parvenir à une solution, intervention qui nécessiterait de s’écarter des politiques américaine et israélienne. Et comme en Palestine, le moment où une action décisive aurait pu faire une différence majeure en Syrie (2012 et 2013) est passé, or les pressions financières restent en vigueur.

Au fur et à mesure que le débat sur l’aide à la reconstruction de la Syrie s’intensifie, ceux qui y participent devraient évaluer les dynamiques sociales et politiques internes dans un avenir prévisible, et comment elles peuvent être affectées (positivement ou négativement) par les flux financiers externes. Dans les économies définies par la pénurie — comme l’Irak sous sanction en 1990-2003 ou l’économie de l’ère soviétique —, le régime en place en bénéficie en rendant la société encore plus dépendante de lui pour l’accès aux ressources limitées et aux marchés captifs. Mais, à l’inverse, une politique ne peut pas être construite sur l’espoir que des flux sans entrave à la Syrie rendront les acteurs sociaux locaux moins dépendants du régime et les renforceront politiquement. Ainsi, l’échec de la transition démocratique en Égypte depuis 2011 montre combien les classes moyennes et une classe commerciale parasite ne représentent pas une opposition politique viable au pouvoir autocratique.

Enfin, la contribution financière potentielle européenne ne sera jamais suffisante pour contrebalancer tous les autres facteurs qui influenceront la manière dont l’économie et la politique post-conflit de la Syrie évolueront, même si une véritable transition avait lieu. Mais avec sa propre crise existentielle émergente et les difficultés de la zone euro, l’UE n’aura qu’un poids limité pour arracher des réformes juridiques, administratives ou commerciales importantes au gouvernement syrien en échange de l’aide à la reconstruction. Ce qui nous attend, c’est une fin incertaine de la guerre et une économie extrêmement affaiblie. Si l’UE veut s’impliquer, elle devrait au moins être plus claire sur ses objectifs réels et sur les hypothèses qui fondent son intervention.

M. D. — Les Européens n’ont en effet pas beaucoup de cartes à jouer — même s’il ne faut pas exagérer la faiblesse de l’Union européenne et notamment de la zone euro. Il est d’autant plus important pour eux de les jouer en temps utile et à bon escient. Pour clarifier le débat sur un éventuel levier économique, les Européens pourraient d’abord réfléchir en termes de lignes rouges : ne pas subventionner le maintien en place du régime Assad, comme on l’a déjà dit — plus généralement, ne pas faire parvenir des fonds ou de l’aide à n’importe quel pouvoir qui ne présenterait pas des garanties de non-corruption satisfaisantes. Mais aussi ne pas se retrouver dans la même situation que pour la Palestine, c’est-à-dire d’avoir à financer périodiquement la reconstruction d’infrastructures que d’autres s’emploient à démolir non moins périodiquement. On dit qu’une aide à la reconstruction pourrait être un incitatif à la stabilisation, en fait l’inverse est encore plus vrai : une stabilité raisonnable conditionne une assistance à la reconstruction.

Dans cette perspective, le problème n’est pas tellement d’obtenir quelque chose du régime qui, encore une fois, ne peut être un partenaire fiable. Le problème est plutôt d’engager une discussion avec les soutiens du régime. Or, l’approche de ceux-ci — et notamment les Russes — parait être celle que l’éditorialiste David Gardner a caractérisée dans le Financial Times par la formule : « We break it, you pay for it, but we and our friends own it »2.

Un jour viendra peut-être où les Russes, voire les Iraniens, devront aborder la question en d’autres termes. En attendant, deux choses pourraient être faites. En premier lieu, une concertation beaucoup plus sérieuse que ce n’est le cas actuellement devrait être engagée entre acteurs extérieurs et puissance régionale sur ce que pourrait être un règlement politique satisfaisant. Cela n’est pas contradictoire avec la poursuite de négociations intersyriennes. La possibilité d’une aide européenne à la reconstruction devrait figurer dans le paquet global, à condition encore une fois que sa mise en œuvre concrète ne démarre qu’avec de nouvelles autorités de transition fiables. En second lieu, l’argent disponible du côté européen serait bien employé à accroître l’assistance aux réfugiés syriens qui ont dû quitter leur pays et dont les besoins sont immenses. Il devrait aussi faciliter la stabilisation de zones libérées de l’emprise de l’organisation de l’État islamique (OEI) dès lors que ces zones ne seraient pas administrées par le régime.

Y. S. — Au milieu des nombreuses incertitudes quant à la façon dont le conflit syrien et les pourparlers politiques se termineront dans les mois à venir, une chose est claire : la reconstruction économique est apparue comme un nouveau champ incertain d’affrontement. Comme Kheder Khaddour l’a récemment souligné3, le régime d’Assad répondra à l’incapacité des institutions étatiques à fournir des services sociaux et à satisfaire les besoins économiques, non pas en cherchant à contenir et à contrôler toutes les organisations non gouvernementales (ONG) qui ont comblé les vides, mais en les intégrant à ses propres réseaux4. Les acteurs extérieurs qui souhaitent éviter d’aider le régime à se reconstruire en captant leur aide doivent être beaucoup plus fermes que les Nations unies qui n’ont jamais refusé de traiter avec les ONG créées par le régime pour détourner cette assistance.

Un élément à prendre en compte est le fait que les gouvernements jordanien et libanais chercheront à rapatrier les réfugiés syriens dès que possible (et entrer dans ce qu’ils espèrent être un marché lucratif de reconstruction en Syrie). Ils minent ainsi les efforts de l’UE, qui a poussé les deux pays à adopter des politiques inclusives prévoyant notamment la légalisation du travail des Syriens et l’enregistrement de leurs entreprises.

Si possible, il serait logique de développer un terrain d’entente avec la Russie (et même avec l’Iran) pour rendre la reconstruction économique plus efficace et contenir les éventuelles tentatives du régime de détourner tous les flux d’assistance. Après tout, sans les aides significatives des États de l’Union, des États-Unis et du Conseil de coopération du Golfe (CCG), la Russie et l’Iran seraient confrontés à la perspective peu attrayante de devoir soutenir un régime malade pour une longue période5. Le défi consiste donc à identifier les domaines dans lesquels la Russie pourrait s’engager de manière constructive. Par exemple faciliter les flux d’aide humanitaire et de reconstruction vers la province d’Idlib, où l’opposition continue de se manifester ; la Russie a déjà ces derniers mois contribué dans ce domaine.

Le financement par l’aide internationale de la reconstruction de la Syrie est un pari risqué. Sans contrôles et garanties fermes, les flux d’aide extérieure ne feront que renforcer les mafias économiques liées au pouvoir6, la corruption et la marginalisation des institutions de l’État. La promesse de l’assistance internationale ne peut pas non plus être utilisée pour obtenir une transition politique significative ou des réformes réelles du régime, et elle ne devrait pas être « vendue » comme telle. Idéalement, les leviers financiers et économiques pourraient aider à préserver ou à créer des conditions permettant le renouveau des contestations pacifiques, en renforçant l’autonomie des communautés locales et des activités économiques non contrôlées par le pouvoir. Mais le processus sera long, progressif, et réversible.

1Elements for an EU Strategy for Syria : joint communication, European Union External Action (EEAS), 3 avril 2017.

