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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 08:48

Inde-Israël. Convergence de deux ethnonationalismes

Narendra Modi en visite à Tel-Aviv

Orient XXI > Magazine > Pierre Prier > Olivier Da Lage > 3 juillet 2017

Un quart de siècle après l’établissement des relations diplomatiques entre l’Inde et Israël, Narendra Modi est attendu pour la première fois en Israël le 4 juillet. Un événement qui marque le rapprochement spectaculaire entre les deux pays.

 

 

Narendra Modi, porte-flambeau du nationalisme hindou, n’a jamais caché son admiration pour Israël, où il s’est déjà rendu en 2006 lorsqu’il dirigeait l’État indien du Gujarat. Ni son évidente proximité idéologique avec le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, fondée sur le nationalisme hindou pour le premier, juif pour le second, chacun respectant en l’autre l’« homme fort » qui conçoit la politique avant tout comme un rapport de forces.

Les idéologues des deux pays exultent. Pour eux, le voyage du 4 juillet scellera de façon spectaculaire la complicité de deux visions ethnonationalistes. Depuis son élection en 2014, Narendra Modi poursuit une politique identitaire qui tend à marginaliser les quelque 14 % de musulmans du pays. « Le concept d’Israël comme maison naturelle des juifs du monde entier, un endroit où ils ont un droit de naissance, est un des fondements du sionisme. On ne peut s’empêcher de le comparer au concept selon lequel l’Inde est la maison naturelle des hindous du monde entier, un endroit où, eux aussi, ils ont un droit de naissance », écrit par exemple Vivek Dehejia, professeur à l’université Carleton d’Ottawa, membre d’une nouvelle génération d’intellectuels nationalistes indiens.

Même fraternité de pensée en Israël : « Les hindous et les juifs, dominants dans les deux États font face chez eux à des minorités musulmanes significatives. Ils pratiquent tous deux des religions qui ne sont pas usuelles dans le reste du monde. Leurs minorités, 150 millions de musulmans en Inde et 1,7 million en Israël posent des défis majeurs aux deux pays », écrit le politologue Jonathan Adelman dans le quotidien israélien en anglais The Jerusalem Post.

En revanche, pas de réaction de personnalités musulmanes indiennes, plus préoccupées par la montée de l’islamophobie et les lynchages de musulmans par des milices sous prétexte de « protection des vaches », animal sacré pour les hindous (le premier ministre a tardivement réagi à ces crimes).

 

Un lent mais irrésistible rapprochement

Au-delà de ces convergences israélo-indiennes, le voyage de Narendra Modi apparaît comme la célébration d’une victoire diplomatique et stratégique majeure. Le dirigeant du pays qui abrite la deuxième population musulmane du monde n’accompagnera pas son voyage d’un déplacement dans les territoires palestiniens. Cette figure protocolaire, quasi obligatoire pour tout dirigeant étranger, a été jusqu’ici respectée par chaque responsable indien se rendant en Israël, du président indien Pranab Mukherjee (membre du Congrès) en octobre 2015 à la ministre des affaires étrangères Sushma Swaraj (Parti du peuple indien, BJP) en janvier 2016, venue poser les jalons de la visite de Modi.

La visite du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à New Delhi le 14 mai 2017 a manifestement servi de lot de consolation, d’autant plus difficile à avaler que l’Inde se présente toujours comme le défenseur des droits des Palestiniens. Pendant longtemps, elle a joint les actes à la parole.

Pour l’Inde, Israël incarnait le modèle colonial contre lequel s’étaient battus les pères de l’indépendance, et, après celle-ci, les pays non-alignés dont l’Inde était l’un des membres fondateurs les plus éminents. Cette approche a profondément irrigué l’administration indienne, et notamment son ministère des affaires étrangères qui craignait en outre que tout rapprochement avec Israël n’attire sur l’Inde l’ire des pays arabes.

L’Inde s’est longtemps opposée à Israël devant les institutions internationales. À l’ONU, le jeune État a rejoint en 1947 les pays arabes dans le refus du plan de partage de la Palestine, puis voté contre l’entrée d’Israël aux Nations unies en 1949. L’Inde a voté en 1975 la fameuse résolution 3379 présentant le sionisme comme un racisme. Sur le plan diplomatique, New Delhi a soutenu le camp arabe dans les deux guerres de 1967 et de 1973. L’Inde a été le premier pays non arabe à ouvrir un bureau de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en 1975, et a reconnu l’État palestinien en 1988.

 

Coopération militaire

Mais New Delhi a poursuivi en parallèle des relations discrètes et de plus en plus intenses avec Israël, que le voyage de Modi vient couronner et qui, du côté indien, ont longtemps été comparées à une liaison avec une maîtresse que l’on ne veut pas assumer en public. C’est d’autant plus frappant que les échanges en matière militaire et de renseignement remontent aux années 1960, quand après la défaite indienne face à la Chine en 1962 les Israéliens ont proposé leur assistance en matière militaire et de renseignement aux Indiens qui l’ont volontiers acceptée, alors que les deux pays n’avaient toujours pas de relations diplomatiques.

Même si les nationalistes hindous du BJP, le parti de Narendra Modi ont beaucoup fait lorsqu’ils étaient au pouvoir (1998-2004) pour normaliser les liens avec Israël, c’est le premier ministre du Congrès Narasimha Rao qui prit en 1992 la décision d’établir des relations diplomatiques. Cela s’inscrivait dans sa politique de libéralisation économique et de modernisation de l’Inde et ne représentait aucunement un soutien à Israël.

Par la suite, les liens se sont progressivement resserrés. Israël a fourni à l’Inde des armes et équipements en quantité pendant la guerre indo-pakistanaise de 1999, puis le premier ministre Ariel Sharon s’est rendu à New Delhi en 2003, et le chef d’état-major Gabi Ashkenazi en 2009.

Dans les instances internationales, le soutien indien aux Palestiniens s’est de plus en plus émoussé. Déjà, en 1991, New Delhi avait voté pour l’abrogation de la résolution 3379 de 1975. L’Inde s’est plus récemment abstenue dans le vote de la résolution de l’Unesco du 5 mai 2017 qui affirme que « toutes les mesures (…) prises par Israël, une puissance occupante, qui ont altéré ou visent à altérer le statut de la ville sainte de Jérusalem » seront « nulles et non avenues et doivent être annulées ».

La visite de Narendra Modi couronne une longue amitié, mais l’Inde se montre prudente. Il aura donc fallu attendre quatorze ans depuis la visite d’Ariel Sharon pour qu’un premier ministre indien rende la politesse, dont trois depuis l’arrivée au pouvoir de Modi, alors que beaucoup d’observateurs s’attendaient au contraire à ce que le premier ministre consacre l’un de ses tout premiers voyages à l’étranger à Israël. Entre-temps, Modi, saisi d’une frénésie diplomatique a sillonné le monde, effectuant plus de soixante voyages à l’étranger (jusqu’en juin 2017), parfois à plusieurs reprises, dans 46 pays. Cela ne rendait que plus mystérieux le temps pris par le leader indien pour visiter enfin Israël, comme s’il avait voulu longuement tourner autour de l’objet de son désir avant de s’y résoudre.

