Le propos pourrait sembler ténu, mais c’est dans cette sobriété que le film puise toute sa force et sa singularité. En Palestine — on pense reconnaître Ramallah, mais aucun lieu n’est nommé —, Abou Leïla, un chauffeur de taxi, ne songe qu’à l’anniversaire de sa fille (Nour Zoubi), qui va avoir 7 ans, et qu’il veut fêter en rentrant tôt chez lui avec un cadeau et un gâteau, et des fleurs pour sa femme (Areen Omari). La fiction va se dérouler à l’écran en une seule journée, mais déployer tout un monde d’obstacles et d’imprévus qui l’inscrivent dans une chronologie extra-ordinaire. Si on était dans un documentaire, certaines scènes ne pourraient se dérouler qu’à Gaza, mais le réalisateur peut ainsi embrasser librement toute la géographie palestinienne.
Abou Leïla est un ancien juge. Il a emprunté le taxi à son beau-frère, en attendant qu’un poste dans la fonction publique se libère, dans un pays en proie à la décomposition et à la corruption provoquées par l’occupation. Il est incarné par Mohamed Bacri, comédien à la présence magnétique, véritable « Clint Eastwood » arabe, qui est ici à contre-courant des rôles de héros qu’on lui connaît. On ne l’imagine pas juge, et il est l’antithèse d’un chauffeur de taxi, mais il endosse les deux personnages, comme pour parler à la fois du point de vue des institutions palestiniennes et de celui des gens de la rue.
Tel un Don Quichotte, il va batailler auprès de ses concitoyens pour tenter de leur faire partager son attachement à l’ordre et aux principes. Des principes, il en a plein. Il ne va pas jusqu’aux check-points — que l’on ne verra délibérement pas dans le film, mais qui rythment la vie quotidienne de leurs diktats. Il ne prend pas d’hommes armés (« la moitié de la population »), ne veut pas que l’on fume dans son taxi qu’il considère comme un lieu public, et le passager qui monte à l’avant à ses côtés doit attacher sa ceinture de sécurité. Autant de règles qui apparaissent totalement surréalistes dans la vie quotidienne sous occupation, mais qui sont pour Abou Leïla autant de repères pour se reconstituer une vie normale.
L’ex-juge sillonne la ville, et les clients qu’il prend apportent chacun un éclairage du quotidien invivable des Palestiniens. Celui qu’ils subissent, mais aussi qu’ils s’infligent. Un couple renonce à son trajet pour rejoindre une queue qui.....................
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