3 questions à
Nathan Brown,
directeur de l’Institut du Proche-Orient à l’Université de George Washington.
« Les obstacles qu’Obama affronte sont beaucoup moins importants qu’on ne le croyait »
Al-Ahram Hebdo : Pensez-vous que le président Barack Obama peut obliger Israël à faire des concessions afin de relancer le processus de paix, et ignorer les pressions du lobby juif ?
Nathan Brown : Tout d’abord, il faut savoir qu’il n’existe pas un seul lobby juif aux Etats-Unis. Il existe une variété de groupes juifs, mais la plupart sont plus orientés vers les questions intérieures que celles internationales, en dépit de leur soutien à Israël. Les juifs ont voté massivement pour Obama même si les positions de John McCain étaient plus favorables à Israël. Bien sûr, il existe un lobby très influent comme l’AIPAC, qui travaille de manière très efficace pour que les Américains aident Israël. A présent, Obama a été en mesure de mettre en place une politique qui s’écarte du gouvernement israélien et il l’a fait sans avoir à payer un prix politique pour trois raisons. Tout d’abord, il est très populaire de manière générale. Deuxièmement, le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, ne jouit pas d’une très grande confiance aux Etats-Unis. Troisièmement, les divergences avec Israël portent sur les colonies de Cisjordanie. Sur cette question précise, la plupart de ceux qui suivent la situation appuient la position américaine plutôt que celle israélienne. Donc, les obstacles qu’Obama devait affronter sur le plan interne sont beaucoup moins importants qu’on ne le croyait. En revanche, les obstacles sont plus importants dans la région car les Palestiniens sont divisés et le gouvernement israélien est belliqueux.
— Pensez-vous que le président Obama possède de nouvelles idées pour relancer le dialogue entre l’Autorité palestinienne et Israël ? L’administration Obama ne parle pas beaucoup du problème de Gaza qui est contrôlé par le Hamas ...
— Je ne pense pas qu’il existe de nouvelles idées pour le moment, en tout cas, rien n’a été évoqué. Mais on peut dire que l’administration Obama est beaucoup plus ouverte et moins rigide que celle de Georges Bush. Obama est prêt à reconsidérer les décisions politiques de son prédécesseur. Mais il n’a pas encore totalement développé sa propre approche. Les problèmes régionaux sont très profonds et ils ne seront pas faciles à résoudre.
— Le dialogue stratégique entre l’Egypte et les Etats-Unis a été gelé sous l’ancien président Georges Bush. Quelles sont à présent, selon vous, les perspectives de ce dialogue avec Obama ?
— Il est clair que l’administration Obama souhaite un niveau important de coopération stratégique avec Le Caire. Obama est prêt à abandonner la question des réformes politiques requises par l’administration précédente. Mais il est aussi préoccupé par le fait que le gouvernement égyptien est incapable de prendre des décisions et il n’est pas vraiment efficace dans la région. Bien sûr, il se tourne vers l’Egypte en tant que partenaire dans le traitement des questions régionales. Une approche fondée sur la conviction qu’il existe un chevauchement entre les objectifs stratégiques américains et égyptiens. Mais pour le moment, il est difficile de se prononcer sur les perspectives de ce dialogue.
Propos recueillis par Ch. A.