2NDLR. Par cette phrase, David Gardner adapte au contexte syrien la formule célèbre du secrétaire d’État américain Colin Powell au président George W. Bush au moment de l’invasion de l’Irak : « If you break it, you own it ».

3« I, the Supreme », Carnegie Middle East Center, 22 mars 2017.

4Bassem Nemeh, « Jordan’s Burden », Carnegie Middle East Center, 21 mars 2017.

5Yezid Sayigh, « Russia, Iran, and Hezbullah in Syria : Win Today, Lose Tomorrow », Carnegie Middle East Center, 2 juin 2016.

6Yezdi Sayigh, « Reconstructing Syria : The Need to Break the Mold », Carnegie Middle East Center, 17 juin 2016.

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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 08:40
La relation de co-dépendance entre les Etats-Unis et Israël ne se résume pas à une question d’argent
 
 
 
 
Mardi 11 avril 2017 / 5h:27
Ramzy Baroud
 
Le Dr Ramzy Baroud est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur du Palestine Chronical
 
 
 
 
 
 
 
Ramzy Baroud « Il faut remonter vingt cinq ans en arrière pour se rendre compte à quel point le soutien international à Israël a chuté, » écrivait en 1976 un intellectuel juif renommé, professeur de sociologie à Harvard, Nathan Glazer.

 

Au cours des quarante dernières années depuis que M. Glazer a écrit cet article, qui fut découvert et rendu public par Philip Weiss, le soutien mondial à Israël est tombé encore plus bas. Le pays, qui à une époque avait un certain attrait pour le capitalisme des Etats-Unis et le socialisme de l’Union Soviétique, est maintenant militairement puissant mais politiquement isolé, par contre, sur la scène internationale.

La perception trompeuse selon laquelle Israël est un « rayon de lumière » parmi les nations est éculée. Pire encore, la dernière fois que cette expression a été utilisée au niveau international ce fut par Geert Wilder, homme politique de droite populiste néerlandais, perçu par beaucoup comme raciste et islamophobe.

Pourtant, plus l’isolement d’Israël grandissait, plus sa dépendance vis-à-vis des États-Unis croissait.

« Soutenir Israël n’est pas dans l’intérêt des États-Unis, » a écrit Weiss. « En fait, Israël constitue un handicap stratégique pour les Etats-Unis. Ce qui fait de l’influence juive américaine l’ultime pilier de la survie d’Israël. »

Bien que les sionistes parlent souvent d‘un lien historique entre les États-Unis et le peuple juif, rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité.

Le 13 mai 1939, un bateau transportant des centaines de juifs allemands ne fut pas autorisé à s’approcher des côtes américaines et fut finalement renvoyé en Europe.

Ce n’était pas un raté de la politique étrangère. Trois mois plus tôt, en février 1939, les membres du Congrès avaient rejeté un projet de loi qui aurait permis à 20 000 enfants juifs allemands d’entrer aux États-Unis et d’échapper à la guerre et une éventuelle extermination par les nazis.

Non seulement le Congrès a étouffé le projet de loi mais l’opinion publique ne s’intéressait pas non plus à la question, car autoriser les juifs à venir aux Etats-Unis était à l’époque assez impopulaire.

Presque huit décennies plus tard, les choses n’ont changé qu’en théorie.

Tandis que la plupart des juifs américains continuent de soutenir Israël, ils sont contre l’administration Trump, qu’ils perçoivent à juste titre comme dangereuse et hostile à toutes les minorités, juifs y compris

Cependant, Israël ne semble pas avoir d’état d’âme à l’égard de la nouvelle administration. Bien au contraire, les sionistes israéliens les plus farouches sont particulièrement satisfaits de la clique de politiciens honnis de M. Trump.

Quelques jours seulement après que M. Trump remporta l’élection présidentielle américaine, les sionistes américains se sont rapidement mobilisés afin de s’assurer que la nouvelle administration protège totalement les intérêts israéliens.

La Zionist Organization of America (Organisation sioniste d’Amérique) ne perdit pas de temps, non plus, pour fraterniser avec des personnages accusés d’entretenir des arrière-pensées anti-juives. Le gala annuel de la ZOA le 20 novembre, a invité nul autre que Steve Bannon, un dirigeant de la soi-disant ‘alt-right’, aussi connue sous l’appellation suprématie blanche aux Etats-Unis.

Sous sa houlette, Breitbart, considéré comme une tribune majeure du alt-right, a attisé l’antisémitisme (du racisme de toute sorte, il va sans dire) ont soutenu Alex Amend et Jonathan Morgan dans Alternet.

Voir des responsables israéliens de haut rang et des chefs de file de la communauté juive des Etats-Unis accueillir – avec tant d’enthousiasme – M. Bannon au gala annuel du ZOA a semble-t-il rendu perplexes certaines personnes.

Mais les liens de M. Bannon avec les sionistes datent de bien avant la victoire électorale plutôt surprenante de M. Trump.

Dans un article intitulé : « Le réseau des curiosités de Steve Bannon : A la rencontre des milliardaires bizarres derrière le stratège en chef du président nouvellement élu, » Heather Digby Patron nomma quelques uns de ces « milliardaires bizarres« .

Parmi eux, se trouvait Sheldon Adelson, milliardaire de droite à la tête d’un empire du jeu, qui est ‘singulièrement obsédé par l‘état d’Israël,’

Les relations de M. Adelson avec M. Bannon (et M. Trump) sont bien antérieures à la victoire de M. Trump, et semblaient faire peu de cas du fait que M. Bannon et ses semblables étaient considérés par de nombreux juifs américains comme effrayants, racistes, antisémites et ayant des intentions sinistres.

M. Adelson n’a, cependant, que faire des vrais racistes. Son obsession à vouloir protéger le programme sioniste militant d’Israël l’a emporté sur toutes les autres sources d’irritation en apparence mineures.

Mais le magnat de l’empire du jeu n’est pas une exception parmi les puissants sionistes aux Etats-Unis, et, contrairement à la rhétorique israélienne officielle, les décisions politiques que prend Israël ne sont pas dictées par le bien collectif du peuple juif.

S’exprimant dans Mondoweiss, le réseau international antisioniste juif a expliqué : « Les sionistes ont toujours tiré parti des régimes et des organisations réactionnaires, racistes, antisémites, des Tzars russes aux Nazis et Mussolini à l’Empire britannique colonial à la droite chrétienne (sionistes chrétiens). . Leur adoption de M. Trump et du stratège politique réactionnaire bien connu, Steve Bannon ne fait pas exception. »

Le commentateur israélien Gideon Levy est d’accord.

Dans un article publié par le journal Haaretz le 12 novembre, M. Levy écrivait, « Si l’amitié pour Israël se mesure uniquement à l’aune du soutien à l’occupation, Israël n’a pas d’autres amis que des racistes et des nationalistes. »

Ainsi, il n’est guère surprenant que M. Adelson finance une campagne colossalement riche et des conférences fastueuses pour contrecarrer l’influence du mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) animé par la société civile, tout en complotant contre les Palestiniens en utilisant les mêmes éléments américains pour qui le mot « juif » est dans leur propre lexique social un juron.

