Un mur à abattre
On était là pour tuer
Des soldats israéliens bravent la loi du silence et témoignent des exactions commises dans les territoires occupés
Au cours de l'opération Plomb durci à Gaza, l'armée israélienne a commis de très nombreux crimes de guerre. En fait, plutôt qu'une opération militaire, il s'agissait bien d'un massacre prémédité. Les lecteurs de Siné Hebdo en avaient été informés en temps réel, de même d'ailleurs que des millions d'autres personnes à travers le monde qui, grâce entre autres à la chaîne qatarie Al-Jazira, avaient pu voir de leurs propres yeux les méfaits des soldats israéliens. L'Onu et certaines organisations de défense des droits de l'homme avaient corroboré ces accusations, faisant état de tirs d'artilleries et de bombardements de zones où ne se trouvait aucun objectif militaire, d'usage de bombes au phosphore blanc, d'utilisation de civils cmme boucliers humains-- méthodes interdites par le droit international. Malgré les images et les reportages en direct, les autorités de Tel Aviv ont fait le choix de nier en bloc, parlant de propagande arabe et .... de campagne antisémite.
Mais voilà que des soldats israéliens viennent de confirmer toutes ces allégations. Dans un rapport d'une centaine de pages, l'organisation israélienne "Rompre le silence" publie 26 témoignages de soldats ayant été impliqués ou témoins directs commis à Gaza l'hiver dernier. Rompre le silence est une organisation de soldats réservistes israéliens, qui a par le passé témoigné d'exactions dont ils avaient été témoins - voire parfois acteurs - dans les territoires palestiniens occupés, en particulier à Hébron.
Le rapport de "Rompre le silence" est accablant et fait parfois froid dans le dos : "L'impression générale était qu'on était là pour tuer", témoigne un des soldats, alors qu'un autre décrit dans le détail comment il avait reçu l'ordre de tirer sur des civils qui ne pouvaient le mettre en danger, se trouvant à près de deux kilomètres de distance.
L'armée a immédiatement réagi, par l'intermédiaire d'Asa Kasher, professeur de philosophie à l'université de Tel Aviv, nommé il y a quelques années pour rédiger le code d'éthique de l'armée. Kasher appartient à cette espèce que l'on connaît bien en France d'anciens intellectuels de gauche passés avec armes et bagages du côté du pouvoir pour y être en charge du blanchissement des faits et méfaits de l'appareul d'Etat, au nom de la sécurité et de la défense de la civilisation. Pour Asa Kasher : "Rompre le silence se targue de défendre les valeurs morales alors qu'en fait ils défendent un agenda politique et reprennent les accusations des Palestiniens." En d'autres termes, pour notre philosophe national, si les Palestiniens le disent, c'est orcément faux, même si des soldats israéliens le confirment. A Gaza, il n'y a eu aucun crime, et qui sait ?, peut-être qu'il n'y a pas eu non plus de morts. Circulez, il n'y a rien à voir, ce n'est que de la propagande anti-israéliennhe primaire.
Michel Warschawski