| Ainsi en est-il ces derniers jours en prévision des élections législatives du 7 juin. Comme toujours, les Israéliens s’en sont "mêlés" en premier. A l’israélienne pour ainsi dire. Grenouillages, instrumentalisations et manipulations de divers ordres sont au rendez-vous. Constatant le péril en la demeure, le gouvernement libanais a décidé de promptement réagir. Le Liban en a saisi les plus hautes instances internationales. Il a déposé une plainte auprès des Nations unies au sujet de la présence d’espions déployés par Israël sur son territoire. Le bureau du Premier ministre libanais Fouad Siniora l’a annoncé jeudi dernier. L’information n’est guère fantaisiste. Elle est du genre à prendre au sérieux. Et pour cause. Tout récemment, une campagne gouvernementale a abouti à l’arrestation de plus de dix individus soupçonnés d’espionner au Liban pour le compte d’Israël. Par ailleurs, deux suspects d’espionnage au profit d’Israël ont franchi la frontière pour gagner Israël cette semaine. Beyrouth a officiellement demandé aux Casques bleus de l’ONU au Sud-Liban de contribuer à leur retour. Le Liban, on ne le sait que trop, est le cauchemar d’Israël. Les stratèges israéliens le considéraient jadis comme le "maillon faible" du monde arabe. La soldatesque israélienne a toujours jugé bon d’y rentrer et d’en ressortir comme dans un moulin. Or, depuis l’an 2000, l’armée d’occupation israélienne y a subi des revers inédits. En 2006, le corps expéditionnaire israélien y a subi une cuisante déroute. Pis, les territoires du nord d’Israël — jusque là considérés sanctuaires inviolables — furent pilonnés par les fusées du Hezbollah plus d’un mois durant. Environ deux millions d’Israéliens en furent réduits à végéter à la diable dans des abris sous terre. La ville de Haïfa — celle-là même que les néoconservateurs de l’administration Bush prédestinaient comme capitale économique de leur prétendu Grand Moyen-Orient — fut systématiquement bombardée. Depuis, un nouvel équilibre catastrophique régit la région. Le Hezbollah a introduit dans ce conflit deux concepts-clés, opérationnels durant la Guerre froide Est-Ouest. Il s’agit de l’équilibre de la terreur et de la peur des représailles massives. Et l’on sait qu’en stratégie et tactique, rien ne paralyse autant l’adversaire que la menace. En termes de géostratégie, la déroute israélienne au Liban de l’été 2006 s’est avérée riche en significations. Désormais, avant de s’attaquer à la Syrie ou à l’Iran, comme leurs ultras le prônent à tout bout de champ, les dirigeants israéliens devront faire avec les représailles immédiates à leurs propres portes. C’est dire si la force de frappe libanaise ne constitue pas une véritable obsession pour les Israéliens. Cela explique d’ailleurs l’intensification de leurs réseaux d’espionnage ces dernières années au pays du Cèdre. L’armée israélienne mène par ailleurs des exercices militaires de grande ampleur depuis peu. C’est ainsi que l’armée de l’air israélienne a lancé lundi 19 mai un exercice à grande échelle de quatre jours. Aux dires d’un porte-parole militaire, cet "exercice de routine" entre "dans le cadre du programme d’entraînement annuel". D’autres exercices militaires sont prévus fin mai. Le vice-ministre de la Défense du gouvernement sortant Matan Vilnaï en avait parlé fin mars. Les manœuvres comportent un exercice d’alerte aérienne sur tout le territoire israélien du 31 mai au 4 juin. Des sirènes d’alerte devraient retentir le 2 juin en Israël pour tester les procédures de secours de la population civile en cas de guerre et d’attaques de missiles. Côté libanais, on ne reste pas les bras croisés. On observe attentivement même. Le chef du Hezbollah libanais Hassan Nasrallah a promptement réagi en personne. Il a affirmé il y a quelques jours que son parti était prêt à faire face à une nouvelle guerre avec Israël. "Ces manœuvres sont un message fort pour la région : la Syrie, le Liban, les Palestiniens, l’Iran (...) pour dire qu’Israël est prêt à lancer une guerre sans hésitation… Nous devons prendre des mesures préventives durant les jours de manœuvres. Nous serons là, prêts et vigilants (...) et s’ils pensent lancer une guerre surprise, c’est raté". Bref, au Liban, c’est de nouveau le branle-bas de combat. Et la confrontation ne semble guère se confiner au seul verdict des urnes. Le camp pro-occidental — qu’Israël ne verrait pas d’un mauvais œil — n’est guère donné vainqueur. Et la coalition menée par le Hezbollah semble avoir le vent en poupe. S.B.F. |