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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 02:38

L’ex-militaire dénonce « l’horreur » en Palestine

Palestine - Modifié le 24/04/2016 à 15:42 | Publié le 24/04/2016 à 15:41
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  • A gauche, contrôle à un check-point. Laurent Mérer avec des enfants (en haut à droite) et Corinne Mérer (en bas). | DR

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Recueilli par Christel MARTEEL.

Installé en Cisjordanie avec son épouse pour trois mois, l’amiral Laurent Mérer, ancien préfet maritime de l’Atlantique aujourd’hui en retraite, s’insurge contre l’abomination de ce conflit.

Entretien

Après avoir commandé des navires et des régions maritimes, qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager dans une mission personnelle, en Palestine, avec votre épouse ?C’est un engagement pour la paix. Nous cherchions à faire quelque chose de pragmatique, utile et sur le terrain. Le Defap, service protestant des missions étrangères, nous a proposé ce programme international du conseil œcuménique des églises pour la Palestine. Il a été créé au début des années 2000, après la deuxième Intifada.

Depuis deux mois que vous êtes sur place, vous découvrez l’horreur…Ce qui se passe ici est révoltant. C’est ni plus ni moins un peuple qui vole la terre d’un autre peuple et dénie son existence. Ces colonies qui se répandent comme le cancer sont totalement illégales. N’importe quel satrape d’Afrique ou d’Asie qui se comporterait ainsi serait traîné devant la Cour pénale internationale. On tire sur des gamins et 200 m plus loin, la vie continue. C’est l’horreur ! Et on a envie de le crier.

Vous dites qu’Isarael fait passer les Palestiniens pour des terroristes alors qu’ils ne sont que des résistants…Exactement. Lorsque nous étions occupés par les soldats allemands en 1940, ceux qui leur tiraient dessus étaient considérés comme des héros. C’étaient les résistants. Les Palestiniens sont des résistants qu’Israël fait passer pour des terroristes. Et cela marche très fort car dans l’esprit européen, terroriste = musulman = Daech. Or nous sommes dans un pays occupé depuis cinquante ans.

http://www.ouest-france.fr/monde/palestine/lex-militaire-denonce-lhorreur-en-palestine-4183796

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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 02:36

Egypte : une situation préoccupante

Interview

20 avril 2016

Le point de vue de Didier Billion

Quelles sont les caractéristiques de la politique de dynamisation économique initiée par le président Abdel Fattah Al-Sissi en Egypte ? Alors que François Hollande rencontrait il y a peu le président égyptien, quels sont les intérêts de la France dans ce pays ?
La situation économique de l’Egypte est très inquiétante. C’est une économie tenue à bout de bras à la fois par l’aide financière qui provient des pays du Golfe, notamment de l’Arabie Saoudite, et des Etats-Unis qui continuent d’abonder assez substantiellement l’armée égyptienne. On peut considérer que sans ces aides substantielles, l’économie égyptienne connaîtrait une déroute financière et économique. L’Egypte est un pays qui compte près de 90 millions d’habitants et où les services minimaux de santé, d’éducation et de transport sont dans un état désastreux. La situation est donc infiniment préoccupante.
Dans ce cadre, le maréchal-président Al-Sissi a fait une série d’annonces sur de grands projets avec, d’une part, le doublement du Canal de Suez et, d’autre part, la nouvelle vallée du Nil lancée à la fin de l’année 2015. Je suis personnellement assez dubitatif quant à ces projets. Ainsi le doublement du Canal de Suez s’est-il appuyé sur l’analyse des évolutions du trafic maritime et commercial ? Le Canal de Suez existant n’est-il pas suffisant ? Cela a finalement été assez peu étudié de ce que l’on en sait.
Le deuxième projet peut peut-être se justifier de façon plus évidente. Le désert représentant 90 % du territoire égyptien, la population se concentre essentiellement sur la vallée du Nil, ce qui est de moins en moins tenable. L’idée de créer une nouvelle vallée, à l’Ouest de l’actuelle, pourrait être judicieux et nécessaire. Ceci étant, ce projet pose un problème crucial et millénaire pour l’Egypte : la question de l’alimentation en eau de la nouvelle vallée. Les nouvelles infrastructures et habitations seront à l’origine d’un besoin supplémentaire en eau, une problématique qui se posera forcément en termes géopolitiques pour le pays, notamment vis-à-vis de sa relation avec les pays en amont que sont le Soudan et l’Ethiopie. Si le Soudan connait une situation économique guère meilleure que son voisin égyptien, l’Ethiopie est un pays en pleine croissance économique qui est particulièrement exigeant dans les négociations. Je ne suis donc pas persuadé de la faisabilité du projet d’une nouvelle vallée du Nil et j’aurais tendance à penser qu’il n’a pas totalement été étudié non plus.
Au-delà des aspects d’affichage de ces grands projets, de nombreuses questions subsistent et il est peu probable qu’ils parviennent réellement à redynamiser l’économie de l’Egypte. Ce qui est certain, c’est que les bénéficiaires directs de ces ambitieux chantiers seront les grandes entreprises du BTP, et donc l’armée. On observe une corrélation entre la mise en projet de ces réalisations pharaoniques et le fait que l’armée pourrait en tirer de substantiels bénéfices.
Concernant les opportunités de la France, outre les perspectives de ventes d’armements, d’ores et déjà actées à travers la vente de Rafale et de deux Mistral, je ne vois pas très bien en quoi la France pourrait être utile compte tenu de l’incertitude qui pèse sur le financement de l’Egypte. Certes quelques contrats ont été signés lors de la toute récente visite du président Hollande (pour un montant annoncé de deux milliards d’euros) mais cela renvoie à la question des relations entre l’Egypte et l’Arabie Saoudite : les secteurs dans lesquels la France pourrait investir seront-ils garantis par les financements saoudiens ? La réponse n’est pas donnée à ce jour.