 

Les Palestiniens abandonnés

Le choix d’un découplage assumé entre politique envers Israël et politique envers les Palestiniens, qui a certainement dû donner des aigreurs aux vieux routiers de l’appareil diplomatique indien, a été rendu possible par l’approche adoptée au cours des trois années précédentes. Contre toute attente, Modi a d’abord effectué plusieurs voyages dans des pays musulmans (Émirats arabes unis en août 2015, Arabie saoudite en avril 2016, Iran en mai 2016, Qatar en juin 2016). Enfin, à la mi-mai, il a reçu à New Delhi, avec les honneurs, pendant quatre jours le président palestinien Mahmoud Abbas, réaffirmant le « soutien inébranlable » de l’Inde à la cause palestinienne. Ayant ainsi balisé le terrain, Modi peut à présent se rendre en Israël sans avoir à redouter les critiques internes comme externes, car le terrain est désormais mûr pour assumer sans fard une proximité entre l’Inde et Israël, bien au-delà de la connivence idéologique entre les deux leaders du moment. Elle repose essentiellement sur une coopération militaire et en matière de renseignement, y compris la fabrication d’armement en Inde utilisant les technologies israéliennes (le fameux « Make in India » (fabriquer en Inde) cher à Modi, mais aussi dans le domaine des hautes technologies civiles.

L’Inde a acheté pour 1,5 milliard d’euros de missiles et technologies liées à Israël, une transaction présentée comme le plus gros contrat d’exportation d’armes de ce pays. L’entreprise publique Israel Aerospace Industries (IAI) a annoncé le 19 mai 2017 la fourniture à l’Inde d’un système avancé de missiles, comprenant notamment des missiles sol-air de moyenne portée, des lanceurs et des technologies de communication, a-t-elle annoncé dans un récent communiqué. Ce contrat d’une valeur de 103 milliards de roupies (1,6 milliard de dollars) constitue « le plus gros contrat de l’industrie de défense israélienne », a affirmé l’entreprise. Les contrats conclus par les entreprises israéliennes d’armement ont atteint les 6,5 milliards de dollars en 2016, une hausse de 14 % par rapport à l’année précédente. La firme israélienne fournira également de l’équipement — notamment des missiles sol-air longue portée — pour le premier porte-avions indien encore en construction.

La coopération va aussi bon train dans le domaine des hautes technologies, et dans l’agriculture à travers les « centres d’excellence » installés par Israël dans la plupart des États depuis 2009 pour former les paysans indiens à l’utilisation des outils modernes israéliens, en particulier l’irrigation.

Cette normalisation avec Israël a vocation à durer au-delà d’une éventuelle alternance en Inde, car au fond, peu de choses séparent les dirigeants du BJP et ceux du Congrès (ou des autres partis) en matière de politique étrangère. Et l’acquis principal sera justement ce découplage entre la politique palestinienne et la politique israélienne de l’Inde. L’équilibre entre les deux n’était qu’apparent, car cela fait longtemps que l’appui de l’Inde à la Palestine ne dépasse guère la rhétorique, mais il inhibait le développement des relations avec Israël. Cette phase appartient désormais au passé et met fin à une anomalie dans la diplomatie indienne qui veille toujours à ne pas faire dépendre ses relations bilatérales avec un État des relations avec un autre État. Le dossier Israël-Palestine était justement une exception à cette approche, que l’Inde n’a jamais tenté de mettre à profit pour offrir ses bons offices entre les deux. Elle n’aura désormais plus à s’en soucier.

1Les juifs indiens appartiennent à quatre communautés ayant des histoires bien distinctes : les bene Israel, les juifs de Cochin, les juifs baghdadi et les bnei Menashe. La plupart d’entre eux ont émigré en Israël après la création d’Israël.

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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 08:39

L’industrie du processus de paix permet de faire durer le conflit israélo-palestinien

1 07 2017 • 7 h 38 min

 

Plutôt que d’admettre que leurs méthodes n’ont pas marché, experts et érudits – souvent ayant eux mêmes participé aux infructueux pourparlers de paix – promeuvent des approches épuisées qui ne font que maintenir les Palestiniens sous occupation.

 

Ben White – 19 juin 2017

 

 

 

 

Lors d’une conférence tenue en avril à Washington DC par le Conseil Politique du Moyen Orient, le professeur et politologue Ian Lustick a émis quelques fortes critiques contre ce qu’il a décrit comme « le manège permanent des négociations orchestrées par les Américains ».

Après avoir analysé les intérêts et les rôles joués, respectivement, par le gouvernement israélien, le gouvernement américain et l’Autorité Palestinienne, Lustick s’est intéressé à un « quatrième acteur » – qu’il a appelé « l’industrie du processus de paix ».

Cette industrie, selon Lustick, est constituée de « légions d’experts, d’érudits, de commentateurs, de financeurs et d’organisateurs de conférences », dont « les spéculations, les avertissements, les cartes et les avis remplissent les journaux, les sites des blogs et les ondes ».

Lustick a souligné en particulier le rôle « des promoteurs de la solution à deux Etats » de cette industrie, qui, « étant donné le choix entre une chance de succès infiniment faible et l’obligation de développer et d’adapter un cadre entièrement nouveau pour acquérir les valeurs de justice, de paix et d’égalité et la démocratie dans ce domaine, préfèrent continuer le combat ».

Il a ajouté : « Il est plus facile de lever des fonds, de préserver les institutions et de promouvoir des carrières en décrivant une dernière possibilité d’ouvrir la porte vers deux Etats que d’arriver à admettre que, en réalité, la porte est fermée. »

Le résultat, c’est que « et les protagonistes et les observateurs [n’ont plus le courage] d’envisager autre chose que les catégories éculées des deux Etats pour imaginer d’autres possibilités ».

 

Etude d’échantillons

L’industrie du processus de paix se cache en pleine visibilité. Ses membres maintiennent une présence publique extrêmement visible, dont le rôle et l’influence sont conçus comme indépendants et technocratiques.

Jetons un regard sur quelques exemples. Dans cinq articles publiés sur trois semaines par le Washington Post, le Christian Science Monitor, Politico, CNN et Reuters, 16 analystes régionaux ont été cités 22 fois.

Dennis Ross et David Makovsky ont tous les deux été cités dans trois des cinq articles – tous deux sont collègues à l’Institut de Washington pour la Politique du Proche-Orient (WINEP). Le diplomate de carrière Aaron David Miller et l’ancien émissaire américain en Israël Dan Shapiro ont été cités dans deux des cinq articles.

Ensemble, Ross, Makovsky, Miller et Shapiro ont constitué presque la moitié de la totalité des 22 contributions d’experts.

Parmi les autres analystes cités, il y a le responsable Elliott Abrams de l’ère  Ronald Reagan et George W. Bush, l’expert et vétéran de la diplomatie américaine Martin Indyk et d’anciens officiers israéliens et personnages diplomatiques comme Gilead Sher et Amnon Reshef. Sur les 22 fois où un expert a été cité, seuls trois étaient palestiniens : Jibril Rajoub, Hanan Ashrawi (la seule femme sur les 22) et Hani al-Masri.

Si on prend ces cinq articles comme un tout, écrit dans le contexte de la tournée du président Donald Trump au Moyen Orient, nous remarquons ce qui suit :

Premièrement, les voix des Palestiniens sont marginalisées, ou parfois complètement absentes ; deuxièmement, les lecteurs ne sont pas informés sur la propre vision personnelle de l’analyste ; et troisièmement, beaucoup commentent un « processus de paix » auquel ils ont eux mêmes participé (sans succès).

Makovsky (qui a la double nationalité américaine et israélienne) a par exemple travaillé en tant que conseiller principal de l’envoyé spécial pour les négociations israélo-palestiniennes sous le secrétaire d’État John Kerry. Cet envoyé spécial était Martin Indyk, qui a fait une pause chez Brookings pour assumer ce rôle, avant d’y retourner en 2004. Ross aussi est un ancien négociateur américain (même s’il est un de ceux qui croient que « nous devons être les défenseurs d’Israël ».

