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| Au-delà des crises conjoncturelles | ||
| Par Pr Khalifa Chater Les Etats sont sujets à des différends, qui s’expliquent par des problèmes de voisinage, des clivages géopolitiques, des choix d’alliances, confortés par les spécificités de leurs cultures stratégiques. | ||
| C’est dans la nature des choses, dirait Lapalice. L’aire arabe n’échappe pas à la règle. Des malentendus conjoncturels peuvent mettre à l’épreuve le discours de solidarité. Mais le contexte de "l’épreuve arabe" peut créer des conditions d’exacerbation des conflits. Pis encore, certains médias câblés, à la recherche du sensationnel, pour ne pas dire autre chose, surmédiatisent certaines mini-crises, dans leur communication de l’information orientée, de certains jeux de rôles. Il faut savoir raison garder, distinguer la graine de l’ivraie, inscrire, pour les dissiper, les malentendus, dans leurs contextes. Dans ce cadre, le traitement par la Ligue des Etats arabes de la crise diplomatique entre Bagdad et Téhéran et les bons offices exercés par la Turquie ont mis en échec ceux qui veulent "pêcher en eaux troubles". Les deux pays voisins qui avaient rompu tous liens, il y a un quart de siècle, au début de la guerre entre l’Iran et l’Irak, avaient cependant amorcé un retour à la normale. Ayant renoué récemment leurs relations diplomatiques et effectué un échange d’ambassadeurs (octobre 2008), ils ont engagé une politique de rapprochement, illustrée par la visite du Premier ministre M. Al Maliki à Damas (18 août), au cours de laquelle avait été établi un "haut conseil de coopération stratégique". Mais une crise diplomatique a éclaté, mardi 25 août, entre l’Irak et la Syrie qui ont rappelé leurs ambassadeurs respectifs après que Bagdad eut exigé de son voisin l’extradition de personnes suspectées d’avoir ordonné des attentats meurtriers dans la capitale irakienne, qui ont fait, le 19 août, 95 morts. La vague des attentats en Irak a, certes, «contrarié» la réconciliation irako-syrienne, qui offrait pourtant l’opportunité de créer un "pôle de stabilité"; mais ne faut-il pas se concerter pour traiter, dans un climat de concorde, la question des "infiltrations", à travers les 400 km de la frontière syrienne avec l’Irak ? C’est la voie que la Ligue des Etats arabes a d’ailleurs privilégiée. On peut d’ores et déjà parler d’une éclaircie, mais des nuages demeurent. Faut-il surestimer, d’autre part, la crise au Liban, provoquée par les difficultés rencontrées par Saâd Hariri, pour former le gouvernement d’union nationale, revendication de la minorité. Le Premier ministre désigné a annoncé le jeudi 10 septembre qu’il renonçait à former un gouvernement d’union nationale, accusant le camp mené par le Hezbollah soutenu par la Syrie et l’Iran d’avoir entravé ses efforts. Mais ce n’est que partie remise. Le chef de la majorité (71 des 128 sièges du Parlement) va être de nouveau désigné Premier ministre, estiment les observateurs avertis. La volonté de concorde arabe et le nouvel épisode de violence entre le Liban et Israël permettraient de finaliser l’accord déjà réalisé sur la formule de répartition des portefeuilles. Fait important, mais que les médias ont curieusement occulté, les ministres de Turquie, d’Irak et de Syrie se sont réunis, à Ankara, jeudi 3 septembre, pour tenter d’examiner le problème du partage des eaux de l’Euphrate. Ce fleuve, qui prend sa source dans les montagnes du sud-est de la Turquie, traverse la Syrie et l’Irak avant de rejoindre le Tigre pour former le Chatt Al-Arab, frontière naturelle entre l’Irak et l’Iran. L’origine du problème, selon l’Irak, réside dans les nombreux barrages que la Turquie construit en amont depuis 30 ans pour l’irrigation des terres agricoles d’Anatolie du sud-est. Ces ouvrages lui permettent de réguler le débit des fleuves en fonction de ses besoins. Or Bagdad et, dans une moindre mesure, Damas craignent une "catastrophe" cet été, en cas de réduction de l’eau de l’Euphrate, qui fait vivre l’agriculture locale depuis des millénaires. Cette controverse sur le partage international des eaux des deux fleuves, le Tigre et l’Euphrate, est susceptible de susciter une grave discorde entre le triumvirat. Mais les trois acteurs semblent privilégier des solutions à l’amiable et pourquoi pas la construction d’un partenariat. Ils discréditeront la prophétie du scénarion-catastrophe des "guerres de l’eau" au Moyen-Orient que la sagesse des hommes saura mettre en échec. |