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Siné Hebdo : "La violence est contagieuse" par Michel Warschawski

                                                   Un mur à abattre

 

   LA VIOLENCE EST CONTAGIEUSE

                                        De notre correspondant permanent en Israël

 

 

La montée de la criminalité dans l’Etat hébreu semble attester qu’il ne peut y avoir de politique de guerre systématique sans que cela déteigne sur la société civile

 

Août et septembre ont toujours été, en Israël, des mois où les titres des journaux sont plus sanglants que le reste de l’année. La chaleur ? La folie dont on dit qu’elle est portée par le hamsin, ce sirocco du Proche-Orient ? Les enfants qui, entamant leur deuxième mois de vacances, s’ennuient à la maison et asticotent les adultes ? Toujours est-il que, ces derniers jours, les media israéliens s’interrogent sur la vague de violence qui traverse le pays.  Et notamment sur le meurtre de Béatrice Rodov et de sa fille par Elie Fahima l’amant de Béatrice, qui a disséminé des morceaux des corps de ses victimes aux quatre coins du pays …

La chaleur, le hamsin, les vacances … Et si l’occupation coloniale avait, elle aussi, un rapport avec la multiplication de ces crimes ? Rares sont ceux qui font le lien, à par évidemment, Gideon Levy* et quelques autres journalistes que l’on accuse d’être des « politico-obsessionnels ».

Leurs arguments semblent pourtant pleins de bon sens : une société qui résout systématiquement par la force militaire tous ses problèmes, réels ou imaginaires, qui occupe depuis plus de quatre décennies les terres de millions de Palestiniens et vole toutes leurs ressources, qui trouve normal que la majorité de la population autochtone ait dû, depuis plus de soixante ans, se réfugier hors des frontières de sa patrie, bref une société coloniale, est, dans on essence même, violente.

N’importe quel psychologue le confirmera, la violence ne peut se limiter aux relations à l’autre sans, tôt ou tard, devenir un problème intérieur. Israël n’est certes pas le seul pas au monde où sont commis des crimes passionnels. Mais le taux de violence domestique y est l’un des plus élevés du monde dit « occidental ».

Quant à la violence politique, elle aussi semble reprendre le dessus. Après l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, le ton avait baissé. La majorité de la classe politique paraissait avoir compris que les mots peuvent pousser certaines personnes à passer à l’acte. Qu’à force de représenter Rabin en uniforme nazi sur des posters, une partie de la droite avait pris le risque qu’on prenne l’analogie au pied de la lettre.  Ce qu’a prouvé Igal Amir en tirant ses deux balles fatales, fracassant ainsi le cadre de la démocratie (juive) israélienne.

Quatorze ans plus tard, la droite retombe dans ses travers. Le Premier ministre adjoint, le général Yaalon, décrit les militants de « La Paix maintenant » comme une cinquième colonne payée par un pouvoir étranger pour arrêter la colonisation, les marquant ainsi du sceau infâme de la traîtrise. Un discours d’autant plus incongru que ce mouvement n’est plus que l’ombre de lui-même.

Violence politique aussi que cette décision d’ouvrir des enquêtes sur le mouvement féministe  antimilitariste « Nouveau profil » et d’autres associations qui, par le passé, auraient été définies comme modérées. Violence encore que ce verdict inique qui condamne à une peine de prison sans précédent un chauffard (arabe) qui a eu la malchance de causer un accident de la route et de blesser des passants … le jour de Kippour.

Le score historique enregistré par l’extrême droite aux dernières élections n’est pas plus un accident que ne l’avait été, il  a trente ans, la perte du pouvoir par les travaillistes. Il s’agit bel et bien d’un glissement continu et permanent vers la droite de la classe politique, mais aussi de la société ans son ensemble.

 

Michel Warschawski

 

*Journaliste au quotidien Haaretz où il tient une chronique sur les exactions commises contre les Palestiniens.



Siné Hebdo est en vente dans les kiosques (2 euros) 



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