La victoire écrasante d’Ahmadinejad au scrutin présidentiel de vendredi dernier devrait lui rester en travers de la gorge. C’est apparemment loin d’être gagné pour lui ! Et pour cause, son concurrent Mir Hussein Moussavi, qui réclame une victoire « volée », a enflammé hier le cœur de Téhéran. Journalistes et observateurs de la scène politique iranienne s’accordent à qualifier le rassemblement des pro-Moussavi « d’historique ». Jamais, en effet, manifestation n’a mobilisé autant de personnes depuis le triomphe de la révolution islamique de l’ayatollah Khomeiny en 1979. Des centaines de milliers – plus d’un million d’après d’autres sources – de supporters de Mir Moussavi ont manifesté pacifiquement, hier à Téhéran, pour protester contre les résultats de la présidentielle ayant consacré le maintien de Mahmoud Ahmadinejad au pouvoir. Le rassemblement était certes interdit, mais son ampleur a poussé les autorités iraniennes à laisser faire de peur que le mouvement ne se transforme en un corps à corps incontrôlable entre manifestants et forces de sécurité. Et pour la symbolique, ç’en était vraiment une en ce sens que les Iraniens ont brisé le mur de la peur dans un pays aussi fermé. On déplore cependant la mort « par balle » d’un manifestant et plusieurs blessés. Qui a tiré sur eux ? Personne n’a rien vu. Est-ce une volonté de certains milieux hostiles de plonger ce pays dans le chaos ? Possible. Pour autant et mis à part cet événement malheureux, Moussavi a réussi son pari.
Qui a tiré dans la foule ?
Juché sur le toit d’une voiture, en chef d’orchestre, Mir Moussavi a joyeusement harangué la foule à l’aide d’un porte-voix. « Je suis prêt à participer de nouveau à une élection présidentielle ! », lance-t-il comme pour suggérer la décision que les gardiens du temple iraniens devraient prendre. Sa femme, Zahra Rahnevard a, elle aussi donné de la voix à la protesta de son époux en promettant à l’AFP qu’ils « iraient jusqu’au bout ». Il y a visiblement quelque chose qui est en train de changer dans ce pays si complexe et compliqué en même temps. La démonstration de force d’Ahmadinejad devant ses partisans, dimanche, prend l’allure d’un fait divers comparée à la déferlante d’hier aux couleurs de Moussavi. Le monde entier a eu le loisir et le plaisir de découvrir une société iranienne pleine de vitalité et revendicative à souhait. République islamique ou pas, les « bassidjis », cette fameuse police politique du régime, n’a rien pu faire face à cette vague verte qui surfait sur la démocratie, le respect du choix du peuple. Le guide suprême, Ali Khamenei, qui avait qualifié le résultat du scrutin de « vraie fête », a dû tempérer ses ardeurs en exhortant Moussavi, hier, à « poursuivre sa contestation par la seule voie légale ». Il faut reconnaître que c’est une grosse concession faite par un régime qui ne tolérait pas une once d’écart. Moussavi a bien sûr déposé son recours devant le Conseil des gardiens de la Constitution pour obtenir l’annulation des résultats, mais il a fait plus en bravant l’interdit de manifester avec ses centaines de milliers de partisans. « Mort au dictateur », « les Iraniens préfèrent la mort à l’humiliation » ou encore « Moussavi nous te soutenons » sont autant de slogans entonnés hier par la foule. Ahmadinejad, qui a dû prendre la mesure de la protesta, a jugé utile d’ajourner son départ pour la Russie où il devait rencontrer le président Medvedev. Cette crainte s’ajoute aux réactions évidemment dénonciatrices des dirigeants des pays occidentaux qui se sont curieusement mobilisés pour « sauver le choix du peuple » en Iran, qu’ils ont pourtant laissé piétiner ailleurs…Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a lui aussi souligné que « la volonté du peuple devait être respectée ». A présent, les yeux du monde seront suspendus aux lèvres de l’ayatollah Ahmad Jannat, chef du conseil des gardiens de la Constitution, qui devra rendre le verdict sur la base de la requête de Moussavi.
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