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11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 08:23

Depuis hier mercredi 10 Mai, ce film passe dans plusieurs salles à Paris et sa proche banlieue, notamment au MK2 Bibliothèque, MK2 Bastille, UGC Ciné Bercy; UGC Odéon et UGC Rotonde; etc ...

 

Que devient "Le chanteur de Gaza" dont l'incroyable parcours sort au cinéma

Le film retrace le parcours du jeune Mohammed Assaf vainqueur de l'émission "Arab Idol" en 2013.

10/05/2017 04:32 CEST | Actualisé il y a 9 heures
 
 
 
 
Le Chanteur de Gaza
Le film retrace le parcours de Mohammed Assaf vainqueur de l'émission "Arab Idol".
 

CINÉMA - Comment quatre enfants pauvres issus de la bande de Gaza dont la seule passion est de faire de la musique verront-ils l'un d'entre eux devenir le chanteur le plus célèbre de leur pays? C'est l'histoire vraie (et éminemment politique) de Mohammed Assaf, vainqueur de l'émission "Arab Idol". C'est le sujet du "Chanteur de Gaza" qui sort au cinéma ce mercredi 10 mai.

Son destin vous rappelle sans doute quelque chose. Le jeune homme avait remporté l'équivalent de "La nouvelle star" dans le monde arabe en 2013 ("Arab Idol" est enregistrée au Liban et diffusée dans le monde entier avec des castings en Égypte au Maroc ou encore au Royaume-Uni). Il était alors devenu le symbole de la Palestine et la fierté de ses habitants.
 
Le réalisateur Hany Abu-Assad ("Paradise now") et ("Omar") s'est penché sur l'histoire incroyable de Mohammed Assaf joué par l'acteur Israélien Tawfeek Barhom. Ce réfugié palestinien a grandi à Gaza. Avec sa sœur et deux amis, ils montent un groupe de musique. S'en suit la difficulté de trouver des instruments de musique et de s'organiser pour devenir un vrai groupe. Les enfants vont jouer dans des mariages et traverser des épreuves douloureuses.
 
Mais c'est son épopée vers le Caire en Égypte pour participer aux auditions de l'émission "Arab Idol" que le film retrace en particulier. Le film s'arrête après sa victoire. Mais le fabuleux parcours de Mohammed Assaf continue toujours...
 

Un destin politique

Quand il a remporté "Arab Idol", Mohammed avait 22 ans. Aujourd'hui âgé de 27 ans, il continue de chanter et a sorti deux albums différents. Mais il est aussi devenu ambassadeur pour la paix pour l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA). Un parcours politique qui semblait inévitable pour le jeune artiste.

Au cours de l'émission, des célébrations avaient éclaté dans toute la bande de Gaza. Des portraits de Mohammed Assaf ornaient les façades des immeubles. Le président de l'Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas avait même téléphoné à Mohammad Assaf pour l'encourager, selon l'agence officielle Wafa.

C'était la première fois qu'un Palestinien s'illustrait avec succès dans une telle émission. C'est d'ailleurs avec la célèbre chanson patriotique "Alli al kouffia" (littéralement, "brandit le Keffieh", le foulard emblèmatique des Palestiniens) que le jeune homme avait remporté la finale du télé-crochet.

Depuis sa nomination par l'UNRWA, le chanteur semble porter haut et fort la cause palestinienne. Il s'est récemment mis en scène sur Instagram en train de boire un verre d'eau salée pour le "SaltWaterChallenge" en soutien aux prisonniers palestiniens en grève de la faim depuis le 17 avril en Israël, pour dénoncer leurs conditions de détention.

Dans la période traitée par "Le chanteur de Gaza", le jeune Mohammed n'est pas engagé comme il est actuellement. Mais ça n'enlève rien à l'aspect politique du long-métrage.

"Le chanteur de Gaza" est une des premières productions internationale tournée à Gaza. L'histoire se déroule pendant les bombardements sur la bande de Gaza entre 2012 et 2014. Certains groupes comme le Hamas sont aussi évoqués indirectement.

Mais c'est surtout le sors des réfugiés palestiniens coincés dans la bande de Gaza que le film retranscrit de façon indirecte. En se rendant en Égypte, Mohammed Assaf n'était pas sûr de pouvoir rentrer en Palestine. Depuis sa victoire il a obtenu un passeport diplomatique qui lui permet de voyager dans le monde entier.

 
 
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11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 08:20

INTERVIEW – Henry Laurens : « Les Palestiniens ont pour eux le droit mais n’ont pas la force »

 
 
 
 
#Diplomatie

L’historien prolifique, auteur notamment des cinq tomes de La Question de Palestine, éclaire pour MEE une situation moyen-orientale « compliquée », voire inextricable du fait de la multiplicité des acteurs et enjeux qui se greffent

 
 
 
22 avril 2017
 

Henry Laurens, professeur au Collège de France, pense le Moyen-Orient comme un système géopolitique où se déploie « un jeu permanent d’ingérences et d’implications entre les acteurs locaux, régionaux et internationaux ».

Effondrement des États, impasse israélo-palestinienne, tensions sunnites-chiites, regain d’une opposition Russie–États-Unis, règne des milices qui s’engouffrent dans ces désaccords politiques synonymes de saccages. Y a-t-il même une syntaxe des relations internationales propres au XIXe siècle, avec le retour dans la région de la Russie, une Turquie à la nostalgie toute ottomane, le cycle de conférences de paix hâtives tentant d’apporter leur solution, les rivalités diplomatiques et militaires multiples ?

Penseur du temps long, de la respiration historique profonde, Henry Laurens observe le « grand jeu » moyen-oriental, dont il livre ici quelques clés utiles.

Middle East Eye : En Israël/Palestine, vous parlez de « paix impossible ». À quoi s’attendre dans les prochaines années ?

Henry Laurens : À rien. Autant dans la décennie des années 1990, il y avait une fenêtre d’opportunité pour arriver à un règlement de paix, autant aujourd’hui, il n’y a aucune condition particulière pour cela, même si Donald Trump a donné l’apparence de vouloir lancer de nouvelles initiatives. Mais les faits sont têtus. La progression de la colonisation ne permet pas de constituer un État palestinien homogène. Pour quelles raisons, dès lors, les Palestiniens accepteraient-ils un archipel de lieux complètement isolés ?

MEE : Pour reprendre l’expression de Raymond Aron, qui qualifiait la guerre froide de « paix impossible, guerre improbable », est-ce une situation où la paix est impossible, comme vous le dites, et la guerre toujours probable ?

HL : C’est là un conflit de basse intensité comme il y en eut dans l’Histoire auparavant. En Irlande par exemple. Par définition, ces conflits de basse intensité peuvent durer très longtemps. À moins d’un bouleversement régional, pour l’instant, il ne faut s’attendre à rien. Le processus de paix est devenu au final un processus sur le processus. Sur la paix elle-même, rien n’est rassurant. Les Israéliens n’ont aucun intérêt à faire évoluer la situation car elle leur profite complètement. Ils sont isolés de l’essentiel de la population palestinienne. Ils font payer la charge de l’administration des territoires occupés à l’Autorité palestinienne, c’est-à-dire à l’Union européenne ou l’aide internationale.

Le processus de paix est devenu au final un processus sur le processus. Sur la paix elle-même, rien n’est rassurant. Les Israéliens n’ont aucun intérêt à faire évoluer la situation car elle leur profite complètement

Au-delà de cette situation qui leur profite largement, il y a l’aspect mystique, messianique, au sens politique du terme. Un ministre israélien a encore déclaré récemment que la Bible est la preuve que toute la terre d’Israël leur appartient. Ces affects religieux s’ajoutent donc à la question politique. Or, il est plus facile de céder sur le politique que sur le religieux.

Les Palestiniens ont pour eux le droit, mais ils n’ont pas la force. Les Israéliens ont pour eux la force, mais ils n’ont pas le droit. Les premiers ne peuvent transformer leur droit en force et les seconds leur force en droit. L’impasse est pour le moment durable.

MEE : L’administration Trump donne tous les signes d’un alignement sur la politique nationaliste et religieuse du gouvernement Netanyahou. Que peut-on en attendre ?

HL : Les Israéliens s’attendaient à ce que les États-Unis leur donnent leur bénédiction sur l’extension des colonies, c’est plutôt le message inverse qui leur a été envoyé par Washington ces derniers jours. Mais concrètement, dans les faits, Donald Trump n’y connaît rien. Il annonce qu’il veut faire « un deal », mais si on était dans une logique de deal, on y serait arrivés dans les années 1990, lors du processus dit d’Oslo.

Donald Trump reprend, au final, ce qu’a fait Barack Obama. Il y a des contraintes dont il commence à tenir compte. Au fond, je note plus une continuité qu’une rupture entre l’administration Obama et celle de Trump.