L’affaire Guilio Regeni peut-elle engendrer des conséquences diplomatiques avec la France, l’Italie et l’Union européenne qui a demandé toute la vérité sur cette affaire ? Dans quelle mesure le régime d’Al-Sissi maintient-il un régime brutal et dictatorial ?
La mort de l’étudiant italien Giulio Regeni dans des conditions pour le moins opaques – les traces de blessures laissent peu de doute sur la façon dont son assassinat a eu lieu – met en exergue la situation catastrophique des droits de l’Homme en Egypte et le fait que la police comme l’armée ont à peu près tous les pouvoirs.
Des conséquences diplomatiques avec l’Italie sont déjà avérées puisque l’ambassadeur d’Italie a été rappelé. L’Union européenne se place en défenseur d’un de ses Etats membres, ce qui est normal. Pour autant, je doute que les conséquences diplomatiques soient plus importantes. Les Italiens sont légitimement très remontés car l’un de leur ressortissant a été assassiné dans des circonstances condamnables. Mais je ne crois pas que cela constituera un point de fixation avec l’Union européenne ou bien la France. Par contre, François Hollande a eu raison, lorsqu’il était au Caire, de coupler la question de la nécessaire lutte anti-terroriste avec la défense des droits de l’Homme et de publiquement mettre cette problématique à l’ordre du jour.
Au-delà de l’affaire Giulio Regeni, c’est la situation générale des droits de l’Homme en Egypte qui est absolument désastreuse. Il y a aujourd’hui près de 40 000 prisonniers politiques dans les prisons du pays. Les médias peuvent donc se mobiliser, légitimement, sur le cas d’un seul mais quand on considère la situation des prisonniers politiques, qui subissent des procès interminables ou au contraire expéditifs, il ne faudrait pas que l’arbre cache la forêt. L’Etat d’urgence est rétabli depuis le coup d’Etat fomenté par le général Al-Sissi, et la sécurité d’Etat, qui dote les services de renseignement de tous les pouvoirs dans la surveillance des opposants et qui fut supprimée après le départ de Moubarak, a été réactivée. Ce sont certainement les Frères musulmans, qualifiés désormais d’être une organisation terroriste, qui ont payé le plus lourd tribut de cette répression. L’oppression politique aboutit d’ores et déjà à des formes de radicalisation d’éléments de contestation du régime. On observe une fuite en avant des défenseurs des droits de l’Homme, internationaux et égyptiens, qui qualifient la situation actuelle de pire que celle de l’époque Moubarak.

Quels sont les principes et les valeurs défendus par la diplomatie d’Al-Sissi ? De quel grand jeu géopolitique l’Egypte d’Al-Sissi va-t-elle se faire le partenaire ?
L’Egypte n’est actuellement pas en situation de mettre en œuvre des initiatives géopolitiques. Un certain nombre de puissances, notamment l’Arabie Saoudite et les Etats du Golfe, comprennent bien qu’il est plus que jamais nécessaire de soutenir à bout de bras le pays. En effet, l’Egypte bénéficie d’une sorte de rente de situation : si le régime connaissait de nouveaux soubresauts, au vu des tensions sociales, économiques et politiques, cela aurait des conséquences sur l’ensemble de la région. Les autorités politiques et militaires égyptiennes se servent certainement de cette possible implosion pour faire pression sur les Etats de la région. C’est donc plutôt en négatif qu’il faut saisir le rôle actuel de l’Egypte dans l’échiquier régional.
L’Egypte reviendra évidemment tôt ou tard dans le jeu régional, mais le rôle central que le pays a eu depuis les années 60 est derrière lui. Cependant, de par sa position géographique, de par son histoire et son poids démographique, l’Egypte reste un élément objectivement incontournable du maintien d’une forme de stabilité régionale.
Le général Al-Sissi n’a que peu de principes et de valeurs. En matière de relations internationales, c’est un pragmatique. Il essaye de préserver, tant que faire se peut, le rôle de l’Egypte d’une manière réactive. Bien sûr, les Russes essaient de revenir dans le jeu égyptien, et plus globalement en tant qu’acteur indispensable des équilibres régionaux. Mais le rapprochement Egypte-Russie n’est qu’un élément secondaire du déploiement russe. Fondamentalement, ce sont les Saoudiens qui prennent des initiatives, comprenant bien les dangers que pourraient représenter une Egypte déstabilisée. Enfin, n’oublions pas le rôle essentiel que Le Caire peut avoir sur la résolution de la crise libyenne. De ce facteur, les pays occidentaux sont parfaitement conscients.

http://www.iris-france.org/75417-egypte-une-situation-preoccupante/

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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 02:40
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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 02:38

Rony Brauman : « le BDS, une arme pacifique et efficace pour amener les Israéliens à prendre leurs responsabilités »

jeudi 21 avril 2016 par Rony Brauman

Né à Jérusalem, Rony Brauman est un médecin français, ancien président de Médecins Sans Frontières et professeur à l’université de Manchester. Son engagement pour les droits du peuple palestinien n’est plus à présenter. Il a récemment reçu le prix Palestine-Hamchari pour son manifeste Pour les Palestiniens, et a signé différentes tribunes affirmant le droit de boycotter Israël.

Thomas, membre du Conseil National de l’AFPS, lundi 18 avril 2016

Comment percevez-vous le climat actuel post-attentat, entre criminalisation de la campagne Boycott, Désinvestissement, Sanctions et les dernières déclarations du Premier ministre assimilant l’antisionisme à l’antisémitisme ?

C’est inquiétant. D’un côté, il y a une obsession de l’islam liée aux guerres du Proche-Orient et à l’exportation du terrorisme, donnant à cette religion, en première approximation, un visage angoissant, menaçant. Cet aspect mérite une analyse en profondeur pour distinguer terrorisme islamiste et musulmans, de même que nous n’incriminons pas les Protestants pour le Ku Klux Klan, les orthodoxes pour le stalinisme ou les Catholiques pour la pédophilie. On voit se développer un discours accusatoire et globalisant de l’islam et des musulmans, tenu par différents intellectuels qui ont des accès médiatiques considérables. De prime abord, nous pensons à Finkielkraut ou Zemmour, rejoints récemment par Elisabeth Badinter dont les propos incendiaires, caricaturaux, instrumentalisent la laïcité et le féminisme au service d’un combat global contre tout ce qui peut être rattaché à l’islam.

De l’autre côté, et à la rencontre de cette obsession, il y a la défense obstinée de la politique israélienne. François Hollande et Manuel Valls se situent dans la tradition de la SFIO de Guy Mollet, marquée par le colonialisme et l’orientalisme. Valls, sans doute le premier ministre le plus pro-israélien de notre histoire, est allé jusqu’à dire publiquement qu’il était « lié de manière éternelle à la communauté juive et à Israël ». Discours doublement fautif, puisqu’il invoque une « communauté juive » - qui n’existe pas plus que la « communauté musulmane » - et qu’il l’associe comme allant de soi à Israël. Et cela, de plus, au moment où on a à faire au gouvernement le plus raciste et violent de l’histoire d’Israël.

