Barack Obama.
Ahmad Kamal Aboul-Magd, vice-président du Conseil national des droits de l’homme et penseur islamique, estime important de tirer un trait sur l’ère précédente, celle de Georges W. Bush.
« Obama croit de tout son cœur à la nécessité de trouver des solutions communes »
Al-Ahram Hebdo : Certains pensent que cette visite représente un tournant et une nouvelle ouverture pour l’Egypte avec les Etats-Unis, le pensez-vous ?
Ahmad Kamal Aboul-Magd : Non, il s’agit uniquement d’un bon choix fait par Obama et une preuve de l’intelligence et de la compréhension qu’il a à l’égard de la région. L’Egypte se caractérise par sa longue et importante histoire en matière de gouvernance démocratique et sa vision équitable au niveau de la religion. Egalement, l’Egypte est un pôle important à tous les niveaux, car il s’agit d’un pays à la fois arabe, musulman, méditerranéen et africain, c’est pour cela qu’Obama l’a choisie pour son discours destiné au monde musulman.
— Qui seront les représentants du monde musulman à cette rencontre ? Etes-vous parmi les invités ?
— Jusqu’à présent, on n’a encore aucune idée sur ceux qui représenteront le monde musulman ou qui participeront à cette réunion. On n’a encore aucune idée du programme précis de cette visite. Mais en tant que Conseil national des droits de l’homme, nous avons préparé nos dossiers qui pourraient être présentés.
— Qu’est-ce que le monde musulman peut attendre du discours d’Obama ?
— Très honnêtement, nous vivons actuellement une période qui, dit-on, consiste à recoller les morceaux. Il s’agit d’effacer les séquelles de la période critique qui est passée, à savoir celle de Bush.
Je dirais même que le simple choix d’Obama en tant que président américain avec toutes les données islamiques qui le concernent permet d’ouvrir devant le monde musulman de grandes chances de dialogue. Il nous faut exposer tous nos problèmes et les discuter quels qu’ils soient et à travers ces discussions parvenir à un accord ou à des solutions qui puissent satisfaire toutes les parties concernées.
— Oui mais n’êtes-vous pas d’accord que les intérêts des Etats-Unis avec les pays musulmans sont distincts et même parfois contradictoires ? Comment donc leur destiner un même message ?
— Tout d’abord, en ce qui concerne le président Obama, il croit de tout son cœur à la nécessité de trouver des solutions communes qui puissent rassembler tous les pays musulmans, et sans aucun doute il en tiendra compte dans son discours, car il s’agit d’une personne qui sait très bien choisir ses mots et discours qu’il prépare d’ailleurs lui-même.
Il existe deux types de messages. D’une part, un message qui se base sur la vraie compréhension du monde musulman et qui permet par la suite une prise de décision correcte. Il faudrait que l’Occident réfléchisse sur l’idée de savoir si l’islam est vraiment dangereux pour le monde. D’autre part, le monde fait face aujourd’hui à des dangers communs, il est donc normal d’essayer de trouver un domaine commun à tous les pays musulmans. Et il ne s’agit pas d’une demande de renoncer à des sujets ou des points particuliers, mais uniquement une tentative de se retrouver et de se joindre autour des buts communs et précis.
— Pensez-vous qu’à travers ce dialogue, les Etats-Unis pourront renoncer à la notion du « conflit des civilisations » ?
— Il s’agit d’un conflit d’intérêts en premier. Le dialogue pourra transformer ce conflit en un accord dans la diversité. Obama propose un échange entre les parties antagonistes. Le conflit se transformera donc graduellement en coopération dans l’intérêt de tous les camps. Avec la poursuite du dialogue, toutes les parties pourront se rendre compte que toutes les images conventionnelles qu’elles ont chacune à l’égard de l’autre sont fausses. Mais le plus important est de s’accorder sur un vrai dialogue qui irait pour le bien de l’humanité. C’est d’ailleurs ce qui est visé. Nous voulons être une partie de la solution et non pas une partie du problème.
— Pensez-vous que le président américain pourrait fermer les yeux sur l’application des droits de l’homme dans les pays arabo-musulmans ?
— J’espère bien qu’Obama sera compréhensif pour ces questions des droit de l’homme. Il faudrait savoir que le changement économique est très facile et peut intervenir du jour au lendemain. Mais le changement de la culture a besoin de plus de temps. Or, il est à noter que ce que nous avons réalisé dans ces cinq dernières années est bien important. Il faudrait travailler plus et patienter.
— Certains affirment que c’est uniquement à travers les Etats-Unis que la paix se réalisera dans la région, qu’en pensez-vous ?
— On ne peut pas nier que les Etats-Unis sont une partie fondamentale dans le processus de paix, mais ils ne sont pas les seuls. Les pays arabes aussi ont une grande part de responsabilité.
Propos recueillis par Chaïmaa Abdel-Hamid