| BAGDAD (Reuters) — Au lendemain d'une série d'attentats à la bombe contre des mosquées chiites qui ont fait 31 morts, des Irakiens ont dit craindre hier qu'Al Qaïda ne tente de replonger le pays dans une guerre entre communautés, comme celle qui a failli faire éclater le pays il y a deux ans. |
| Les explosions de vendredi, survenues à quelques minutes d’intervalle, visaient cinq mosquées chiites de Bagdad et de ses environs à l’heure où les fidèles se rassemblaient pour la prière hebdomadaire. Elles ont fait au moins 130 blessés. "Pourquoi frapper des mosquées? Parce qu’ils veulent diviser les Irakiens, déclencher une guerre entre les deux confessions (sunnite et chiite)", commentait Karim Ali, 54 ans, en faisant ses courses sur un marché aux légumes du quartier bagdadi de Karrada. "Maintenant, je réfléchirai avant d’aller à la prière du vendredi." Aucun groupe n’a revendiqué les attentats, mais les rassemblements religieux chiites ont souvent été pris pour cibles par Al Qaïda, dont l’interprétation extrémiste de l’Islam sunnite présente les chiites comme des hérétiques. Les unités de combat de l’armée américaine s’étant retirées le mois dernier des centres urbains d’Irak, certains redoutent que les forces du pays, démantelées après l’intervention militaire américaine de 2003 et reconstituées à partir de zéro depuis, ne soient pas encore capables d’assurer la sécurité. Beaucoup d’Irakiens s’attendent à voir des activistes exploiter la moindre brèche dans les dispositifs de sécurité pour redéclencher le chaos. Des failles dans les forces de sécurité "Al Qaïda se remet à frapper les gens parce que les forces américaines ont quitté les villes. Je ne crois pas que les forces de sécurité s’en sortent très bien", a confié Hicham Sabah, lui-même policier et âgé de 21 ans. Le ministère irakien de la Santé a annoncé hier que le nombre de civils tués dans le pays était tombé à 224 en juillet, contre 373 en juin. Mais si la violence a fortement baissé depuis un an et demi, les activistes savent se faire discrets avant de lancer brusquement des attaques meurtrières. "Je n’ose pas aller dans les mosquées après ces attentats. ça va se reproduire", estime Salah Ibrahim, 36 ans, en arrosant la cour de sa boutique de vêtements. "Al Qaïda veut une guerre interconfessionnelle (...) et il y a des failles dans les forces de sécurité qui tentent de s’y opposer." En février 2006, l’explosion d’une bombe posée par des insurgés sunnites présumés avait détruit le dôme de la Mosquée d’Or de Samarra, l’un des hauts lieux du chiisme, ce qui avait suscité une orgie de meurtres et d’autres actes de représailles. L’armée américaine et les autorités irakiennes notent cependant que les tentatives d’Al Qaïda pour rallumer des foyers de violence comme en 2006-2007 ont échoué jusqu’ici. Elles s’inquiètent nettement plus du risque de violences entre la majorité arabe du pays et sa minorité kurde, qui s’opposent sur des enjeux territoriaux, politiques et économiques dans le Nord riche en pétrole. Nombre d’Irakiens doutent aussi que les chiites et les sunnites de Bagdad aient l’énergie voulue pour revenir aux affrontements d’il y a deux ou trois ans, période où les rues étaient jonchées de cadavres portant des marques de coups de feu et de tortures. "Si nous nous unissons, Al Qaïda ne parviendra pas à s’infiltrer parmi nous", estime Falah Hassan Mohammad, propriétaire d’un magasin d’outillage. http://www.lapresse.tn/index.php?opt=15&categ=6&news=98570 |