Ces deux mouvements sont distincts mais, progressivement, ils ont convergé. La campagne BDS est qualifiée logiquement d’antisémite, puisqu’à partir du moment où nos gouvernants sont, d’une part des défenseurs d’Israël, et d’autre part confondent explicitement Juif et Israël, toute dénonciation de la politique israélienne peut être ramenée à un acte anti-juif. Evidemment, ce n’est pas un hasard si la criminalisation s’accentue parallèlement à la montée de l’inquiétude, parmi les dirigeants israéliens, de la progression du BDS.

Faites-vous un lien entre la lutte contre l’islamophobie et la défense des droits du peuple palestinien ?

A partir du moment où la religion majoritaire de la population palestinienne est l’islam, il y a de facto un lien que nous ne pouvons pas ignorer. Cependant, ce serait une erreur de surestimer la portée de ce lien. Chez une partie des gens qui ont une vision combattive de la laïcité, et qui s’en servent contre le religieux, et particulièrement l’islam, la lutte des Palestiniens pour la reconnaissance de leurs droits déclenche spontanément de la sympathie politique. Je crois que même parmi les Français qui disent avoir un problème avec l’islam, il y a de la sympathie pour la cause palestinienne. Le Hamas, en tant que branche palestinienne des Frères musulmans, ébranle sans doute cette sympathie, mais il ne l’annule pas.

Vous venez de signer une tribune à l’initiative de l’Union Juive Française pour la Paix intitulée « Appel juif pour le BDS ». Pourquoi est-ce important de signifier que vous soutenez le BDS en tant que Juif ?

Je tiens d’abord à signaler mon ambivalence par rapport à cette démarche. Je n’apprécie pas de mettre en avant mon affiliation juive pour des motifs politiques. Je connais plusieurs personnes, militants pour la Palestine d’origine juive, qui ont refusé de signer la tribune estimant qu’elle véhicule une vision ethniciste ou culturaliste, qu’ils récusent. Je les comprends très bien, et j’ai moi-même hésité pour ces raisons. Si j’ai signé, c’est parce que je souhaite multiplier les occasions de dénoncer la criminalisation du BDS, réaffirmer que cette campagne de diabolisation est odieuse et contraire aux principes démocratiques. On cherche à disqualifier un mouvement citoyen qui utilise la consommation comme levier politique.

Vous avez été, au début de cette année, au cœur d’une polémique suite à votre passage sur Europe 1 et la mauvaise interprétation qui a été faite de vos propos sur une prétendue affiliation politique du port de la kippa en France. Vous avez dû vous en expliquer, notamment sur le site de Mediapart, afin de rappeler que votre argumentation visait le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France et son soutien à la politique israélienne. Vous n’êtes pas le premier à montrer du doigt un repli communautaire en France, et notamment parmi les Juifs. Comment percevez-vous cette dérive ?

C’est une tendance générale, qui ne concerne pas seulement les juifs. Parmi ceux-ci, il y a en effet une tendance préoccupante récente. Depuis le début des années 2000, une part minoritaire –mais croissante - d’entre eux se replie dans le cocon de l’espace communautaire. Je précise que la recherche de la tranquillité et de la fraternité dans l’entre-soi est tout simplement humaine et n’a rien de condamnable à mes yeux. Le problème surgit lorsque, par exemple, on manifeste bruyamment son soutien politique à un Etat étranger en train de commettre un massacre.

J’ai en tête la manifestation de l’été 2014 en soutien à l’attaque de Gaza, organisée devant l’ambassade d’Israël, qui m’a particulièrement choqué. Notons que l’Union des Etudiants Juifs de France, syndicat étudiant qui se situe en principe à gauche, y avait appelé, signalant par là son légitimisme pro-israélien à toute épreuve. Cette manifestation est à mes yeux l’un des évènements les plus honteux que les institutions juives aient organisé. Voir ces gens, en plein Paris, crier leur soutien à la ratonnade de Gaza est particulièrement choquant. Ils m’ont fait penser à ces Israéliens qui s’installaient sur les hauteurs à la frontière de Gaza pour observer le carnage fait par leur armée. Moralement, je juge cela presque plus abject que de participer activement aux bombardements. Du moins, ce voyeurisme, cette pornographie politique revendiquée, n’est pas moins grave.

Valls, tout comme le CRIF, affirme, à juste titre d’ailleurs, que la place des Juifs français n’est pas en Israël mais en France. Or, ils soutiennent dans le même temps, explicitement ou implicitement, un gouvernement israélien qui prône l’inverse. Cette contradiction a été particulièrement claire lors du 11 janvier 2015 et du discours de Netanyahu dans une synagogue parisienne. Pourront-ils tenir cette ambiguïté sur du long terme ?

Je partage votre désarroi, mais je note que cette contradiction est plus large encore puisqu’elle peut s’appliquer à ceux qui s’affirment sionistes. Toute proportion gardée, le sionisme, dans son discours englobant, me fait penser au communisme. Mais il y a une différence majeure. Lorsque nous étions communistes à l’époque de l’URSS ou de la Chine communistes, nous avions tout à faire à Paris, rien à Moscou. Il y avait une révolution, un combat politique, à réaliser dans notre pays. Quand on est sioniste, je ne vois pas ce qu’on fiche en dehors d’Israël. De plus, comment peut-on s’affirmer républicain et en même temps soutenir le sionisme ? Il y a ici une contradiction majeure.

Plus l’Etat d’Israël s’enracine dans la terre et dans l’histoire, et plus son caractère ethnocratique s’affirme. Rappelons qu’avant les années 1980 et la première Intifada, on circulait librement de la frontière égyptienne à la frontière libanaise, du Jourdain à la Méditerranée, que l’on s’appelle Mohamed ou David. A cette époque, Naplouse était à vingt minutes de Tel-Aviv, à présent ces villes ne se connaissent plus et sont situées dans des entités différentes.

Face à cette évolution, des personnalités comme Bernard-Henri Lévy proclament leur amour des principes de la République, et pour cet Etat qui les piétine au quotidien. Cherchez l’erreur !

Vous l’avez dit, ces personnalités ou organisations ont un accès aisé aux médias, et certains, comme le CRIF, n’hésitent pas à prétendre parler au nom des Juifs de France et dans le même temps défendre la politique israélienne. Vous êtes également un interlocuteur ponctuel pour le champ médiatique. Pourquoi les journalistes n’invitent-ils pas davantage de voix juives critiques d’Israël ? Pour paraphraser le dernier numéro de Manière de Voir, comment pouvons-nous faire sauter le verrou médiatique sur cette question ?