En faisant passer Israël et le sionisme avant, ces individus fortunés, ces groupes de pression puissants, des centaines de think-tanks, des milliers de réseaux partout dans le pays et leurs alliés au sein de la droite religieuse, sont maintenant ceux qui principalement tirent les ficelles lorsqu’il s’agit de politique étrangère états-unienne au Moyen-Orient et des intérêts israéliens en matière de politique et de sécurité.

Sans preuve empirique, cependant, Israël persiste obstinément à lier les intérêts américains au soutien états-unien à Israël.

S’exprimant à la Maison Blanche le 15 février à l’occasion d’une conférence de presse conjointe avec le président Trump, le premier ministre israélien , Benjamin Netanyahou, a cordialement remercié M. Trump pour son hospitalité, puis a prononcé ces mots : « Israël n’a pas de meilleur allié que les États-Unis. Et je tiens à vous assurer que les États-Unis n’ont pas de meilleur allié qu’Israël. »

Mais ce n’était qu’une demi vérité. Les États-Unis ont en effet été un soutien indéfectible d’Israël, lui apportant une aide annuelle de plus de 3,1 milliards de dollars au cours des quelques dernières décennies, montant qui fut considérablement augmenté à 3,8 milliards de dollars sous le président Barak Obama. Couplée à des centaines de millions supplémentaires d’aides de toutes sortes, financière, militaire et de « prêts » qui furent pour la plupart non comptabilisés.

Le coût que représente Israël n’est pas seulement financier, il est aussi stratégique.

Depuis la deuxième guerre mondiale, les États-Unis se sont battus pour atteindre deux objectifs principaux de politique étrangère dans cette région du globe : contrôler la région et ses ressources et soutenir leurs alliés, tout en maintenant un certain degré de « stabilité » afin de pouvoir mener leurs affaires sans entrave.

Néanmoins, Israël est resté sur le sentier de la guerre. Les guerres qu’il ne pouvait combattre seul, nécessitaient l’intervention américaine pour le compte d’Israël, comme ce fut le cas en Irak. L’issue fut désastreuse pour la politique étrangère des États-Unis. Même des militaires endurcis ont commencé à se rendre compte que la voie sur laquelle leur pays s’était engagé afin de défendre Israël était destructrice.

En mars 2010, le général David Petraeus, alors chef du commandement central états-unien a déclaré au Comité des services armés du sénat lors d’un témoignage qu’Israël était devenu un handicap pour les États-Unis et qu’il compromettait la « sécurité et la stabilité », objectifs que son pays s’efforçait d’atteindre .

Bien que des sondages récents montrent que l’enthousiasme à l’égard d’Israël et de son idéologie sioniste baisse au sein de la jeune génération – notamment chez les partisans du parti Démocrate et les jeunes juifs américains – la bataille à mener par les États-Unis pour reconquérir leur politique étrangère et retrouver un sens moral à l’égard de la Palestine et du Moyen-Orient sera probablement longue et ardue.

Ramzy Baroud * Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

15 mars 2017 – palestinechronicle – Traduction : Chronique de Palestine – MJB

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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 08:35

Attentats contre les coptes : la colère des musulmans d'Égypte

 

Alors que l'état d'urgence est en vigueur, les personnes de confession musulmane témoignent de leur solidarité vis-à-vis des coptes. Florilège de témoignages.

De notre correspondante au Caire,
Publié le | Le Point.fr
 
"Les assassins font d’une pierre deux coups : ils tuent les coptes qu’ils détestent, et ils déstabilisent l’Égypte", déplore un médecin égyptien."

L'heure est à la colère et à l'indignation en Égypte, deux jours après les attentats revendiqués par Daech contre des églises de Tanta et d'Alexandrie. Les attaques ont tué 45 personnes et blessé plus d'une centaine d'autres, touchant ainsi de plein fouet l'Église copte orthodoxe d'Égypte, la plus importante communauté chrétienne du Moyen-Orient, forte d'environ 10 millions de fidèles.

Au sein de la communauté musulmane du pays, c'est aussi le choc. « J'ai souvent lu le Coran, je n'ai trouvé aucun verset qui incite à tuer des chrétiens parce qu'ils ne sont pas musulmans. Les gens de Daech sont des criminels. Il faut trouver les moyens d'en finir avec eux, de les exterminer. Dans le nord du Sinaï, ils tuent tous les jours des soldats », s'indigne Mohamed Mehreb, un musulman âgé d'une cinquantaine d'années. Zeinab al-Souss, une femme au foyer d'environ 40 ans, s'interroge : « Pourquoi tuer des chrétiens ? Ce sont nos amis, ce sont nos voisins. Ce sont des Égyptiens comme nous. » Et celle-ci de raconter : « J'ai une amie d'enfance chrétienne. Nous ne parlons jamais de religion. Elle m'envoie des douceurs à l'époque de Pâques, et je fais pareil en période de Ramadan. Je lui ai téléphoné après les attentats, je ne savais pas comment la consoler. »

Le « pire » des attentats

Globalement, la population se lamente et s'agace face aux attentats de dimanche. « Tout attentat est tragique, mais celui de dimanche est le pire d'entre eux, s'émeut Mahmoud Sabri, un cadre qui travaille dans le secteur social. Les coptes célébraient la fête des Rameaux, une grande fête chez eux. Ils s'embrassaient, ils échangeaient des rameaux en signe de paix, et on les tue à ce moment. C'est horrible. »

Un ou deux policiers ne peuvent pas protéger une église

À bord de son taxi, Ahmed Mourad n'entend plus parler que des attentats depuis dimanche. « Pourquoi tuer ces malheureux coptes ? Les partisans de Daech sont des assassins. J'espère que le gouvernement va trouver le moyen de les exterminer », glisse le chauffeur. Un autre homme, qui ne souhaite pas donner son nom, enrage : « Nous ne luttons pas simplement contre des terroristes, mais contre des pays qui veulent détruire l'Égypte. Qui donne des armes à ces criminels, qui leur donne de l'argent pour les inciter à tuer ? »

Les policiers qui protègent les églises sont à crans. « Un ou deux policiers ne peuvent pas protéger une église. Il faut mettre une équipe. Un jour de fête, c'est indispensable. Tous ces attentats nuisent à l'Égypte, à sa réputation de pays paisible », déplorent deux « gardiens » qui préfèrent garder l'anonymat.

État d'urgence

Fatma Mohamed, étudiante en Lettres, réclame au gouvernement de prendre des mesures « draconiennes ». « Les coptes sont des Égyptiens. Il faut leur assurer une vie paisible », insiste-t-elle. Un médecin de 45 ans, qui ne souhaite pas divulguer son identité, renchérit : « Les coptes sont des boucs émissaires, une proie facile. Les assassins font d'une pierre deux coups : ils tuent les coptes qu'ils détestent, et ils déstabilisent l'Égypte. C'est là leur but réel. » Zeinab al-Souss craint que les violences ne se répètent, malgré l'état d'urgence décrété pour une période par le président Abdel Fattah al-Sissi afin de « protéger » et de « préserver » le pays. Alors, la musulmane a supplié son amie chrétienne de ne pas aller à la messe le jour de Pâques. « Elle a refusé, s'attriste Zeinab, en me disant : Dieu est grand. »

 

http://www.lepoint.fr/monde/attentats-contre-les-coptes-la-colere-des-musulmans-d-egypte-11-04-2017-2118896_24.php

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 09:01

A year ago, the Israeli novelist Dorit Rabinyan was at the centre of an unexpected storm. Her third book, All the Rivers – about a relationship between a Palestinian artist, Hilmi, and an Israeli woman, Liat – had been selected for the national curriculum. Then, abruptly, it was withdrawn by the education ministry because of its subject matter.