Quant à l’annonce du transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, c’est un rituel diplomatique américain. Tous les ans, le Congrès fait une recommandation demandant le transfert. C’est aussi une question régulièrement posée par les candidats à l’élection, qu’ils finissent par oublier une fois élus.

 

 


Pour l'historien Henry Laurens, à moins d’un bouleversement régional, il ne faut s'attendre à aucun progrès sur le front israélo-palestinien dans les années à venir (avec l'aimable autorisation d'Henry Laurens)

 

MEE : Quand Benyamin Netanyahou déclare qu’il ne négociera pas tant que les Palestiniens ne reconnaîtront pas le caractère juif de l’État d’Israël, qu’est-ce que cette notion signifie ?

HL : C’est une question de légitimité. Les Palestiniens ne pourront pas reconnaître qu’Israël est un État juif, car cela justifierait leur expulsion. Ils peuvent reconnaître qu’il existe un État juif, qu’il existe un peuple juif en Palestine, mais ils ne peuvent pas reconnaître la légitimité du sionisme car ce serait reconnaître comme légitime leur expulsion d’une grande partie de leur pays. De plus, Benyamin Netanyahou joue sur les mots : Israël n’est pas l’État juif, mais l’État du peuple juif, ce qui n’est pas la même chose.

Il faut un retour à l’Histoire pour trouver une formule qui montrerait que le mouvement sioniste a porté tort à la population palestinienne, ce qui ne suppose pas automatiquement un droit au retour. Cela avait été envisagé au Sommet de Taba en janvier 2001. On prenait en compte pour la première fois l’importance des « narratives », ou la théorie du récit.

MEE : Comment jugez-vous la position française ? La France a été critiquée tant par les Israéliens que par les Palestiniens lors de l’initiative de la Conférence de Paris en janvier dernier.

HL : À l’aune de l’Histoire, la position gaullienne souhaitait au final sauver les Israéliens d’eux-mêmes. Pour de Gaulle, puis pour Pompidou, il fallait qu’Israël évacue les territoires occupés pour obtenir la paix. En cela, on ne peut pas dire que la position française ait été pro-arabe. Ce sont les pays arabes qui se sont alignés sur la position gaullienne et non l’inverse, au bout d’un certain nombre d’années. Sous Giscard puis Mitterrand, car il y a eu entre les deux une forme de continuité, la France se pensait comme ayant un rôle pédagogique, consistant à habituer les acteurs à une reconnaissance mutuelle et à une solution à deux États. C’est le sens du discours de Mitterrand à la Knesset en mars 1982.

Les Palestiniens ont pour eux le droit, mais ils n’ont pas la force. Les Israéliens ont pour eux la force, mais ils n’ont pas le droit. Les premiers ne peuvent transformer leur droit en force et les seconds leur force en droit. L’impasse est pour le moment durable

Aujourd’hui, il n’y a plus rien de cela. Nous sommes dans des conjonctures politiques exécrables, déjà dans la région moyen-orientale, mais aussi en Europe. Certains esprits réalistes considèrent que cela ne pourra évoluer qu’en exerçant des pressions sur Israël, et particulièrement sur les colonies. Il est admis que ces colonies sont illégales, mais ces pressions supposent-elles de faire interdire les produits qui en proviennent ou de les marquer de façon distincte ?

Sur les gouvernements français, car il n’y a pas d’opposition droite-gauche sur le dossier, pèsent aussi la question de l’antisémitisme et la relation qui s’est bâtie entre les communautés juives européennes et l’État d’Israël. Il y a aussi les calculs électoraux. La maire de Paris, Anne Hidalgo, a rompu ses relations avec Lafarge [l’entreprise franco-suisse avait un temps envisagé de participer à la construction du « mur Trump » au Mexique], mais elle serait plus ennuyée d’interdire à la même entreprise de vendre du ciment aux colonies israéliennes.

MEE : Au-delà de la Palestine, la grille de lecture apposée au Moyen-Orient tient à un affrontement chiites-sunnites, que ce soit au Yémen, en Syrie ou en Irak. Cette grille de lecture est-elle totalement valable ?

HL : Elle est réelle. Mais dans le moment historique dans lequel nous nous trouvons actuellement. Au XIXe siècle, la différence chiite-sunnite a eu tendance à s’amoindrir fortement. Une sorte d’œcuménisme musulman a existé, qui posait par exemple que le chiisme duodécimain (rite jafarite) est la cinquième école juridique de l’islam sunnite.

Toutefois, nous observons désormais les conséquences de la formation d’un chiisme politique, lequel, au départ, n’avait pas de relation avec le sunnisme politique. Dans les pays comme l’Irak ou le Liban, les chiites, considérés comme déshérités, formaient la masse des militants des partis communistes. C’est pour cela que les grands dignitaires chiites se sont lancés dans le politique et le social. Ce n’était pas pour contrer le sunnisme politique, mais pour combattre l’influence des partis communistes.

Au XIXe siècle, la différence chiite-sunnite a eu tendance à s’amoindrir fortement. Une sorte d’œcuménisme musulman a existé

Les choses ont changé avec la République islamique d’Iran et son ambition d’une révolution islamique mondiale. Cette ambition n’a pris que dans les milieux chiites. Le djihadisme, tel qu’il s’est développé en Afghanistan, a pris une tournure violemment anti-chiites, ce qui s’est retrouvé dans le djihadisme international des années 1990. Téhéran avait tenté d’atténuer cela, au début des années 2000, en donnant une dimension plus islamique et moins chiite à son système d’alliance. Il avait ainsi établi une alliance avec le pouvoir alaouite syrien, avec le Hamas [sunnite] de Gaza.

Après 2011, avec la guerre syrienne, le clivage est désormais essentiel. Le soulèvement a été celui d’une population à majorité sunnite contre un pouvoir qui n’apparaissait plus comme exprimant un intérêt général. Il est désormais incontestable qu’il y a une opposition chiite-sunnite qui regroupe une opposition arabe-iranienne. Même si cette dernière est totalement fausse. C’est un héritage de la pensée orientaliste du XIXe siècle qui faisait du chiisme un produit proprement iranien et du sunnisme un produit totalement arabe.

MEE : Daech s’inscrit donc parfaitement dans ce clivage ? Et que penser des ingérences extérieures ?

HL : Daech a joué de ce clivage. C’était déjà la stratégie d’al-Zarkaoui [ancien chef d’al-Qaïda en Irak] de provoquer une guerre confessionnelle pour faire exploser la société irakienne, même si, alors, Ben Laden n’était pas d’accord. Daech est l’héritier d’al-Zarkaoui.

Il faut bien comprendre que le Moyen-Orient n’est pas une donnée géographique mais une donnée géopolitique. On y trouve un jeu permanent d’ingérences et d’implications entre les acteurs locaux, régionaux et internationaux. Toutes les puissances qui deviennent importantes pensent pouvoir y jouer un rôle car elles y ont aussi des intérêts. Le jour où on ne parlera plus de Moyen-Orient mais d’Asie occidentale, comme dit l’ONU, cela voudra dire que la région sera pacifiée et ne sera plus l’enjeu d’influences extérieures. L’action principale de ces forces extérieures est d’empêcher que l’un des acteurs locaux devienne dominant. Ces mêmes puissances locales font aussi appel aux puissances étrangères pour empêcher l’émergence d’un acteur local. Cela date de plus de deux siècles.

MEE : Que penser du retour de la Russie, que veut-elle ?

HL : Je n’ai pas l’impression qu’elle le sache elle-même clairement. Il faut se rappeler que la Russie est très proche géographiquement de cette région. Le Moyen-Orient est son environnement proche. Une présence russe par éclipse se fait dans cette région depuis 1770, quand la flotte russe est entrée en Méditerranée. Il y a aussi accessoirement le rôle que la Russie s’est donné, au moins jusqu’à la Première Guerre mondiale, de protectrice des chrétiens orthodoxes de la région.

Aujourd’hui, le retour de la Russie dans cette zone lui permet de se donner l’impression qu’elle veut et peut encore assumer un rôle mondial

Aujourd’hui, le retour de la Russie dans cette zone lui permet de se donner l’impression qu’elle veut et peut encore assumer un rôle mondial. Elle n’y a pas en effet d’intérêt direct, notamment économique. Sauf celui de vendre de l’armement. Cela lui fait une bonne publicité pour son armement moderne, notamment l’armement anti-aérien. Elle a aussi l’impression de participer à la grande politique mondiale, d’avoir un rôle de stratège.

Cependant, la Russie reste une « puissance pauvre », selon l’expression de l’historien Georges Sokoloff. L’économie russe est équivalente à celle de l’Italie. Cette politique de puissance n’a pas de lien avec la réalité de son économie, d’où les sacrifices faits pour maintenir un instrument militaire qui est hors de proportion avec l’économie réelle. Depuis que Poutine s’est lancé dans cette politique de puissance, le niveau de vie des Russes a chuté de 15 %. La Russie est-elle capable de faire de la gestion à longue durée ? Elle semble pousser à une solution à toute vitesse en Syrie pour pouvoir en sortir. Mais il ne me semble pas qu’elle pourra le faire rapidement.