C’est aux journalistes qu’il faut poser la question, et à votre place je la radicaliserais. Pourquoi un propagandiste comme BHL est-il autant présent dans les médias ? Pour moi, la première réponse c’est qu’il fait le spectacle, à l’instar d’autres démagogues. Ensuite, il détient un capital social qui semble lui donner un accès privilégié par rapport à d’autres aux médias, et le protège des critiques.

Pour faire sauter le verrou, il faut d’abord avoir davantage d’individus qui s’expriment sur cette question. Davantage de protestation citoyenne, de pétitions, tant contre la politique d’Israël que contre la présence envahissante de ces personnalités dans les médias. Cependant, il faut savoir rester sur le fil du rasoir et ne pas verser dans une dérive antisémite.

Notre pays a un problème avec ses Juifs et ses Arabes, comme séquelle de Vichy et de la colonisation. A l’image du décret Crémieux de 1870, les politiques pensent trouver une solution dans une gestion partiale de ces deux populations. L’une se voit dotée de toutes sortes d’attributs, il est le signal de notre bonne, ou mauvaise, santé nationale. En bref, si les Juifs de France ne vont pas bien, c’est la nation entière qui va mal. L’autre, au contraire, est continuellement dévalorisé, soit parce qu’il est trop arabe, soit parce qu’il est trop musulman, voire les deux.

Pour être plus clair, le décret Crémieux est perpétuellement présenté comme un symbole démocratique au sein d’un tableau colonial jugé trop sombre. C’est oublier qu’il ne fut qu’un raffinement de l’apartheid colonial. Philosophiquement, que vous soyez dévalués ou surévalués, cela revient au même puisque vous n’êtes pas au même rang que les autres. Et les médias ne sont pas étrangers à ce prisme postcolonial.

Pour terminer, si nous constatons une progression du BDS, il reste une accusation qui a la peau dure, à savoir que le boycott radicaliserait encore davantage la société juive israélienne. Pourquoi considérez-vous qu’aujourd’hui le BDS soit une arme efficace ?

Un pays qui se prétend démocratique et qui se rend coupable de la plus longue occupation des temps modernes pose un problème particulier. Le BDS est une arme pour placer Israël dans le rang des nations ordinaires. D’ailleurs, le sionisme originel aspirait à créer un Etat juif qui soit une nation parmi les nations. Je n’ai pas été enthousiasmé par cette campagne lorsqu’elle a commencé en 2006. Sans adhérer formellement à tous les points du BDS, je trouvais cependant intolérable qu’il puisse être interdit. Vous pouvez demain appeler au boycott du Mexique, de la Chine, de la Russie, sans problème. Vous pouvez également appeler à boycotter des marques de vêtements qui font travailler des enfants, ou comme Badinter celles qui proposent une « mode islamique ». Vous pouvez aussi appeler à la guerre en Syrie, en Libye, au Soudan, en Somalie… Mais appeler au boycott des produits des colonies d’Israël relève du tribunal depuis 2010, à l’initiative de Michèle Alliot-Marie alors Garde des sceaux. De plus, Omar Barghouti, co-fondateur et principal animateur de la campagne BDS, est une personnalité impressionnante. Sa détermination et sa fermeté politique, y compris dans son propre camp, m’ont marqué et ont levé mes réticences sur la question du boycott.

Je constate également que la progression du BDS, notamment dans les campus anglo-saxons, permet d’une part d’amener un débat sur la politique israélienne, et surtout d’engager un travail que nos politiques semblent incapables de réaliser, à savoir la pénalisation des institutions israéliennes engagées dans la colonisation et l’occupation de la Palestine en violation de toutes les résolutions internationales. Rappelons que pour le boycott de l’Afrique du Sud, ça n’est pas tellement les campagnes contre des produits qui ont renversé la donne, mais celles contre les équipes de sport sud-africaines. Manifester contre la présence dans un événement sportif d’une équipe sud-africaine y avait provoqué des blessures symboliques profondes. Il est probable qu’à terme, des actions comparables s’organisent contre des équipes de sport israéliennes, qui ne pourront plus voyager à l’étranger sans provoquer de mobilisations.

Enfin, j’entends ceux qui ne voient dans le boycott qu’un moyen de radicaliser davantage la société israélienne. Précisons d’emblée qu’Israël n’a pas eu besoin du boycott pour rendre toute candidature pacifiste aux élections inefficace politiquement, ou pour amener au pouvoir un gouvernement d’extrême droite. Mais surtout, ça n’est pas mon/notre problème, et il est temps que cette société, y compris la jeunesse branchée de Tel-Aviv, qui vit coupée de la réalité politique, comprenne que ce clivage politique n’est plus tenable. Je précise toutefois qu’il faut se garder de mépriser les Israéliens, qu’il faut être capable d’entendre leurs inquiétudes, d’autant plus dans un Proche-Orient à feu et à sang, mais pour justement être en mesure de leur rappeler leur part de responsabilité, et qu’il est plus que temps qu’ils les assument. Pour cela, j’estime que le BDS est une arme pacifique et efficace pour mobiliser les citoyens et influer sur le cours politique des choses.

Voir en ligne : http://www.france-palestine.org/Ron...

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 02:42

Un sommet sur le processus israélo-palestinien à Paris le 30 mai

21 avril 2016 | Par La rédaction de Mediapart

La France organisera le 30 mai un sommet à Paris en présence d'une vingtaine de délégations étrangères afin de relancer le processus de paix israélo-palestinien, a annoncé jeudi le ministre français des affaires étrangères.

La France organisera le 30 mai un sommet à Paris en présence d'une vingtaine de délégations étrangères afin de relancer le processus de paix israélo-palestinien, a annoncé jeudi le ministre français des affaires étrangères. « On ne peut rester sans rien faire, il faut agir avant qu'il ne soit trop tard », a dit Jean-Marc Ayrault à plusieurs journalistes, dont un de Libération, selon qui la Russie, les Etats-Unis, l'Union européenne et les pays de la Ligue arabe figurent parmi les invités.

Le quotidien français précise que cette conférence, ouverte par François Hollande, aura lieu sans représentants des deux parties concernées, conformément à la feuille de route établie par la diplomatie française. Laurent Fabius, alors ministre des affaires étrangères, avait déclaré en février qu'il comptait lancer une initiative en deux temps, en organisant une conférence sans les parties, puis une autre en leur présence, dans les mois suivants. Avant son départ du Quai d'Orsay il y a deux mois, il avait annoncé son intention de remettre ce processus sur les rails et d'aboutir in fine à une solution à deux Etats.