That attempt at censorship – as Rabinyan acknowledges – had its positive aspect. Sales of her novel have doubled since it became a cause célèbre in Israel’s culture wars in January 2016. Now being translated into 20 languages, it was published in the UK last month. And Rabinyan is preparing to set off on a month’s book tour of the US.

Her treatment was of a piece with how the rightwing coalition Israeli government of Benjamin Netanyahu has taken aim at the media and the arts, as well as at documentary makers and critical NGOs it does not like.

While there are things that Rabinyan would rather forget – including the threats she received – the 14 months since the book was rejected from the school curriculum have heightened her perspective, she says. “I still find it overwhelming. I guess the months that have passed since have made me acknowledge the reasons for the banning. It made me look at the current situation in Israel.”

For Rabinyan, that has meant examining how art in Israel has come to be regarded by some as dangerous.

“Art and literature are about a magical appeal to identity and empathy. How an identity in literature is transferred into your own identity so that you care for a fictional stranger so that you get into his skin and wear his gaze. This is what is so powerful. It is an antidote to the armoury we are requested to put on. This shield of ignorance and indifference and apathy. Because if you really sense everything, if you don’t wear this shield, it is painful.”

It is that appeal to empathy, she suggests, that led to her novel being perceived on the right as a threat to modern Israel. Sitting in a cafe in Habima Square, Tel Aviv, Rabinyan recalls the moment she learned that her book was regarded as a subversive, though for her it had a different meaning: the desire to memorialise a Palestine artist whom she had met in New York and who died suddenly.

“I received a call from the reporter on the Israeli newspaper Haaretz who would expose the whole affair. To be honest, we were laughing at first because the reasons given for rejecting the book seemed so absurd. That this book of mine was a threat to the Jewish separate identity. Because it might encourage young readers to get intimately involved with non-Jewish residents of the country,” she says.

But that is precisely how the pedagogical committee of Israel’s education ministry – in a decision supported by the far-right education minister Naftali Bennett – judged the book.

In the written explanation for rejecting her novel, the education ministry official, Dalia Fenig, said: “Intimate relations, and certainly the available option of institutionalising them by marriage and starting a family – even if that does not happen in the story – between Jews and non-Jews, are seen by large portions of society as a threat on the separate identities (of Arabs and Jews).”

The ministry eventually took a small step back, allowing individual teachers to use the book in schools if they wanted to, but for Rabinyan the damage had already been done. The irony, she says, is that those who set themselves against her book fundamentally misunderstood one of its key themes: the fear of the loss of identity.

“Jews, by being exiled, had to preserve their separate identities among the communities that they lived in. They had to have abstract boundaries and this concept of isolation is reflected in the novel. My character, Liat, embodies this fear of being lost. Having her identity swallowed by the loved one. The fact he is a Palestinian and she has this idea of herself – it reflects something important. You can take the girl out of the Middle East but you can’t take the walls of the gate out of the girl. As a reason for not being taught, it was a good irony!”

Rabinyan draws a distinction between identity and the notion of identity summoned up by nationalist politicians, which she describes as being “like a shadow that sinks in”.

While she was writing, she had a book by the French philosopher Emmanuel Levinas on her table. “He teaches us that we can redeem our humanity by not just caring about our own perspective but by seeing details of the other individual in the mass of humans.”

Today, Rabinyan frames the reaction to her novel in terms of a wider campaign by ministers in Netanyahu’s government to target funding and support for arts that do not reflect their right-wing views.

On the day we meet, a new controversy is brewing over funding for film and documentary production, now in the crosshairs of the abrasive culture minister, Miri Regev, after the broadcasting of a new documentary series – Megiddo – following the lives of Palestinian security prisoners.

Rabinyan blames the crackdown on free speech and expression on Netanyahu, comparing his ministers to apprentices. “They are very threatened by perspectives that allow knowing of the other.”

She characterises cultural trends in depressing terms. “It is a very efficient conspiracy to numb elements of the Israeli mind so they are unaware of how much they are being manipulated. How much they serve the motivations and ambitions of politicians who are empowered by that ignorance.”

If the controversy around her book still surprises her, it is because she set out to write something intensely personal. Its genesis was the death in a drowning accident of Hassan Hourani, which prompted Rabinyan to write a long article for the Guardian in 2005.

“I wanted to revive a memory of a person I knew in New York. He was a Palestinian artist whose life was lost a few months after I met him. I felt responsible for being witness to his last month. The novel was an act of rescue. I don’t consider myself to be brave. I feel the need to say I find friendship to be superior to romantic love, especially for individuals from a conflict involving life and death.”

The involvement of education minister Bennettis felt viscerally by Rabinyan. “He is my nemesis. I never felt I would say that … I was at an event and hid behind a curtain so we wouldn’t have to shake hands. But Rabinyan has received support from unexpected places. “I got a letter from Angela Merkel, who had read the German translation. They are such unexpected outcomes. I am banned by an Israeli politician while the German leader is an avid reader.”

Finally, what seems to trouble Rabinyan most is not her own part in the recent culture wars but the cumulative effect of the desire by some of Israel’s political leadership to shutter debate.

The result, she says, is not only the rejection of part of Israel’s present but its future as well. “If you allow only one perspective, you narrow the world. [Then] something is missing for us to interpret our future. Where we are heading.”

Dorit Rabinyan’s All the Rivers is published by Serpentine

 
 
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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 08:56

Grand reportage Podcast Podcast

Gaza: la difficile quête d’eau potable

 
 
La nappe phréatique étant polluée à plus de 95%, la mer représente désormais une source de plus en plus convoitée. RFI/Guilhem
 
C’est un constat partagé par tout le monde : la situation humanitaire dans la bande de Gaza est critique. Dans une lettre adressée, la semaine dernière, à l’envoyé spécial des Nations-unies pour le processus de paix au Proche-Orient, les autorités israéliennes redoutent même une crise imminente.

L’un des aspects les plus préoccupants est l’accès à l’eau potable. La nappe phréatique alimentant ce territoire palestinien est polluée à plus de 95%. L’eau du robinet est salée, impropre à la consommation aux yeux de l’Organisation mondiale de la santé. Un système privé de production d’eau s’est développé, mais la majorité de cette eau ne devrait pas non plus être bue.

