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La Press.tn (Tunisie) : "Est-il permis de critiquer Israël ?" par Soufiane Ben Farhat

   
 
 
Est-il permis de critiquer Israël?

Par Soufiane BEN FARHAT



Refusant de hurler avec les loups, Federico Lombardi, porte-parole du Vatican, ne s’y est pas trompé. Il a souligné dans un communiqué que le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad n'avait pas nié l'holocauste ou le droit d'Israël à exister. Pourtant, toute l’Europe l’en a accusé suite à son intervention avant-hier à la conférence de l’ONU sur le racisme.

Au fait qu’a dit Ahmadinejad précisément dans son discours ? Extraits verbatim des passages décriés et mis en cause : "Après la Seconde Guerre mondiale, ils ont eu recours à l’agression militaire pour faire d’un peuple entier des sans-abri sous le prétexte de la souffrance des juifs. Ils ont envoyé des migrants d’Europe, des Etats-Unis et d’autres régions du monde pour construire un Etat totalement raciste dans la Palestine occupée. En fait, ils ont aidé à porter au pouvoir le régime raciste le plus cruel et le répressif en Palestine".

"Il est d’autant plus regrettable qu’un certain nombre de gouvernements occidentaux et les Etats-Unis se soient engagés à défendre ces auteurs racistes de génocide, alors que les peuples du monde lucides, conscients et libres d’esprit condamnent l’agression, les brutalités et les bombardements des civils de Gaza".

"Chers amis, aujourd’hui l’humanité est confrontée à un type de racisme qui a terni l’image de l’humanité. Au début du troisième millénaire, le sionisme mondial personnifie le racisme qui a recours faussement à la religion et abuse du sentiment religieux pour cacher sa haine et son visage hideux". (Des extraits du discours de Mahmoud Ahmadinejad à la conférence sur le racisme, dépêche Associated Press du 20 avril).

On a beau y rechercher quelque forme d’antisémitisme ou de négation de l’holocauste, peine perdue.

D’où la permanence de la question qui, reprise dans le titre d’un livre de Pascal Boniface, lui valut beaucoup de déboires : Est-il permis de critiquer Israël?


Une question d’autant plus lancinante qu’à la conférence de Genève, il est permis de critiquer les religions sans restrictions. Les Occidentaux ont mis un point d’honneur à l’exiger sans concession. En d’autres termes, Dieu est critiquable, mais pas Israël. Lequel accède, dès lors, à un statut extradivin. Qui dit mieux ?


Le plus étonnant dans tout ça, c’est l’union sacrée autour d’Israël, son impunité, sa sanctification et sa déification.

En France, la droite et la gauche s’étripent depuis peu avec acharnement sur tout et sur rien. Imminentes élections européennes obligent. En dix jours, la figure de proue de l’opposition socialiste Ségolène Royal a demandé deux fois pardon au nom de la France. Elle a fait amende honorable pour deux faits: les propos tenus par le Président Sarkozy à Dakar sur les Africains en juillet 2007 et ceux sur le Premier ministre espagnol Zapatero il y a quelques jours.

Depuis avant-hier, la classe politique française, toutes tendances confondues, est mobilisée d’une seule voix et sans discordance. Objectif, stigmatiser Ahmadinejad et briller à qui mieux mieux dans le jeu de l’indiscutable allégeance à Israël. Là aussi, paradoxalement, imminentes élections européennes obligent !

En revanche, en 2004, la Cour internationale de justice (CIJ) a jugé illégale la construction par Israël du mur de séparation raciste en Cisjordanie. Sa sentence est restée lettre morte. Bien pis, la semaine dernière lorsqu’Israël a catégoriquement refusé l’enquête diligentée par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU sur ses crimes de guerre à Gaza. Une enquête confiée au juge sud-africain Richard Goldstone qui a déjà été procureur du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et du Tribunal pénal international pour le Rwanda.

En 2006, selon de sérieux sondages d’opinion réalisés dans toute l’Union européenne, Israël est en tête de liste des pays représentant un "danger pour la paix mondiale". Rien qu’en Hollande, 74% de la population partage cet avis.

Visiblement pris de court, les dirigeants européens ont publiquement blâmé les opinions de leurs peuples. On efface et on ne remet pas ça.

Ici et là, le déni de justice criard est corollaire du terrorisme intellectuel caractérisé. Et les deux poids et deux mesures n’en finissent pas de réduire la légalité internationale à une coquille vide.

 

S.B.F.

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