Plusieurs déclarations israéliennes la semaine dernière ont appelé à une collaboration entre les monarchies du Golfe et l'État hébreu face à la « menace » de l'Iran et de l'État islamique.
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L'ennemi de mon ennemi...
Ce flirt diplomatique entre Israël et les pays du Golfe n'en est pas à ses premiers balbutiements. Déjà, en juillet 2016, plusieurs médias ont rapporté la visite du général saoudien Anwar Ashki à la tête d'une délégation d'universitaires et d'hommes d'affaires saoudiens à Jérusalem. Actuellement à la retraite, le général dirige le Middle East Center for Strategic and Legal Studies, à Djeddah. Les commentateurs, à cette époque, n'avaient pas exclu que l'initiative du général Ashki, proche de la famille royale saoudienne, ait l'approbation du roi Salmane. Lors de sa visite, le général saoudien a rencontré le directeur général du ministère des Affaires étrangères, Dore Gold, une connaissance de longue date semble-t-il, puisque les deux responsables s'étaient rencontrés à plusieurs reprises auparavant, à Washington. Il semblerait d'ailleurs que la menace iranienne ait toujours été au menu des discussions entre les deux hommes.
Partant ainsi du dicton qui dit que l'ennemi de mon ennemi est mon ami, Israéliens et Saoudiens sembleraient vouloir amorcer des contacts fondés sur une approche sécuritaire commune face à un ennemi commun : l'Iran.
C'est probablement l'accord nucléaire avec Téhéran signé en juillet 2015 qui a brisé le tabou entre les deux ennemis d'hier. C'est aussi la fameuse doctrine Obama qui préconisait un équilibre de dissuasion dans le Golfe entre Téhéran et Riyad. Ce qui aurait permis à l'Iran de consolider et d'encourager sa politique expansionniste dans la région, notamment en Irak, en Syrie, au Liban et au Yémen, encerclant de facto l'Arabie saoudite et empiétant sur son précarré.
La menace tentaculaire iranienne, surtout ses missiles balistiques et le renforcement de la puissance militaire du Hezbollah à sa frontière nord, est en outre le premier danger dont pâtit Israël. Une conjoncture qui accompagne un discours idéologiquement haineux contre l'État hébreu.
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Pierre d'achoppement
En plus de l'accord nucléaire et de la doctrine Obama, la réorientation des intérêts américains vers l'Asie du Sud-Est face à la Chine, reléguant le Proche-Orient et ses problèmes au second plan, a laissé les alliés des États-Unis dans la région en plein désarroi. La perte de confiance entre Washington d'une part, Riyad et Tel-Aviv d'autre part a dû entraîner une prise de conscience qui aurait permis un rapprochement entre Israël et les monarchies du Golfe, lesquelles veulent prendre en main leur propre défense face à l'Iran. Une autre illustration de ce rapprochement aurait été la visite en novembre 2015 de Dore Gold à Abou Dhabi pour ouvrir une représentation diplomatique israélienne auprès de l'Irena (l'Agence de l'énergie renouvelable) dont le siège se trouve dans la capitale émiratie.
La seule pierre d'achoppement reste le conflit israélo-palestinien. Interrogé par une chaîne de télévision israélienne, le général Anwar Eshki avait été formel : Riyad et Tel-Aviv « pourraient travailler ensemble dès qu'Israël annoncera qu'il accepte l'initiative arabe (de paix présentée par l'Arabie saoudite en 2002 lors du sommet arabe à Beyrouth) ».
Prenant toutefois exemple de la Turquie, qui profite de ses relations avec Israël pour soutenir la cause palestinienne, Riyad pourrait lui aussi faire avancer un processus de paix israélo-palestinien moribond, en faisant miroiter une coopération arabe avec l'État hébreu face à l'Iran. D'une pierre, deux coups.
https://www.lorientlejour.com/article/1036083/iran-ei-quand-israel-flirte-avec-larabie-saoudite.html