MEE : Pourquoi ?

HL : Car il y a la réalité du terrain et celle des conférences internationales, que ce soit à Astana ou à Genève. Sur le terrain pullulent les milices, qu’elles soient d’un côté ou de l’autre. Le régime de Bachar al-Assad n’est plus qu’un agrégat de milices. Il ne se fait pas respecter par telle milice qui contrôle telle sous-région ou telle autre. Du côté de la révolution syrienne, se trouvent les Kurdes, les islamistes, des milices locales aussi. Il n’y a pas d’autorité centralisée qui pourrait imposer que les armes cessent. C’est ce qui est inquiétant d’ailleurs sur la longue durée.

MEE : Comment interprétez-vous, en tant qu’historien, la montée des populismes, Trump, Brexit, Front national, etc. ?

HL : De nombreux phénomènes se conjuguent, d’autant plus qu’il y a un populisme de droite et un populisme de gauche. Dans la situation française, il y a l’effet de durée d’une longue crise qui date de la fin des années 1970. Le chômage a maltraité de nombreux milieux sociaux. Il faut prendre en compte aussi les héritages coloniaux. La mémoire de l’Algérie résonne encore dans des pans entiers de la société française. Autre phénomène, une classe politique qui ne tient pas forcément ses promesses électorales. Il y a un mouvement de remise en cause des élites, des classes supérieures, du cercle de la Raison.

On a eu l’impression que le patriotisme, nationalisme français, avait fortement décliné. Or, c’était faux

Des questions identitaires restent fortes aussi. On a eu l’impression que le patriotisme, nationalisme français, avait fortement décliné. Or, c’était faux. Il y a aussi toutes les complexités liées à l’intégration ou non-intégration des populations issues de l’immigration. Là se greffe la question de la subordination. Si l’Autre est défini comme différent de soi-même, on le pense dans une relation supérieure ou inférieure. Soit demeure une continuation de la posture coloniale, donc une subordination, soit, comme pour la situation actuelle, on trouve des gens issus de l’immigration qui peuvent être préfets, militaires, dans cette vaste promotion sociale réelle des gens issus de la troisième ou quatrième génération. Une classe moyenne a émergé qui est plus qu’en formation, elle est là.

 

http://www.middleeasteye.net/fr/reportages/interview-henry-laurens-les-palestiniens-ont-pour-eux-le-droit-mais-n-ont-pas-la-force

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11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 08:02
 

Will Saudi Arabia take the battle to Iran - with America's blessing?

#GulfTensions
 
 
 
 
 
 

Strong anti-Iran remarks from Saudi's deputy crown prince reveal a burgeoning, US-backed consensus that it's time to counter Iran

Saudi Deputy Crown Prince Mohammed bin Salman's extremely dangerous remarks concerning Iran this week signal a much harsher stance from the kingdom that go beyond the condemnation and severing of ties that took place in January 2016.

Bin Salman's comments were made during an hour-long interview on Tuesday, broadcast simultaneously on several public and private TV stations in Saudi and other Gulf Cooperation Council (GCC) countries, an unusually widespread interview underlining its importance.

'We will not wait until the fight is inside Saudi Arabia and we will work so that the battle is on their side, inside Iran'

- Saudi Deputy Crown Prince Mohammed bin Salman

The deputy crown prince spoke at length about several domestic and economic issues which aimed to address local concerns about the Saudi economy. Then he turned to regional issues and, of course, spoke on Iran.

When asked about dialogue with Saudi's regional rival, he basically slammed the door on any future possibility: "How do I have a meaningful dialogue, with an individual, or a regime, that has a solid conviction ... that his regime is built on an extremist ideology stated in his constitution and stated in the will of [the late Iranian leader AyatollahRuhollah] Khomeini that they must control ... the Islamic world and spread their own Twelver Jaffari way in all of the Islamic world until the Mehdi arrives. How do I convince him?"

Bin Salman went on to say what many analysts and observers in the GCC have openly stated and warned about, but no Saudi official had yet discussed publicly.

"We know that the aim of the Iranian regime is to reach the focal point of Muslims [Mecca],” he said, then adding remarkably: "We will not wait until the fight is inside Saudi Arabia, and we will work so that the battle is on their side, inside Iran, not in Saudi Arabia."

Regional consensus against Iran

These kinds of remarks would not be uttered haphazardly from the deputy crown prince, who holds key portfolios in Saudi Arabia.

Most importantly, he is minister of defence, chief of the house of Saud royal court and chairman of the Council of Economic and Development Affairs. Late last month, a national security centre was established under the royal court which he heads.

His remarks come in the midst of a regional consensus, with the backing of the US, forming against Iran.

In mid-March, the Arab League strongly denounced Iran's actions in the region. By the end of the month, the US commander of Centcom, which oversees military operations in the Middle East, described Iran before Congress as "the most significant threat" in the Middle East and demanded tougher actions against it.

Immediately after bin Salman's return from his trip to the US, hailed as a "turning point" by US President Donald Trump, the Egyptian ministry of foreign affairs swept recent Saudi-Egyptian tensions away, instead stating the "strategic" importance of relations between the Arab world's two traditional heavyweights and criticising Iran's interference in the region.

►Read more: An Arab NATO? That's a long way off

There have also been reports about the prospects of a "Middle Eastern NATO" that would include US Arab allies and Israel for the specific purpose of countering Iran.

Iran's domestic vulnerabilities

Bin Salman is not the first one to talk about taking the battle to Iran.

Deputy US national security adviser Kathleen "KT" McFarland has repeatedly talked about stirring discontent inside Iran. Specifically, she has suggested exploiting the unmet aspirations of young Iranians, held back by internet censorship.

"We can tear down the cyber wall any time we want, and then you can deal with your population," McFarland said.

"They have promised their people an awful lot, and, if they can't deliver, they'll have domestic security problems."

In his interview, bin Salman made similar remarks about the disappointments of Iranian youth, whom he said Iran had deprived of development for 30 years, instead pursuing extremist ideology and expansionism.

The unmet aspirations for freedom and better standards of living of Iranian youth were perhaps most clearly expressed after Mahmoud Ahmadinejad was announced victor for a second term after the Iranian presidential elections in 2009.

Protests erupted after accusations of widespread fraud and violations in the electoral process. The protests were led by opposition candidates in the election - Mir Hossein Mousavi and Mehdi Karroubi - and became known as Jonbesh-e Sabz, or the Green Movement. Millions of Iranians who took to the streets were ultimately met by the brute force of Iranian security forces, resulting in many deaths, and followed by the arrest of hundreds of people, including prominent political figures.

Today, Mousavi and Karroubi are still under house arrest, and the tensions between more liberal factions - or the reformists - and the conservatives still stirs up controversy and leaves Iran polarised.

In a fiery speech in support of Ibrahim Raisi, the leading conservative presidential candidate in Iran, Hassan Abbasi, a Revolutionary Guard Corps officer and main conservative strategist, said that "in the near future" Mousavi, Karroubi and former president Seyyed Mohammad Khatami would be put on trial and then executed.

Ethno-religious discrimination

One can dwell much on the silencing and crackdown that the opposition still faces in Iran. However, such tensions are not the only source of vulnerability for the Iranian regime.

Iran's skilful diplomacy may not be enough this time to stop the regional voices calling for action against it

Iran is a multi-ethnic, multilingual, and multi-religious country, a diversity that is not always respected by the regime. Sunnis in Iran, who number in the millions, are harshly mistreated and do not even have a single mosque in Tehran or any of the major cities such as Isfahan, Shiraz and Mashhad. Authorities regularly destroy the private spaces that Sunnis create away from public sight.

Iran also has a considerable Kurdish population who have had their share of oppression. Similarly, Arabs of the Ahwaz – an area in southern Iran that borders Iraq - have frequently expressed dissent over racism and marginalisation, although the discrimination is not based on religion as the majority are Shia. Similarly, the Baloch in the east, who live in the poorest and most undeveloped regions of the country, face oppression and have separatist militant organisations there.

►Read more: Why America's call to escalate militarily against Iran is dangerous

These are all serious and grave vulnerabilities for the Iranian regime that could be exploited from abroad. Unsurprisingly, a couple of days after bin Salman's comments, Iran's minister of foreign affairs described the January 2016 attack on the Saudi embassy in Tehran, which resulted in the breaking down of relations, as "stupidity and a historic betrayal".

With US backing, Saudi Arabia could very well act upon bin Salman's proposition in the future and, if Iran maintains its policies in the region, it would not be surprising.

There are voices within the GCC who have already called for such action. This time, Iran's skilful diplomacy may not be enough to stop these voices, and a change in its regional policies may be necessary.

