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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 02:42

Les effarantes déclarations de Gilles Clavreul en Israël

En visite à Jérusalem la semaine dernière, le Délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (Dilcra) a lié de manière scandaleuse le soutien unilatéral à Israël contre les Palestiniens et la lutte contre l’antisémitisme en France. Sans le moindre rapport avec ses fonctions officielles
  • Gilles Clavreul, à nouveau…
On va dire que je m’acharne ? Non. C'est lui qui chaque semaine, enfonce un peu plus le clou. La mission républicaine dont il est en charge semble désormais ne devoir plus s’inscrire, à ses yeux, que dans une véritable monomanie pro-israélienne.
Dans mon précédent billet, je m’étonnais de ce que, dans une réunion internationale - à l’OSCE - Gilles Clavreul qui représentait la France ait voté et fait voter pour que la « critique systématique et démesurée d’Israël » soit considérée comme une forme… d’antisémitisme !
Et donc, ça continue.
Nouvel épisode, la semaine dernière, Gilles Clavreul, ès qualité de préfet de la république chargé de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, effectuait un voyage officiel en Israël, « et dans les territoires palestiniens ». Histoire, sans doute, de faire bonne mesure, en ne donnant pas prise au soupçon du deux-poids-deux mesures qui parfois, à tort ou à raison, pèse sur les pouvoirs publics français dès qu'il s’agit des juifs, des musulmans, des arabes, d’Israël etc.
Mais quel était précisément l’objet de ce voyage ? On peut s’interroger car une incroyable confusion a semblé régner autour des thèmes qui y furent abordés.
S’agissait-il de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme en France qui - est-il besoin de le rappeler - délimite le champ de compétence du Dilcra ?
Mais qu'est-ce que les Israéliens ont à voir avec ça ? Ou du conflit israélo-palestinien ? Auquel cas on se demande à quel titre Gilles Clavreul viendrait empiéter sur le terrain du Quai d’Orsay. En fait… c'était les deux à la fois !
Un méli-mélo tarabiscoté qui en dit long sur la folie instrumentalisatrice qui semble désormais régner à la tête de l’Etat pour tout ce qui touche à ces sujets brûlants.
Un premier voyage avait déjà eu lieu l’année dernière. Ainsi que l’a raconté Gilles Clavreul, dans une interview publiée ce lundi sur le site Times of Israël, [1] une rencontre avec les représentants du ministère israélien des Affaires étrangères avait été l’occasion d’un échange fructueux à l’occasion duquel ces derniers « avaient partagé leurs inquiétudes » avec les Français, et « présenté les outils » pour y répondre.
Les outils ? « Surveillance d’Internet, enseignement de la Shoah, réponse aux contre-discours ». Ainsi donc, la France s’en remet aux experts gouvernementaux israéliens pour lui fournir les « outils » destinés à lutter, chez elle, contre le racisme et l’antisémitisme !
Quand on sait la manière dont les Israéliens surveillent Internet (touristes étrangers refoulés à l’aéroport de Tel-Aviv et interdits de séjour pour de banals commentaires publiés sur Facebook), instrumentalisent la mémoire de la Shoah pour justifier l’oppression qu'ils imposent aux Palestiniens, et fournissent à leur relais médiatiques en France les éléments de « contre-discours » destinés à rendre inaudible toute critique susceptible de leur déplaire, il y a tout de même de quoi être abasourdi !
Et légèrement inquiet. Car Gilles Clavreul, visiblement, entend poursuivre, cette année, le même travail avec les Israéliens : « Nous partageons une analyse commune des sources de l’antisémitisme, et de ses formes nouvelles », précise-t-il…
Et les Palestiniens ? Oui, Gilles Clavreul les a… rencontrés. Formidable ! Et après ? Qu’en est-il sorti ? Une analyse commune ? Un plan d’action commun ? Ne rêvons pas… Interviewé à Jérusalem par Paul Amar sur la chaîne israélienne francophone i24, [2] le préfet Dilcra s’est contenté du service minimum : « La souffrance, les difficultés quotidiennes, les tracasseries, les peurs et les angoisses pour l’avenir qui s’expriment du côté palestinien, moi, je les entends tout à fait… ».
Et c'est tout ? Oui, c'est tout. Quant aux causes et aux responsabilités qui sont à l’origine de cette « souffrance », il n’a pas pipé mot. L’occupation ? La colonisation ? Les morts ? Les emprisonnements ? Les destructions ? Les interdictions de circuler ? Le développement économique étouffé ? Que nenni…

Sans doute voulait-il évoquer la hausse des prix, la grippe aviaire ou les calamités météorologiques. Ah si, il a tout de même ajouté : « Après, la manière dont certaines choses sont répercutées, amplifiées, ou quelquefois déformées, c'est une toute autre question. Et c'est vrai que la question palestinienne, en France, est utilisée pour servir des causes, qui parfois s’éloignent beaucoup des intérêts directs des Palestiniens ». Une idée réitérée de manière encore plus explicite – et surréaliste ! - dans son interview accordée au site Times of Israël : «Nous pouvons aussi en apprendre beaucoup sur la question palestinienne, la façon dont elle est mobilisée, instrumentalisée, pour servir l’antisémitisme[…] La mobilisation palestinienne est beaucoup plus radicale en France qu’ici »
Résumons. Gilles Clavreul représentant officiel du gouvernement français en déplacement en Israël déclare publiquement depuis Jérusalem que la cause palestinienne n’existe pas, qu'il ne s’agit que d’un faux problème inventé depuis la France par des antisémites contre lesquels il convient de lutter grâce aux « outils » fournis par le ministère israélien des affaires étrangères avec lequel la France partage une « analyse commune »
Gilles Clavreul déplore que la question palestinienne soit utilisée en France pour servir des causes qui parfois s’éloignent beaucoup des intérêts directs des Palestiniens
On pourrait lui rétorquer que lui-même, en Israël, use de sa fonction de délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme à des fins qui sont fort éloignées de sa mission et de ses attributions officielles en France.
Le plus étonnant est que ces propos n’ont provoqué aucune polémique, aucune réaction, de la part de qui que ce soit
En d’autres temps et dans d’autres circonstances, on en a pourtant démissionné pour moins que ça.

[1] http://fr.timesofisrael.com/gilles-clavreul-la-mobilisation-palestinienne-est-beaucoup-plus-radicale-en-france-quici/

[2] http://www.i24news.tv/fr/actu/international/europe/118372-160629-la-question-israelo-palestinienne-est-un-enjeu-de-mobilisation-clavreul

https://blogs.mediapart.fr/guillaume-weill-raynal/blog/080716/les-effarantes-declarations-de-gilles-clavreul-en-israel

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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 02:42

