Avril 2003-juin 2009. Six années depuis que les Irakiens cohabitent, la peur au ventre, avec les soldats américains. Six années de larmes, de sang et de destructions dans un Irak « équarri » par des violences inouïes l’ayant plongé dans un cycle infernal.
La présence massive des GI’s et des marines a souvent inquiété plus qu’elle n’a rassuré une population prise en étau entre des groupes terroristes djihadistes et les « shérifs » de l’armée américaine. C’est donc un ouf de soulagement que pousseront demain des millions d’Irakiens à la faveur du retrait – juste à l’abri des regards – des soldats américains conformément à l’accord de sécurité signé fin 2008 entre l’Irak et les Etats-Unis. Mais pour la symbolique, les autorités irakiennes veulent fêter comme il se doit ce 30 juin comme avait été fêtée la chute du pouvoir du défunt Saddam Hussein un certain 9 avril 2003. En effet, le Premier ministre, Nouri Al Maliki, sponsorise la grande fête qui se tient aujourd’hui à Baghdad pour marquer le départ des troupes américaines des villes. Le parc Zawra de Baghdad va donc vibrer aujourd’hui aux rythmes des chanteurs populaires, poètes et groupes de musique irakiens qui participent à la célébration du « Independence Day » à l’irakienne. Eh oui, la reprise de la souveraineté nationale même partielle, après six ans de sous-traitance aux soldats de l’occupation américaine, vaut bien une fête. C’est ainsi que des chanteurs très connus en Irak mais vivant à l’étranger, comme Kassem Sultan et Abed Falek – qui avaient interprété des chansons à la gloire du défunt Saddam Hussein– ou Sabah Mahmoud et Raad Al Nasseri, seront sur le podium ainsi que deux célèbres poètes, Sabah Al Hilali et Majid Odah. La mairie de Baghdad, organisatrice de la fête, précise dans un communiqué rendu public hier que la soirée se poursuivra avec des groupes musicaux, non sans inviter « tout le monde à y participer ».
Pour beaucoup d’Irakiens, ce lundi est donc un jour béni. Le gouvernement a décrété la journée de demain 30 juin jour férié. Et pour donner une dimension « historique » à l’événement, le gouvernement d’Al Maliki a voulu aussi associer dans une célébration commune le jour du retrait des soldats américains des villes irakiennes et début de la révolte contre l’occupation britannique le 30 juin 1920. Mais une fois la fête terminée, le gouvernement irakien devrait être sur ses gardes pour faire face à ceux qui tirent profit du « chaos constructif américain ». En l’occurrence, l’Irak enregistre, ces derniers jours, une vague terrible d’attentats à la voiture piégée qui ont fait plus de 100 morts. Cela rappelle de très mauvais souvenirs dans un Irak exsangue. Pour l’effet d’annonce, Washington et Baghdad semblent avoir gagné la bataille aux yeux de la communauté internationale avec cette délégation de pouvoir de sécurité. Mais est-ce pour autant un transfert de souveraineté. Rien n’est moins sûr. Le fait est que l’accord signé entre Baghdad et Washington reste vague sur les domaines et les mécanismes d’intervention de l’armée américaine. « Il s’agit d’un document fixant les grandes lignes. Il n’y a pas de détails, de clarté. Mais dans ce coin du monde, il faut souvent attendre la dernière minute pour y voir plus clair », reconnaît le capitaine Todd Tatum, interrogé par l’AFP. Voilà qui donne une idée sur les réelles intentions des Etats-Unis. Et d’ajouter : « Nous sommes prudents mais optimistes. » C’est donc juste un repli. Les forces irakiennes assurent, de leur côté, être prêtes à prendre le relais. « Les forces irakiennes sont prêtes depuis 4 à 5 mois », assure le général Abdel Hussein Damuk, chef de la police de Diyala. « Nous avons rencontré les cheikhs et les notables et leur avons dit qu’ils représentent le socle de la sécurité après le retrait, car ils connaissent les mouvements des terroristes et leur identité », ajoute-t-il. Mais demain est un autre jour pour la nouvelle armée irakienne. Un day after…
Par