Mais la pénurie d’électricité qui touche la bande de Gaza (écoutez le reportage international du dimanche 9 avril) empêche ces usines de fonctionner à plein.
RFI/Guilhem Delteil

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    A Gaza, une surexploitation de la nappe phréatique a entraîné des infiltrations d’eau de mer. L’eau du robinet est désormais salée : stockée dans des conteneurs en plastique, elle laisse des traces blanches sur les parois.
    RFI/Guilhem Delteil

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    Dans ce quartier vétuste du nord de la Bande de Gaza, bombardé lors du dernier conflit avec Israël en 2014, l’eau du robinet est la seule eau dont dispose les habitants.
    RFI/Guilhem Delteil

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    L’eau distribuée par le réseau publique étant impropre à la consommation, des producteurs d’eau privés sont apparus. Il en existe désormais plus de 150 dans la bande.
    RFI/Guilhem Delteil

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    Chaque jour, Mohamed Younes livre l’eau d’un producteur privé à une trentaine de familles.
    RFI/Guilhem Delteil

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    Il existe trois usines de dessalement d’eau de mer à Gaza. La plus récente, financée par l’Unicef et l’Union européenne, a été inaugurée en janvier dernier.
    RFI/Guilhem Delteil

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    Mais la pénurie d’électricité qui touche la bande de Gaza (écoutez le reportage international du dimanche 9 avril) empêche ces usines de fonctionner à plein.
    RFI/Guilhem Delteil

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    A Gaza, une surexploitation de la nappe phréatique a entraîné des infiltrations d’eau de mer. L’eau du robinet est désormais salée : stockée dans des conteneurs en plastique, elle laisse des traces blanches sur les parois.
    RFI/Guilhem Delteil

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 08:44

Voyage aux racines de la guerre yéménite

« La fille de Souslov »

 
 
 
 

Orient XXI > Lu, vu, entendu > Roman > Laurent Bonnefoy > 7 avril 2017

Le 5 avril 2017 est paru La fille de Souslov (Sindbad/Actes Sud), roman de Habib Abdulrab Sarori. C’est la première traduction depuis l’arabe d’une œuvre littéraire yéménite publiée par une « grande » maison d’édition francophone. La littérature de ce pays a été très peu diffusée en langues européennes jusqu’ici ; elle est pourtant innovante et de plus en plus reconnue dans le monde arabe. Elle constitue aussi une entrée stimulante pour comprendre les lignes de fractures internes au Yémen et les racines de la guerre.

Dans La fille de Souslov, Habib Abdulrab Sarori, auteur originaire d’Aden qui vit en France depuis plus de trente ans confronte son double, Amran (lui aussi depuis longtemps installé à Paris) aux évolutions connues par son pays de naissance depuis l’unité des deux Yémen en 1990. L’héritage socialiste dévoyé dans l’ex-Yémen du Sud, la nostalgie des années de jeunesse révolutionnaire et la dynamique de réislamisation de la société constituent l’arrière-plan d’amours contrariées entre Amran et la descendante d’un dirigeant de gauche devenue prédicatrice salafiste, Faten. À travers cette dernière et les expériences érotiques partagées avec elle s’opèrent à la fois une réflexion sur le fantasme et une critique des islamistes : « Bénies soient l’hypocrisie religieuse et les contradictions existentielles des dévots ! » se dit Amran après avoir fait l’amour avec Faten, mariée au fils d’un leader salafiste.

La trame narrative alterne entre la découverte enthousiaste de la vie en France, où le narrateur s’installe grâce à une bourse d’études du gouvernement du Yémen du Sud, et les retours vers la ville natale : « Plus je m’intégrais à Paris, plus j’étais habité par Aden. » L’écriture est volontiers moderne, mélangeant les registres et les styles. La traduction d’Hana Jaber est limpide et sert une intrigue et des personnages ancrés dans les soubresauts du Yémen, la culture populaire et les mythologies religieuses et politiques, liées notamment au marxisme-léninisme.

Par-delà la dimension propre du récit, Sarori rend compte de la frustration qui structure la vision d’une part des habitants d’Aden et des populations du Sud qui ont un temps cru aux bienfaits de l’unité avec le Nord. Ceux-ci se trouvent comme dépossédés et aspirent souvent à la sécession de leurs provinces. Amran en est ici l’incarnation désabusée. Il entretient une relation ambivalente avec Sanaa, se montre choqué par les femmes vêtues de noir qui portent le niqab (voile intégral) ou manifestent contre une loi qui est censée limiter la polygamie et les violences conjugales.

Ce n’est pas le premier roman de Sarori. En 1998, il avait déjà publié La reine étripée (L’Harmattan), écrit directement en français. Son œuvre est traversée par les évolutions d’un Yémen qu’il ne reconnait plus, gâché par la dictature et le conservatisme religieux. De sa cité natale, Sarori écrit : « Aden était devenue une ville humiliée. » Quand Amran découvre pour la première fois Sanaa, grande ville du nord et capitale du pays unifié, il remarque que c’est « une rose recouverte d’une morve sombre ».

La fille de Souslov laisse entrevoir dans sa dernière partie les espoirs déçus de la révolution de 2011, récupérée par les anciennes élites et les islamistes qui ont tôt fait de limiter l’ampleur du changement. Cette déception, malgré tout souvent teintée d’humour et d’autodérision, préfigure en quelque sorte la guerre actuelle. Ce sentiment pessimiste constitue même une caractéristique forte de la condition d’intellectuel arabe contemporain.

Le point de vue développé par le narrateur sur les affres du Yémen est fort, stimulant, même s’il est évidemment partiel, caricaturant des mouvements islamistes souvent réduits à une dévotion hypocrite. Ils ont pourtant, dans le contexte yéménite, participé au processus de modernisation politique et sont caractérisés par d’infinies nuances. Si l’islamisme est sans nul doute la principale cible de son propos, c’est vers un délitement généralisé de la société causé par la dictature que pointe l’auteur. Ainsi le roman dépasse-t-il la parodie car Faten, objet de fantasme, reste un personnage attachant qui peu à peu s’émancipe politiquement et atteint un certain bonheur.

Sarori, qui intervient régulièrement dans le débat public arabe et francophone pour alerter sur la situation au Yémen reste une voix précieuse. Adepte d’une ligne résolument humaniste et pacifiste, il développe dans le contexte de la guerre amorcée en mars 2015 une analyse qui prend en compte la pleine complexité du conflit et évite les accusations rapides1. Cette capacité, qui transparait dans La fille de Souslov s’est indéniablement raréfiée dans un champ intellectuel et politique yéménite de plus en plus polarisé. C’est l’un des atouts de la littérature de préserver cette possibilité et de la cultiver.

1« Le Yémen entre tragédie et catastrophe », Libération, 10 mars 2017

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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 08:59

Les conséquences de la résolution de l’ONU sur les colonies israéliennes pour l’UE : arrêtez de commercer avec les colonies

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La récente Résolution du Conseil de sécurité de l’ONU 2334 (2016) a réaffirmé que l’implantation de colonies israéliennes dans les territoires occupés palestiniens n’était pas légale et que l’entreprise israélienne de colonisation est une violation flagrante du droit international. La Résolution appelle aussi tous les États « à distinguer, dans leurs opérations, le territoire de l’État d’Israël des territoires occupés depuis 1967 ». Cette partie de la Résolution est hautement significative en ce qui concerne la question du commerce avec les colonies.

Alors que le contenu de la Résolution pourrait sembler nouveau, le Secrétaire d’État John Kerry a eu raison de nous rappeler, dans son discours historique sur le conflit israélo-palestinien en fin d’année 2016, que :

« Cette résolution réaffirme simplement des déclarations faites par le Conseil de Sécurité sur la légalité des colonies depuis plusieurs décennies. Elle n’innove en rien ». En 1980, la Résolution 465 du Conseil de sécurité avait appelé les États à « ne pas fournir à Israël d’assistance qui soit utilisée spécifiquement en relation avec les colonies dans les territoires occupés ».