Israël-Palestine: le Quartet constate une fois de plus son impuissance

6 juillet 2016 | Par René Backmann

Le rapport du Quartet (États-Unis, ONU, Russie, UE) vient d’être rendu public après des négociations destinées à atténuer une version jugée trop sévère pour Israël. Netanyahou a malgré tout décidé la construction de 800 nouveaux logements dans les colonies.
Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et son nouveau ministre de la défense, l’ultranationaliste Avigdor Lieberman, ont annoncé dimanche 3 juillet la construction de 800 nouveaux logements dans des colonies de Cisjordanie et de Jérusalem-Est. La majorité d’entre eux – 560 logements – sont prévus à Maale Adoumim, une colonie créée en 1975 à l’est de Jérusalem et qui compte aujourd’hui plus de 37 000 habitants. Les autres logements – 240 – seront répartis dans plusieurs colonies de la périphérie de Jérusalem. Selon le bureau du premier ministre, cette décision est une réponse à deux attaques de « terroristes palestiniens » dont des colons israéliens ont été victimes en Cisjordanie occupée.
La colonie de Maale Adoumim, à l'est de Jérusalem, compte plus de 37.000 habitants.
La première visait jeudi dernier une jeune Israélo-Américaine de 13 ans, Hallel Yaffa Ariel, poignardée à mort dans sa chambre, dans la colonie de Kyriat Arba, aux portes de Hébron. La seconde avait pour cible, le lendemain, un rabbin de 48 ans, Michael Mark, directeur d’une école talmudique dans la colonie d’Otniel, tué par balles, au volant de sa voiture. Pour confirmer le caractère de représailles donné à ces décisions, les services du premier ministre ont précisé qu’en outre, un appel d’offres pour la construction de 42 nouveaux logements à Kyriat Arba, où résidait Hallel Yaffa Ariel, serait lancé. Et que tous les ministères devaient être mobilisés pour aider les colonies de Cisjordanie.
Livrée au public comme une punition des actes de terrorisme, ce qui n’est jamais impopulaire en Israël, l’annonce de l’ouverture de ces nouveaux chantiers répondait aussi à une autre préoccupation : apaiser les reproches adressés au premier ministre par plusieurs membres de l’aile la plus extrémiste de son gouvernement, qui déploraient une décision récente du Tribunal de Jérusalem, acceptée par Netanyahou. En application de cette décision, le premier ministre avait dû se résigner à permettre la construction, par des promoteurs palestiniens, de 600 logements dans le quartier de Beit Safafa, entre les colonies de Gilo et Givat Hamatos, à la périphérie sud de Jérusalem.
Considérée par les stratèges de la colonisation comme inacceptable, car cette décision judiciaire renforce un « coin » de population palestinienne dans la ceinture de colonies destinée à séparer Jérusalem de la Cisjordanie, cette extension de Beit Safafa avait, dans un premier temps, été refusée par le gouvernement israélien au prétexte de « considérations diplomatiques secrètes » sur lesquelles il ne pouvait être plus précis. Cet argument mystérieux n’a pas convaincu le juge. D’autant qu’au moment où le gouvernement s’opposait à l’extension du quartier palestinien de Beit Safafa, il autorisait l’extension du quartier juif voisin de Givat Hamatos. Le déni de justice était si flagrant que plusieurs ambassades étrangères influentes avaient manifesté leur indignation et le projet israélien avait finalement été mis en sommeil.
Un mois après la décision du juge reconnaissant le bien-fondé du projet palestinien, Benjamin Netanyahou et Avigdor Lieberman, assiégés notamment le ministre de l’éducation, Naftali Bennett, et par le ministre pour les affaires de Jérusalem, Ze’ev Elkin, ont saisi l’occasion de ces deux attentats pour répondre en partie à leurs exigences en permettant la construction de 800 logements dans les colonies de la périphérie de Jérusalem. « Quiconque tient à une majorité juive dans la capitale d’Israël, ne peut promouvoir la construction au seul bénéfice de la population arabe, avait tonné Elkin. J’appelle le premier ministre à approuver aussi la construction pour les juifs dans le quartier de Givat Hamatos. Jérusalem a un besoin urgent de ce quartier et de 2 000 logements de plus. »
Que Benjamin Netanyahou annonce une nouvelle progression de la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est n’a rien d’étonnant. Sous n’importe quel prétexte et même sans le moindre prétexte, le premier ministre n’a cessé d’annoncer l’extension de colonies existantes ou la « légalisation » de colonies « sauvages ». Prétention et arrogance d’autant plus choquantes que les colonies « officielles » ne sont pas plus légales, au regard du droit international, que les avant-postes « sauvages ».
Mais l’impunité dont a bénéficié, sur ce point comme sur d’autres, l’État d’Israël est telle que depuis le retour de Netanyahou à la tête du gouvernement, il y a sept ans, la population des colonies s’est accrue de plus de 80 000 personnes. Le poids des colons dans la vie politique comme au sein de la coalition parlementaire et du gouvernement est allé croissant.
Ce qui est plus surprenant, mais aussi très révélateur du mode de fonctionnement politique et psychologique du premier ministre israélien, c’est que cette décision a été annoncée trois jours après la publication d’un rapport du Quartet (États-Unis, Nations unies, Russie, Union européenne). Le Quartet tient le développement de la colonisation par Israël et la poursuite des actes de violence, du côté palestinien, pour les principales causes de la mort du processus de paix.
Décidée en février, la préparation de ce bref document – il ne compte que 8 pages – a été confiée à quatre rédacteurs principaux : Frank Lowenstein, envoyé spécial américain pour les négociations israélo-palestiniennes, Fernando Gentilini, représentant de l’Union européenne, Nicolas Mladenov, envoyé spécial de l’ONU au Proche-Orient, et Sergueï Vershinin, représentant de la Russie. Plusieurs dizaines de versions ont été préparées, discutées, amendées avant qu’un texte recueille l’accord des quatre parties.
214 Palestiniens et 34 Israéliens tués depuis octobre 2015
Le retard pris par la recherche du consensus indique à quel point l’affaire a été délicate. À l’origine, le rapport devait être rendu public le 25 mai, une dizaine de jours avant la réunion à Paris de la trentaine de ministres des affaires étrangères mobilisés par l’Initiative française pour la paix au Proche-Orient. Il a été indiqué ensuite qu’il serait rendu public pendant la conférence. Mais le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, en personne, s’y est opposé pour ne pas avoir à endosser une version par trop édulcorée du document. Annoncé depuis des mois comme accablant pour Israël, le rapport a été l’objet, dès le printemps, d’une véritable offensive diplomatique israélienne auprès des gouvernements amis et de très fortes pressions américaines.
Le résultat tel qu’on peut le lire aujourd’hui reflète une pesante volonté d’établir un équilibre artificiel des responsabilités dans l’agonie du processus de paix, entre les deux parties, c’est-à-dire entre l’occupant et l’occupé, le colonisateur et le colonisé. En témoigne l’ordre symbolique dans lequel sont énumérés les facteurs qui « minent gravement les espoirs de paix ». Selon les documents annuels de l’Union européenne, la poursuite assidue et impunie de la colonisation est clairement le principal responsable du naufrage du processus de paix. Mais le rapport du Quartet, lui, impute d’abord cet échec à « la poursuite des violences et des attaques terroristes » palestiniennes. Selon le document, on a recensé depuis octobre 2015 plus de 250 attaques et tentatives d’attaques palestiniennes contre des Israéliens.
« Au moins 30 Israéliens » – en fait, aujourd’hui 34 – ont été tués lors de cette vague de violences qui a frappé Israël, Jérusalem et la Cisjordanie. Dans le même temps, rappelle le document, 200 Palestiniens – en fait aujourd’hui 214 – ont été tués par des soldats, des policiers ou des civils israéliens, parce qu’ils se livraient à ces actes de violence ou étaient soupçonnés de s’y être livrés ou d’en être les complices. Le rapport note aussi que « la violence des colons contre les Palestiniens – y compris les agressions, le vandalisme et la destruction des biens – demeure une grave préoccupation » et déplore l’attitude ambiguë de l’Autorité palestinienne. Mais il s’abstient de noter que l’écrasante majorité des actes de violences contre des Israéliens ont eu lieu à Jérusalem, à Tel-Aviv, ou dans la zone C de la Cisjordanie, c’est-à-dire en des lieux où la sécurité relève du seul gouvernement israélien.
En deuxième position parmi les facteurs contribuant à « éroder la viabilité de la solution à deux États » viennent « la poursuite de la colonisation et son extension en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, l’affectation de terres à l’usage exclusif d’Israël et le déni de développement dont les Palestiniens sont victimes ». Près de 70 % de la Zone C, qui constitue plus de la moitié de la Cisjordanie et relève toujours du contrôle militaire et sécuritaire total d’Israël, ont été « unilatéralement affectés à l’usage exclusif d’Israël » et le reste est « inutilisable pour le développement de l’économie palestinienne car il requiert des permis d’accès des autorités militaires israéliennes qui ne sont presque jamais délivrés ».
Depuis la signature des accords d’Oslo, en 1993, rappelle le rapport, la population des colonies a plus que doublé. Elle a même triplé dans la Zone C où vivent désormais 370 000 Israéliens dans près de 130 colonies – à côté, le rapport ne le mentionne pas, de près de 200 000 Palestiniens, soumis aux humiliations quotidiennes de l’occupation et exposés aux attaques, la plupart du temps impunies des colons. Constatant qu’Israël conserve une autorité absolue sur le développement et la planification territoriale de la Zone C – qui devrait être le cœur d’un éventuel État palestinien –, le rapport rappelle qu'il n’y a pratiquement plus de délivrance de permis de construire au bénéfice des Palestiniens. Un seul aurait été approuvé en 2014 et aucun, apparemment, en 2015. « Entre 2009 et 2013, écrivent les auteurs du document, 34 permis de construire seulement ont été délivrés à des Palestiniens dans le Zone C, sur plus de 2 000 demandes. »
En revanche, on constate un accroissement spectaculaire des démolitions de constructions palestiniennes dans la Zone C comme à Jérusalem-Est, relève le rapport. Depuis le début de l’année près de 500 bâtiments ont déjà été rasés, c’est-à-dire davantage que pendant toute l’année 2015. « Le développement palestinien est aussi entravé, estime le rapport, par les restrictions physiques et administratives complexes au mouvement des personnes et des biens, qu’Israël justifie comme nécessaires à sa sécurité, y compris celle des colonies. »
Déplorant aussi l’accumulation d’armes dans la bande de Gaza par le Hamas et d’autres mouvements armés, le rapport juge « capitale pour la réalisation des aspirations nationales du peuple palestinien » la réunification sous une même Autorité palestinienne démocratique et légitime des Palestiniens de Cisjordanie, Jérusalem-Est et de la bande de Gaza, ces derniers souffrant, en outre, d’une situation humanitaire désastreuse : « 1,3 million d’habitants de Gaza [sur 1,8 million, environ – ndlr] ont besoin d’une assistance humanitaire continue, notamment de nourriture et d’hébergement provisoire. »
Après avoir appelé « chaque partie à démontrer, par ses choix politiques et ses actes un engagement sincère en faveur de la solution à deux États, et à s’abstenir de mesures unilatérales qui préjugent du résultat des négociations » – ce qui n’engage pas à grand-chose –, le rapport s’achève par 10 recommandations, certes judicieuses et respectables, mais qui ressemblent davantage à un catalogue de vœux pieux qu’à des rappels à la réalité et au droit. Il en va de même des cinq prises de position du Quartet, qui concluent le document.
On y apprend que le Quartet « juge urgent de faire progresser la solution à deux États sur le terrain », qu’il souligne l’intérêt de l’initiative de paix arabe de 2002, qu’il salue le communiqué de la conférence de Paris, qu’il encourage la communauté internationale à aider le peuple palestinien, y compris en versant le montant des aides annoncées et qu’il invite les parties à mettre en œuvre les recommandations du rapport et à créer les conditions d’une reprise des négociations.
Comment mettre en œuvre ces intentions ? Comment contraindre les parties à respecter le droit et leurs engagements antérieurs ? Quelles sanctions la communauté internationale, à commencer par les membres du Quartet, pourrait-elle décider pour imposer les conditions d’une négociation équitable ? Sur tous ces points, les représentants du Quartet, comme d’habitude, sont silencieux. Pourquoi s’étonner que le gouvernement israélien, à l’abri d’une impunité persistante, poursuive en toute quiétude la politique de colonisation qui rend chaque jour plus utopique une solution à deux États, seule garante de la paix entre Israéliens et Palestiniens ?

