Israël visé par
le Tribunal Russell
Dans la lignée du Tribunal Russell sur le Vietnam, une entité internationale se met en place pour étudier le sort qu’Israël réserve aux Palestiniens au regard du Droit International. Des conclusions sans portée juridique.
Ahmed Ben Bella et Boutros Boutros-Ghali. Russell Banks et Marcel Francis-Kahn. Ken Loach et Raymond Aubrac. Susan George, Naomi Klein, Stéphane Hessel et même …. Eric Cantona ! La liste des personnalités qui soutiennent la création d’un Tribunal Russel sur la Palestine est aussi longue que prestigieuse, aussi internationale que hétéroclite. Tous, en tout cas, adhérent à l’idée selon laquelle la résolution du conflit israélo-palestinien passe par le respect du droit international. Et espèrent que le « tribunal », prévu pour siéger début 2010, parviendra à faire avancer les choses en portant un jugement sérieux, étayé par des enquêtes impartiales et s’appuyant sur les textes légaux, sur la situation des Palestiniens.
Mais au fait, se demandent sans doute les moins de 40 ans, pourquoi « Tribunal Russell » ? Un petit rappel historique s’impose. En 1966, Jean-Paul Sartre et Bertrand Russell, lauréat britannique du prix Nobel de littérature et auteur du livre War crimes in Vietnam, cofondaient un tribunal international des crimes de guerre. Dans le collimateur : la guerre du Vietnam, encore jeune, et les exactions des troupes américaines contre les populations civiles. En 1967, à l’issue des débats, le tribunal statuait : oui, les Américains ont commis des crimes de guerre au Vietnam ; oui, ils ont utilisé des armes prohibées ; oui, ils se sont rendus coupables de crimes de guerre contre le peuple vietnamien. Le retentissement fut énorme. « Nos rapports ont accéléré la fin de la guerre, se souvient Gisèle Halimi, qui présidait à l’époque une commission d’enquête. Ca a été une traînée de poudre dans les universités. Le peuple américain a pris conscience qu’il était complice de crimes de guerre ».
Un nouveau Tribunal Russell vit le jour en 1982 pour statuer sur les crimes commis u Congo par Mobutu, et un « tribunal mondial » siégea en 2003 et 2005 pour étudier l’intervention américaine en Irak. Avec un impact limité : malgré un authentique respect des procédures légales, les « jugements » restaient dépourvus de force juridique et se cantonnaient, en fait, à une condamnation morale. « Les Tribunaux Russell restent des événements symboliques, admet d’ailleurs Susan George, la cofondatrice d’Attac, qui soutient l’initiative. Mais les enquêtent sont menées très sérieusement et il est important de montrer que les condamnations viennent de partout. Ca a bien fonctionné, à une époque, avec l’Afrique du Sud ».
L’initiative peut-elle ébranler Israël comme elle ébranla les Etats-Unis ? Gisèle Halimi en doute : « L’ONU a déjà clairement condamné Israël, sans effet. Quant à la population israélienne, hormis une minorité très courageuse, elle reste persuadée qu’elle lutte pour sa survie et que cela excuse beaucoup de choses. Mais le jugement du tribunal sera un appel aux consciences, européennes notamment. Et peut-être pourra-t-il être transmis au Tribunal Pénal international de La Haye … »
Sollicitée, l’ambassade d’Israël en France dit n’avoir « aucun commentaire à faire » sur le Tribunal Russell. Mais l’accueil glacial réservé au récent rapport Goldstone, commandité par les Nations unies et réalisé sous la direction d’un magistrat sud-africain expérimenté, en dit long. Israël, qui a refusé de recevoir les enquêteurs, se dit « outré et déçu » par un rapport « partisan » qui négligerait les crimes commis par le Hamas et, finalement, « va envoyer un inquiétant message aux groupes terroristes du monde entier ». On reconnaît bien là le sens de la nuance des dirigeants israéliens ….
Olivier Marbot
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