Le commerce avec les colonies est pour elles une bouée de sauvetage qui leur permet de survivre et de se développer. Cette réalité et les résolutions susmentionnées du Conseil de Sécurité de l’ONU sont des arguments suffisants pour ne pas commercer avec les colonies. Mais est ce que le retrait du commerce avec les colonies est vraiment une obligation en droit international ?

Dans un texte précédent, j’ai argumenté qu’il y a certes une obligation en la matière et que l’absence d’obéissance d’un État n’ébranle pas le fondement juridique de cet argument. Pas plus tard que l’an dernier, 40 juristes experts (dont moi-même) ont appelé, par une lettre ouverte, le Parlement Européen, le bureau de la Haute Représentante et le Commissaire chargé du commerce, à mettre fin aux échanges commerciaux avec les colonies ne se conformant pas aux obligations internationales légales de l’UE. Parmi les signataires se trouvaient deux anciens rapporteurs de l’ONU, un ancien Président de la Commission du droit international, un ancien juge de l’ICTY (Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie) et des dizaines de professeurs de droit.

Notre principal argument était que l’UE a obligation de cesser de commercer avec les colonies israéliennes sur la base des obligations afférentes à la non-reconnaissance et à la non-assistance. Je vais développer ici l’argumentation juridique qui sous-tend ces obligations. Cette obligation étant déclenchée principalement par une violation de normes jus cogens, je vais estimer si l’entreprise de colonisation israélienne viole des normes péremptoires. J’établirai ensuite ce qu’impliquent précisément les devoirs de non reconnaissance et de non assistance.

La violation par Israël du jus cogens et l’obligation de non reconnaissance

Selon les articles sur la responsabilité des États de la Commission des Lois (Art. 41.2), l’obligation de ne pas reconnaître une situation comme légale et de ne prêter aide ou assistance au maintien de cette situation se pose pour des États tiers lorsque se produit une violation du jus cogens. Dans son Avis Consultatif sur les conséquences juridiques de l’édification d’un mur dans le territoire palestinien occupé, la Cour Internationale de Justice a conclu (para. 159) qu’il était fait obligation aux États tiers de ne pas reconnaître et de ne pas prêter assistance.

« Étant donné le caractère et l’importance des droits et obligations impliqués, la Cour est d’avis que tous les États sont dans l’obligation de ne pas reconnaître la situation illégale qui résulte de la construction du mur dans le territoire palestinien occupé, y compris dans et autour de Jérusalem Est. Ils sont également dans l’obligation de ne pas porter aide ou assistance au maintien de la situation créée par cette construction ».

Ce fut seulement la deuxième fois dans l’histoire que la CIJ a explicitement conclu que des États avaient une obligation de ne pas reconnaître et de ne pas aider ni donner assistance au maintien d’une situation. Alors que la CIJ n’est pas allée jusqu’à désigner certaines violations comme violations jus cogens, ses conclusions selon lesquelles les obligations de non reconnaissance et de non assistance s’appliquent à des États tiers semblent ipso facto confirmer qu’aussi bien des violations isolées que leur impact cumulé constituent une violation de jus cogens.

Une autre interprétation peut être que les obligations de non reconnaissance et de non assistance peuvent aussi s’appliquer à des infractions qui ne sont pas jus cogens. Dans son Opinion Individuelle, le juge Kooijmans a argumenté que les conséquences de l’infraction sont identiques – que les violations relèvent ou non du jus cogens. Dans son Avis Consultatif sur le Mur, la Cour a insisté sur le caractère erga omnes des obligations impliquées (para. 155-157), sur les principes intransgressibles (un mot qui n’est pas employé à la légère) du droit coutumier international (para.157) et sur la nature du conflit israélo-palestinien qui en fait une menace pour la paix et la sécurité dans le monde (para. 161). Cela pourrait suffire à la Cour pour confirmer les obligations de non reconnaissance et de non assistance. La synthèse des résultats suggère cependant qu’il est politiquement et juridiquement pertinent d’établir si les violations d’Israël en Palestine sont des violations ou non du jus cogens. Le fait que la CIJ n’ait pas tiré explicitement cette conclusion est probablement dû à des raisons d’économie judiciaire (comprendre : des précautions d’ordre politique).

Les colonies israéliennes et les violations particulières du jus cogens ?

Trois considérations clef sont significatives dans l’argumentation sur l’existence de violations du jus cogens par Israël. Les deux premières sont des considérations développées par la CIJ dans son Avis Consultatif sur le Mur, en préalable à l’affirmation de l’obligation de non reconnaissance. Il y a tout d’abord l’obstruction faite au droit des Palestiniens à l’autodétermination, entre autres par l’acquisition de facto d’un territoire par l’usage de la force (souligné de nouveau dans la récente Résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU sur les colonies). Certains États ont évoqué le caractère péremptoire de ces normes dans l’exposé de la Commission du droit international sur les articles du droit des traités de la CDI (p. 248) ; et ce caractère a été confirmé par la CDI lors de la rédaction des articles sur la responsabilité étatique (p. 85, 112,113, 114, 115). Dans son débat, la Commission a insisté sur l’essence (p. 115) de ce principe pour le droit international contemporain, une conclusion identique ayant été apportée par le juge Elaraby dans son opinion individuelle sur le mur (Para. 31).

Deuxièmement, les articles de la CDI sur la responsabilité étatique se réfèrent aussi aux normes fondamentales du droit humanitaire international comme potentiellement jus cogens. Pour ce faire, ils s’appuient sur l’usage par la CIJ du terme « intransgressible » (p. 113), ce qui, pour certains spécialistes, est une façon d’éviter l’expression jus cogens. Les juges Nieto-Navia (p. 24) et Hannikainen (p. 605-606) avancent que les normes fondamentales incluent la Quatrième Convention de Genève. L’applicabilité de la Convention à l’occupation israélienne et à ses colonies, y compris le transfert de population vers les territoires occupés - violation flagrante de la Quatrième Convention de Genève - est citée dans de nombreuses Résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU (dont les Résolutions 446, 465, 469, 471 et la récente Résolution 2334) par le CICR et dans l’Avis de la CIJ sur le Mur (para. 75, 120, 126, 135).

À plusieurs occasions, dont l’Avis Consultatif sur le Mur, la CIJ a confirmé que les normes humanitaires fondamentales avaient un caractère erga omnes et devaient être « respectées par touts les États » parce qu’elles « constituent des principes intransgressibles du droit coutumier international » et qu’elles sont « fondamentales pour le respect de l’humanité » et pour des considérations élémentaires d’humanité ». Comme la CDI, de nombreux experts en droit dont Cassese et Chetail ou des juges de la CIJ tels que les juges Bedjaoui, Weeramantry et Koroma ont explicitement conclu que ces normes sont soit jus cogens in statu nascendi soit jus cogens.

Troisièmement, Dugard et Reynolds ont scrupuleusement mis en avant, dans le Journal Européen de Droit International, une argumentation et une preuve juridique de l’apartheid que constitue la situation de la Cisjordanie avec l’entreprise de colonisation d’Israël. Là encore, le draft des Articles de la CID sur la responsabilité des États évoque un accord largement partagé sur le fait que la prohibition de l’apartheid constitue une norme jus cogens (p. 112). Les professeurs Falk et Tilley sont récemment arrivés aussi à la conclusion que les pratiques d’Israël sont de l’apartheid, dans un rapport commandé par la Commission Sociale et Économique pour l’Asie Occidentale de l’ONU (ESCWA). À sa sortie, Israël et les USA ont néanmoins poussé à ce que le rapport soit censuré, ce qui a conduit finalement à la démission de la secrétaire exécutive de l’ESCWA et au retrait subséquent du rapport, sans aucune discussion sur son contenu.

