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La Presse.tn (Tunisie) : "Nakba ou pas Nakba ? Révisionnisme israélien" par Soufiane Ben Farhat

Nakba ou pas Nakba ?
Révisionnisme israélien

Par Soufiane BEN FARHAT
Après le nettoyage ethnique, le lessivage des esprits, l’outrage à la mémoire. Israël a décidé de gommer le terme Nakba des manuels scolaires destinés aux Palestiniens. Auparavant, un projet de loi a incriminé toute commémoration de la catastrophe qui s’est traduite, en 1948, par l’expulsion de centaines de milliers de Palestiniens, la spoliation de leurs terres et biens et l’irruption d’Israël.

Il n’y a pas de pire révisionnisme. A entendre le gouvernement israélien, il ne s’est rien passé en 1948, hormis la création d’Israël. Pourtant, d’illustres historiens israéliens ont décrit les affres subis par les Palestiniens alors, les souffrances, l’expulsion et la mort. Tel Ilan Papé qui a commis il y a deux ans un maître-livre intitulé Le nettoyage ethnique de la Palestine.
Israël ne s’en tient pas là. Son ministre des Affaires étrangères, le radical d’extrême droite Avigdor Lieberman, prône tout simplement le transfert des Arabes israéliens. Etrange injonction de la part d’un immigré juif moldave à l’encontre des habitants de la Palestine depuis des millénaires.
Une bonne partie de la classe politique israélienne adhère à cette idée du transfert qui toucherait plus d’un million et demi d’Arabes israéliens, musulmans et chrétiens. Il est également envisagé de leur demander de prêter un serment de loyauté à l’endroit d’Israël. Comme demander à une victime une obligation d’allégeance à l’égard de son assassin.
Entre-temps, la judaïsation de villes palestiniennes comme Al Qods (Jérusalem) se poursuit elle aussi en toute impunité. Ce faisant, Israël bénéficie de puissants relais de propagande et de déformation des faits auprès des opinions nord-atlantiques. La mansuétude des Occidentaux autorise tous les excès, toutes les dérives. A telle enseigne qu’en cet an de grâce 2009, la question palestinienne fait encore figure d’iniquité des siècles et que la Palestine demeure le dernier pays occupé de la planète.
La Nakba initiale se double d’une Nakba en permanence. La politique israélienne constitue en effet un attentat permanent contre les droits des Palestiniens et des pays arabes limitrophes dont des portions de territoire sont encore occupées par la soldatesque israélienne.
Où va-t-on ? N’est-ce pas déjà assez que le conflit israélo-palestinien n’en finit pas de grever la paix mondiale et d’envenimer par ses effets pervers la politique internationale ? Les évidences sautent aux yeux. Les connivences de classes politiques occidentales aliénées et prises en otage par de puissants lobbys pro-israéliens empêchent d’en dresser tout naturellement le constat.
Aujourd’hui, Israël bannit le terme Nakba du vocabulaire des Palestiniens. Ce n’est certainement que le début d’un processus perverti. Demain, il s’avisera d’exiger que les Palestiniens parlent de prétendue guerre d’indépendance d’Israël en lieu et place de leur massacre et expulsion par les hordes sionistes armées jusqu’aux dents. Pourquoi ne pas exiger des Arabes de revoir leurs manuels scolaires dans cette optique on ne peut plus arbitraire, révisionniste et injuste, tant que nous y sommes.
La guerre des mots préfigure le rouleau compresseur des injustices. La sémantique n’est guère innocente, on ne le sait que trop. Aux Proche et Moyen-Orient, les mots sont par essence pipés, au gré des campagnes impériales, des occupations, libérations et remises au pas. Cela dure depuis les premiers chocs des Croisades au XIe siècle. Dans un illustre journal français, on a parlé il y a deux jours du "péril démographique posé par les Arabes". L’énième association d’idées entre "péril" et "Arabes" s’insinue douteusement. Et si jamais Avigdor Lieberman prône le transfert des Palestiniens, il y a là aussi matière à une implicite association d’idées entre "transfert" et "légitime défense".
On ne le redira jamais assez : les mots, eux aussi, tuent.
S.B.F.

http://www.lapresse.tn/index.php?opt=15&categ=6&news=98215

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