https://www.mediapart.fr/journal/international/060716/israel-palestine-le-quartet-constate-une-fois-de-plus-son-impuissance?page_article=1

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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 02:38

Irak : « L’attentat à Bagdad est lié à la reprise de la ville voisine de Fallouja »

Presse

4 juillet 2016

Interview de Karim Pakzad - 20 minutes

Daesh n’avait pas commis d’attentat aussi sanglant en Irak depuis un an. Comment peut-on décrypter cet événement tragique en plein cœur de Bagdad ?

Cet attentat est directement lié à la situation militaire en Irak et plus précisément à la reprise récente de la ville de Fallouja par l’armée irakienne. Depuis un an, on assiste à un recul net de Daesh dans les villes irakiennes. Tikrit, d’abord. Puis Ramadi. Et maintenant Fallouja. C’est en réponse à cette défaite militaire que cet attentat a été perpétré. Car Fallouja n’est pas une ville comme les autres pour Daesh.

Pourquoi ?

Fallouja est une ville symbolique située à 40 kilomètres à peine de Bagdad. C’est comme si Fallouja était dans la banlieue de Bagdad. C’était une ville à majorité sunnite. C’est là que la branche irakienne d’Al-Qaïda s’est formée en 2003 avant de devenir progressivement l’Etat islamique en Irak et au Levant puis l’Etat islamique. C’est donc une perte très symbolique pour les combattants de Daesh.

En conséquence, peut-on dire que cet attentat a été commis pour remobiliser les troupes de Daesh ?

Oui. Le mouvement veut réaffirmer qu’il existe. Comme tous les attentats, il s’agit d’un outil de communication interne. Daesh veut envoyer un signal à ses partisans en Egypte, en Libye, un peu partout. Il veut marquer les esprits. Daesh dispose encore de cellules à Bagdad. Le groupe aurait donc très bien pu attaquer un consulat. Mais là, il a choisi de s’en prendre à un marché très populaire en plein ramadan. Le but était de faire quelque chose de spectaculaire.

Cet attentat peut-il, à votre avis, déstabiliser le pouvoir en place en Irak ?

Je ne crois pas que ce type d’attentat va intimider. Au contraire, cela risque plutôt d’encourager l’État irakien à lutter contre Daesh, notamment en visant désormais la ville de Mossoul. Le Premier ministre irakien est soutenu par la population et la communauté internationale.
Quant à l’armée, elle ne ressemble plus à ce qu’elle était en 2014. La coalition internationale a aidé à fond à sa reconstruction et à sa formation. Quarante milliards de dollars ont été investis pour acheter de l’équipement. Elle dispose désormais d’hélicoptères et d’avions de combat de type F16. Tout cela concourt à penser que Bagdad et l’Irak sont aujourd’hui dans de meilleures conditions pour lutter contre Daesh que la Syrie voisine.

http://www.iris-france.org/78344-irak-lattentat-a-bagdad-est-lie-a-la-reprise-de-la-ville-voisine-de-fallouja/

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8 juillet 2016 5 08 /07 /juillet /2016 02:42

Nétanyahou, VRP des ventes d’armes aux dictatures africaines

LE MONDE | 06.07.2016 à 10h39 • Mis à jour le 06.07.2016 à 11h36 | Par Piotr Smolar (Jérusalem, correspondant)

Le retour d’Israël en Afrique et de l’Afrique en Israël. Benyamin Nétanyahou a placé sous ce slogan emphatique sa tournée sur le continent, qui le conduit cette semaine en Ouganda, au Kenya, au Rwanda et en Ethiopie. Au nom de la lutte commune contre le djihadisme, le premier ministre cherche à consolider des alliances au potentiel important. Mais en réalité, Israël est présent depuis longtemps en Afrique, avec la discrétion qui sied au secteur concerné : les ventes d’armes. Dans la délégation du premier ministre, les représentants de l’industrie de la défense sont les plus nombreux, loin devant leurs collègues de l’agroalimentaire.

Avec une armée régulièrement sollicitée dans des opérations d’envergure et un secteur high-tech florissant, Israël est comme un salon de l’armement qui ne fermerait jamais ses portes. Il a signé pour 5,7 milliards de dollars (5,2 milliards d’euros) de contrats en 2015. Sur ce total, l’Afrique arrive très loin derrière les autres continents, avec 163 millions de dollars. Mais les liens tissés au travers de contrats de livraison ou de formation avec des régimes africains autoritaires ou dictatoriaux représentent un réseau précieux. Ils pourraient expliquer l’accord signé avec le Rwanda et l’Ouganda en 2015. Ceux-ci ont accepté l’expulsion vers leur territoire de milliers de clandestins d’Erythrée et du Soudan échoués en Israël. La contrepartie de cette sous-traitance de la misère demeure floue, mais la proximité politique ne fait pas de doute.

Aujourd'hui, des activistes et des élus israéliens veulent ébrécher l'opacité qui entoure les affaires des 1 400 entreprises d'armement pourvues d'une licence, dont une poignée domine le marché. En première ligne se trouve la députée du Meretz (gauche), Tamar Zandberg. Elle porte un amendement à la législation sur les exportations d'armement, qui date de 2007, afin de l'aligner sur celle des Etats-Unis. Longtemps seule, elle bénéficie désormais du renfort de 19 députés, dont certains du Likoud (droite nationaliste), la formation de M. Nétanyahou. " Le texte est très modéré, dit-elle au Monde. Il prévoit que le ministère des affaires étrangères donnerait un avis non contraignant sur d'éventuels crimes de guerre ou violations des droits de l'homme dans les pays concernés par les demandes de licence. " A la Knesset, l'amendement a reçu l'appui de l'ancien directeur du Shin Beth (service de sécurité intérieur) Avi Dichter. Et les travaillistes ?" Je n'attends plus rien d'eux et de leur morale flexible comme le journal du jour ", lâche Mme Zandberg.

L'élue de gauche a aussi lancé un recours devant la Cour suprême au sujet des contrats avec le Soudan du Sud. Elle réclame l'annulation de la fourniture d'un système de surveillance et d'interception des communications, dont un rapport de l'ONU soulignait l'importance en janvier dans la répression intérieure orchestrée par le régime du président Salva Kiir. L'utilisation de fusils d'assaut de fabrication israélienne avait déjà été avérée dans la guerre civile, qui a débuté en 2013. Israël assure qu'aucune arme n'a été envoyée après cette date.

