| Visite demain du Président américain en Turquie |
ANKARA (AFP) — Le Président Barack Obama tentera, lors d'une visite lundi et mardi en Turquie, de regagner la pleine confiance de cet allié stratégique dont Washington craint qu'il ne se détourne de l'Ouest, estiment des analystes.
La Turquie espère que ce déplacement permettra de remettre sur les rails des rapports bilatéraux mis à mal par l’opposition turque à la guerre en Irak.
Mais de l’avis des analystes, le Président américain a de plus amples idées en tête en arrivant dans un pays dont la situation géographique — entre Europe, Caucase et Proche Orient — compte beaucoup aux yeux des Etats-Unis.
"On pense de plus en plus à Washington que les Etats-Unis sont en train de perdre la Turquie", alors que les deux pays divergent sur l’Iran, le Soudan ou le mouvement palestinien Hamas, souligne Soner Cagaptay, de l’Institut de Washington pour les politiques proches-orientales.
La confrontation entre le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan et le président israélien Shimon Pérès, à propos de l’offensive militaire israélienne à Gaza, à Davos (Suisse) en janvier, a fait l’effet d’une sonnette d’alarme.
Autre sujet de divergence : la nomination du nouveau secrétaire général de l’organisation, dont la Turquie est membre.
Vendredi soir, M. Erdogan a demandé à l’Otan de trouver une alternative à la candidature de son homologue danois Anders Fogh Rasmussen.
Candidat des Etats-Unis et de plusieurs grands pays européens, ce dernier reste mal vu à Ankara à cause de l’affaire des caricatures du prophète Mohamed publiées en 2005 dans un journal danois. Il avait alors invoqué la liberté d’expression.
Le séjour en Turquie de M. Obama viendra dans la foulée de sa participation au sommet de l’Union européenne, une façon pour M. Obama de montrer "symboliquement que la Turquie fait partie de l’Europe", remarque M. Cagaptay.
La Turquie figurait initialement parmi les pays retenus pour le grand discours au monde musulman que le président américain doit prononcer, mais cette idée ne correspond pas au thème dominant de son voyage, note l’analyste.
L’administration Obama refuse de mettre l’accent sur le caractère musulman de la Turquie, et souligne au contraire qu’elle fait partie de l’Occident, dit-il.
Mensur Akgün, un expert en relations internationales de l’Université stambouliote Kültür, estime, lui, que le projet d’Obama de redorer l’image de son pays ternie par l’ère Bush pourrait échouer s’il décide, comme il l’a promis pendant sa campagne électorale, de qualifier de génocide les massacres d’Arméniens pendant l’empire ottoman (1915-1917).
Autre raison de cette visite d’Obama : la position géostratégique de la Turquie.
"La Turquie est le seul pays de l’Otan qui partage des frontières avec l’Irak et l’Iran. Les Etats-Unis souhaitent en finir avec le premier et résoudre le problème que pose le deuxième", souligne M. Cagaptay.
Selon ce dernier, la Turquie constitue un point central pour les stratégies militaires américaines, en Afghanistan et au-delà.
Mais pour s’assurer du soutien du gouvernement turc, le charismatique président américain devra conquérir le cœur de l’opinion publique turque, qui n’a pas caché sa détestation envers George W. Bush.
"Obama est populaire en Turquie et il va s’en servir jusqu’au bout", selon M. Cagaptay.
M. Obama s’entretiendra demain à Ankara avec les dirigeants turcs, avant de se rendre à Istanbul pour rencontrer le lendemain les chefs des communautés religieuses, assister à une table ronde avec des étudiants et visiter une mosquée