 

‘La duperie la plus spectaculaire’

La porte pivotante entre les groupes de réflexion et le gouvernement est un élément clé dans le soutien des approches éculées et des structures en faillite qui ont aidé à maintenir les Palestiniens occupés, colonisés et dépossédés – sans presque le moindre coût pour Israël concernant les conséquences et les sanctions.

La structure du processus de paix impose des « obligations mutuelles » des « deux côtés » – Isaël et l’Autorité Palestinienne (AP) – en dépit du fait que le premier est un Etat puissant et occupant, et que la deuxième est une entité autonome et provisoire pour la population occupée.

Les experts de l’industrie du processus de paix jouent un rôle clé en exprimant ou répétant les dernières exigences de l’AP fabriquées par Israël, les Etats Unis ou d’autres, qu’il s’agisse de « réformer » les services de sécurité ou les institutions financières, ou de mettre fin à « l’incitation » dans les médias et le système éducatif.

De son côté, Israël a exhorté à adopter des gestes symboliques tels que des mesures économiques « pour construire la confiance », émettre davantage de permis de travail pour passer les lignes d’avant 1967, ou lever certaines restrictions sur l’utilisation par les Palestiniens des territoires de Cisjordanie en « Zone C ».

Ecrivant il y a une dizaine d’années dans la London Review of Books, Henry Siegman a décrit « le processus de paix du Moyen Orient » comme pouvant être « la duperie la plus spectaculaire de l’histoire de la diplomatie moderne ». Le mois dernier, écrivant dans le New York Times, l’ancienne négociatrice palestinienne Diana Buttu a dénoncé un processus de paix qui n’a produit « aucun progrès » après « plus de deux décennies ». Elle a poursuivi :

J’ai passé plusieurs années à m’impliquer dans les négociations du côté palestinien et je peux attester de leur futilité… Quand nous parlions de droit international et de l’illégalité des colonies, les négociateurs israéliens nous riaient au nez. La puissance fait tout, diraient-ils, et vous n’en avez aucune.

Lors d’un récent séminaire à l’université Queen Mary à Londres, un auteur et universitaire palestinien Ghada Karmi à dit à l’auditoire : « Nous devons arrêter de parler de la Palestine et faire quelque chose à propos d’Israël. »

Cette façon de procéder a cependant peu de chance, aussi longtemps que le manège du « processus de paix » continue de tourner, habilement soutenu par son industrie d’experts, fournissant à Israël une couverture pour son occupation perpétuellement temporaire.

Ben White est l’auteur de L’Apartheid Israélien : Un Guide du Débutant, et Les Palestiniens d’Israël : Ségrégation, Discrimination et Démocratie. Il écrit pour le Middle East Monitor et ses articles ont été publiés par Al Jazeera, al-Araby, Huffington Post, The Electronic Intifada, The Guardian Comment is Free et d’autres.

 

Les idées exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale du Middle East Eye.

 

 

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

 Source : Middle East Eye

 

http://www.agencemediapalestine.fr/blog/2017/07/01/lindustrie-du-processus-de-paix-permet-de-faire-durer-le-conflit-israelo-palestinien/

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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 08:19

Visée par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, Al-Jazira ne baisse pas le ton

 
 

La chaîne qatarie a diffusé, lundi 3 juillet, un sujet incendiaire consacré à son voisin émirati. Née dans un Etat autoritaire, elle a fait de la défense du pluralisme son credo.

LE MONDE | | Par Madjid Zerrouky

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Dans la rédaction d’Al-Jazira à Doha, le 8 juin.
 

Feu sur les Emirats ! A quelques heures de l’expiration de l’ultimatum adressé par l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, l’Egypte et plusieurs de leurs alliés pour que le Qatar se plie à leurs demandes, la chaîne de télévision Al-Jazira, financée par le Qatar et dont le front anti-Doha réclame la fermeture, ne donne pas l’impression de baisser pavillon.


La chaîne qatarie – dans sa version en langue arabe – a diffusé, lundi 3 juillet, un sujet incendiaire de quatre minutes consacré à son voisin émirati. Ironiquement intitulé « Derrière les tours de la terre du bonheur [les Emirats comptent une ministre du bonheur], des tragédies humaines », il dénonçait pêle-mêle des violations massives des droits de l’homme, parfois commises par des membres de la famille régnante, la traque des opposants, la traite des êtres humains ou la corruption qui y sévirait…
 
Une réponse, sans aucun doute aux accusations du voisin émirati. « Les dirigeants du Qatar ont volontairement soutenu de dangereux extrémistes du Hamas, d’Al-Qaida, des Frères musulmans et bon nombre d’autres organisations terroristes. Les médias du Qatar ont amplifié les voix de ces terroristes, leur permettant de semer les graines de la haine et de la division, et d’encourager la violence et l’instabilité dans la région », avait affirmé, le 16 juin, le ministre des affaires étrangères émirati, Cheikh Abdallah Ben Zayed, dans une tribune au Monde.
Ce n’est pas le moindre de ses paradoxes : née dans un Etat autoritaire, la chaîne Al-Jazira a fait de la défense du pluralisme son credo. Elle s’est même décrite comme un « îlot de liberté dans une mer d’injustices ». Caisse de résonance de la diplomatie qatarie, elle se présente aussi comme un modèle d’indépendance. L’Arabie saoudite et ses alliés l’accusent d’interférer dans les affaires en ouvrant ses ondes à leurs opposants, en particulier islamistes. Al-Jazira a poussé en avant les Frères musulmans, parrainés par Doha, en Tunisie, en Egypte ou en Libye durant et immédiatement après les « printemps arabes ».
 

« Tentative de faire taire la liberté d’expression »

Face à l’offensive politique en cours, la chaîne multiplie ces derniers jours les sujets polémiques et s’offre même quelques provocations, comme une parodie de journal télévisé diffusée fin juin. Un clin d’œil à la presse « aux ordres » de ses détracteurs : « Que la paix soit sur le leader du pays adoré… »
 
« C’est comme si l’Allemagne demandait au Royaume-Uni de fermer la BBC. C’est absurde », a déclaré le directeur des programmes Al-Jazira English, Giles Trendle
 
Moins véhémente, la chaîne en langue anglaise se positionne surtout sur le terrain de la défense de la liberté d’expression en dénonçant « ceux qui demandent la fermeture de la chaîne et le droit des gens à l’information ». « Nous aussi avons des demandes : faire notre travail sans intimidations ni menaces et que la diversité des opinions soit célébrée et non crainte », affirment ses reporters et journalistes vedettes dans un clip. « Tout appel à la fermeture d’Al-Jazira n’est qu’une tentative de faire taire la liberté d’expression dans la région », martèle depuis le début de la crise le canal anglophone.
« C’est comme si l’Allemagne demandait au Royaume-Uni de fermer la BBC. C’est absurde », avait affirmé le 23 juin, le directeur des programmes d’Al-Jazira English, Giles Trendle, en réaction aux exigences saoudo-émiraties. « Certains régimes dans la région n’apprécient pas la diversité d’opinions », ajoutait-il, en assurant que la chaîne d’information « poursuivrait sa mission ».
Reste à savoir si la chaîne d’information et son modèle iconoclaste mêlant islamisme et libéralisme résisteront à cette attaque sans précédent dans un contexte où elle a déjà beaucoup perdu de son audience, contrecoup de l’échec des révolutions arabes dont elle a été le porte-voix : suppression de 1 200 emplois en 2016, fermeture d’Al-Jazira America, concurrence des médias nationaux ou privés dans le monde arabe, fermeture de ses bureaux et interdictions d’émettre, notamment en Egypte.
Lire notre entretien sur la crise entre Qatar et Arabie saoudite :   « Riyad ne veut pas laisser ses vassaux s’émanciper »
 
Les ministres des affaires étrangères saoudien, émirati, égyptien et bahreïni doivent se réunir au Caire – « en terre étrangère », hors du Golfe donc, commente la chaîne qatarie – mercredi 5 juillet pour décider s’ils lèvent ou non leurs sanctions contre Doha. Le Qatar a fait parvenir lundi sa réponse, dont la teneur n’est pas encore connue.