- Mustafa Salama is a political analyst, consultant and freelance writer with an academic background in Middle East Affairs.

The views expressed in this article belong to the author and do not necessarily reflect the editorial policy of Middle East Eye.

Image: US President Donald Trump and Saudi Deputy Crown Prince and Defence Minister Mohammed bin Salman speak to the media in the Oval Office at the White House in Washington DC on 14 March 2017 (AFP)

 

http://www.middleeasteye.net/columns/will-saudi-arabia-take-battle-iran-americas-blessing-473465860

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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 08:18

De la broderie à l'impression digitale : la Palestinienne Natalie Tahhan revisite l'habit traditionnel

 

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 08/05/2017 à 09H26, publié le 08/05/2017 à 09H24

 

De la broderie à l'impression

A première vue, on croirait qu'il s'agit des traditionnelles broderies qui ornent les habits de fête et autres robes palestiniennes. Mais c'est avec un ordinateur que Natalie Tahhan donne un coup de jeune à la couture palestinienne.

Dans son petit atelier de Jérusalem où elle travaille seule, pas de points de croix ni de longues heures de broderie minutieuses mais un ordinateur portable et une paire de ciseaux. Les capes que cette jeune designer élabore sont faites de tissus imprimés dont les motifs géométriques dessinés sur écran reproduisent presque à s'y tromper les thèmes typiques de la broderie palestinienne.

 
La collection de tissus imprimés de Natalie Tahhan
"Je voulais faire du neuf, du moderne, du jamais vu sur le marché", explique cette Palestinienne de 27 ans établie dans la maison familiale du quartier de Rass al-Amoud, à Jérusalem-Est, où les Palestiniens espèrent installer la capitale de l'Etat auquel ils aspirent.

Depuis des siècles, les Palestiniennes brodent minutieusement leurs robes traditionnelles, généralement longues et noires, ornées de broderies rouges, portées aujourd'hui dans les campagnes ou lors des cérémonies de mariage.
Natalie Tahhan dans son atelier, avril 2017
 

Natalie Tahhan dans son atelier, avril 2017

© AHMAD GHARABLI / AFP

Une preuve d'existence

Les motifs, qui varient selon les villes, ont tous une signification : à travers les couleurs et les dessins, "on peut savoir d'où est originaire la femme qui les porte et si elle est mariée ou célibataire", explique Natalie Tahhan, qui a fait ses études à Londres et à Doha. Ces broderies sont une part de l'"identité" des Palestiniens et "la preuve de notre existence dans chaque ville et village palestinien", alors que nombre de ces localités font désormais partie d'Israël, affirme à l'AFP Maha Saca, qui dirige le Palestine Heritage Center de Bethléem, en Cisjordanie occupée.

 
Natalie Tahhan dans son atelier, avril 2017
 

Natalie Tahhan dans son atelier, avril 2017

© AHMAD GHARABLI / AFP
Les moderniser "en mélangeant motifs palestiniens et coupes d'habits modernes, c'est très bien et très important", poursuit celle qui milite pour que ces broderies soient ajoutées aux uniformes des écolières, au nom de la préservation du patrimoine national. Plusieurs jeunes créatrices s'attellent à renouveler le genre pour faire porter à la nouvelle génération les robes de leurs aïeules, de plus en plus délaissées dans le quotidien.

Natalie Tahhan est l'une des rares à le faire à Jérusalem, et la seule à avoir abandonné le travail de broderie. Faute d'imprimerie dans les Territoires palestiniens occupés, elle fait réaliser ses tissus imprimés à Dubaï, aux Emirats Arabes Unis. Ils arrivent chez elle via Doha et Amman, un passage emprunté pour envoyer des biens vers Jérusalem en contournant l'absence de transferts directs des pays du Golfe vers Israël. Sa première collection comprenait cinq modèles de capes de satin blanches, noires ou violettes, recouvertes de motifs géométriques aux couleurs chatoyantes. Elle s'est vendue en moins de trois mois, principalement dans le Golfe via internet, à 550 dollars pièce.

Un petit bout de Jérusalem

Selon Mme Saca, qui a réuni depuis l'ouverture de son centre en 1991 la plus importante collection de robes palestiniennes, une vraie tenue traditionnelle de qualité peut coûter jusqu'à 2.000 dollars. Un prix qui s'explique par les longues heures de travail et les matériaux utilisés, souvent onéreux. Parmi les capes de Natalie Tahhan, celle qui s'inspire des motifs d'Hébron, la grande ville du sud de la Cisjordanie, est une succession de carrés bleus et roses recouvrant le tissu noir ouvert aux épaules et garantissant une touche colorée sur n'importe quelle tenue noire. Ces tissus légers de couleur ont rencontré le succès dans le Golfe où les tenues traditionnelles palestiniennes, noires et fabriquées à base d'épais coton, peuvent devenir insupportables sous le soleil brûlant.

 
La créatrice Natalie Tahhan, avril 2017
 

La créatrice Natalie Tahhan, avril 2017

© AHMAD GHARABLI / AFP
Autre argument de vente : l'origine du produit. "Ce qui plaît aux gens, c'est d'avoir des pièces faites à Jérusalem, surtout parmi les Palestiniennes de l'étranger", explique la créatrice. En achetant une cape, "elles ont l'impression d'emporter avec elles un petit bout de Jérusalem", une ville restée chère aux Palestiniens dont plusieurs millions vivent à l'étranger, après avoir été poussés au départ par les guerres ou l'aspiration à une vie meilleure. Pour Natalie Tahhan, sa réussite est aussi le signe qu'on peut créer à Jérusalem-Est, malgré l'occupation et la persistance du conflit avec Israël.

digitale : la Palestinienne Natalie Tahhan revisite l'habit traditionnel

 
 
Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 08/05/2017 à 09H26, publié le 08/05/2017 à 09H24

Natalie Tahhan dans son atelier, avril 2017

 
 
 
 
 
 
 

Une preuve d'existence

 
 
 

Un petit bout de Jérusalem

 
 
 
 
 
 
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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 07:59

Comment Israël traite les prisonniers politiques palestiniens en grève de la faim

samedi 6 mai 2017

1500 prisonniers politiques palestiniens ont commencé une grève de la faim le 17 avril 2017 contre les conditions inhumaines régnant dans les prisons israéliennes.

Leurs revendications sont simples et concernent notamment le droit de prendre leurs enfants dans les bras, pendant les visites, la possibilité d’étudier, la possibilité de recevoir des soins médicaux appropriés.

Cette vidéo a été faite par d’anciens grévistes de la faim palestiniens. Elle montre comment les services des prisons d’Israël refusent de prendre en compte les revendications légitimes des prisonniers palestiniens ou de négocier mais les soumettent à d’importantes pressions psychologiques.

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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 07:50
 

Will Saudi Arabia take the battle to Iran - with America's blessing?

#GulfTensions
 
 
 
 
 
 

Strong anti-Iran remarks from Saudi's deputy crown prince reveal a burgeoning, US-backed consensus that it's time to counter Iran

Saudi Deputy Crown Prince Mohammed bin Salman's extremely dangerous remarks concerning Iran this week signal a much harsher stance from the kingdom that go beyond the condemnation and severing of ties that took place in January 2016.

Bin Salman's comments were made during an hour-long interview on Tuesday, broadcast simultaneously on several public and private TV stations in Saudi and other Gulf Cooperation Council (GCC) countries, an unusually widespread interview underlining its importance.

'We will not wait until the fight is inside Saudi Arabia and we will work so that the battle is on their side, inside Iran'

- Saudi Deputy Crown Prince Mohammed bin Salman

The deputy crown prince spoke at length about several domestic and economic issues which aimed to address local concerns about the Saudi economy. Then he turned to regional issues and, of course, spoke on Iran.

When asked about dialogue with Saudi's regional rival, he basically slammed the door on any future possibility: "How do I have a meaningful dialogue, with an individual, or a regime, that has a solid conviction ... that his regime is built on an extremist ideology stated in his constitution and stated in the will of [the late Iranian leader AyatollahRuhollah] Khomeini that they must control ... the Islamic world and spread their own Twelver Jaffari way in all of the Islamic world until the Mehdi arrives. How do I convince him?"

Bin Salman went on to say what many analysts and observers in the GCC have openly stated and warned about, but no Saudi official had yet discussed publicly.

"We know that the aim of the Iranian regime is to reach the focal point of Muslims [Mecca],” he said, then adding remarkably: "We will not wait until the fight is inside Saudi Arabia, and we will work so that the battle is on their side, inside Iran, not in Saudi Arabia."

Regional consensus against Iran

These kinds of remarks would not be uttered haphazardly from the deputy crown prince, who holds key portfolios in Saudi Arabia.