Depuis la guerre du Kippour (1973), Israël a toujours exporté des armements à destination de pays peu fréquentables ou parias, du Chili de Pinochet à l'Afrique du Sud au temps de l'apartheid. Non pour des raisons idéologiques ou économiques, mais au nom des alliances forgées dans cette diplomatie militaire. A quel moment commence la complicité dans les crimes ? Les livraisons au Rwanda, alors même que le génocide des Tutsis avait débuté en avril 1994, ont provoqué de vifs débats. " Ce n'était pas beaucoup d'argent. Je ne peux pas m'expliquer ce manque de morale élémentaire, soupire le professeur Yair Auron, spécialiste des génocides. Les bourreaux peuvent agir grâce à des partis tiers. Livrer des armes pendant le massacre des Tutsis, c'est comme livrer des armes aux nazis pendant la seconde guerre mondiale. "

Intérêts de l'Etat

M. Auron, historien passionné, s'est allié avec un jeune et brillant avocat israélien, proche de la députée Zandberg, pour faire la lumière sur les responsabilités israéliennes. A Jerusalem, Eitay Mack dispose d'un petit bureau en haut d'une tour vieillotte. De là, penché sur son ordinateur, il est parti à l'assaut de la forteresse du ministère de la défense. " Jusqu'à la fin de la guerre froide, tout le monde vendait à tout le monde, dit-il. Or, Israël a continué à jouer selon ces règles par la suite, en soutenant les dictateurs de l'ancien monde, en formant leurs gardes présidentielles. " M. Mack a notamment réclamé la communication de documents officiels sur les exportations au profit du régime rwandais, entre 1990 et 1994. Dès 1995, Amnesty International avait mentionné des vols en provenance d'Israël, via l'Albanie, livrant des fusils usagés, et ce après le début du génocide, alors qu'un embargo avait été imposé par les Nations unies.

En avril, la Cour suprême a rejeté l'appel déposé par Eitay Mack contre le refus officiel de déclassifier les documents. Argument évoqué : la protection des intérêts de l'Etat, vingt-deux ans plus tard. Début juin, en réponse à une autre procédure déclenchée par l'avocat, le ministère de la défense a assuré qu'il avait mis un terme à toute exportation d'armes à destination du Rwanda six jours après le début du génocide, soit le 12 ou le 13 avril 1994.Eitay Mack compte faire appel. " En Israël, la distinction public-privé n'a pas de sens, dit-il. On n'est pas aux Etats-Unis, où il est possible de franchir la frontière mexicaine à bord d'un petit avion. Ici, il n'y a qu'un seul aéroport. Aucune marchandise sensible ne peut sortir sans que les autorités le sachent. "

Face à ces appels à la transparence, l'Agence de contrôle des exportations de défense est sortie de son silence. Elle dit avoir ouvert, en 2015, 176 dossiers pour des soupçons de violations de la loi, imposant 2,8 millions de shekels d'amende (soit 650 000 euros). Les autorités assurent qu'elles ont relevé le seuil de vigilance.

Piotr Smolar

Le contexte

Tournée africaine

Benyamin Nétanyahou était au Kenya, mardi 5 juillet, au deuxième jour de sa tournée africaine, après avoir participé la veille en Ouganda à un mini-sommet régional sur la sécurité et la lutte contre le terrorisme.

A l'instar de six autres pays de la région, le président kényan, Uhuru Kenyatta, s'est engagé à soutenir l'attribution à Israël d'un statut d'observateur au sein de l'Union africaine, organisation comptant 54 membres.

Mercredi, le premier ministre israélien était attendu au Rwanda, avant de finir son voyage jeudi en Ethiopie. Il est accompagné d'une large délégation de chefs d'entreprise, dans le secteur de l'eau, de l'agriculture, des communications et de la défense.

Nouvelles constructions dans les colonies

Quelques jours après la publication du rapport du Quartet (Etats-Unis, UE, ONU et Russie), qui critiquait sévèrement la politique de colonisation israélienne, le gouvernement a annoncé, lundi 4 juillet, la construction de 560 nouveaux logements dans la colonie de Maale Adoumim, à l'est de Jérusalem, l'une des plus étendues, avec 37 000 habitants. Cette mesure se veut une réponse aux dernières attaques palestiniennes, qui ont tué deux Israéliens et blessé six autres. Washington a critiqué la décision. Il s'agirait de " la dernière étape en date de ce qui semble être un processus systématique d'expropriation de terrains, d'expansion de colonies, et de légalisation " d'implantations illégales en Cisjordanie, a déclaré John Kirby, porte-parole du département d'Etat.

h1ttp://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2016/07/06/netanyahou-vrp-des-ventes-d-armes-aux-dictatures-africaines_4964534_3218.html#gq2KTG7dk3Sz8lO0.99

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8 juillet 2016 5 08 /07 /juillet /2016 02:34

Syrie : des horreurs commises par des groupes armés

[04/07/2016]

Les groupes armés implantés à Alep, Idlib et dans les environs, dans le nord de la Syrie, se livrent à des séries d'enlèvements, de tortures et d'exécutions sommaires.

Depuis cinq ans, nous avons recensé en détail les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité commis à grande échelle par les forces gouvernementales syriennes. Nous avons également rendu compte des graves violations, y compris des crimes de guerre, imputables à l'EI et à d'autres groupes armés.

Si certains civils dans les zones contrôlées par les groupes armés de l'opposition ont pu au départ saluer le fait d'échapper au joug du régime syrien, l'espoir que ces groupes respecteraient les droits s'estompe au fur et à mesure qu'ils s’emparent des lois et commettent de graves violations.

Notre rapport Torture was my punishment: Abductions, torture and summary killings under armed group rule in Aleppo and Idleb, Syria, (anglais) offre un rare aperçu de ce qu'est la vie dans les zones contrôlées par les groupes armés d'opposition.


Les groupes armés en cause

Nous avons recensé les violences commises par cinq groupes armés qui contrôlent des régions des gouvernorats d'Alep et d'Idlib depuis 2012 :

  • Le mouvement Nour al Dine Zinki, du Front al Shamia et de la brigade 16, qui ont rejoint la coalition de groupes armés Conquête d’Alep (Fatah Halab) en 2015
  • Le Front al Nosra et le Mouvement islamique Ahrar al Sham à Idlib, qui ont rejoint la coalition de l'Armée de la conquête, en 2015

Le rapport apporte aussi un éclairage sur les institutions administratives et quasi-judiciaires mises en place par les groupes armés pour gouverner ces régions.


Une dure réalité pour les civils

eaucoup des civils sous contrôle des groupes armés d'opposition à Alep, à Idlib et dans les environs vivent dans la peur constante d'être enlevés s'ils critiquent le comportement des groupes armés en place ou ne respectent pas les règles strictes imposées par certains.

À Alep et Idlib aujourd'hui, les groupes armés ont les coudées franches pour commettre des crimes de guerre et bafouer le droit international humanitiare en toute impunité.


Un système judiciaire « sur mesure »

Des groupes armés non étatiques comme le Front al Nosra, le Front al Shamia et le Mouvement islamique Ahrar al Sham définissent leurs propres « systèmes judiciaires » fondés sur la charia (loi islamique) dans les zones qu'ils contrôlent.
Ils mettent sur pied des bureaux chargés des poursuites, des forces de police et des centres de détention non officiels.
Ils nomment également des juges, dont certains ne connaissent pas la charia.


Mauvais traitements et crimes de guerre

Le Front al Nosra et le Mouvement islamique Ahrar al Sham notamment appliquent une interprétation stricte de la charia et imposent des sanctions équivalant à des actes de torture ou à des mauvais traitements pour des infractions présumées.
Certains groupes bénéficieraient du soutien des gouvernements du Qatar, de l'Arabie saoudite, de la Turquie et des États-Unis notamment, alors que des éléments prouvent qu'ils violent le droit international humanitaire (les lois de la guerre).

Militants des droits humains, minorités et mineurs pris pour cibles

Nous avons recensé 24 cas d'enlèvements par des groupes armés dans les gouvernorats d'Alep et d'Idlib entre 2012 et 2016.

Parmi les victimes figurent des militants pacifiques et même des mineurs, ainsi que des membres de minorités pris pour cibles uniquement en raison de leur religion. Des membres de la minorité kurde à Sheikh Maqsoud, quartier à majorité kurde de la ville d'Alep, figurent parmi les personnes enlevées, ainsi que des prêtres chrétiens ciblés en raison de leur religion.

Plusieurs journalistes et militants utilisant les réseaux sociaux qui rendent compte des violations des droits humains ont déclaré à nos chercheurs avoir été enlevés parce qu'ils avaient critiqué le comportement des groupes armés au pouvoir.
Beaucoup ont ensuite été libérés, sous la pression exercée par la population sur le groupe armé qui les avait enlevés.

Issa, 24 ans, militant utilisant les médias, a déclaré qu'il avait cessé de publier sur Facebook toute information susceptible de lui faire courir des risques après avoir reçu des menaces du Front al Nosra :

Ils contrôlent ce que nous pouvons et ne pouvons pas dire. Soit vous êtes d'accord avec leurs règles sociales et leurs politiques, soit vous disparaissez. Au cours des deux dernières années, j'ai été menacé à trois reprises par le Front al Nosra pour avoir critiqué sur Facebook leur manière de diriger.»