Menées sous l'égide des Etats-Unis, les dernières négociations de paix directes entre Israël et l'Autorité palestinienne n'ont débouché sur aucun accord en avril 2014 et sont depuis au point mort.

(Reuters)

https://www.mediapart.fr/journal/international/

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 02:37

Colorado town considers potential conflict of becoming Palestine sister city

Boulder city council decided to hire moderator to negotiate tensions between residents over proposal to formalize relationship with West Bank city of Nablus

Essrea Cherin, president of the Boulder-Nablus Sister City Project, center, stands with fellow board members before Boulder city council meeting. Photograph: Brennan Linsley/AP

Associated Press

Wednesday 20 April 2016 22.21 BST Last modified on Wednesday 20 April 2016 23.22 BST

This peaceful university town is 7,000 miles from the violence of the Middle East, but a proposal to become sister cities with a Palestinian community has stirred such rancor that the city council is trying to negotiate a truce among its own residents.

The council decided Tuesday to hire a moderator and convene a citizen panel in hopes of settling differences between two sides arguing about whether Boulder should have a formal sister-city relationship with Nablus, on the West Bank.

Sister-city ties would help combat misunderstandings about Palestinians, said Essrea Cherin, president of the Boulder-Nablus Sister City Project, which is promoting the relationship. She said the entire Palestinian population is unfairly portrayed in the US media as violent because of the actions of a few.

But opponents told the council Tuesday night that Nablus, a city of about 130,000 residents that is a commercial and cultural center for Palestinians, was too closely linked with anti-Israel sentiment. Others have said formal ties would make it appear that Boulder was taking sides in the Israeli-Palestinian conflict.

An official sister-city relationship would require city council approval. The council rejected a similar proposal in 2013, citing community opposition and similar concerns that the city – about 30 miles north-west of Denver and home to the University of Colorado at Boulder – would appear to be taking sides.

Boulder spokeswoman Sarah Huntley said the city has received about 200 emails, some supporting the sister-city ties, some opposing them, and others commenting on whether Boulder should try to resolve the dispute.

Cherin said becoming a sister city wasn’t taking sides in the Middle East conflict – only working for international understanding. Boulder’s rules for such relationships specifically demand neutrality, she said.

Cherin said her group had worked hard to win over their critics but encountered a surprising level of resistance.

“We were really kind of taken aback to find that they did not shift their views very much,” she said.

The Boulder-Nablus Sister City Project has already arranged pen-pal relationships between Boulder and Nablus students, Cherin said. The group has brought women from Nablus to learn yoga in Boulder and plans to send a yoga teacher there. The group has also arranged for cultural exchanges.

That work will continue, she said, but having a formal relationship with Nablus would allow it to expand through Sister Cities International.

Cherin said she was optimistic Boulder would eventually formalize the relationship because the project has done all the city requires.

“Absolutely,” she said. “As far as I can tell, we’ve met all the criteria ... met and/or exceeded all of the criteria.”

http://www.theguardian.com/us-news/2016/apr/20/boulder-nablus-colorado-palestine-sister-cities

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 02:40

La bataille du boycott d'Israël gagne du terrain

Publié le 20/04/2016 à 14:51 | AFP

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La bataille du boycott d'Israël gagne du terrain

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Quand le bruit a couru que la firme de cosmétiques Ahava se retirait de Cisjordanie occupée, les Israéliens se sont alarmés d'une décision prise sous la pression tandis que les militants du boycott ont crié victoire.

La société israélienne, qui exporte boues et crèmes à base de sels et minéraux de la mer Morte, a indiqué en mars qu'elle installait une usine supplémentaire en Israël sans toutefois confirmer qu'elle fermait son entreprise en Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis près d'un demi-siècle par l'Etat hébreu.

Malgré ce flou, c'était déjà un succès pour les militants de BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions).

Depuis qu'ils ont lancé leur campagne --qui appelle au boycottage des produits israéliens mais aussi des relations culturelles ou académiques avec Israël tant que durera l'occupation--, elle semble aujourd'hui franchement décoller.

Ce mouvement est né il y a dix ans en Cisjordanie où plus de 2,8 millions de Palestiniens vivent en tension permanente avec 600.000 colons israéliens dont la présence est considérée comme le principal obstacle à la paix par la communauté internationale, qui rappelle régulièrement que ces constructions --fortement subventionnées par l'Etat hébreu-- sont illégales.

Depuis, BDS s'est invité dans les tribunaux, les universités et même les Parlements à Paris, Londres ou aux Etats-Unis.

Ses soutiens font valoir que des entreprises ont quitté sous sa pression la Cisjordanie, comme l'entreprise israélienne de boissons SodaStream en 2015. Le géant britannico-danois de la sécurité G4S, lui, s'est même retiré d'Israël.

- 'Menace stratégique' -

Des entreprises en Cisjordanie se targuent pourtant de s'agrandir, faisant fi du boycott mais aussi de l'Union européenne qui a décidé d'étiqueter comme tel les produits originaires des colonies des Territoires occupés.

Quoi qu'il en soit, Israël assure prendre BDS au sérieux et a débloqué cette année 31 millions de dollars pour lutter contre cette campagne, qui constitue une "menace stratégique" selon des dirigeants israéliens.

Le ministre des Affaires stratégiques Gilad Erdan a récemment dit vouloir "torpiller en temps réel BDS et même avoir une longueur d'avance sur lui".

De son côté, BDS dit s'inspirer de la lutte anti-apartheid des années 1980 et dément formellement des accusations d'antisémitisme formulées par ses détracteurs.

"Ils ne peuvent pas répondre avec leurs outils traditionnels, (nous) accuser d'être terroriste ou financé par des terroristes parce que le monde peut facilement voir que ce n'est pas vrai", affirme à l'AFP Jamal Jouma, membre du Comité exécutif du BDS à Ramallah. "Donc ils tentent de criminaliser le mouvement à l'international" en le taxant d'antisémitisme.

L'ONG israélienne Goush Shalom, qui milite contre l'occupation, affirme qu'une myriade d'entreprises ont quitté la Cisjordanie ces dernières années et que même les petites compagnies sont maintenant sous pression.

Mais certains assurent qu'ils ne plieront pas. Yaakov Berg, qui produit chaque année 250.000 bouteilles de vin Psagot dans le territoire occupé, dit avoir refusé des offres de plusieurs millions de dollars parce que ses investisseurs lui demandait de se relocaliser en Israël. "Je ne partirai jamais d'ici", affirme-t-il.

- Impact limité -

Globalement, l'impact sur l'économie israélienne reste limité. Les colonies ne comptent que pour 2 à 3% du commerce israélien et selon le Conseil Yesha, qui représente les colons, elles accueillaient 890 usines en 2015 contre 680 en 2011.