 

 
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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 08:16
Gulf states prepare to ramp up economic sanctions against Qatar
 
 

Diplomats speaking before Cairo meeting of foreign ministers indicate Doha could be suspended from Gulf Co-operation Council

 

 

 

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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 08:13

Crise entre Qatar et Arabie saoudite : « Riyad ne veut pas laisser ses vassaux s’émanciper »

 
 
 

Le chercheur Alexandre Kazerouni analyse les racines de la tension entre les deux pays, qui ont coupé toute relation entre eux début juin.

 

 

 

LE MONDE | • Mis à jour le | Propos recueillis par Benjamin Barthe (Beyrouth, correspondant)

 
Le politologue Alexandre Kazerouni, chercheur à l’Ecole normale supérieure, est un spécialiste des monarchies du golfe Persique. Il a récemment publié Le miroir des cheikhs. Musée et politique dans les principautés du golfe Persique (PUF, 274 p., 29 euros), une étude consacrée à la stratégie de rayonnement culturel de Doha et d’Abou Dhabi. Il analyse pour Le Monde les ressorts de la crise qui oppose le Qatar à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis.
 

Début juin, ces deux pays ont coupé toute relation diplomatique et économique avec leur voisin, qu’ils accusent de complaisance à l’égard de l’Iran et des mouvements « terroristes » au Proche-Orient. Pour Alexandre Kazerouni, les origines de cette confrontation sont à rechercher dans le refus de l’Arabie saoudite, après la première guerre du Golfe, en 1991, de laisser les principautés du Golfe sortir de son orbite diplomatique et culturelle.

Quelles sont les racines de la crise ?

Il faut remonter à l’invasion du Koweït par les troupes irakiennes, en 1990. C’est le vrai tournant dans la région. Pour assurer leur sécurité face à l’Iran révolutionnaire, les Etats de la côte – Koweït, Qatar, Bahreïn, Emirats arabes unis – avaient accepté en 1981 d’intégrer le Conseil de coopération du Golfe (CCG). Cela impliquait d’abandonner une part de leur souveraineté. L’administration de cette union régionale allait être dominée par l’Arabie saoudite. Et surtout durant les années 1980, le CCG a facilité la diffusion du salafisme saoudien au sein de la jeunesse des principautés.

Comment ?

Par le biais des étudiants koweïtiens, qataris, bahreïniens et émiriens partis étudier à Riyad. En échange de ces abandons de souveraineté, les petites monarchies du Golfe devaient être protégées par l’Arabie Saoudite, qui est alors le seul pays de la région à entretenir des relations étroites avec les Etats-Unis. Mais tout d’un coup, en 1990, devant l’entrée des forces de Saddam Hussein à Koweït, elles prennent conscience du fait que ce pacte ne fonctionne pas.

Comment réagissent-elles ?

En exil, l’émir Al-Sabah du Koweït dépense beaucoup d’argent en campagne de relations publiques. Il faut se rappeler l’affaire des couveuses. Des prématurés koweïtiens avaient péri, disait-on, après avoir été retirés de leurs couveuses par des soldats irakiens. L’histoire avait été montée par une agence de relations publiques. Mais elle eut un grand retentissement en Occident. Les souverains des principautés côtières comprennent à cette occasion qu’il est urgent de diversifier leur clientèle. Les marchands d’armes et les compagnies pétrolières ne suffisent plus. Il leur faut intéresser à leur survie ceux qui façonnent l’opinion publique occidentale : les artistes, les sportifs, les marchands d’art, le monde de l’université…

C’est l’origine de leur politique de rayonnement culturel ?

Exactement. L’idée d’ouvrir un grand musée à Doha [ce qui a été fait en 2008, avec le Musée des arts islamiques] a germé dans l’esprit d’Hamad Ben Khalifa Al-Thani, le futur émir du Qatar, en 1991, devant les images du musée national du Koweït incendié par l’armée irakienne. Cette politique va aider les petits souverains du  Golfe à « désalafiser » leur société et à recouvrer la part de souveraineté culturelle, qu’ils avaient perdue dans les années 1980. C’est surtout vrai au Qatar. Etant le seul Etat de la côte à majorité hanbalite [l’école de pensée la plus conservatrice de l’islam sunnite], le Qatar est celui qui a le plus souffert de la salafisation impulsée par Riyad.

Evidemment, l’Arabie saoudite n’a pas vu cela d’un bon œil…

Bien sûr, d’autant qu’Hamad a proposé aux Etats-Unis d’installer une base militaire sur son territoire. Il en a eu l’idée en voyant les hélicoptères américains décoller de Doha pendant la guerre du Golfe [baptisée Al-Udeïd, cette base est entrée en activité au début des années 2000].

Les Saoudiens ont donc cherché à empêcher son arrivée puis son maintien au pouvoir. Comme candidat à la succession de l’émir Khalifa, en place depuis 1972, ils ont soutenu le prince Abdelaziz, et non Hamad, son demi-frère, qui était pourtant prince héritier depuis 1976.

En 1992, il y a eu un accrochage à la frontière entre les deux pays, au lieu-dit Al-Khaffous. Deux soldats qataris ont été tués. Hamad s’est emparé du pouvoir en 1995, en renversant son père. Mais en 1996, le camp pro-Khalifa a tenté, sans succès, un contre-coup d’Etat, avec le soutien de l’Arabie Saoudite. C’est au Qatar que l’immixtion des Saoudiens dans les affaires politiques de leurs voisins s’est fait le plus sentir.

Avec quel résultat ?

Cela a renforcé le cheikh Hamad dans sa détermination à se rapprocher des Occidentaux. Mais pas seulement. Les relations relativement bonnes du Qatar avec l’Iran procèdent en partie de cet antagonisme avec Riyad. Pour desserrer l’étau culturel saoudien, le Qatar a de surcroît joué la carte des Frères musulmans, allant jusqu’à tenter de les installer au pouvoir en Egypte de 2011 à 2013.

Autrement dit, la crise du GCC ne date pas d’il y a un mois…

Le GCC est mourant depuis 1991. Il n’a fait que se fissurer depuis cette date. Riyad ne veut pas laisser ses vassaux s’émanciper. Ce que l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis tentent de faire, en profitant de l’élection de Trump, c’est de revenir en arrière, de réécrire l’histoire.

 
 
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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 08:12

The fall of Mosul is a defeat for Isis, but it remains a deadly force

 
 

The movement was written off previously by overconfident adversaries in 2007 and 2011. It survived by lying low and waiting for the circumstances to turn once again in its favour, as with the start of the uprising in Syria.................(..........)..........

 
 
 
 
 
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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 08:09
L'Arabie et ses alliés donnent 48 heures de plus au Qatar
 
 
 
 
 
Par
 
 
L'Arabie saoudite et ses alliés arabes ont donné 48 heures supplémentaires au Qatar pour répondre à leurs exigences et tenter de résoudre la vive crise diplomatique ouverte il y a un mois.                      
 