Bassel, avocat installé à Idlib, a été enlevé chez lui, à Marat al Numan, en novembre 2015, pour avoir critiqué le Front al Nosra :


J'étais content d'être enfin libéré du joug inique du gouvernement syrien, mais c'est bien pire aujourd'hui. J'ai critiqué publiquement le Front al Nosra sur Facebook... Le lendemain matin, ils sont venus chez moi me kidnapper.»

Ses ravisseurs l'ont retenu captif dans une maison abandonnée pendant 10 jours, puis l'ont finalement libéré après l'avoir contraint à renoncer à sa profession, le menaçant de ne jamais revoir sa famille s'il n'obtempérait pas.


Exécutions sommaires

Les informations recueillies établissent que des exécutions sommaires sont imputables au Front al Nosra, au Front al Shamia et à leurs « tribunaux » affiliés, ainsi qu'au Conseil judiciaire suprême, entité dans le gouvernorat d'Alep reconnue par plusieurs groupes armés comme l'unique autorité judiciaire de la région.

Parmi les victimes figurent des civils, dont un adolescent de 17 ans accusé d'être homosexuel et une femme accusée d'adultère, ainsi que des soldats capturés des forces gouvernementales syriennes, des membres des milices chabiha pro-gouvernementales, du groupe armé se désignant sous le nom d'État islamique (EI) et d'autres groupes rivaux.

Dans certains cas, les groupes armés ont procédé à des exécutions sommaires en place publique. Or, le droit international humanitaire interdit l'homicide délibéré de prisonniers, acte qui constitue un crime de guerre.

Lire aussi : Syrie: le gouvernement bombarde et affame ses citoyens« Saleh », capturé par le Front al Nosra en décembre 2014, a déclaré avoir vu cinq femmes qui, selon un gardien, étaient accusées d'adultère et ne seraient pardonnées « que dans la mort ». Par la suite, il a vu une vidéo montrant des combattants du Front al Nosra tuer l'une de ces femmes, en place publique, dans le cadre de ce qui s'apparentait à une exécution.


Faire pression sur les groupes armés

Les États-Unis, la France, le Qatar, la Turquie et l'Arabie saoudite font partie des États membres du Groupe international de soutien à la Syrie, et participent à ce titre aux négociations sur la Syrie.

Ils doivent :
- faire pression sur les groupes armés pour qu'ils mettent fin aux violations et pour qu’ils respectent les lois de la guerre ;
- cesser tout transfert d'armes ou de soutien aux groupes qui se livrent à des crimes de guerre et à des violations flagrantes des droits fondamentaux.

La Russie et les États-Unis, ainsi que l'envoyé spécial des Nations unies en Syrie, doivent mettre l'accent, durant les pourparlers de paix de Genève, sur les détentions imputables aux forces gouvernementales et sur les enlèvements imputables aux groupes armés.

De son côté, le Conseil de sécurité de l'ONU doit imposer des sanctions ciblées aux dirigeants des groupes armés qui se livrent à des crimes de guerre.

http://www.amnesty.fr/Nos-campagnes/Crises-et-conflits-armes/Actualites/Syrie-des-horreurs-commises-par-des-groupes-armes-18744

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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 02:40

La négation systématique du droit à l’eau des Palestiniens par Israël

#IsraëlPalestine

Clara Skupien

4 juillet 2016

Le manque d’eau dans les territoires palestiniens occupés n’est pas un problème technique, mais plutôt une « sécheresse générée politiquement »
Ces dernières semaines, les Palestiniens ont été confrontés à de graves pénuries d’eau parce que Mekorot, la compagnie des eaux israélienne, refuse ou restreint leur accès à cette ressource.
Les données indiquent que les précipitations annuelles à Ramallah sont supérieures à celles de Londres (619 mm/an contre 596 mm/an). Cependant, la consommation d’eau quotidienne par habitant des Palestiniens (environ 70 l/jour) est fortement inférieure aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (environ 100 l/jour). Pour leur part, les Israéliens consomment en moyenne environ 250 l/jour. Comment une différence aussi radicale est-elle possible ? Quels sont les mécanismes qui permettent à Israël de maintenir ce déséquilibre ?
Foncièrement, ce n’est pas un conflit typique lié à l’eau. Contrairement à d’autres situations dans le monde entier, et à ce qu’on entend ou pourrait souvent penser, il y a assez d’eau pour tout le monde dans la région. Cela signifie que le problème n’est pas hydrogéologique ou géographique, ni technique, mais surtout politique. Et non seulement il est politique, mais il est consciemment utilisé par Israël « comme un instrument de guerre », dont les répercussions sont multiples.
Par conséquent, le problème ne réside pas dans le manque de ressources en eau en Palestine, mais plutôt dans l’impossibilité pour les Palestiniens d’y accéder parce qu’Israël considère avoir la priorité sur eux, manifestation directe de son occupation militaire des terres et ressources naturelles de la Palestine.
Puisque l’eau des bassins de la Cisjordanie occupée coule naturellement vers les terres situées à une altitude inférieure, il suffit à Israël d’empêcher les Palestiniens d’extraire l’eau pour en obtenir le plein contrôle. Cela se fait soit sur le plan administratif – en refusant l’autorisation de forer des puits, souvent sans justification – ou physique – en détruisant les infrastructures existantes ou en ne les entretenant pas. Les Israéliens se servent généreusement, puis revendent à « leurs voisins » ce qui reste de la ressource « volée », établissant son prix et sa quantité.
Est-ce légal ? Non. Ce n’est pas un secret, puisque le ciblage des ressources en eau, par exemple, a été reconnu par un rapport de l’ONU comme « délibéré et systématique ». Ceci, bien sûr, est contraire au droit international, selon lequel l’accès à l’eau et à l’assainissement est un droit de l’homme et l’en priver est un crime de guerre. En effet, Israël a l’obligation d’assurer une « répartition équitable et raisonnable des ressources » en tant que puissance occupante.
Le problème ici est double. D’une part, les frontières ne sont pas clairement définies et Israël brouille systématiquement les limites avec ses colonies illégales et son expansion sur le terrain, qui n’ont rien à voir avec les cartes officielles. En conséquence, il est difficile d’argumenter en faveur des territoires palestiniens en se fondant sur le droit international, parce que ces territoires ne sont pas définis avec précision.
Mais ce qui est peut-être plus problématique, car très paradoxal, c’est le fait que la question a été abordée dans les accords d’Oslo. Ces normes ne sont malheureusement pas assez claires. Elles étaient seulement censées constituer un simple cadre, destiné à conduire à une nouvelle législation plus précise. Pourtant, les Palestiniens attendent toujours ces « négociations sur le statut final », et dans l’intervalle, se retrouvent avec une norme juridique imprécise qui reconnaît, et impose donc, le statu quo, ce qui inclut la privation de l’accès à leurs ressources naturelles, notamment l’eau.
En outre, divers comités spécifiques (comme le Comité mixte de l’eau) ont été mis en place, ce qui ralentit le processus parce qu’il y a maintenant trop d’acteurs impliqués dans le secteur de l’eau. Il en résulte une dilution des responsabilités en Palestine. Même au sein de ces organisations, Israël est encore bien plus puissant car il bénéficie d’un droit de veto. C’est également le cas dans le poids asymétrique de la Palestine et d’Israël sur la question car ce dernier bénéficie de trois niveaux de veto au sein du Comité mixte de l’eau. Donc, en un mot, « les territoires occupés sont aujourd’hui à la fois assiégés et divisés de l’intérieur ».
Les donateurs renforcent la domination israélienne
Qu’en est-il de la communauté internationale ? Il n’y a aucune coordination régionale et les pays voisins de la Palestine ont tous des politiques de l’eau et des agendas politiques différents, ce qui n’aide pas. Idem pour le grand nombre d’organisations et d’ONG internationales différentes engagées dans la région.
Tout le monde convient qu’Israël n’a pas le droit d’agir comme il le fait. Des milliards de dollars d’aide sont envoyés chaque année par des donateurs étrangers. Mais malheureusement, le secteur de l’eau dans son ensemble manque sérieusement de coordination et, à long terme, la présence de donateurs étrangers renforce principalement la division et la corruption. Les donateurs finissent par perpétuer le statu quo et approuver l’action d’Israël.
Comme la situation est qualifiée « d’urgence », cela incite les acteurs internationaux à se concentrer sur les conséquences du problème avec des interventions à court terme, tout en négligeant ses racines et tout investissement plus durable. Les interventions extérieures consistent donc à remplir un espace qui pourrait précisément servir de catalyseur.
Les conséquences de ce qui précède sont assez diverses. Le manque d’eau pour les besoins quotidiens peut évidemment affecter la santé – mais la mainmise d’Israël sur cette ressource est aussi significative sur le plan économique puisqu’en raison de son coût et de sa rareté, il est difficile pour les Palestiniens de développer leur agriculture, sans parler de toutes sortes d’industries. Même les biens culturels, tels que les citernes ou sources historiques, sont endommagés par le ciblage israélien. En conséquence, les Palestiniens sont obligés de dépendre davantage d’Israël, pour l’eau, la nourriture, les produits industriels ou les emplois. Les ONG et les structures internationales impliquées dans le secteur ne font que renforcer ce cercle vicieux.
Par conséquent, l’eau est un outil très puissant. Le contrôler permet aux Israéliens de déstabiliser de nombreux aspects de la vie des Palestiniens, sans trop d’efforts. Tout ce qu’ils ont à faire est de fermer le robinet.
Ces pénuries artificielles pourraient bientôt conduire à de véritables pénuries en raison de la surexploitation, de la pollution et de la mauvaise gestion des ressources existantes. En fin de compte, cela affecte la relation des populations avec leur pays et les pousse à quitter leurs terres à la recherche d’eau ou d’une vie meilleure, car elles sont coincées au milieu de cette multitude d’acteurs et d’intérêts qui ne sont pas les leurs. L’eau n’est que l’un des éléments dans un tel procédé, mais il est on ne peut plus important.
Par conséquent, les donateurs internationaux investissent beaucoup dans des projets techniques – mais se concentrer uniquement là-dessus est inefficace, en particulier dans une perspective à long terme. Cela ne veut pas dire que des améliorations techniques ne sont pas nécessaires, mais souligne plutôt qu’elles ne peuvent ni précéder ni remplacer une solution politique. Celle-ci doit être globale et réaliste.
Israël doit être tenu responsable de ses violations systématiques des droits de l’homme et du droit international, ce qui signifie qu’une plus grande sensibilisation est nécessaire à la fois au niveau local et international. La communauté internationale a la responsabilité d’aider les Palestiniens à revendiquer leurs droits.
Cela rééquilibrerait en quelque sorte la situation et ouvrirait la porte à des accords plus équitables. Mais aussi longtemps que la suprématie et le contrôle des ressources en eau d’Israël ne sont pas remis en question, un quelconque changement semble peu probable, peu importe combien de milliards de dollars sont dépensés pour des solutions techniques chaque année. Construire des tuyaux, même avec les meilleures intentions et les technologies occidentales, n’y fera pas couler l’eau.
Le manque d’eau dans les territoires palestiniens occupés n’est pas un problème technique, mais plutôt une « sécheresse générée politiquement ». Pour faire face à cette réalité, chaque acteur doit commencer par réévaluer les circonstances générales du problème, afin de l’envisager de manière globale. Cela seul leur permettra d’améliorer quoi que ce soit en traitant les racines du problème et non pas exclusivement ses conséquences. Toute autre approche serait une illusion et une perte de temps.