Mais, note Ofer Zalsberg de l'International Crisis Group, de grosses entreprises qui auraient volontiers investi dans les colonies il y a encore cinq ans y réfléchissent désormais à deux fois.

Et pour Israël, la crainte aujourd'hui, c'est que BDS fasse changer les règles du jeu, assure M. Zalsberg.

L'Etat hébreu redoute notamment des mesures qui pourraient aller jusqu'à exclure les colons des procédures d'obtention automatique de visas vers les Etats européens dont bénéficient les Israéliens.

Ben-Dror Yemeni, journaliste israélien, mène campagne contre BDS mais reconnaît que "pour l'instant, la bataille se joue au niveau des opinions publiques occidentales et les militants BDS pourraient la gagner".

"C'est tellement facile de vendre cette propagande anti-Israël", juge-t-il.

Israël préfère donc miser sur la voie judiciaire. 40 avocats planchent depuis deux ans sur une stratégie, rapporte Ron Lauder, qui dirige le Congrès juif mondial. "Sur le front juridique, nous sommes gagnants", s'est-il récemment félicité.

La stratégie a porté des fruits: la France a interdit BDS en octobre et sept Etats américains ont adopté des résolutions le condamnant. Le Parlement canadien s'est aussi exprimé en ce sens.

Mais ces restrictions ne découragent pas le mouvement pro-boycott, qui promet de maintenir la pression sur Israël.

20/04/2016 14:51:22 - Jérusalem (AFP) - © 2016 AFP

http://www.lepoint.fr/monde/la-bataille-du-boycott-d-israel-gagne-du-terrain-20-04-2016-2033631_24.php

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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 02:36

Egypte : une situation préoccupante

Interview

20 avril 2016

Le point de vue de Didier Billion

Quelles sont les caractéristiques de la politique de dynamisation économique initiée par le président Abdel Fattah Al-Sissi en Egypte ? Alors que François Hollande rencontrait il y a peu le président égyptien, quels sont les intérêts de la France dans ce pays ?
La situation économique de l’Egypte est très inquiétante. C’est une économie tenue à bout de bras à la fois par l’aide financière qui provient des pays du Golfe, notamment de l’Arabie Saoudite, et des Etats-Unis qui continuent d’abonder assez substantiellement l’armée égyptienne. On peut considérer que sans ces aides substantielles, l’économie égyptienne connaîtrait une déroute financière et économique. L’Egypte est un pays qui compte près de 90 millions d’habitants et où les services minimaux de santé, d’éducation et de transport sont dans un état désastreux. La situation est donc infiniment préoccupante.
Dans ce cadre, le maréchal-président Al-Sissi a fait une série d’annonces sur de grands projets avec, d’une part, le doublement du Canal de Suez et, d’autre part, la nouvelle vallée du Nil lancée à la fin de l’année 2015. Je suis personnellement assez dubitatif quant à ces projets. Ainsi le doublement du Canal de Suez s’est-il appuyé sur l’analyse des évolutions du trafic maritime et commercial ? Le Canal de Suez existant n’est-il pas suffisant ? Cela a finalement été assez peu étudié de ce que l’on en sait.
Le deuxième projet peut peut-être se justifier de façon plus évidente. Le désert représentant 90 % du territoire égyptien, la population se concentre essentiellement sur la vallée du Nil, ce qui est de moins en moins tenable. L’idée de créer une nouvelle vallée, à l’Ouest de l’actuelle, pourrait être judicieux et nécessaire. Ceci étant, ce projet pose un problème crucial et millénaire pour l’Egypte : la question de l’alimentation en eau de la nouvelle vallée. Les nouvelles infrastructures et habitations seront à l’origine d’un besoin supplémentaire en eau, une problématique qui se posera forcément en termes géopolitiques pour le pays, notamment vis-à-vis de sa relation avec les pays en amont que sont le Soudan et l’Ethiopie. Si le Soudan connait une situation économique guère meilleure que son voisin égyptien, l’Ethiopie est un pays en pleine croissance économique qui est particulièrement exigeant dans les négociations. Je ne suis donc pas persuadé de la faisabilité du projet d’une nouvelle vallée du Nil et j’aurais tendance à penser qu’il n’a pas totalement été étudié non plus.
Au-delà des aspects d’affichage de ces grands projets, de nombreuses questions subsistent et il est peu probable qu’ils parviennent réellement à redynamiser l’économie de l’Egypte. Ce qui est certain, c’est que les bénéficiaires directs de ces ambitieux chantiers seront les grandes entreprises du BTP, et donc l’armée. On observe une corrélation entre la mise en projet de ces réalisations pharaoniques et le fait que l’armée pourrait en tirer de substantiels bénéfices.
Concernant les opportunités de la France, outre les perspectives de ventes d’armements, d’ores et déjà actées à travers la vente de Rafale et de deux Mistral, je ne vois pas très bien en quoi la France pourrait être utile compte tenu de l’incertitude qui pèse sur le financement de l’Egypte. Certes quelques contrats ont été signés lors de la toute récente visite du président Hollande (pour un montant annoncé de deux milliards d’euros) mais cela renvoie à la question des relations entre l’Egypte et l’Arabie Saoudite : les secteurs dans lesquels la France pourrait investir seront-ils garantis par les financements saoudiens ? La réponse n’est pas donnée à ce jour.