 
 
DUBAI (Reuters) - L'Arabie saoudite et ses alliés arabes ont donné 48 heures supplémentaires au Qatar pour répondre à leurs exigences et tenter de résoudre la vive crise diplomatique ouverte il y a un mois.

Leur ultimatum expirait dimanche soir.

Le Koweït, qui fait office de médiateur dans la crise qui secoue le Golfe, avait plaidé en faveur de cette prolongation.

Le ministre qatari des Affaires étrangères, Cheikh Mohammed bin Abdoulrahman al Thani, est arrivé lundi à Koweït pour transmettre la réponse de l'émirat aux exigences de ses voisins, rapporte la chaîne de télévision Al Djazira.

L'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l'Egypte ont rompu le 5 juin leurs relations diplomatiques puis fermé toutes frontières aériennes, maritimes et terrestres avec le Qatar, qu'ils accusent de liens avec le terrorisme et de rapprochement avec l'Iran, des allégations que Doha rejette.

Ils ont transmis le 23 juin au Qatar treize requêtes à mettre en oeuvre sous dix jours, dont la fermeture d'Al Djazira et d'une base militaire turque dans l'émirat, une limitation des relations avec l'Iran - grand rival régional de l'Arabie saoudite - et la rupture de tout lien avec des organisations classées terroristes.

Les ministres des Affaires étrangères saoudien, égyptien, émirati et bahreïni se réuniront mercredi au Caire pour discuter du dossier, a annoncé le ministère égyptien des Affaires étrangères dans un communiqué.

A Washington, la Maison blanche a annoncé que Donald Trump s'était entretenu au téléphone avec les dirigeants saoudien, qatari et émirati et qu'il leur avait fait part, séparément, de "ses préoccupations relatives au conflit en cours entre le Qatar et certains de ses voisins du Golfe et arabes".

Le président américain a réaffirmé qu'il importait de "stopper le financement des groupes terroristes et de jeter le discrédit sur l'idéologie extrémiste".

Le chef de la diplomatie qatarie a réitéré ce week-end que les doléances de ses voisins étaient irréalistes.

"Cette liste d'exigences a été conçue pour être rejetée. Elle n'est pas censée être acceptée ou même négociée", a-t-il dit samedi lors d'une conférence de presse à Rome.

L'ultimatum arabe, a ajouté Cheikh Mohammed bin Abdoulrahman al Thani, ne vise pas à lutter contre le terrorisme mais à empiéter sur la souveraineté du petit émirat gazier.

On ignore en cas d'impasse quelle voie les adversaires du Qatar entendent emprunter en matière de sanctions. Mais celles-ci pourraient avoir un aspect financier, et bancaire.

Dimanche, la Bourse de Doha a perdu 3,1%, dans un volume d'échanges toutefois restreint, portant à 11,9% son recul depuis le 5 juin.

 

https://www.mediapart.fr/journal/international/030717/larabie-et-ses-allies-donnent-48-heures-de-plus-au-qatar

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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 09:31

À Gaza, Israël fait des expérimentations sur des humains en situation de stress et de privations

#SiègeGaza
Gideon Levy's picture
02 juillet 2017

 

 
 

Qu’arrive-t-il à deux millions d'êtres humains privés d’électricité presque tout le temps, de nuit comme de jour ? C'est ce qu'expérimente Gaza

L’une des plus grandes expériences impliquant des sujets humains jamais réalisée est en train de se dérouler actuellement sous nos yeux, et le monde entier regarde les bras croisés.

Ce projet vient d’atteindre son paroxysme dans l’indifférence générale. Il s’agit d’une expérience sur êtres humains pour laquelle aucune des institutions scientifiques internationales n’a obtenu l’approbation de la déclaration d’Helsinki. Son but ? Examiner les comportements humains dans des situations de tension extrême et de privations.

Il ne s’agit pas d’un groupe expérimental de quelques dizaines, centaines, ni de milliers ou dizaines de milliers, ni même de centaines de milliers des personnes. Les sujets de cette expérience ne sont pas moins de deux millions d’êtres humains.

Jusqu’à présent, ils ont réussi d’une façon stupéfiante à résister à cette épreuve. Évidemment, on a certes constaté quelques turbulences dans la cocotte minute à l’intérieur de laquelle ils sont confinés, mais elle n’a pas encore explosé. La bande de Gaza est sous observation afin de déterminer quand et comment elle finira par exploser. Ce n’est visiblement qu’une question de temps.

Voici comment est présentée cette expérience par Israël, l’Autorité palestinienne et l’Égypte : qu’arrive-t-il quand deux millions d’êtres humains sont privés d’électricité presque tout le temps, de jour comme de nuit ? Que leur arrive-t-il en hiver et au printemps, et surtout maintenant que frappe la terrible chaleur de l’été au Moyen-Orient ?

Cette expérience, comme toutes celles de ce genre, s’échelonne en une succession de phases. On va faire cuire la grenouille dans de l’eau chauffée, progressivement, jusqu’à ébullition.

Pour commencer, Gaza fut privée d’électricité pendant environ huit heures sur 24, puis environ douze heures, et maintenant le temps de privation d’électricité a été porté à un tel niveau que les deux millions d’habitants de Gaza n’en disposent qu’environ 2 heures et demi sur 24. Examinons-en maintenant les effets sur les sujets. Voyons comment ils réagissent. Et que se passe-t-il quand on leur accorde l’électricité pendant seulement une heure par jour ? Ou pourquoi pas une heure par semaine ? Cette expérience n’en est qu’à ses débuts et personne ne peut prévoir comment elle va tourner.

Au cours de la dernière décennie, cette bande de terre malmenée s’est aussi transformée en une cage – la plus grande cage sur terre

Le lieu de cette expérience compte parmi les lambeaux de terre les plus maudits de la planète. La bande de Gaza (40 kilomètres de long, entre 5,7 et 12,5 kilomètres de large, une superficie totale de 365 kilomètres carrés) est l’un des endroits le plus densément peuplés au monde. La CIA estime qu’en juillet 2016 sa population avait atteint environ 1,7 millions d’habitants. L’Autorité palestinienne parlait, elle, de deux millions de résidents, dès octobre 2016.

En tout cas, un million d’entre eux sont considérés comme réfugiés ou petits-enfants de réfugiés, dont la moitié environ vit toujours dans les camps. Comparés aux autres camps de réfugiés ailleurs dans le monde arabe, on estime ceux de Gaza comme les plus misérables, à l’exclusion peut-être des camps de réfugiés palestiniens, au Liban et en Syrie. Les réfugiés à Gaza ont été expulsés d’Israël ou ont fui ce pays en 1948, et représentent un cinquième de l’ensemble des réfugiés palestiniens dans le monde.

Cette population n’a que rarement connu de période significative de tranquillité, de sécurité ou d’un minimum de bien-être économique. Sa situation n’a jamais été pire ni plus désespérée qu’en ce moment, et un rapport de l’ONU a déjà conclu que, dans encore deux ans et demi environ, donc d’ici 2020, la bande de Gaza ne sera plus habitable, en grande partie du fait des difficultés croissantes que pose son approvisionnement en eau. Aujourd’hui, l’expérience suit son cours, et les nouvelles restrictions d’électricité exacerbent le terrible sort de ces êtres humains.

Au cours de la dernière décennie, cette bande de terre brutalisée s’est aussi transformée en cage – la plus grande cage de la planète.

