| Les observateurs mettent en doute la régularité de l’élection |
| |
| Le guide suprême iranien Ali Khamenei a approuvé la réélection au 1er tour du président sortant, l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, qui a obtenu 62,6% des voix contre 33,75% pour le réformateur Mir Hussein Moussavi, selon les chiffres officiels. Mais après deux jours de manifestations des pro-Moussavi, qui contestent les résultats, Khamenei a ordonné lundi une enquête sur les allégations de fraude électorale. M. Moussavi demande l’annulation des résultats, et son journal, "Kalemeh Sabz", a affirmé sur son site Web que plus de dix millions de voix ne comportaient pas le numéro national d’identification qui assure la traçabilité des suffrages. Selon M. Moussavi, certains bureaux de vote ont fermé prématurément alors que des électeurs faisaient encore la queue, et des représentants de sa campagne ont été expulsés de centres de vote alors que chaque candidat avait le droit d’y envoyer un observateur. Il n’a toutefois pas fourni de preuves pour étayer ses accusations. Les observateurs qui mettent en doute la régularité de l’élection, soulignent qu’à chaque étape du dépouillement, les résultats publiés par le ministère de l’Intérieur ont donné Ahmadinejad devant Moussavi avec un écart constant d’environ deux voix contre une. Cette marge suscite des interrogations, car les résultats ont d’abord été rapportés pour les grandes villes, considérées comme moins favorables à Ahmadinejad que les campagnes, dont les chiffres n’ont été connus que dans un deuxième temps. Pourtant, l’écart, lui, n’a pas varié. M. Moussavi estime également que le résultat a pu être affecté par une pénurie de bulletins de vote dans les provinces de Fars et d’Azerbaïdjan oriental, où il semblait promis à de bons scores en raison de son appartenance à la minorité azérie. "Il est tout à fait possible qu’Ahmadinejad ait obtenu plus de 50% des voix", estime Konstantin Kosten, un spécialiste de l’Iran membre du Conseil des relations étrangères, basé à Berlin. Mais "il faut examiner les allégations d’irrégularités". Le ministère de l’Intérieur a publié un décompte des voix par province et par ville. Mais il faudrait, pour être sûr des résultats, qu’il publie des chiffres plus détaillés en donnant notamment ceux de chaque bureau de vote, estime Michael Meyer-Resende, coordinateur de Democracy Reporting International, une ONG basée à Berlin. Une question centrale est de savoir comment 39,2 millions de bulletins de vote ont pu être dépouillés à la main, et les résultats définitifs annoncés par les autorités à Téhéran, en seulement un peu plus de 12 heures. Lors des précédentes élections, ce processus avait pris au moins deux fois plus de temps. Un nouveau système informatisé a peut-être permis d’accélérer les choses dans les centres urbains, mais on ne sait pas s’il a été utilisé pour les petites villes et les villages. Et chaque bulletin devait malgré tout être dépouillé à la main avant toute opération de saisie informatique et de transmission au ministère de l’Intérieur. "Je ne dirais pas que c’est complètement impossible", précise M. Meyer-Resende. Mais "on se demande au vu des défis logistiques que cela représente s’ils ont pu le faire aussi vite". |