L’affaire Guilio Regeni peut-elle engendrer des conséquences diplomatiques avec la France, l’Italie et l’Union européenne qui a demandé toute la vérité sur cette affaire ? Dans quelle mesure le régime d’Al-Sissi maintient-il un régime brutal et dictatorial ?
La mort de l’étudiant italien Giulio Regeni dans des conditions pour le moins opaques – les traces de blessures laissent peu de doute sur la façon dont son assassinat a eu lieu – met en exergue la situation catastrophique des droits de l’Homme en Egypte et le fait que la police comme l’armée ont à peu près tous les pouvoirs.
Des conséquences diplomatiques avec l’Italie sont déjà avérées puisque l’ambassadeur d’Italie a été rappelé. L’Union européenne se place en défenseur d’un de ses Etats membres, ce qui est normal. Pour autant, je doute que les conséquences diplomatiques soient plus importantes. Les Italiens sont légitimement très remontés car l’un de leur ressortissant a été assassiné dans des circonstances condamnables. Mais je ne crois pas que cela constituera un point de fixation avec l’Union européenne ou bien la France. Par contre, François Hollande a eu raison, lorsqu’il était au Caire, de coupler la question de la nécessaire lutte anti-terroriste avec la défense des droits de l’Homme et de publiquement mettre cette problématique à l’ordre du jour.
Au-delà de l’affaire Giulio Regeni, c’est la situation générale des droits de l’Homme en Egypte qui est absolument désastreuse. Il y a aujourd’hui près de 40 000 prisonniers politiques dans les prisons du pays. Les médias peuvent donc se mobiliser, légitimement, sur le cas d’un seul mais quand on considère la situation des prisonniers politiques, qui subissent des procès interminables ou au contraire expéditifs, il ne faudrait pas que l’arbre cache la forêt. L’Etat d’urgence est rétabli depuis le coup d’Etat fomenté par le général Al-Sissi, et la sécurité d’Etat, qui dote les services de renseignement de tous les pouvoirs dans la surveillance des opposants et qui fut supprimée après le départ de Moubarak, a été réactivée. Ce sont certainement les Frères musulmans, qualifiés désormais d’être une organisation terroriste, qui ont payé le plus lourd tribut de cette répression. L’oppression politique aboutit d’ores et déjà à des formes de radicalisation d’éléments de contestation du régime. On observe une fuite en avant des défenseurs des droits de l’Homme, internationaux et égyptiens, qui qualifient la situation actuelle de pire que celle de l’époque Moubarak.

Quels sont les principes et les valeurs défendus par la diplomatie d’Al-Sissi ? De quel grand jeu géopolitique l’Egypte d’Al-Sissi va-t-elle se faire le partenaire ?
L’Egypte n’est actuellement pas en situation de mettre en œuvre des initiatives géopolitiques. Un certain nombre de puissances, notamment l’Arabie Saoudite et les Etats du Golfe, comprennent bien qu’il est plus que jamais nécessaire de soutenir à bout de bras le pays. En effet, l’Egypte bénéficie d’une sorte de rente de situation : si le régime connaissait de nouveaux soubresauts, au vu des tensions sociales, économiques et politiques, cela aurait des conséquences sur l’ensemble de la région. Les autorités politiques et militaires égyptiennes se servent certainement de cette possible implosion pour faire pression sur les Etats de la région. C’est donc plutôt en négatif qu’il faut saisir le rôle actuel de l’Egypte dans l’échiquier régional.
L’Egypte reviendra évidemment tôt ou tard dans le jeu régional, mais le rôle central que le pays a eu depuis les années 60 est derrière lui. Cependant, de par sa position géographique, de par son histoire et son poids démographique, l’Egypte reste un élément objectivement incontournable du maintien d’une forme de stabilité régionale.
Le général Al-Sissi n’a que peu de principes et de valeurs. En matière de relations internationales, c’est un pragmatique. Il essaye de préserver, tant que faire se peut, le rôle de l’Egypte d’une manière réactive. Bien sûr, les Russes essaient de revenir dans le jeu égyptien, et plus globalement en tant qu’acteur indispensable des équilibres régionaux. Mais le rapprochement Egypte-Russie n’est qu’un élément secondaire du déploiement russe. Fondamentalement, ce sont les Saoudiens qui prennent des initiatives, comprenant bien les dangers que pourraient représenter une Egypte déstabilisée. Enfin, n’oublions pas le rôle essentiel que Le Caire peut avoir sur la résolution de la crise libyenne. De ce facteur, les pays occidentaux sont parfaitement conscients.

http://www.iris-france.org/75417-egypte-une-situation-preoccupante/

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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 02:36

L’Irak, «pire erreur de politique étrangère» d’Hillary Clinton ?

Tribune

18 avril 2016

Par Barthélémy Courmont

En qualifiant la guerre lancée en Irak en 2003 de « pire erreur de politique étrangère dans l’histoire de ce pays (les Etats-Unis) », à l’occasion d’un débat entre candidats à l’investiture démocrate à Brooklyn le 14 avril, Bernie Sanders cherchait surtout à pointer du doigt la capacité de jugement d’Hillary Clinton. Cette dernière, sénatrice de l’Etat de New York en octobre 2002, avait en effet soutenu la guerre en Irak proposée par l’administration Bush, comme d’ailleurs de nombreux autres élus démocrates au Congrès. Rappelons que 29 sénateurs démocrates (dont Madame Clinton donc) avaient voté en faveur de cette guerre, et que 21 s’y étaient opposés. Aux côtés d’Hillary Clinton, des personnalités aujourd’hui de premier plan, alors membres du Sénat, avaient soutenu la guerre, comme le Vice-président Joseph Biden ou le Secrétaire d’Etat John Kerry (qui sera en campagne un an plus tard contre George W. Bush lors de l’élection de 2004).

Le soutien du parti de l’âne avait été moins important à la Chambre des représentants, avec 82 élus démocrates soutenant la guerre, contre 126 qui y étaient opposés, et une abstention. Bernie Sanders était alors le seul représentant indépendant, de l’Etat du Vermont, et avait voté contre la résolution autorisant le recours à la guerre contre l’Irak. En clair, on retrouve quatorze ans plus tard les principales personnalités du parti démocrate, à l’exception de Barack Obama qui n’était pas alors membre du Congrès. Et Sanders est le seul qui avait dès 2002 fortement critiqué cette guerre. Dans les deux chambres, la quasi-totalité des élus républicains avaient soutenu l’initiative de l’administration Bush.

L’attaque est ainsi d’autant bien choisie par Sanders qu’il n’a jamais changé sa position sur ce conflit, dont le résultat treize ans après l’offensive est plus que discutable et est souvent considéré comme un fiasco. Il n’en était pas de même à l’époque. Si de nombreuses voix s’élevaient hors des Etats-Unis pour mettre en garde contre une guerre à la fois illégitime, illégale, et surtout dangereuse (notamment en France et en Allemagne), la grande majorité des responsables politiques et des experts américains estimaient que cette guerre serait facile, à défaut d’être totalement justifiée. Inutile de rappeler ici dans quelle mesure ce soutien a depuis très fortement faibli, et certains doivent aujourd’hui rire jaune en découvrant les positions qu’ils défendaient alors.

De fait, s’agit-il comme le clame Sanders de la « pire erreur » des Etats-Unis en matière de politique étrangère ? Peut-être pas si on la compare avec d’autres épisodes assez peu glorieux, notamment la Baie des cochons ou la guerre du Vietnam. Mais depuis la fin de la Guerre froide, la guerre en Irak apparait sans doute comme le plus mauvais choix stratégique adopté par une administration américaine.