- Clara Skupien est une étudiante de troisième cycle en histoire internationale à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID), Genève (Suisse).

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : un Palestinien porte un jerrican qu’il a rempli d’eau de source, le 23 juin 2016 à Salfit, au nord de Ramallah, où quelques-uns des habitants de ce village de Cisjordanie n’ont plus d’eau depuis des jours (AFP).

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/la-n-gation-syst-matique-du-droit-l-eau-des-palestiniens-par-isra-l-1206503193

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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 02:40

Mahmoud Darwich, ultime prise de risque

LE MONDE DES LIVRES | 30.06.2016 à 09h21 • Mis à jour le 30.06.2016 à 10h30 | Par Eglal Errera

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Présente Absence (Fi hadrat al-ghiyab), de Mahmoud Darwich, traduit de l’arabe (Palestine) par Farouk Mardam-Bey et Elias Sanbar, Actes Sud, « Sindbab », 148 p., 17 €.

« Un jour je serai poète », écrivait le Palestinien Mahmoud Darwich (1941-2008), le plus ­célébré des écrivains arabes ­contemporains, adulé par des dizaines de milliers de lecteurs qui venaient l’écouter dire ses vers. « Un jour je serai poète/ Et l’eau se soumettra à ma clairvoyance », écrivait-il donc en 2000 dans Murale (Actes Sud, 2003). Il était alors âgé de 58 ans, sa gloire était à son ­zénith. Il le disait à ses proches, il y revenait sans cesse dans les textes de sa maturité : faire grandir sa poésie était sa seule ambition, sa revendication majeure.

Pourtant, la fulgurante renommée de Mahmoud Darwich avait débuté avec l’un de ses premiers poèmes aux ardents accents nationalistes, Carte d’identité. Il vivait alors en Israël, où il allait devenir le chantre de la cause palestinienne. Quarante ans plus tard, de Ramallah, où il s’était établi après les accords d’Oslo (1993), il écrivait : « Si quelqu’un parvenait/ A une description des fleurs d’amandier/ La brume se rétracterait des collines/ Et un peuple dirait à l’unisson/ Les voici/ Les paroles de notre hymne national » (Comme des fleurs d’amandier ou plus loin, Actes Sud, 2007).

L’histoire de Mahmoud Darwich, où l’impérieuse aspiration poétique le dispute à l’engagement dans le destin historique des siens, est peut-être avant tout une histoire d’exilé. Un exil linguistique, pour commencer, qui préside à son enfance et détermine l’homme jusqu’à sa disparition. Mahmoud Darwich a 6 ans lorsque l’Etat d’Israël est créé. L’hébreu devient alors la langue nationale et l’arabe, une langue mineure.

Attaché aux canons de la poésie arabe classique

La passion du poète pour sa langue maternelle, sa quête, jamais satisfaite, de la justesse d’une rime ou d’un mot, afin de parvenir à une poésie de plus en plus épurée, ont marqué son éditeur en français, Farouk Mardam-Bey. Interrogé par « Le Monde des livres », il se souvient de son ami dans les années 1980, lorsqu’il résidait à Paris : « Tous les matins, il consultait le Lisan al-Arab, la « langue des Arabes », un dictionnaire de plus de cinquante ­volumes datant du XIVe siècle. Il l’ouvrait au hasard et se plongeait dans les définitions d’un mot et de ses dérivés, auxquels souvent plusieurs pages sont consacrées. Dans les dernières années de sa vie, poursuit Farouk Mardam-Bey, lorsqu’il est parti vivre à Ramallah, Mahmoud Darwich s’est mis à répertorier les noms de la faune et de la flore de la Galilée, où il est né, pour les consigner dans ses poèmes. » Une façon, peut-être, de se réapproprier le paysage de son enfance et d’affermir la fragilité que l’exil avait déposée en lui et qu’il ne chercha jamais à dissimuler ni à combattre. « Il me faut des règles », disait-il à Farouk Mardam-Bey. Ainsi est-il resté ­attaché aux canons de la poésie arabe classique, sa métrique, ses cadences, alors que les autres poètes arabes n’ont eu de cesse de s’en émanciper.

Dans Présente Absence, l’ouvrage qui paraît aujourd’hui, Darwich explore une veine nouvelle : la fusion de la prose et de la poésie qu’il considérait comme l’un des sommets de l’écriture. Cetexte, avant-dernier titre publié de son vivant et ultime inédit en français, peut être lu comme un testament intime et poétique, une brève autobiographie où l’on retrouve la quintessence des grands thèmes d’une œuvre où la mémoire rappelle les faits marquants d’une vie. Ici, pas de dates, quelques rares noms de lieux, l’événement s’efface derrière le sens qu’il revêt et l’émotion qu’il met au jour.

Présente Absence n’est pas seulement dicté par la prémonition d’une mort que Mahmoud Darwich sentait approcher. Par la tension et la prise de risque éminemment vivante de l’écriture, l’omniprésence des sentiments de décalage et d’exil qu’il décline sous toutes leurs formes et leurs oppositions – douloureuses ou délicieusement nostalgiques, ­carcérales ou libératrices –, cet ouvrage s’apparente à ce que l’intellectuel palestino-américain Edward Said (1935-2003) nommait « le style tardif » des grandes œuvres : une ­recherche entêtée, une inquiétude et des ­contradictions persistantes, quand, écrit Said, « l’art n’abdique pas de ses droits en faveur de la réalité ». Et, comme en écho, Darwich écrit, dans un de ses derniers poèmes (La Trace du papillon, Actes Sud, 2008) : « Là-bas, derrière les figuiers, il y a des maisons enterrées vivantes, des royaumes de souvenirs et une vie en attente d’un poète qui n’aime pas pleurer sur les vestiges, sauf si le poème l’exige. »

http://www.lemonde.fr/livres/article/2016/06/30/mahmoud-darwich-ultime-prise-de-risque_4960993_3260.html

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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 02:38

Réconciliation autour du gaz entre Israël et la Turquie

De plus en plus isolée, la Turquie d'Erdogan se rapproche de Moscou et se réconcilie avec Israël. Une diplomatie motivée par la nécessité de se fournir en gaz.