Most importantly, he is minister of defence, chief of the house of Saud royal court and chairman of the Council of Economic and Development Affairs. Late last month, a national security centre was established under the royal court which he heads.

His remarks come in the midst of a regional consensus, with the backing of the US, forming against Iran.

In mid-March, the Arab League strongly denounced Iran's actions in the region. By the end of the month, the US commander of Centcom, which oversees military operations in the Middle East, described Iran before Congress as "the most significant threat" in the Middle East and demanded tougher actions against it.

Immediately after bin Salman's return from his trip to the US, hailed as a "turning point" by US President Donald Trump, the Egyptian ministry of foreign affairs swept recent Saudi-Egyptian tensions away, instead stating the "strategic" importance of relations between the Arab world's two traditional heavyweights and criticising Iran's interference in the region.

►Read more: An Arab NATO? That's a long way off

There have also been reports about the prospects of a "Middle Eastern NATO" that would include US Arab allies and Israel for the specific purpose of countering Iran.

Iran's domestic vulnerabilities

Bin Salman is not the first one to talk about taking the battle to Iran.

Deputy US national security adviser Kathleen "KT" McFarland has repeatedly talked about stirring discontent inside Iran. Specifically, she has suggested exploiting the unmet aspirations of young Iranians, held back by internet censorship.

"We can tear down the cyber wall any time we want, and then you can deal with your population," McFarland said.

"They have promised their people an awful lot, and, if they can't deliver, they'll have domestic security problems."

In his interview, bin Salman made similar remarks about the disappointments of Iranian youth, whom he said Iran had deprived of development for 30 years, instead pursuing extremist ideology and expansionism.

The unmet aspirations for freedom and better standards of living of Iranian youth were perhaps most clearly expressed after Mahmoud Ahmadinejad was announced victor for a second term after the Iranian presidential elections in 2009.

Protests erupted after accusations of widespread fraud and violations in the electoral process. The protests were led by opposition candidates in the election - Mir Hossein Mousavi and Mehdi Karroubi - and became known as Jonbesh-e Sabz, or the Green Movement. Millions of Iranians who took to the streets were ultimately met by the brute force of Iranian security forces, resulting in many deaths, and followed by the arrest of hundreds of people, including prominent political figures.

Today, Mousavi and Karroubi are still under house arrest, and the tensions between more liberal factions - or the reformists - and the conservatives still stirs up controversy and leaves Iran polarised.

In a fiery speech in support of Ibrahim Raisi, the leading conservative presidential candidate in Iran, Hassan Abbasi, a Revolutionary Guard Corps officer and main conservative strategist, said that "in the near future" Mousavi, Karroubi and former president Seyyed Mohammad Khatami would be put on trial and then executed.

Ethno-religious discrimination

One can dwell much on the silencing and crackdown that the opposition still faces in Iran. However, such tensions are not the only source of vulnerability for the Iranian regime.

Iran's skilful diplomacy may not be enough this time to stop the regional voices calling for action against it

Iran is a multi-ethnic, multilingual, and multi-religious country, a diversity that is not always respected by the regime. Sunnis in Iran, who number in the millions, are harshly mistreated and do not even have a single mosque in Tehran or any of the major cities such as Isfahan, Shiraz and Mashhad. Authorities regularly destroy the private spaces that Sunnis create away from public sight.

Iran also has a considerable Kurdish population who have had their share of oppression. Similarly, Arabs of the Ahwaz – an area in southern Iran that borders Iraq - have frequently expressed dissent over racism and marginalisation, although the discrimination is not based on religion as the majority are Shia. Similarly, the Baloch in the east, who live in the poorest and most undeveloped regions of the country, face oppression and have separatist militant organisations there.

►Read more: Why America's call to escalate militarily against Iran is dangerous

These are all serious and grave vulnerabilities for the Iranian regime that could be exploited from abroad. Unsurprisingly, a couple of days after bin Salman's comments, Iran's minister of foreign affairs described the January 2016 attack on the Saudi embassy in Tehran, which resulted in the breaking down of relations, as "stupidity and a historic betrayal".

With US backing, Saudi Arabia could very well act upon bin Salman's proposition in the future and, if Iran maintains its policies in the region, it would not be surprising.

There are voices within the GCC who have already called for such action. This time, Iran's skilful diplomacy may not be enough to stop these voices, and a change in its regional policies may be necessary.

- Mustafa Salama is a political analyst, consultant and freelance writer with an academic background in Middle East Affairs.

The views expressed in this article belong to the author and do not necessarily reflect the editorial policy of Middle East Eye.

Image: US President Donald Trump and Saudi Deputy Crown Prince and Defence Minister Mohammed bin Salman speak to the media in the Oval Office at the White House in Washington DC on 14 March 2017 (AFP)

 

http://www.middleeasteye.net/columns/will-saudi-arabia-take-battle-iran-americas-blessing-473465860

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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 06:17

Le tournant du Hamas ouvre-t-il la voie à la négociation du conflit israélo-palestinien ?

 
 
 
Interview
5 mai 2017
Le point de vue de Didier Billion
 
 
 
 
Alors que le Hamas a annoncé la modification de sa charte, le président palestinien Mahmoud Abbas a été reçu mercredi par Donald Trump à la Maison-Blanche. Le point de vue de Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS.

Quelles sont les principales modifications que le Hamas apporte à sa charte ? Comment interpréter ce changement de position et peut-il être qualifié de revirement historique ?

L’aspect principal des modifications de la charte du Hamas est l’acceptation de la possibilité de créer un État palestinien dans les frontières de 1967. Or, si le Hamas reconnaît ces frontières, cela implique mécaniquement une reconnaissance – même si ce n’est pas affirmé en tant que tel – d’un État israélien. Le Hamas se situe donc sur la même position que l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en 1989, consistant à reconnaître de facto la nécessité de deux États, ce qui n’était pas le cas jusqu’alors. Cette évolution est extrêmement importante même s’i elle ne vaut pas une reconnaissance de jure de l’État d’Israël. Celle-ci n’interviendra qu’à l’aboutissement d’un processus de négociation, dont il faut souhaiter qu’il redémarre réellement. Il faut donc maintenant que ladite communauté internationale saisisse au bond cette avancée pour tenter de réactiver un processus digne de ce nom.

On peut comprendre cette évolution du Hamas par l’évolution de rapports de force qui lui sont aujourd’hui défavorables. Les soutiens les plus forts dont il jouissait, à savoir l’Iran et la Syrie, ont disparu. Le Hamas s’est effectivement désolidarisé de Bachar al-Assad et de Téhéran du fait de la guerre civile syrienne. L’organisation se retrouve donc dans une situation plus difficile, d’autant plus que de nombreuses puissances occidentales – dont la France – la qualifient d’organisation terroriste et refuse tout contact, au moins officiel, avec lui. Le Hamas entretient néanmoins des relations avec des Etats comme la Russie, la Chine ou l’Afrique du Sud. Cet isolement relatif du Hamas l’a donc contraint à faire un pas en avant.

Il est également essentiel de noter que le Hamas ne fait plus référence aux Frères musulmans dans ses déclarations, dont il incarne pourtant la branche palestinienne. Cela marque certainement une volonté de renouer un dialogue avec le maréchal-président Abdel Fattah al-Sissi, ce dans l’espoir que celui-ci lève le blocus égyptien contre Gaza. Si Le Caire prenait cette décision, cela contribuerait alors à affaiblir les positions de l’Etat d’Israël qui, pour sa part, continue à promouvoir une position d’extrême fermeté à l’égard des habitants de la bande de Gaza.

La situation du peuple de Gaza est effroyable et on assiste à son étouffement progressif. En outre, le Fatah de Mahmoud Abbas a également pris des décisions condamnables : réduction de 30 % de la rémunération des fonctionnaires palestiniens travaillant à Gaza et arrêt du paiement, par l’Autorité palestinienne, de l’électricité utilisée par les citoyens gazaouis en provenance d’Israël.


De plus en plus impopulaire auprès des Palestiniens, qu’espère Mahmoud Abbas en rencontrant Donald Trump ? L’optimisme affiché des deux dirigeants pour trouver un accord de paix est-il crédible ?

Cette visite de Mahmoud Abbas à Washington est l’expression de la dégradation des intérêts du peuple palestinien. M. Abbas est extrêmement affaibli politiquement et de plus en plus critiqué en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, il considère donc que la seule marge de manœuvre qui lui reste est de tenter d’entretenir de bonnes relations avec les États-Unis.