Au-delà du regard qu’on porte sur cette guerre, c’est l’angle d’attaque de Sanders qui est tout à fait intéressant dans cet échange houleux, à quelques jours d’une élection dans l’Etat de New York qui aura un impact considérable d’ici la fin des primaires. En effet cet Etat est non seulement le deuxième plus important en termes de délégués, après la Californie, mais aussi un lieu hautement symbolique compte tenu du fait que les attentats du 11 septembre 2001 furent le point de départ d’une politique étrangère hasardeuse et coupable de choix mauvais, sinon les « pires ». Madame Clinton avait-elle alors mal jugé les conséquences de cette guerre ? Comme Biden, comme Kerry, tous deux pourtant aguerris en matière de politique étrangère, ce qui au passage n’était pas alors le cas de l’ancienne First Lady, qui ne deviendra Secrétaire d’Etat que six ans plus tard. S’agissait-il d’un vote politique, pour ne pas s’exposer aux foudres de ses adversaires, et ainsi ne pas se mettre en difficulté en vue d’une candidature à la fonction suprême déjà rêvée ? Ou s’agissait-il d’un manque de personnalité, voire de courage politique, là-aussi pour ne pas se mettre à dos des soutiens essentiels ? Dans tous les cas de figure, l’attaque de Sanders fait mouche parce qu’elle pointe du doigt à la fois les possibles incompétences des dirigeants (américains ou non d’ailleurs) dans un moment d’une rare importance, mais aussi le poids des manœuvres politiciennes qui l’emportent selon lui sur les convictions profondes des élus.

Ainsi, pour Sanders, l’Irak n’est pas uniquement la pire erreur de politique étrangère des Etats-Unis, mais aussi et surtout la pire erreur d’Hillary Clinton en tant que membre du Congrès (une fonction qu’elle occupa un mandat sénatorial, entre 2001 et 2007, avant de se lancer dans la campagne des primaires de 2008 qu’elle perdra face à Barack Obama). Voilà un coup bien placé dans l’argumentaire de la principale intéressée pour qui ses postes au Sénat et dans l’administration sont le gage de sa compétence (que ne remet pas en cause Sanders d’ailleurs) mais aussi de sa capacité de jugement face à des situations de crise, et qui n’est pas sans rappeler les sorties de Barack Obama, qui, déjà en 2008, se targuait de ne pas avoir soutenu la guerre en Irak.

http://www.iris-france.org/75301-lirak-pire-erreur-de-politique-etrangere-dhillary-clinton/

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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 02:38

Palestine « Ne pas condamner qu’en paroles la colonisation »

Pierre Barbancey avec Rosa Moussaoui

Lundi, 18 Avril, 2016

L'Humanité

AFP

Le président palestinien, Mahmoud Abbas, alerte l’opinion après sa visite en France. Si Paris se veut à l’initiative, Hollande n’a parlé ni de colonisation, ni d’occupation, ni d’État palestinien.

Dans un Moyen-Orient divisé et déchiré, les Palestiniens peuvent se sentir isolés. Le président de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), également à la tête de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, le sait bien. Sa visite à Paris, à la fin de la semaine dernière, s’inscrit justement dans cette volonté de saisir toutes les opportunités pour desserrer l’étau qui écrase le peuple palestinien, face à un gouvernement israélien qui poursuit sans cesse sa politique d’occupation et de colonisation.

Pas étonnant, dans ces conditions, que Mahmoud Abbas ait tenu à rencontrer François Hollande. Paris se veut à l’initiative pour la reprise du dialogue entre Palestiniens et Israéliens. « L’initiative de paix française lancée par Laurent Fabius est extrêmement importante pour nous, a souligné le président palestinien, samedi, lors d’une rencontre informelle à laquelle était conviée l’Humanité. Nous avons commencé à aménager des choses, avec des pays arabes et non arabes, en vue d’aboutir à une rencontre du même type que celle d’Annapolis. Elle sera convoquée sur le même mode (…) Il s’agit d’établir un mécanisme pour sortir de la situation actuelle, d’établir des règles du jeu pour la période qui vient. Les thèmes principaux de cette réunion porteront notamment sur le respect de la légalité internationale et des résolutions de l’ONU, les dispositions du plan arabe de paix, la solution des deux États comme réponse au conflit. Nous attendons du groupe d’appui qui sortira de cette réunion qu’il suive l’exécution et la mise en pratique des décisions prises, selon un calendrier précis. Il s’agit de sortir de la logique des résolutions jamais mises en œuvre. L’obstacle fondamental à cette démarche, ce sont les colonies, qui connaissent un essor jamais vu depuis 1967. C’est le principal obstacle à la paix. »

L’initiative française ne doit pas susciter trop d’espoir

Si cette initiative française ne peut qu’être soutenue, elle ne doit cependant pas susciter trop d’espoir. La référence à Annapolis (en 2007) – qui prévoyait la création d’un État palestinien pour la fin 2008 – ne prête guère à l’optimisme. D’autre part, la volonté de certains pays arabes de présenter une résolution à l’ONU dénonçant la colonisation israélienne se heurte à de nombreux obstacles, y compris de la part de pays européens – dont la France – qui, en paroles, condamnent la colonisation mais en réalité n’agissent en rien contre. Et puis, il y a les déclarations de François Hollande vendredi, à l’issue de sa rencontre avec Mahmoud Abbas. Le président français a utilisé un langage qui laisse pantois. Il a d’abord souligné que les entretiens avaient porté sur la « sécurité », c’est-à-dire celle d’Israël. « Il y a des violences, des tragédies et l’on voit ce que le blocage de la situation peut avoir comme effets (sic). » S’il a bien parlé d’un « processus qui doit conduire à la paix », il n’a, en revanche, pas eu un mot pour dénoncer la poursuite et l’accélération de la colonisation, l’aggravation de l’occupation. Et surtout, il n’a même pas évoqué la création de l’État palestinien. Comme s’il en avait traduit aussitôt que l’attitude française exprimait un nouveau degré d’acceptation de l’arbitraire israélien au sein de la communauté internationale, Benyamin Netanyahou a proclamé hier que la partie annexée du plateau syrien du Golan « restera pour toujours dans les mains d’Israël ».

Au lendemain de sa visite à Paris, Mahmoud Abbas faisait remarquer : « Une question est posée dans ces pays, dont des pays amis, comme la France : Quand franchiront-ils le pas de la reconnaissance ? (…) Si l’on défend la solution de deux États, alors pourquoi n’en reconnaître qu’un ? »

http://www.humanite.fr/mot-cle/francois-hollande

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