Publié le 02/07/2016 à 13:36 | Le Point.fr

Est-ce un hasard ? Le triple attentat du 28 juin au soir, à l'aéroport international Atatürk d'Istanbul (44 morts, dont 19 étrangers, et 260 blessés), survient en plein virage de la politique étrangère turque. Sous la pression de son allié américain, Recep Tayyip Erdogan a d'abord été obligé de prendre ses distances avec l'organisation État islamique qu'il ménageait en Syrie pour se concentrer sur la lutte contre le PKK kurde (Parti des travailleurs du Kurdistan). Ce premier virage à pas lents n'est pas étranger à la spirale de violence qui touche la Turquie depuis juin 2015 (11 attentats).

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Réconciliation autour du gaz entre Israël et la Turquie

Est-ce un hasard ? Le triple attentat du 28 juin au soir, à l'aéroport international Atatürk d'Istanbul (44 morts, dont 19 étrangers, et 260 blessés), survient en plein virage de la politique étrangère turque. Sous la pression de son allié américain, Recep Tayyip Erdogan a d'abord été obligé de prendre ses distances avec l'organisation État islamique qu'il ménageait en Syrie pour se concentrer sur la lutte contre le PKK kurde (Parti des travailleurs du Kurdistan). Ce premier virage à pas lents n'est pas étranger à la spirale de violence qui touche la Turquie depuis juin 2015 (11 attentats).

Ces derniers mois, de plus en plus isolé, Erdogan, l'islamiste, a pris langue avec Poutine avec lequel les relations étaient rompues depuis que l'aviation turque avait abattu un Mig russe à la frontière turco-syrienne en novembre. Ankara a présenté ses excuses à Moscou. Le président turc semble évoluer dans sa position intransigeante vis-à-vis de Bachar el-Assad et, cerise sur le gâteau, s'est réconcilié avec Israël, le 27 juin, à la veille de l'attentat à Istanbul. Retrouvailles turco-israéliennes et rapprochement turco-russe largement motivés par la nécessité pour Ankara de se fournir en gaz. Moscou avait mis fin aux exportations de gaz vers la Turquie après l'affaire de l'avion.

Du côté israélien, la rupture entre les deux pays date de 2010. L'attaque par la marine israélienne du bateau turc Mavi Marmara, affrété par des militants pro-palestiniens qui voulaient rompre le blocus israélien de Gaza, avait fait 10 morts parmi les activistes turcs. Ankara avait rompu ses relations diplomatiques avec son allié autrefois très proche.

Méfiance commune

Ces derniers mois, les deux capitales avaient toutes deux un intérêt évident à se retrouver pour sortir de leur isolement mutuel. Non seulement elles sont toutes deux en délicatesse avec leur allié américain (bien que celui-ci ait poussé à leur réconciliation pour les faire coopérer dans la lutte contre le terrorisme djihadiste), mais seuls pays non arabes de la région (avec l'Iran), la Turquie et Israël entretiennent une méfiance commune à l'égard du régime des mollahs. L'État hébreu aimerait, entre autres, voir se créer, autour de la Turquie, une coalition des pays arabes sunnites modérés contre Téhéran. C'est largement un fantasme, le président turc étant regardé avec suspicion par une majorité du monde arabe.

La première motivation de leur rapprochement tourne autour du gaz dont l'État hébreu va devenir un gros exportateur depuis la découverte d'un important gisement offshore en Méditerranée, le Leviathan. Ankara est demandeur de gaz. Jusqu'en décembre 2015, Moscou fournissait 56 % (chiffre 2014) du marché intérieur turc de gaz. Un projet de construction d'un gazoduc, le Turkish Stream, d'une capacité de 63 m3/an, devait commencer à distribuer du gaz russe à la Turquie (16 milliards de mètres cubes/an en pleine capacité), à travers la mer Noire, à la fin de cette année. Mais, en décembre 2015, en représailles à la destruction du chasseur russe par l'aviation turque, Poutine suspendait le projet du Turkish Stream.

Une troisième source d'approvisionnement

Erdogan doit alors chercher des solutions autres que le gaz russe. Il se tourne d'abord vers le Qatar : le GNL (gaz naturel liquéfié) qatari coûte cher et ne peut suffire à remplacer, en volume, le gaz russe (27 milliards de m3/an). La Turquie regarde vers l'Azerbaïdjan d'où part le grand corridor gazier qui relie les côtes de la Caspienne au sud de l'Europe. Une source d'approvisionnement également insuffisante : l'accord signé prévoit que 6 milliards de mètres cubes de gaz azéri arriveront annuellement d'Azerbaïdjan en Turquie. Ankara cherche donc une troisième source d'approvisionnement pour compenser les 27 milliards de m3/an vendus par Moscou. Ce sera Israël.

Dès l'automne 2015, alors que les relations turco-russes s'enveniment et qu'Ankara se cherche de nouveaux partenaires dans le domaine énergétique, un haut fonctionnaire du ministère turc des Affaires étrangères et le chef du Mossad israélien se retrouvent secrètement à Genève. En décembre, un accord préliminaire sur le gaz est signé dans cette ville. Les deux pays, qui n'ont guère d'atomes crochus (alors que jusqu'aux années 2000, les relations militaires étaient très étroites entre Ankara et Tel-Aviv, et que les deux armées organisaient régulièrement des manœuvres communes) et s'opposent sur la question palestinienne, trouvent, avec le gaz, un terrain d'entente. Tel-Aviv veut faire de ses voisins égyptien et turc ses principaux acheteurs de gaz et vise le marché européen à partir de la Turquie.

Livraison d'aide humanitaire à Gaza

Certes, les retrouvailles passent par des concessions politiques de part et d'autre. Israël met un préalable à l'ouverture de discussions pour la construction d'un oléoduc entre ses gisements off-shore et la Turquie : la reprise des relations diplomatiques entre les deux capitales. Erdogan s'incline. Le 22 juin dernier, Dore Gold, directeur général du ministre israélien des Affaires étrangères (l'homme de confiance de Netanyahu), rencontre son homologue turc, Feridun Sinirlioglu, à Rome. Les deux hommes finalisent les retrouvailles turco-israéliennes : outre la reprise des relations diplomatiques, Israël s'engage à créer un fonds de 18 millions de dollars pour indemniser les familles des 10 civils turcs tués sur le Mavi Marmara ; Ankara abandonne les poursuites judiciaires contre les militaires israéliens et accepte de ne plus accueillir sur son sol certains responsables du Hamas. Par contre, la Turquie n'obtient pas la levée de l'embargo israélien sur Gaza, mais elle va envoyer, via le port d'Ashdod, 10 000 tonnes d'aide humanitaire à Gaza.

Craignant d'être accusé de « trahison », Erdogan a téléphoné à Mahmoud Abbas, le président palestinien, afin de le rassurer avant l'annonce officielle de la réconciliation turque avec Israël, et a reçu Khaled Mechaal, le porte-parole de l'aile modérée du Hamas basé à Doha, au Qatar. Quant à Poutine, il pourrait reprendre ses livraisons de gaz et relancer la construction du Turkish Stream.

http://www.lepoint.fr/monde/reconciliation-autour-du-gaz-entre-israel-et-la-turquie-02-07-2016-2051364_24.php

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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 02:35

‘If Israel’s Tzipi Livni is not a war

criminal, why does she refuse to defend herself in court?'

Published time: 5 Jul, 2016 11:52

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Israel is treating British law with contempt because it doesn’t think Tzipi Livni would get a fair trial, if it ever got to that, Professor Kamel Hawwash, vice chair of the Palestine Solidarity Campaign, told RT.