Les trois violations prises individuellement (1. Droit à l’autodétermination et interdiction de l’acquisition d’un territoire par la force ; 2. Violation de normes humanitaires centrales ; 3. Prohibition de l’apartheid) semblent constituer des violations jus cogens dans le cas de l’entreprise de colonisation d’Israël en Palestine, même si cela demeure non vérifié. Pour autant, ce n’est pas en soi le plus important ici. L’élément clef est que l’ensemble des violations perpétrées représente une infraction suffisante pour que la CIJ ait conclu à l’applicabilité des obligations de non reconnaissance et de non assistance.

La place du commerce dans les obligations de non reconnaissance et de non assistance

Les obligations de non reconnaissance et de non assistance (énoncées dans l’article 41(2) de l’Article de la CID sur la responsabilité des États) exigent que les États s’engagent à ne jamais reconnaître comme légale une situation créée par une grave atteinte à une norme péremptoire du droit international, ni à porter aide ou assistance au maintien d’une situation créée par cette atteinte. Le débat est intense sur ce que recouvrent exactement ces obligations, mais il est généralement admis qu’il n’est pas attendu d’États tiers des obligations positives. Cesser de commercer avec les colonies ne devrait toutefois pas être considéré comme une obligation positive (par exemple comme une sanction) mais plutôt négative : les États devraient s’abstenir de commercer avec les colonies, dans la mesure où tout d’abord ce type de commerce n’aurait jamais dû exister et que c’est une faute dans les relations économiques internationales, si l’on comprend bien le droit international.

Le commerce avec les colonies est une violation de deux obligations complémentaires bien que distinctes en substance. Du côté de la non assistance, l’accord qui a mis sur pied l’Organisation Mondiale du Commerce renvoie explicitement aux avantages économiques de la libéralisation du commerce : « élever le niveau de vie, assurer le plein emploi et un volume important et en croissance stable du revenu réel et de la demande, et développer la production et la commercialisation de biens et de services ». Faire du commerce avec des colonies illégales apporte un soutien économique à ces colonies. Cela peut aider concrètement le maintien de la situation illégale, comme évoqué par Aust (p. 339). On trouve un indicateur de l’aide par le commerce à la poursuite des violations par Israël dans l’exemple de la reconnaissance par le Bureau de la Haute Commission des Droits des Êtres Humains de l’ONU, de la façon dont l’encouragement à l’activité économique dans les colonies est une raison de l’extension des colonies (p. 3). Cela a aussi été confirmé par le Conseil des Droits des Êtres Humains (para. 20) qui a même décidé d’établir une liste des sociétés intervenant dans les colonies. Des évaluations plus détaillées de la façon dont les entreprises et le commerce aident au maintien et au développement des colonies sont fournies par des ONG telles que Who Profits et Human Rights Watch.

Le commerce avec les colonies est aussi en infraction avec l’obligation de non reconnaissance. Le seul texte juridique qui aborde directement le contenu de l’obligation de non reconnaissance est l’Avis Consultatif de la CIJ sur la Namibie dans lequel la CIJ indique que la non reconnaissance « ne devrait pas aboutir à priver le peuple de Namibie de quelque avantage que ce soit tiré de la coopération internationale » (para. 125). Cela ne devrait pas, cependant, servir à exclure le commerce avec les colonies des obligations de non reconnaissance et de non assistance.

La Convention de La Haye et la Quatrième Convention de Genève confirment que l’interdiction fondamentale du transfert de populations civiles implique ipso facto qu’une interdiction tout aussi forte soit faite à l’activité économique de civils transférés au bénéfice de l’État occupant. Cette interdiction n’est pas seulement reconnue en droit international, mais également dans le droit israélien. Dans l’affaire Beth El, la Cour Suprême d’Israël a été d’avis que les colonies sont acceptables si elles sont temporaires et répondent aux besoins militaires et de sécurité de l’État d’Israël. Dans l’affaire Elon Moreh/Société coopérative, la Cour Suprême a décidé que les besoins de sécurité de l’armée d’occupation (c’est la raison principale de l’existence des colonies) ne sauraient inclure des intérêts nationaux, économiques ou sociaux.

L’Avis Consultatif de la CIJ sur la Namibie (para.124) aborde aussi les relations économiques lorsqu’il argumente que :

« les restrictions implicites dans la non reconnaissance de la présence de l’Afrique du Sud en Namibie… imposent aux États membres l’obligation de s’abstenir d’entrer en relation économique ou autre ou de traiter avec l’Afrique du Sud au nom de ou au sujet de la Namibie, ce qui peut asseoir son autorité sur le territoire ».

Est-ce que le commerce entre deux entités privées, dont l’une est une entreprise d’une colonie, peut être considéré comme un accord économique entre la tierce partie et Israël ? D’un côté l’activité économique et les entreprises dans les colonies sont régies par le droit économique israélien. L’exportation de produits représente une revendication israélienne sur le territoire de la Palestine. D’un autre côté, les autorités douanières d’un pays tiers valident les entrées commerciales. Même s’il n’y a pas d’accès préférentiel, l’acte d’importation reste un acte légal qui requiert le tampon d’approbation de l’État importateur, qui jouit d’un pouvoir souverain sur sa politique commerciale. La connaissance tirée entre autres du le commerce, sur le fait que les colonies ont une revendication sur le territoire de la Palestine, fait de cette action d’importation une reconnaissance implicite.

Conclusion

La politique européenne du commerce avec les colonies est inconsistante. L’UE ne garantit pas explicitement un accès préférentiel aux produits des colonies parce que « elle ne les considère pas comme une partie du territoire d’Israël, quel que soit leur statut dans le droit domestique israélien ». Elle reconnaît que les colonies, dans leur activité commerciale, sont régulées par le droit israélien et elle ne leur donne pas un accès préférentiel parce qu’elle n’approuve pas cette revendication illégale. C’est exactement ce qui constitue une reconnaissance implicite.

L’obligation de non reconnaissance est une obligation coutumière, qui ne nécessite pas, pour être déclenchée, une action de l’ONU. De plus, si l’UE viole le droit international en ne se soumettant pas à son obligation de non reconnaissance, il y a obligation internationale des États membres de l’UE à s’assurer qu’ils se conforment à l’obligation, en tant qu’États individuels et souverains.

Dans un autre contexte, l’UE a agi selon ses obligations de non reconnaissance. En juin 2014, l’Union Européenne a formellement décidé d’interdire les importations de Crimée ou de Sébastopol. La Décision et la Réglementation du Conseil ont formellement établi qu’une interdiction d’importation était partie intégrante d’une politique de non reconnaissance de l’UE. Dans ce cas, la non reconnaissance était liée à l’annexion illégale de ces territoires par la Russie. La base juridique de cette interdiction d’importation résidait dans les Conclusions du Conseil de l’Europe des 20 et 21 mars qui condamnaient explicitement l’annexion illégale et confirmaient l’obligation européenne de non reconnaissance.

