Edito par Mohamed Selhami
Une fois de plus, Al Qods, probablement la cité la plus disputée dans l’histoire moderne, fait l’actualité. Aux dernières nouvelles, les Israéliens ont décidé de détruire 88 maisons palestiniennes, dans le lotissement dit Al Boustane, du quartier de Silwane, situé dans la partie Est de la ville. Il y a quelques jours, les habitants concernés ont reçu un ordre d’expulsion par la municipalité israélienne, au motif que leurs logements ont été construits ou agrandis sans permis. Avec ou sans permis de construire, livrés au compte-gouttes par l’autorité locale omnipotente, l’opération de démolition aura quand même lieu. Ce sont quelque 1.500 personnes qui vont se retrouver sans toit. Un détail dramatiquement anecdotique, la plupart des habitations dans le viseur des bulldozers israéliens, ont été construites avant 1967, année de l’annexion d’Al Qods par Israël, au terme de “la guerre des six jours” et de la débâcle des armées arabes. À l’évidence, l’acte de destruction décrété par l’administration occupante est antidaté.
Futilité. Ce flagrant délit ne dérange aucunement l’État juif, qui ne s’est jamais embarrassé de ce genre de considérations légales ou humanitaires, trop étriquées à son goût.
Les cadavres de Gaza ne se sont pas encore refroidis qu’Israël enchaîne les épisodes d’expatriation du peuple palestinien comme pour dire à ceux qui sont expulsés de leurs logis et de leur terre “soyez heureux d’être encore en vie”! Si on ne vous a pas ensevelis sous vos murs, c’est parce que vous êtes en Cisjordanie, à quelques encablures de Ramallah.
Al Qods, chargée d’histoire de l’humanité entière, en tant que berceau identitaire des trois monothéismes, l’État autocratique d’Israël n’a jamais cessé d’en faire un point de fixation.
Déjà en 1948, David Ben Gourion, père fondateur de cette greffe contre nature, faisait d’Al Qods la capitale éternelle des Juifs. Cette proclamation, à nulle autre pareille, a été confirmée par une loi fondamentale de la Knesset, en 1980. Un état de fait que la communauté internationale, dans sa magnanimité infinie a refusé de reconnaître, avec force résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. Mais Israël n’avait que faire de cette paperasse onusienne sans intérêt et sans effet.
Ne reculant devant aucune arrogance à la face du monde arabo-musulman et au détriment du peuple palestinien, Israël a entrepris, en février 2007, des “fouilles archéologiques” dans les soubassements de la mosquée Al Aqsa. Une quête biblique d’un autre temps, pour ressusciter les fragments souterrains d’une civilisation enfouie et, surtout, faire valoir un droit présent sur le sol palestinien. On n’a jamais vu une archéologie à coups de pelleteuses et de bulldozers. Ce n’est qu’un alibi grossier pour saper les fondations d’un sanctuaire vénéré par plus d’un milliard et demi de Musulmans. Censés être représentés par la Conférence islamique et le Comité Al Qods.
Il n’y a pas à se perdre en effets de manches oratoires comme seuls les Arabes savent le faire. La stratégie d’Israël, depuis sa naissance par césarienne, a pour objectif immuable l’incitation des Palestiniens à partir vers un exil constamment renouvelé; et, plus particulièrement, la judaïsation programmée d’Al Qods.
Les 88 résidents des habitations menacées de démolition prennent à témoin une aléatoire solidarité arabo-musulmane et une conscience internationale prise d’endormissement subit dès qu’il s’agit d’Israël. Pour le moment, leur appel ressemble à une bouteille jetée à la mer.
Malgré l’arrivée au pouvoir d’une droite israélienne encore plus extrême que jamais, le rideau n’est pas encore tombé sur les martyrs de Gaza. À cette condition que les factions de la résistance palestinienne, actuellement en concertation de réconciliation au Caire, parviennent à se reconstruire dans un front uni; pour eux-mêmes et pour l’ensemble de la communauté arabe et musulmane.