Gaza est encerclée : au nord et à l’est, par Israël, au sud par l’Égypte et, à ses confins à l’ouest, par la mer, où les militaires israéliens exercent un contrôle absolu. Depuis que le Hamas a pris le contrôle de Gaza, Israël, en collaboration avec l’Égypte, a ordonné un siège. Siège qui s’est légèrement atténué au fil des années, mais qui n’en reste pas moins un, surtout quand il s’agit de franchir la frontière pour entrer et sortir de Gaza. Il lui est aussi pratiquement interdit d’exporter ses marchandises.

Or, ces conditions – si terribles – ne le sont pas encore assez. Gaza n’en a pas fini avec ses tourments, loin de là. On est maintenant passé à la phase « privation d’électricité ».

 

 


Des Palestiniens déambulent dans une rue du camp de réfugiés d’Al-Shati (ville de Gaza) pendant une panne d’électricité, le 11 juin (AFP)

 

Gaza dispose d’une seule centrale électrique, incapable de générer toute l’électricité consommée. Cette centrale, lancée en 2002, avec une capacité de production d’environ 140 mégawatts, est limitée par la faible capacité de son réseau à transporter l’électricité. En 2006, elle ne produisait que 90 mégawatts, et devait dépendre des 120 mégawatts supplémentaires fournis par Israël, au prix fort, évidemment.

À l’époque où elle produisait 43 % de la consommation électrique de Gaza, Israël fit sauter cette centrale, suite à l’enlèvement du soldat israélien, Gilad Shalit, à l’été 2006. Elle fut reconstruite, et a pu atteindre une capacité d’environ 80 mégawatts. Mais son fonctionnement est entièrement soumis au bon vouloir d’Israël, fournisseur exclusif en carburant et pièces de rechange.

Au début du siège, Israël a commencé par restreindre la quantité de diesel fourni. Les besoins de Gaza varient entre 280 et 400 mégawatts d’électricité, selon la saison. Environ un tiers du total nécessaire, plus ou moins 120 mégawatts, provenait d’Israël, entre 60 et 70 mégawatts étaient produits par la centrale. Gaza souffrait d’un manque chronique d’électricité, avant même les restrictions les plus récentes. Depuis des années, les Gazaouis sont quotidiennement privés d’électricité pendant plusieurs heures.

Le 11 juin cette année, le cabinet de sécurité d’Israël a décidé de couper l’approvisionnement en électricité à Gaza, conformément à la demande du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas – déclenchant la crise actuelle, la pire jusqu’à présent. C’est la lutte entre Abbas et le Hamas, actuellement au pouvoir à Gaza – lutte dans laquelle Israël collabore d’une façon parfaitement méprisable avec l’Autorité palestinienne – qui a créé la situation actuelle. En l’espèce, les adversaires ne peuvent se répartir entre « gentils » et « méchants » : ce sont tous des méchants.

Environ deux semaines après la décision prise par le cabinet de sécurité, Israël a encore réduit ses approvisionnements et fourni huit mégawatts de moins, sur les 120 accordés précédemment. Par conséquent, certaines régions de Gaza, à l’ouest et au sud particulièrement, ne disposent que d’environ deux heures et demie d’électricité par 24 heures. J’ai bien dit, deux heures et demie d’électricité par jour.

On peine à concevoir la vie quotidienne, dans cette chaleur oppressante, avec seulement deux heures et demie d’électricité dans la journée. Comment imaginer conserver la nourriture ? On frémit à la pensée de toutes ces tâches ordinaires à accomplir sans électricité. Imaginez toutes ces personnes hospitalisées dont la vie dépend de l’électricité : c’est affreux.

Récemment, un article paru dans Haaretz (le 4 juin) de Mohammed Azaizeh, qui travaille pour Gisha, une organisation israélienne de défense des droits de l’homme, a décrit ce qui se passait à l’Hôpital d’Al-Rantisi à Gaza.

Au service pédiatrie, les enfants sont placés sous respirateur, mais comme l’électricité n’est disponible que quelques heures par jour, leur vie tient désormais au bon fonctionnement d’un générateur – qui parfois tombe en panne. Le directeur de l’hôpital, Dr Muhammad Abu Sulwaya donne une description catastrophique de son établissement. La situation est évidemment similaire dans tous les autres à Gaza.

Ainsi les habitants de Gaza deviennent à nouveau victimes des cyniques machinations politiques ourdies à leurs frais. Les luttes débridées pour le pouvoir et les batailles d’ego entre Abbas et le Hamas, entre l’Égypte et le Hamas et entre Israël et tous les autres, ont des conséquences qui frappent jusqu’aux respirateurs des enfants du service pédiatrie à Al-Rantisi.

À LIRE : Gaza, frappée par les coupures d’électricité, vit dans la peur d’une nouvelle guerre contre Israël

Qui peut dire comment cela finira ? Les adversaires ne savent que camper toujours plus obstinément sur leurs positions et le monde fait preuve d’apathie. À cause du manque d’électricité, l’eau propre manque et les égouts débordent d’eaux non traités qui inondent les rues. Gaza a l’habitude d’une telle situation, mais même l’incroyable et incomparable résilience des Gazaouis a ses limites.

Israël porte la plus grande partie de la responsabilité de cette situation, à cause du siège qu’il impose, mais n’est certainement pas le seul coupable.

L’Autorité palestinienne et l’Égypte sont parties prenantes à part entière dans ce crime. J’ai bien dit « crime ». Nous sommes en 2017 et priver des millions d’êtres humains de l’accès à l’électricité revient à les priver d’oxygène et d’eau. Israël porte une criante responsabilité parce que Gaza est toujours partiellement sous occupation israélienne. Israël a certes rappelé ses militaires et ses colons de la bande de Gaza, mais il conserve la seule responsabilité de beaucoup d’autres aspects de la vie à Gaza. Cela rend Israël responsable de la fourniture d’électricité aux habitants de Gaza. L’Autorité palestinienne porte aussi une lourde responsabilité pour la situation actuelle, car elle abuse aussi de son propre peuple. De même l’Égypte, qui aime se donner l’image flatteuse de « sœur des Palestiniens », alors même que son propre rôle dans le siège de Gaza est intolérable.

Gaza se meurt, lentement. Ses souffrances n’intéressent personne ailleurs. Personne à Washington, Bruxelles, Jérusalem ou au Caire, ni même à Ramallah. Aussi incroyable que cela puisse paraître, visiblement personne ne se soucie du sort de deux millions de personnes, abandonnées aux ténèbres la nuit et à la chaleur oppressante des journées d’été, avec nulle part où se tourner et pas le moindre espoir. Aucun.

 

Gideon Levy est un chroniqueur et membre du comité de rédaction du journal Haaretz. Il a rejoint Haaretz en 1982 et a passé quatre ans comme vice-rédacteur en chef du journal. Lauréat du prix Olof Palme pour les droits de l’homme en 2015, il a obtenu le prix Euro-Med Journalist en 2008, le prix Leipzig Freedom en 2001, le prix Israeli Journalists’ Union en 1997 et le prix de l’Association of Human Rights in Israel en 1996. Son nouveau livre, « The Punishment of Gaza », vient d’être publié par Verso.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : 16 avril 2015, dans une décharge publique à Rafah, au sud de la bande de Gaza, un jeune palestinien fouille dans un tas de déchets à la recherche, entre autres, d’objets recyclables qu’il espère vendre (AFP).

Traduction de l’anglais (original) par Dominique Macabies.