L’interdiction du commerce avec les colonies israéliennes est tout simplement trop controversée, du fait de son non respect par l’UE. Les mesures commerciales ont été un outil important pour abattre l’apartheid sud africain. Comme le régime d’apartheid, Israël a conscience du potentiel de mesures sur le commerce et essaie de les éviter avant qu’elles ne se matérialisent. Ainsi, Israël a promulgué une loi controversée qui bloque la liberté d’appeler au boycott. Voilà à peine quelques semaines, 200 experts environ ont confirmé que la légalité des appels au boycott des colonies ne faisait pas de doute. L’UE a aussi confirmé le droit inaliénable à la liberté d’expression en ce qui concerne le boycott.

 

http://www.aurdip.fr/les-consequences-de-la-resolution.html

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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 08:02

Syrie : la tension grandit entre les États-Unis et les alliés d'Assad

 
 

La Russie et l'Iran ont assuré leur soutien au régime syrien et menacé les États-Unis de représailles après les frappes américaines.

 
Source AFP
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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 07:56
Puissance et impuissance américaines au Moyen-Orient
 
 
 

(mise à jour : )

Au cours de la campagne électorale qui l’a opposée à Hillary Clinton, Donald Trump s’est voulu catégorique sur sa volonté de désengager les Etats-Unis des affaires du monde en général et du Moyen-Orient en particulier. Motif : mieux se concentrer sur les affaires nationales au nom du principe à connotation nationaliste : «l’Amérique d’abord». La victoire du milliardaire américain et son entrée en fonction à la Maison blanche devaient ainsi sonner la fin des «aventures extérieures» et consacrer une stratégie de retrait initiée – sous une forme, une logique et une tonalité différentes – par Barack Obama et symbolisée par le départ des troupes américaines d’Irak. D’une certaine manière, le «nation building at home» et la réorientation de la diplomatie américaine vers le Pacifique prônée par Obama annonçaient «l’Amérique d’abord» et l’obsession chinoise de Trump.

 

 

Manifestants contre les bombardements américains en Syrie, devant la Trump Tower à New York, le 7 avril. Photo Jewel Samad / AFP

Or, quelques semaines après avoir prêté serment, le président Trump est à l’origine d’un spectaculaire retournement : malgré des positions non interventionnistes longtemps martelées, il a décidé, sans l’accord du Congrès ni mandat de l’ONU, de lancer des frappes contre des infrastructures militaires syriennes. Le régime de Bachar Al-Assad qui était perçu jusqu’ici comme un élément constitutif de la lutte contre le djihadisme se retrouve en ligne de mire de la diplomatie américaine. Un revirement justifié officiellement par l’attaque chimique imputée au régime syrien qui a fait 87 morts, à Khan Cheikhoun. Si elle a pris de court la communauté internationale en général et la Russie de Poutine en particulier, cette intervention militaire a été unanimement saluée par les chancelleries occidentales. Trump, nouveau chef du «monde libre»?

Ce «coup diplomatico-militaire» confirme le caractère imprévisible de la présidence Trump qui prend forme sous nos yeux. Au point d’émettre cette hypothèse : ces frappes punitives contre le régime syrien n’ont-elles pas une simple visée de politique interne ? Ne s’agit-il pas de masquer un début de mandat calamiteux déjà marqué par une série de revers politiques et judiciaires ? Si l’hypothèse est vraisemblable, elle s’avère pour le moins partielle.

Car au-delà du caractère encore relativement illisible de la stratégie américaine, une clarification en faveur d’une ligne interventionniste - synonyme en l’espère d’unilatéralisme - semble se dessiner. Deux signes avant coureurs l’annonçaient : une semaine après son entrée à la Maison blanche, Trump avait autorisé un raid terrestre au Yémen, qui a causé une trentaine de morts de Yéménites, dont de nombreux civils, et d’un soldat américain ; le départ de Steve Bannon du Conseil de sécurité nationale : l’éviction de cette figure de proue du discours isolationniste et de l’idéologie nationaliste est un symbole du tournant de la position américaine sur le conflit syrien. Un interventionnisme prôné semble-t-il par certaines figures importantes de la nouvelle administration américaine : le gendre et conseiller du président, Jared Kushner, le secrétaire d’Etat Rex Tillerson, le secrétaire à la défense, James Mattis et le général H. R. McMaster.

Toutefois, si cette ambition devait se confirmer, elle ne s’inscrit à l’heure actuelle ni dans une stratégie d’ensemble, ni dans une volonté d’engagement politique renforcé dans la sortie du conflit syrien. Si l’intensification de l’intervention américaine devait se vérifier, un flou saisissant demeure au sujet des raisons, des modalités et des objectifs précis d’une telle entreprise. A elles seules, les frappes aériennes décidées et mises en œuvre unilatéralement n’ouvrent nulle perspective stratégique et politique en vue de sortir la région du chaos dans lequel la puissance américaine a une part de responsabilité non négligeable… Une impasse qui tend à affaiblir la crédibilité et l’efficacité de cette stratégie unilatérale. Malgré le soutien diplomatique des alliés occidentaux, les Etats-Unis de Trump se retrouvent à la case départ de l’ère Obama.

Ainsi, derrière une capacité militaire toujours inégalée, les Etats-Unis sont confrontés à ce paradoxe : les frappes militaires décidées unilatéralement par Donald Trump sont révélatrices de sa propre impuissance politique dans une Syrie et un Moyen-Orient en décomposition. Si les Etats-Unis veulent vraiment peser, ils ne pourront le faire qu’avec des alliés de circonstance : la Russie en tête, mais aussi les puissances régionales comme l’Iran, la Turquie et l’Arabie saoudite. Trump apprendra – à ses dépens ? – que la réalité des rapports de force et des dynamiques régionales ont le dernier mot au Moyen-Orient.

Sous l’administration Obama, un tournant stratégique est manifeste. La «doctrine Obama» privilégiait la diplomatie aux dépens de l’intervention militaire sous la forme d’un déploiement de troupes au sol (ce qui n’exclut pas le recours aux frappes aériennes et aux drones, loin s’en faut), après les fiascos des guerres menées en Afghanistan et en Irak pendant plus d’une décennie. Une volonté de privilégier les solutions politiques pour résoudre les crises qu’il a explicitée dans son important discours tenu devant la prestigieuse école militaire de West Point (28 mai 2015) : «Depuis la seconde guerre mondiale, certaines de nos erreurs les plus coûteuses ne sont pas venues de notre retenue mais de notre volonté de nous précipiter dans des aventures militaires sans penser à toutes les conséquences. L’armée est, et sera toujours, l’épine dorsale de ce leadership. Mais une intervention militaire américaine ne peut être la seule – ou même la première – composante de notre leadership en toutes circonstances». La «doctrine Obama» a montré ses limites en Syrie et au Moyen Orient. A défaut de doctrine, Trump devrait malgré tout retenir les préceptes d’Obama et éviter que sa conversion à l’interventionnisme ne soit synonyme d’un retour de l’idéologie néoconservatrice, celle-là même qui est en partie responsable du chaos qui règne dans la région…

 

http://egalites.blogs.liberation.fr/2017/04/09/puissance-et-impuissance-americaines-au-moyen-orient/

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Published by Libération.fr - dans Revue de presse
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