Être reçu directement par Donald Trump reste symboliquement fort. Cependant, leur conférence de presse fut plutôt pitoyable de par le jeu de dupe qu’elle cache : Abbas n’a en réalité plus aucune marge de manœuvre vis-à-vis de Washington. D’autant que les États-Unis, notamment l’administration Trump, montrent un soutien quasi institutionnel à l’égard d’Israël et de Benjamin Netanyahou, qui s’est lui-même rendu à la Maison-Blanche en février. Pour la première fois depuis les accords d’Oslo, un président américain a même évoqué une solution à un seul État. En outre, David Friedman, nouvel ambassadeur américain en Israël nommé par Trump, est un fervent soutien et partisan de la colonisation à outrance. Les dirigeants israéliens évaluent précisément ces évolutions qui leur sont favorables puisque, le 6 février dernier, la Knesset a légalisé l’expropriation de terres privées palestiniennes au profit de colons israéliens, imposant ainsi la loi de Tel-Aviv en terre étrangère et marquant un pas de plus vers l’annexion de la Cisjordanie. Quelque deux mois plus tard, le 30 mars, le gouvernement israélien a autorisé, pour la première fois depuis les accords d’Oslo de 1993, et outre l’extension des colonies existantes, l’établissement d’une nouvelle colonie en Cisjordanie. Ces décisions indiquent la porosité qui prévaut désormais entre la droite et l’extrême droite israéliennes, qui n’ont de cesse de mettre en œuvre un processus d’annexion, au détriment de l’idée même d’un État palestinien.

Ainsi, personne ni du côté israélien, ni américain, ne parle de relance des négociations.

Lors de sa rencontre avec Mahmoud Abbas, Donald Trump a affirmé ne trouver rien de plus stimulant que de résoudre une situation présentée comme insoluble. Par son égo surdimensionné, le président américain commet une lourde erreur en croyant pouvoir résoudre seul un problème de cette dimension. Quant à Abbas, son attitude est dramatique, au sens où il feint de croire que Trump peut être partie à une solution positive. Ce n’est évident pas le cas, car une solution au conflit israélo-palestinien ne pourra se faire que dans le cadre international et des résolutions de l’ONU et l’instauration d’un rapport de force à l’égard de la puissance occupante que Trump ne veut mettre en œuvre.

Ce jeu de dupes est donc l’expression de l’impasse dans laquelle se trouve l’Autorité palestinienne, qui n’a plus d’autorité que le nom.


Depuis plus de deux semaines, des détenus palestiniens dans des prisons israéliennes sont en grève de la faim. Qui sont ces prisonniers et quelles sont leurs revendications ? Peuvent-ils réussir à faire pression sur le gouvernement israélien ou ce dernier reste-t-il intransigeant ?

Depuis près de deux semaines, plus 1 000 prisonniers politiques – dénommés « prisonniers de sécurité » par Israël – sont en grève de la faim, sur un total de 6 500 détenus. Cette grève a été lancée à l’instigation de Marwan Barghouti, dirigeant palestinien jouissant d’une très forte popularité. Il a déjà été condamné à cinq reprises à la prison à perpétuité, ce qui montre l’absurdité de soi-disant justice israélienne. Les revendications des prisonniers sont élémentaires : avoir droit au moins deux fois par mois à des visites familiales – actuellement réduites à une seule –; avoir accès à un téléphone ; bénéficier de soins médicaux ; ne plus être mis à l’isolement. Or, les grévistes ont justement été isolés et nous restons sans nouvelles précises à leur sujet. Des dirigeants israéliens ont évoqué l’éventualité de les nourrir de force si le mouvement se poursuivait.

Seuls, ces grévistes ne seront pas en mesure de faire plier le gouvernement israélien. Pour cela, il faut qu’un mouvement de solidarité internationale se développe dans les meilleurs délais. Certaines réactions des membres de la coalition gouvernementale font froid dans le dos. Par exemple, le Foyer juif, parti d’extrême droite du ministre de l’Éducation Naftali Bennett, a organisé un barbecue géant devant la prison d’Ofer… de quoi donner une idée du cynisme de certains partis et dirigeants israéliens. Quant au parti
Israel Beytenou du ministre des Affaires étrangères et de la Défense, Avigdor Lieberman, il n’a pas hésité à rappeler la situation des prisonniers politiques irlandais sous Margaret Thatcher, que cette dernière a laissé mourir de faim... Si telle est la solution préconisée par le gouvernement israélien, il y a de quoi s’inquiéter.

Aussi importante que soit cette grève de la faim et le mouvement de solidarité dans la société palestinienne (une grève générale en Cisjordanie a été massivement suivie), les détenus ne pourront pas faire plier seuls le gouvernement israélien. Pourtant, ces revendications élémentaires correspondent simplement à l’application du droit international humanitaire et de la Convention de Genève. Le pire est donc à craindre au vu de la situation d’autisme politique israélien. La vie de ces grévistes est véritablement en jeu, d’où la nécessité de faire connaître leurs revendications.
 
 
 
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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 06:14
Israeli ministers back proposed law demoting Arabic language
 
 

Parliament to consider nation state bill that would make Hebrew the lone national language

 

Israeli ministers have approved the wording of a new law that would downgrade Arabic as an official language and which states that the right to self-determination in Israel “is unique to the Jewish people”, despite the country’s sizeable non-Jewish minority.

The go-ahead for the nation state bill by the ministerial committee for legislation means it will now move forward to a vote by the country’s parliament. The bill has to pass several stages in the Israeli parliament, the Knesset, for it to become law and could also be challenged in the courts.

Critics say the law is discriminatory and could undermine Israel’s balance of being both a Jewish and democratic state by harming the rights of minorities.

Hebrew and Arabic are both Israel’s national languages, but the bill states that Hebrew would be the lone national language, downgrading Arabic to “a special status in the state” whose “speakers have the right to language-accessible state services”.

The legislation is designed to be enshrined in Israel’s basic law, regarded as the closest approximation in Israel to a constitution.

The timing of the bill – after four years of deliberations – is significant, coming two weeks before a planned visit by Donald Trump in which the US president had hoped to breath life into a moribund peace process.

Although the bill has undergone some changes in the drafting process – not least removing language that would have seen Israel’s democracy subordinated in importance to its Jewish identity – it remains highly contentious.

While the way Israel’s legislative process functions has long allowed parties and individuals to put forward legislation likely to be challenged by the courts, the latest proposed law comes in the context of Israel’s most rightwing ever government.

The committee approved the bill unanimously but the measure has been condemned by opposition politicians, academics and in some parts of the Israeli media.

Ayman Odeh, the head of the Joint List, representing Arab-Israeli parties, said the bill was a “declaration of war” on Israel’s Arab citizens. “Discrimination has received a legal stamp. The danger in this law in that it establishes two classes of citizen – Jewish and Arab,” he said.

Erel Margalit, a contender for the leadership of the centrist Zionist Union party, called the bill “reminiscent of dark periods” in history.

Zehava Gal-On, leader of the leftwing Meretz party, said the bill’s intention was to downgrade the rights of non-Jews in Israel. “The result of the Jewish state bill is clear. Jews will get preference over all other citizens, clearly violating human rights, democracy and the rights of the Arab minority in Israel,” she said.

The bill’s sponsor, Avi Dichter, an MP from Benjamin Netanyahu’s rightwing Likud party, defended the proposals, as did other ministers.

”This is a small step for the Jewish state bill, which establishes that Israel is and will be a Jewish and democratic state, and it’s a big step towards defining our identity, not only in the eyes of the world but primarily for ourselves, Israelis – to be a free people in our land,” said Dichter after the committee’s vote.

He said the bill was necessary because “events of recent months prove that this is a battle for Israel’s image and national identity. The Palestinians no longer hide their goal of erasing the Jewish people’s nation state”.

The legislative committee’s chairman, Yariv Levin, also a Likud MP, said he had decided to put an end to foot-dragging over the bill. “We’ve been waiting to discuss and make a decision on this legislation for too long. This is a basic law, which has the simple objective of safeguarding Israel’s status as the nation state of the Jewish people. I don’t understand why it hasn’t been made into law so far,” he said.

 

https://www.theguardian.com/world/2017/may/07/israeli-ministers-back-proposed-law-demoting-arabic-language

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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 06:11

Le massacre de Deir Yassine vu par les Israéliens

 
 
vendredi 28 avril 2017 par Ray Elsa

Par Ray Elsa ; publié le 18 avril sur son blog Médiapart.

Dimanche 9 avril dernier, la Palestine commémorait le massacre du village palestinien de Deir Yassine, perpétré par des groupuscules sionistes le 9 avril 1948. J’ai eu envie de savoir comment ce pan tragique de l’histoire était connu et perçu côté israélien.

Dimanche 9 avril dernier, la Palestine commémorait le massacre du village palestinien de Deir Yassine, perpétré par des groupuscules sionistes le 9 avril 1948 causant la mort d’une centaine de personnes (le chiffre exact a son importance, nous y reviendront). Quatre mois plus tard, l’Etat d’Israël était créé. Et 69 ans plus tard, la souffrance est encore vive.

 

 

Dimanche 9 avril donc, j’ai eu envie d’écrire sur Deir Yassine, mais sous un angle différent. Je me suis demandée : Que pensent les israéliens de ce massacre ? En ont-ils connaissance ? Le reconnaissent-ils comme tel ? Si oui, remettent-ils alors en question la façon dont "leur" État s’est créé ?