TrendsIsrael-Gaza strikes

READ MORE: UK police summon Israeli ex-FM Livni over alleged war crimes during Gaza conflict

The UK and Israel have found themselves on the brink of a diplomatic spat after British police summoned Israel's former foreign minister Tzipi Livni for questioning over alleged war crimes in Gaza.
The move provoked a furious response from the Israeli government, which said it is greatly concerned by the UK's "political abuse".
However, the matter was later dropped after the UK granted Tzipi Livni diplomatic immunity.
RT: Why do you think the police did this?
Read more
Kamel Hawwash: What we have here, is someone who was in office during a war on Gaza in which over 1,400 people were killed by Israeli weaponry. Collective punishment is no justification for killing them. And this woman was part of the cabinet which approved this, and then went around the world telling everyone what a wonderful operation it was and that it was necessary to protect Israel…The UK has a law - Universal Jurisdiction - which still, despite the change, allows people here to bring cases against suspected war criminals. That is actually a very honorable and moral thing we have here. Unfortunately, though, the Foreign Office shamefully decided to waste the time of a foreign minister… because they had to arrange an ad-hoc meeting for him or her to sit with Tzipi Livni in order for them to issue diplomatic immunity. If Ms. Livni is not a war criminal, why didn’t she accept and agree to defend herself in a court of law and that would be the end of it if she is exonerated. Of course, if she is found guilty, then she should pay for her crimes.
RT: Why in your opinion is the UK trying so hard to retain relations with Israel? What makes Israel an important ally?
KM: The UK has a long tradition of saying that Israel is an ally. And that is fine. As long as that ally isn’t conducting illegal acts, isn’t in illegal occupation, doesn’t abduct children in the middle of the night, doesn’t put them up in front of military courts. It is not a normal state which is just doing normal business. It is a ‘Jekyll and Hyde’ state where you have a part where there is some form of democracy there, start-up businesses do very well and you can understand people wanting to work with it. But what we must say to Israel is “We want to work with you, but only when you stop your illegal acts and especially when you stop murdering children in the middle of the night in Gaza.”
RT: Why is it any of the UK’s business? Isn’t it something for the UN to be looking at?
KM: Universal Jurisdiction exists as a law in this country. A similar law exists in Spain and other countries. Citizens of a particular state, if they have recourse to law… and asked that someone who is suspected of committing war crimes somewhere else is questioned, I think we should all support it. Because surely none of us want war criminals to be walking the streets of Britain. So that’s what it is about, it is about saying “Don’t come here if you are a war criminal because if you do come here, the law allows us to question you.” And as I said, if she is not guilty, she will be found not guilty. That shows you that Israel treats British law with contempt because it obviously doesn’t think that Tzipi would get a fair trial, if it ever got to that.
Mick Napier from the Scottish Palestinian Solidarity Campaign says it is strange “the Israelis should express surprise and outrage at this because for the last decade this has been a running issue in Britain.”
One Israeli general landed at Heathrow airport and had to sit in his El-Al aircraft, which took off while the Metropolitan Police were waiting at immigration to arrest him. An arrest warrant had already been issued”, he continues.
“On this occasion, Livni was only invited to a questioning. But in 2009, there was an arrest warrant actually issued for her. and she had to be given diplomatic immunity that time. And Israeli Avi Dichter, one of the heads of intelligence, had to cancel a visit here,” he added.
According to Napier, “they [Israelis] are really afraid of is after the Pinochet experience, where even though Pinochet, the Chilean dictator, was a very good friend of the Prime Minister Margaret Thatcher, he was arrested by the British police and he was not allowed to leave the country for 18 months because of the crimes he had committed in Chile. So, Israeli senior officers have been warned by their own government wherever they travel in Europe that they need to take special precautions…”
“The question is, ‘How long can the authorities in Britain protect their Israeli allies from very hostile public opinion’… To be seen to be protecting Israeli war criminals is not good for votes, there are no votes in it, and I think this crisis will continue,” he told RT.
The statements, views and opinions expressed in this column are solely those of the author and do not necessarily represent those of RT.

https://www.rt.com/op-edge/349533-tzipi-livni-uk-israel/

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5 juillet 2016 2 05 /07 /juillet /2016 02:42

03 juillet 2016 le monde .fr

Michel Rocard, François Mitterrand et la Palestine

Michel Rocard a toujours affiché avec constance son soutien aux droits nationaux du peuple palestinien. Cet engagement précoce a constitué une des dimensions peu connues de la relation complexe qu’il a entretenue au sein du Parti socialiste avec François Mitterrand.

La sensibilité pro-arabe de Michel Rocard découle assez naturellement de son opposition à la politique algérienne de Guy Mollet, qui l’amène en 1958 à quitter la SFIO pour contribuer à la fondation du Parti Socialiste Autonome (PSA). Cette formation se fondra elle-même dans le Parti Socialiste Unifié (PSU), que Rocard dirige comme « secrétaire national » de juin 1967 à novembre 1973.

PSU pro-palestinien et PS pro-israélien

Le PSU entretient des relations régulières avec le Fatah de Yasser Arafat, qui prend le contrôle de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en février 1969. Rocard rencontre à ce titre à Paris le représentant de l’OLP, Mahmoud Hamchari, dont le statut officieux est régularisé en 1970 par le Quai d’Orsay. La tendance gauchiste qui, quoique minoritaire, est active au sein du PSU y encourage les déclarations et postures favorables à l’OLP.
Le contraste ne saurait à cet égard être plus grand avec le Parti Socialiste (PS) qui porte François Mitterrand à sa tête comme « premier secrétaire » lors du congrès fondateur d’Epinay en juin 1971. Mitterrand choisit comme responsable international Robert Pontillon, qui occupait déjà ce poste au sein de la SFIO de 1948 à 1969.
Les rapports avec le « parti frère » israélien, au pouvoir depuis la déclaration d’indépendance de 1948, sont si étroits que Mitterrand répond dès mars 1972 à l’invitation du chef de gouvernement Golda Meir.
Durant ces cinq jours de visite officielle, Mitterrand se rend dans nombre des territoires occupés par Israël depuis déjà presque cinq ans : les hauteurs du Golan, la bande de Gaza, la rive orientale du canal de Suez et, bien sûr, la vieille ville de Jérusalem, où il dîne dans le superbe appartement d’Igal Allon, le numéro deux du cabinet israélien. Mitterrand endosse sans réserve le « plan Allon », soit une formule de règlement entre Israël et la Jordanie qui formaliserait l’annexion d’une partie de la Cisjordanie et exclut toute reconnaissance des droits palestiniens.
Après la tuerie des Jeux olympiques de Munich de septembre 1972, où 11 sportifs israéliens périssent dans l’attaque terroriste du groupe palestinien « Septembre noir », Golda Meir décide l’élimination en représailles d’un certain nombre de responsables de l’OLP. Hamchari est ainsi frappé dans un attentat à l’explosif à son domicile parisien en décembre 1972 (Steven Spielberg a raconté avec une précision étonnante le déroulement de cet attentat dans son film « Munich »). Hamchari agonise durant de longues semaines avant de décéder en janvier 1973. Rocard est au premier rang des personnalités françaises qui assistent à ses obsèques au cimetière du Père-Lachaise.

Rivalités internes au PS

Le ralliement au PS de Rocard et d’un tiers des adhérents du PSU, à partir d’octobre 1974, va renforcer la sensibilité pro-palestinienne au sein d’un parti où elle était jusque là surtout représentée par la tendance favorable à Jean-Pierre Chevènement. Cette convergence entre « chevènementistes » et « rocardiens » sur la question proche-orientale a été peu soulignée, malgré son importance réelle.
C’est ainsi que Rocard accompagne Mitterrand lors de la deuxième visite officielle du premier secrétaire du PS en Israël en octobre 1976. A la différence de son déplacement de 1972, Mitterrand refuse de se rendre sur le plateau occupé du Golan et il rencontre en Cisjordanie des notables qui revendiquent leur allégeance à l’OLP. Le dirigeant socialiste établit même une équivalence inédite entre le droit israélien et le droit palestinien : « deux réalités nationales qui sont différentes, mais qui reposent sur le même principe, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».
La tiédeur de Rocard envers la paix israélo-égyptienne de mars 1979, dont le volet palestinien est mort-né, contraste cependant avec le soutien chaleureux de Mitterrand à ce processus. En juillet 1980, Rocard accuse le gouvernement israélien de constituer le « vrai blocage » à la paix par « les implantations de colonies juives dans les territoires occupés ».
Lorsque Rocard se déclare deux mois plus tard candidat à l’investiture du PS à la présidentielle, les mitterrandiens les plus fervents mettent en garde contre son tropisme pro-palestinien. Ils rappelleront fréquemment les encombrants « honneurs » que la sécurité de l’OLP a accordés à Rocard lors de sa visite à Beyrouth en janvier 1981. Mais la cause est déjà entendue au sein du PS, où Rocard s’est retiré au profit de Mitterrand.
Huit ans plus tard, Rocard est devenu le Premier ministre du président Mitterrand lorsque celui-ci prend l’initiative audacieuse d’inviter Arafat à Paris. Cette visite des 2 et 3 mai 1989 est marquée par la réception du chef de l’OLP à l’Elysée. Mais Arafat est aussi reçu à Matignon à deux reprises par Rocard, d’abord pour un entretien politique, puis pour un « dîner de travail franco-palestinien », auquel participent les ministres Lionel Jospin, Bernard Kouchner et Tony Dreyfus.
Elie Wiesel, décédé le même jour que Rocard, avait publié, en avril 1995, peu avant le départ de Mitterrand de l’Elysée, un livre d’entretiens avec le chef de l’Etat, « Mémoire à deux voix ». Dans cet ouvrage présenté comme son « testament spirituel », Mitterrand qualifie sans détour la question palestinienne de « sujet essentiel ». Une formule que n’aurait sans doute pas désavouée Michel Rocard.

http://filiu.blog.lemonde.fr/2016/07/03/michel-rocard-francois-mitterrand-et-la-palestine/

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