 
 
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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 09:23

Pourquoi le Hamas ne figurait pas sur la liste saoudienne des exigences présentées au Qatar

 
 
 
 

 

 
 
 

Le Hamas ne figure pas parmi les exigences présentées au Qatar. Quelques jours avant, un homme fort du Fatah a conclu un accord avec un des chefs du mouvement, sans que le Hamas soit au courant. Maintenant, le Hamas risque d’imploser

Une omission très remarquée a été relevée sur la liste des treize exigences imposées par les Saoudiens au Qatar – qui a dix jours pour s’y conformer.

Le mouvement en question a indubitablement trouvé refuge au Qatar. C’est une émanation des Frères musulmans, qui s’est donné pour mission l’anéantissement de l’État d’Israël. Le ministre des Affaires étrangères saoudien, Adel al-Jubeir, et l’ambassadrice américaine, Nikky Haley, ont demandé au Conseil de sécurité de l’ONU de l’inscrire sur la liste des organisations terroristes.

Et pourtant, le Hamas semble avoir disparu de la liste présentée vendredi au Qatar.

Quelques jours avant l’apparition de cette liste, un autre curieux événement s’est déroulé au Caire. Mohammed Dahlan, le rival juré du président palestinien Mahmoud Abbas – qui plus est financé et protégé par les Émiratis –, se trouvait en ville pour rencontrer deux représentants du Hamas, dont l’un est élu.

Al-Resalah, journal de Gaza affilié au Hamas, a confirmé que la réunion s’était effectivement tenue, mais a en revanche nié la présence de Dahlan.

En réalité, non seulement Dahlan – l’homme fort du Fatah, qui, en 2007, fomenta sans succès un coup d’État préventif contre le Hamas à Gaza – participait bien à la réunion, m’a-t-on dit, mais le plus important c’est que Yahya Sinwar, chef nouvellement élu du Hamas à Gaza, y était aussi.

Dahlan a présenté à Sinwar un plan complet, dont voici l’essentiel : « Vous me laissez revenir à Gaza et je réduirai le blocus à la frontière égyptienne ».

Al Fajer, quotidien favorable au régime égyptien, est même allé plus loin : Dahlan, a-t-il annoncé, dirigera le gouvernement à Gaza, contrôlera la frontière entre l’Égypte et Israël ainsi que les finances, tandis que le Hamas conservera le ministère de l’Intérieur, dont les employés seront traités comme salariés de l’administration. Cela risque de ne jamais se concrétiser, mais a au moins le mérite de montrer la direction à prendre.

Comme le siège imposé à la frontière égyptienne a été encore plus brutal que celui ordonné par Israël, cette offre était tentante. Si tentante que Sinwar l’a visiblement scellée d’une poignée de mains. À peine quelques jours plus tard, des camions de carburant franchissaient le poste-frontière à Rafah.

Le seul problème, c’est que le Hamas ne savait rien de ce nouvel arrangement.

En quatre ans, une seule rencontre

Sinwar est le chef du Hamas à Gaza. Des trois subdivisions du Hamas – Gaza, la Cisjordanie et la diaspora –, Gaza est la plus importante, grâce à son statut d’État de fait, mais elle doit compter avec les deux autres.

Il a fallu quatre ans de débats internes pour modifier sa charte. Apparemment, il a suffi à Sinwar d’une seule réunion pour inverser une politique en vigueur depuis onze ans

Le Conseil de la Choura les chapeaute toutes, lui à qui revient d’élire le chef de l’exécutif politique. Le chef actuel de l’exécutif s’appelle Ismaël Haniyeh, il a remplacé Khaled Mechaal à Doha le mois dernier. Pour la première fois de l’histoire du mouvement, le chef de l’exécutif politique vit à Gaza : sa liberté de mouvement est donc restreinte par le siège.

Haniyeh a certifié à ses associés qu’il ne savait rien de la rencontre entre Sinwar et Dahlan. Il n’approuvait évidemment pas la décision qui semblait avoir était prise.

La première mesure de Sinwar comme chef du Hamas à Gaza vient de provoquer une crise sans précédent dans l’ensemble du mouvement. Pendant des décennies, celui-ci a procédé avec prudence, en prenant des décisions bien réfléchies et jamais sans longues périodes de consultation avec toutes les parties du mouvement.

Il a fallu quatre ans de débats internes pour modifier sa charte. Apparemment, il a suffi à Sinwar d’une seule réunion pour inverser une politique en vigueur depuis onze ans, depuis le début du blocus.

Une source informée m’a confié : « Cette initiative sans précédent est très dangereuse pour le mouvement. C’est une tentative évidente de diviser le Hamas, qui depuis 1992, année où les cerveaux du mouvement se sont établis à l’extérieur de Gaza, ne prenait de décisions stratégiques qu’après une large et longue phase de consultation collective. »

« Les Émirats arabes unis [EAU] ont l’intention d’expulser la Turquie et le Qatar de Gaza. Dahlan et les EAU veulent affaiblir l’axe Qatar-Turquie en provoquant une scission du Hamas ».

Trump : un président très courtisé

L’offre faite par Dahlan d’alléger le blocus était autant toxique que tentante.

Tony Blair fit en son temps une offre semblable à Khaled Mechaal, lors d’une série de pourparlers que je fus le premier à révéler. Blair a offert de lever le siège en échange d’une hudna (une trêve). Ces pourparlers ont cependant échoué parce que ni Israël, ni l’Égypte ne les soutenaient. Mais Mechaal fut réticent à l’idée d’échanger le droit de résister à l’occupation (c’en est bien un aux yeux du Hamas) en échange d’approvisionnements illimités en pâtes et chocolat.

Abbas et son principal rival au sein du Fatah, Dahlan, se livrent une concurrence sans merci pour s’assurer les bonnes grâces de Trump

Cette fois-ci, Gaza se débat dans un contexte bien pire. Soumis aux menaces de Trump, Abbas a demandé à Israël de réduire – de six heures par jour à seulement deux – les réserves d’énergie électrique à Gaza (c’est en effet l’Autorité palestinienne, et non Israël, qui paie l’électricité fournie à la bande de Gaza). Cette demande, s’ajoutant à sa décision de tailler dans les salaires des employés de l’Autorité palestinienne à Gaza, voire même les salaires de plusieurs membres du Fatah incarcérés en Israël, a causé d’immenses préjudices à la base soutenant Abbas.

Quand, le jour de l’Aïd, un de ses partisans a arboré une photographie d’Abbas dans le parc de la mosquée al-Aqsa, une foule l’a agressé et a détruit le portrait, aux cris de « Traître ! Traître ! ».

Peut-être Abbas estime-t-il qu’il n’a guère d’autre alternative. Abbas et son principal rival au sein du Fatah, Dahlan, se livrent une concurrence sans merci pour s’assurer les bonnes grâces de Trump.

Dahlan a une fois déjà tenté de revenir en Palestine, en essayant d’organiser une réconciliation avec Abbas. Le président palestinien avait rejeté cette initiative et exclu du comité central du Fatah les partisans de Dahlan. Maintenant, Dahlan essaie de nouveau d’opérer son retour par le biais de Gaza et du Hamas. 

En présence de plus de 50 chefs arabes et musulmans à Riyad, Trump a taxé le Hamas d’organisation terroriste. À cela s’ajoutent l’hostilité déclarée des États arabes et la récente nouvelle tentative de Dahlan d’obtenir un visa d’entrée de la part du Hamas : toutes ces circonstances ont marqué le contexte de la réunion avec Sinwar.