Si ces questions me sont spontanément venues, c’est parce que j’ai appris au cours de mes voyages et de mes rencontres que la propagande sioniste en Israël était extrêmement puissante et qu’elle lavait le cerveau des Israéliens dès le plus jeune âge, les confortant dans l’idée qu’ils étaient légitimes sur une terre légitime, et que les Palestiniens (les "arabes" dans la rhétorique sioniste) étaient des indésirables dont il fallait au mieux s’accommoder, au pire se débarrasser. Mon entretien avec la professeure israélienne Nurit Peled-Elhanan m’avait particulièrement éclairée sur ce sujet.

Bien évidemment, il n’est pas question en Israël de parler de "Nakba" ("la catastrophe" en arabe, expression qui renvoie à l’exil forcé de près d’un million de Palestiniens en 1948) et encore moins de reconnaître que l’État d’Israël s’est créé suite à une invasion en bonne et due forme, et non à une "guerre". Ainsi donc, il me semblait intéressant de savoir comment les Israéliens percevaient le massacre de Deir Yassine, et même s’ils en avaient connaissance tout court. Pour cela, j’ai décidé d’aller chercher d’information directement à la source, et d’interroger LA personne qui pourrait me répondre au mieux sur cette question.

Eitan Bronstein était tout désigné. Co-directeur et Co-fondateur du laboratoire de recherches De-Colonizer, le moins que l’on puisse dire c’est qu’Eitan Bronstein navigue à contre-courant de la société dans laquelle il évolue depuis son enfance. Considéré comme un traître en Israël, son travail et ses positions politiques font grincer bien des dents. Néanmoins, son statut d’homme israélien lui permet de mener à bien son travail et de le diffuser bon an mal an en Israël et à l’étranger.

Sur la page Facebook de De-Colonizer, on peut lire ceci : "De-Colonizer tire son nom du blog éponyme d’Eitan Bronstein Aparicio, fondateur de l’ONG Zochrot (...). Ce blog décrivait les chemins qu’il a lui même empruntés afin de décoloniser son identité d’Israélien. De-Colonizer a été établi en Janvier 2015 avec Eléonore Merza, anthropologue du politique et spécialiste de la société israélienne contemporaine".

L’ONG Zochrot avait (et a toujours) pour objectif ambitieux de sensibiliser la société israélienne à la Nakba afin de déconstruire l’idéologie sioniste colonialiste sur laquelle elle se fonde. Dans la même veine, le laboratoire de recherches De-Colonizer a pour objectif de créer des outils et des connaissances nouvelles à disposition du grand nombre pour débattre et déconstruire, en dressant "la perspective d’un futur dépassant le régime colonialiste et raciste dans lequel nous vivons actuellement au profit d’un nouvel espace commun dans lequel touTEs seraient égaLES/aux. Nous pensons que la tension et les cycles de violences dans lesquels nous vivons aujourd’hui prennent leur source, en 1948, dans ce qu’on appelle la Nakba (ce terme arabe qui signifie "catastrophe" ou "cataclysme" désigne l’expulsion de 750 000 PalestinienNEs et la destruction de la très grande majorité de la vie palestinienne) et que nous considérons comme le résultat inévitable des efforts menés afin de créer un État Juif au Proche-Orient."

Le laboratoire De-Colonizer a notamment produit des cartes absolument remarquables sur les localités palestiniennes, juives et syriennes détruites depuis le début du sionisme et jusqu’en 2016. Elles sont consultables ici.

J’ai donc décidé de contacter Eitan Bronstein afin de lui poser des questions sur le massacre de Deir Yassine. Je partais du principe que celui-ci, à l’instar de la Nakba, n’était pas reconnu par Israël. Eitan m’a complètement détrompée et m’a apporté des éléments très intéressants.

Voici la restranscription de notre échange :

"Le massacre de Deir Yassine est-il reconnu en Israël ?

- Oui tout à fait ! En fait, il faut revenir en 1948 pour comprendre. Immédiatement après le massacre, Ben Gourion l’a officiellement reconnu et s’est même excusé auprès du roi Abdellah de Jordanie. Mais c’était facile pour lui de le faire ! Car il s’est positionné en déclarant que le massacre avait été perpétré non pas par les forces armées sionistes, mais par des groupuscules extrémistes qui avaient quitté les rangs des forces sionistes officielles, et qui étaient hors contrôle.

- Donc il s’est dédouané en quelque sorte ?

- Oui exactement. D’une part, il a porté la responsabilité du massacre sur les groupuscules "rebelles" alors qu’en réalité, sans l’assistance des forces sionistes, ils n’auraient jamais pu prendre le village de Deir Yassine qui résistait avec force. D’autre part, énormément d’autres massacres ont été commis par l’armée sioniste mais n’ont jamais été reconnus. Et enfin, ses excuses lui ont fourni un narratif confortable pour assoir le sionisme.

- Quel est-il ce narratif ?

- Le narratif sioniste consiste à dire que tout cela faisait partie de ce qu’ils appellent "la guerre d’indépendance" et que les éventuels massacres perpétrés étaient du fait des groupuscules rebelles. D’ailleurs, Deir Yassine est considéré comme une exception. Il y a une croyance extrêmement forte qui est qu’en 1948, les forces sionistes ne tuaient pas d’innocents, ils ne tuaient que pour les "bonnes" raisons, c’est à dire dans le cadre d’une "guerre".

(Ce narratif se retrouve très largement aujourd’hui dans l’idée que Tsahal serait "l’armée la plus morale du monde". Ceci est mon ajout personnel)

- Et dans la société israélienne, qu’en est-il ?

- Deir Yassine fait partie du narratif israélien, on l’apprend même à l’école, encore aujourd’hui il me semble. Il y a eu des atrocités commises contre les palestiniens, ça fait partie du narratif, mais c’est présenté encore une fois comme étant la résultante d’une guerre, d’une bataille et non de massacres. Deir Yassine faisant office d"exception" dont la faute reviendrait à des groupuscules rebelles. D’ailleurs, les pouvoirs publics israéliens ne commémorent pas le massacre, refusent la mise en place d’un monument au souvenir. Ils veulent surtout que ce soit effacé de l’espace public, négligé dans les esprits. Une des premières activités que nous avions mise en place dans le cadre de "Zochrot" c’était justement la commémoration du massacre de Deir Yassine. Mais ça n’a jamais été soutenu par l’État.

- Est-ce que le fait d’apprendre l’existence du massacre de Deir Yassine permet aux israéliens de remettre en question la façon dont s’est créé l’État d’Israël ?

- Non, pas du tout ! Il n’y a aucune remise en question à ce niveau-là."

Il ajoute :

- J’aimerais aussi partager une information très intéressante sur Deir Yassine, et sur le nombre de victimes. Ce nombre a été exagéré des deux côtés !

- Ah oui ? Comment cela ?

- D’après les recherches, il y aurait eu à peu près 110 victimes. Mais juste après le massacre, les Palestiniens ont annoncé 250 victimes. Ils ont délibérément exagéré le chiffre dans une tentative désespérée de pousser les nations Arabes à réagir et à venir à leur secours. Les sionistes de leur côté, ont également largement diffusé ce chiffre exagéré, mais dans un tout autre but : faire fuir les Palestiniens ! Leur faire peur, afin qu’ils fuient leurs terres. Malheureusement, cette stratégie cynique a très bien fonctionné. Beaucoup de Palestiniens ont fui après Deir Yassine, j’ai même rencontré des palestiniens qui m’ont dit qu’ils avaient fui à cause de Deir Yassine alors qu’ils habitaient loin de la zone concernée. Deir Yassine est un épisode si traumatisant dans la mémoire collective palestinienne qu’encore aujourd’hui énormément de familles s’en rappellent comme étant la cause première de leur fuite. Les massacres de manière générale sont vraiment la cause principale de leurs exils et déplacements. Ils pensaient tous revenir après quelques jours... Ils attendent toujours."

Ce fut vraiment un échange très intéressant avec Eitan Bronstein, que je remercie et que je salue pour la qualité de son travail. Ce qui s’est passé en 1948 a des conséquences et des répercussions directes sur l’actualité d’aujourd’hui en Palestine, d’où l’importance de réhabiliter cette mémoire, et de déconstruire les mythes et les propagandes.

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Visuel reprenant le nombre de victimes avancé par les Palestiniens et utilisé par les sionistes pour répandre la peur.
 

Ray Elsa

 
 
 
 
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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 05:53
Yémen: menace de famine dans une «guerre oubliée»
 
 
 
 
Par Thomas Cantaloube

Alors que la coalition militaire emmenée par l’Arabie saoudite menace de détruire le port par lequel transite l’aide humanitaire, contrôlé par les rebelles houthistes, de nombreuses ONG craignent pour le sort de millions de Yéménites.

Après six années de conflit dont deux de guerre civile, 7 700 morts, près de 50 000 blessés et des centaines de milliers de déplacés, les Yéménites s’apprêtent à faire face à une nouvelle calamité : la famine. Depuis plusieurs semaines, des dizaines d’ONG parmi les plus importantes au monde tentent de sonner l’alarme sur la situation humanitaire périlleuse à laquelle est confronté le Yémen, jusqu’ici sans grand succès.

Cette crise alimentaire s’inscrit dans un contexte sans précédent de sécheresse (en partie due aux changements climatiques) qui affecte l’Afrique et la péninsule Arabique et fait craindre un phénomène rarement enregistré, celui de quatre famines simultanées : en Somalie, au Soudan du Sud, au Nigeria et au Yémen. Outre leur situation géographique, le point commun de ces quatre nations, ce sont les conflits qui durent depuis plusieurs années sur leur sol. Pour un spécialiste de l’aide humanitaire au sein d’une institution internationale qui, en raison de son devoir de réserve, préfère rester anonyme, « ces famines pourraient bien représenter un des pires désastres humains depuis la Seconde guerre mondiale. Et le plus grave est que c’était, et que c’est encore, évitable ».

Dans le cas du Yémen, dont la population s’était soulevée lors du printemps arabe de 2011, le pays est désormais plongé dans une guerre violente avec des bombardements aériens, des tentatives de blocus et une intervention étrangère qui rend la situation encore plus complexe. Fin avril, sept ONG (dont Action contre la faim et Médecins du monde) ont lancé un appel conjoint au sujet du port d’Hodeida, sur la côte est du Yémen, qui est menacé de destruction par la coalition militaire emmenée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU). Or, ce port assure 80 % à 90 % des importations de nourriture, de médicaments et de carburant du Yémen. C’est notamment par lui que transite, même difficilement, l’essentiel de l’aide humanitaire pour tout le Yémen. Il a déjà été fortement endommagé ces derniers mois par des bombardements aériens, mais s’il venait à être détruit complètement, ce seraient 19 millions de Yéménites, dont au moins 7 millions en situation de dépendance alimentaire, qui seraient menacés de famine.

 

Le port d'Hodeida au Yémen, avec ses grues endommagées. © Reuters
 
Le port d'Hodeida au Yémen, avec ses grues endommagées. © Reuters

 

Le port d’Hodeida est aux mains des rebelles houthistes, qui contrôlent depuis des mois la capitale, Sanaa, et l’est du pays. Or, ces dernières semaines, des tracts ont été largués par des avions saoudiens, qui avertissent la population d’une offensive imminente sur le port. Sachant que la marine saoudienne organise déjà un blocus autour d’Hodeida, ne laissant passer que quelques navires de nourriture et de biens de première nécessité, qu'en outre, l’aviation saoudienne a déjà endommagé les grues de déchargement, la plupart des résidents et des humanitaires sur place redoutent une offensive finale sur le port, qu’ils imaginent se produire avant le début du ramadan (qui doit démarrer le 26 ou 27 mai 2017), car les grandes opérations militaires sont généralement suspendues durant le mois du jeûne.

Pour les ONG qui ont lancé l’appel, « toute attaque sur le port nuirait gravement à la possibilité de faire passer des biens par cette voie stratégique, notamment une grande partie de l’aide humanitaire ainsi que la plupart des importations commerciales dont la population a besoin d’urgence. Les projections les plus optimistes estiment que même une opération militaire ne causant que des dommages minimaux aux infrastructures mettrait le port hors d’état de fonctionnement pour au moins six semaines. Une telle interruption serait catastrophique pour un pays ne disposant vraisemblablement plus que de quelques semaines de réserves de blé dans certaines régions ».

Des élus américains se sont également adressés ces derniers jours au patron du Pentagone, James Mattis, pour lui demander de « reconsidérer » le soutien des États-Unis à cette probable offensive. Car c’est là que l’on touche du doigt la complexité et, pour les ONG, le scandale de la situation yéménite. En 2014, après trois ans de soubresauts et d’incertitudes liés au soulèvement de 2011 contre le président Ali Abdallah Saleh, des rebelles dans le nord, une région méprisée et ignorée par le sud du pays, prennent les armes et s’emparent assez vite de la capitale et d’une partie du pays. Or, ces insurgés sont des houthistes, issus d’une branche du chiisme, et ils sont soutenus par l’Iran. Cela suffit au grand voisin saoudien pour décider d’intervenir par les armes, en mars 2015, au nom de la lutte pour la suprématie régionale dans la « guerre froide » que se livrent l’Arabie saoudite et l’Iran. Comme partout ailleurs, profitant du chaos et de la déstabilisation du pays, des djihadistes d’Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA) et de l’État islamique s’installent au Yémen et contrôlent désormais des îlots de territoire.

« À ce niveau de cynisme, les bras vous en tombent… »

 

La situation au Yémen : en violet, le territoire contrôlé par les rebelles houthistes (avec le port d'Hodeida à l'est) ; en vert, le territoire contrôlé par le gouvernement officiel, allié à la coalition menée par l'Arabie saoudite ; en gris, les zones tombées entre les mains d'AQPA.
 
La situation au Yémen : en violet, le territoire contrôlé par les rebelles houthistes (avec le port d'Hodeida à l'est) ; en vert, le territoire contrôlé par le gouvernement officiel, allié à la coalition menée par l'Arabie saoudite ; en gris, les zones tombées entre les mains d'AQPA.

 

L’Arabie saoudite a regroupé autour d’elle une coalition de pays arabes de la région (principalement les EAU, Bahreïn, le Qatar, le Koweït et l’Égypte), mais elle bénéficie également de l’appui de Washington, qui cherche à la fois à éviter la naissance d’un nouveau foyer djihadiste au moment où l’État islamique en Syrie est affaibli, mais aussi à contrer l’Iran qui, jusqu’ici, n’a appuyé que très modérément les houthistes (mais cela pourrait bien changer). Les Américains fournissent une assistance en matière de renseignement et de blocus maritime, mais puisque, avec les Britanniques et les Français, ils fournissent aux Saoudiens des milliards de dollars d’armes, ils sont accusés de participer indirectement au conflit (Human Rights Watch a dénoncé l’utilisation d’armes à sous-munitions américaines et Amnesty International a interpellé les dirigeants français sur leurs ventes d’armes à Riyad). De manière générale, de multiples observateurs ont dénoncé la manière dont l’Arabie saoudite mène cette guerre, à coups de tirs de missiles indiscriminés qui infligent de lourdes pertes aux civils.

« Les Nations unies ont organisé à Genève, à la fin avril, une réunion internationale de promesses de dons pour le Yémen, raconte le spécialiste de l’aide humanitaire. Or, non seulement elles n’ont récolté que la moitié des 2,1 milliards jugés nécessaires pour venir en aide aux victimes de la guerre, mais les principaux donateurs n’étaient autres que ceux qui bombardent quotidiennement le pays : l’Arabie saoudite, les Émirats arabes, les États-Unis… À ce niveau de cynisme, les bras vous en tombent… » Réagissant à cette conférence qui se déroulait sur son territoire, le quotidien suisse Le Temps a fustigé ce « bal des hypocrites », rappelant que, pendant que se tenait cette réunion, une cinquantaine d’enfants sont morts dans le pays, de malnutrition ou de maladies liées au conflit.

 

 

L’urgence humanitaire est aujourd’hui devenue telle qu’au terme d’une visite à Sanaa début mai, le dirigeant du Norwegian Refugee Council, Jan Hegeland, s’est déclaré choqué par l’ampleur de la crise humanitaire : « Nulle part sur terre il n’y a autant de personnes qui risquent leur vie. Ce n’est pas la sécheresse qui est en cause. Cette catastrophe prévisible est fabriquée par les hommes de A à Z. C’est un échec gigantesque de la diplomatie internationale. Des hommes avec des armes et du pouvoir à l’intérieur du Yémen, de même que dans les capitales régionales et internationales, sabotent tous les efforts pour empêcher une famine parfaitement évitable. »

Comme l’ont rappelé les ONG, cela fait un an que le Conseil de sécurité de l’ONU n’a pas pris de résolution sur le sujet : « Il n’y a pas de solution militaire pour résoudre la crise au Yémen. Plutôt que d’alimenter le conflit, nous exhortons les États-Unis et le Royaume-Uni, soutiens clés de la coalition menée par l’Arabie saoudite, à user de leur influence pour pousser l’ensemble des parties au conflit à redoubler d’efforts en vue d’une solution politique, et prendre les mesures immédiates nécessaires pour répondre à la crise humanitaire. »

https://www.mediapart.fr/journal/international/080517/yemen-menace-de-famine-dans-une-guerre-oubliee

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