Le lien de Gaza

Pour le moment, Abbas et Dahlan servent tous les deux les intérêts des Saoudiens et des Émiratis, qui souhaitent voir le Hamas réduire la voilure et affaiblir l’influence du Qatar sur Gaza. Le Qatar est le plus important donateur international favorable à la bande de Gaza : il a promis de contribuer à hauteur d’1,3 milliard de dollars (1,1 milliard d’euros) à sa reconstruction. Les ouvriers reçoivent directement cet argent sur les chantiers. Avec un taux de chômage de plus de 40 %, cet argent et ces emplois sont les seules façons de s’en sortir à Gaza.

Quelle fut la réponse saoudienne au geste concédé pour adoucir une position de négociation ? Taxer le Hamas d’organisation terroriste

Le blocus du Qatar est intimement lié au siège de Gaza.

Jusqu’à la réunion du Caire, le mouvement du Hamas montait l’un contre l’autre à son bénéfice les deux courants du Fatah.

Suite à la requête d’Abbas, le Hamas a autorisé des centaines de délégués du Fatah à se rendre de Gaza en Cisjordanie pour leur permettre de voter pour les candidats du comité central du Fatah. Cette opération était destinée à écarter Dahlan et ses partisans du pouvoir et de la Cisjordanie.

De même, le Hamas a envoyé des délégués à une série de réunions au Caire, ce qui les a rapprochés de Dahlan. Dahlan et l’Égypte ont constaté le succès de cette stratégie.

Le Hamas a cher payé les douloureuses leçons tirées tant de la lutte pour le pouvoir dans le Golfe que des rivalités au sein du Fatah.

En fait, le Hamas venait de remplacer sa charte originale par un autre document reconnaissant les frontières qui étaient celles d’Israël avant la guerre de 1967. Si le mouvement s’y est résolu, c’est pour faciliter l’adoption par toutes les factions minoritaires palestiniennes d’une position commune, mais aussi pour venir en aide aux États arabes qui s’efforçaient de réanimer l’Initiative de paix arabe. Quelle fut la réponse saoudienne au geste concédé pour adoucir une position de négociation ? Taxer le Hamas d’organisation terroriste.

C’est typique de l’histoire du Fatah. On a exigé de ce parti concession après concession, sans qu’il n’obtienne quoi que ce soit en échange. Dans la foulée, il a aliéné ses partisans, passés massivement au Hamas. S’il se produisait une hémorragie de partisans du Hamas semblable à celle subie par le Fatah, ces hommes ne prendraient pas le même chemin en sens inverse. Ils viendraient gonfler les rangs des groupes takfiristes, entre autres le groupe État islamique. 

Quand Sinwar est sorti des prisons israéliennes après plus de vingt ans de réclusion, il s’était forgé une solide réputation de militant pur et dur. Il a été libéré dans le cadre d’un échange de prisonniers entre lui et Gilad Shalit, le soldat israélien capturé.

Il suscita la même envie de négocier que celle éprouvée par les Britanniques lorsqu’ils ouvrirent des pourparlers avec Michael Collins, chef de l’IRA et héros révolutionnaire de la guerre d’indépendance. Or, Collins fut celui qui donna l’ordre de tirer des obus d’artilleries sur les quatre tribunaux dublinois, contre des hommes qui défendaient auparavant sa cause – et qui formèrent l’IRA, opposée au traité : ce fut l’étincelle qui déclencha la guerre civile irlandaise.

Sinwar aurait-il l’intention de marcher dans les pas de Collins, ou dans ceux de Mahmoud Abbas ?

 

 

- David Hearst est rédacteur en chef de Middle East Eye. Il a été éditorialiste en chef de la rubrique Étranger du journal The Guardian, où il a précédemment occupé les postes de rédacteur associé pour la rubrique Étranger, rédacteur pour la rubrique Europe, chef du bureau de Moscou et correspondant européen et irlandais. Avant de rejoindre The Guardian, David Hearst était correspondant pour la rubrique Éducation au journal The Scotsman.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : Yahya Sinwar (au centre), nouveau chef du Hamas dans la bande de Gaza, arrive pour l’ouverture d’une nouvelle mosquée dans la ville de Rafah, au sud de la bande de Gaza , 24 février 2017 (AFP).

Traduction de l’anglais (original) par Dominique Macabies.

 

 
 
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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 09:21
Emboldened by Trump, Israel pushes on with East Jerusalem settlement plans
 
 

 

 

 

 

Rights groups condemn proposals for 1,800 housing units in the heart of a Palestinian neighbourhood

Israel is pushing forward with controversial plans to build 1,800 new settlement housing units in occupied East Jerusalem in the largest proposed surge in construction in recent years.

The plans are expected to be considered by the Jerusalem district planning committee this month. If approved, they would mark an end to the relative slowdown in Israeli construction in the eastern parts of the city.

Israel’s rightwing government appears to have been emboldened by the pro-Israel stance of the Trump administration, which has been far more muted in its criticism of settlements than its predecessor.

When the Israeli prime minister Benjamin Netanyahu met Donald Trump in Washington earlier this year, the US president issued a weakly-worded request that Netanyahu limit settlement activity.

The disclosure of the East Jerusalem plans by the Peace Now group came as Netanyahu approved proposals to allow Israeli MPs to once again visit the flashpoint Temple Mount-Haram al-Sharif complex on a five-day trial, starting this month.

Visits by MPs to the site – considered the holiest in Judaism and the third-holiest in Islam – were banned in 2015 after a wave of Palestinian violence following claims that Israel was attempting to take control of the compound.

The two issues seem likely to raise tensions once again in Jerusalem, over which Israel has claimed sovereignty since it seized the Old City and eastern neighbourhoods in 1967. Israel’s claim is not recognised by much of the international community. Palestinians claim East Jerusalem as the capital of a future state.

The construction plans include proposals for Jewish buildings, such as an eight-storey yeshiva, in Sheikh Jarrah, which Palestinians regard as being at the very heart of East Jérusalem.

According to Peace Now, the plans would also involve demolishing the homes of five Palestinian families, who have had long-term tenancy rights.

Israeli settlements are considered illegal under international law as they are built on occupied territory.

Last month, Israel began work on the first new settlement in the West Bank in 25 years to house rightwing extremist settlers expelled from the illegal out-post of Amona in February.

According to official Israeli statistics the period between April 2016 and March 2017 saw a 70.4% increase in settlement housing construction in the occupied West Bank.

The plans for new settlement housing in Sheikh Jarrah are likely to be the most contentious following an outcry seven years ago – which prompted mass protests by activists –when Palestinians were evicted in similar moves.

The neighbourhood is regarded as heavy with symbolism for both sides. For Israel, it was home to a small Jewish community until 1948 when East Jerusalem came under Jordanian rule after the war that saw Israel’s birth.

Then in the 1950s several dozen Palestinian refugee families from west Jerusalem – displaced by the same war – were settled there.

In recent years, however, a number of these Palestinian families have been evicted as a result of Israeli court rulings to recognise pre-1948 Jewish ownership claims under laws that refuse to recognise claims made by Palestinians forced to leave west Jerusalem in similar circumstances.

Peace Now and other groups condemned the plans, accusing the Israeli government of trying to destroy the two-state solution.

“The government is brutally attempting to destroy the possibility of the two-state solution, and this time it is by establishing a new settlement at the heart of a Palestinian neighbourhood in East Jerusalem and promoting nearly 1,800 housing units beyond the Green Line,” they said in a statement.

“The eviction of five Palestinian families, which are protected tenants, in order to establish a new settlement in Sheikh Jarrah shows that nothing will get in the way of settler groups and a pro-settler government from preventing a future compromise in Jerusalem.”

 
 
 
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