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La Presse.tn (Tunisie) : "Présidence tchèque de l’UE Une parenthèse pro-israélienne" par Soufiane BEN FARHAT

Présidence tchèque de l’UE
Une parenthèse pro-israélienne

Par Soufiane BEN FARHAT

La présidence tournante tchèque de l’Union européenne est assurément à oublier. Passe encore pour son euroscepticisme avéré. On ne peut franchement pas assumer la présidence d’une instance si prestigieuse tout en la réfutant à tout bout de champ.

Il faut assumer, dans un sens comme dans l’autre. L’UE, c’est le cas de le dire, on l’aime ou on la quitte. On ne peut la présider et la récuser en même temps. Quand on s’avise de choisir entre la peste et le choléra, il y a risque d’être emporté par les deux fléaux.

Sur le plan international, la présidence tchèque de l’UE a été plus que problématique. Elle s’est caractérisée par un alignement sans faille des dirigeants tchèques sur la politique va-t-en guerre israélienne. Cela a commencé avec la guerre meurtrière israélienne dans la bande de Gaza en décembre-janvier derniers. Alors que les engins de combat israéliens mettaient la bande de Gaza à feu et à sang, Jiri Potuznik, porte-parole de la présidence tchèque, a raté une occasion de se taire. A l’en croire dans son communiqué du samedi 3 janvier 2009, "à l’heure actuelle et à la lumière des événements des jours derniers, nous estimons que cette mesure constitue une action défensive, et non offensive" !

Plus tard, Prague quittera, sans se concerter avec ses partenaires européens, la conférence de Genève sur le racisme (Durban II). Motif, Israël y est critiqué par les représentants de l’écrasante majorité de la communauté internationale. Et la récidive pro-israélienne ne s’en tient pas là, loin s’en faut. Dans un entretien au quotidien israélien Haaretz du 26 avril, Mirek Topolanek, Premier ministre tchèque, a critiqué la commissaire européenne chargée des relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner. Son "tort" c’est d’avoir "osé" réitérer une position de principe européenne. Elle venait de rappeler le refus de l’Union européenne de rehausser son accord d’association avec Israël tant que ce dernier ne s’engage pas en faveur de la création de deux Etats. Selon Mirek Topolanek, il s’agit d’une "déclaration vraiment hâtive qui ne vaut que ce que valent les déclarations d’un commissaire". Benita Ferrero-Waldner lui a simplement rappelé la décision adoptée par le Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement en décembre 2008. "Je lui conseille de lire les conclusions du Conseil", s’est-elle contentée de rétorquer. Dans ce même entretien au Haaretz, Topolanek s’en est pris à l’Union européenne coupable, à l’en croire, de "sous-estimer" la menace que représenterait l’Iran pour Israël.

Dans le registre du plus catholique que le pape, on ne peut faire pire.

Les Européens en râlent. Et se consolent en pensant que Prague passera le témoin de la présidence tournante à Stockholm le 1er juillet. Un diplomate français de haut rang a déclaré tout récemment : "J’ai dit à un collègue suédois que rarement une future présidence n’était attendue avec autant d’impatience" (cité par Jean Quatremer "La présidence tchèque, de Charybde en Scylla" avril 2009).

Directeur tchèque de Science-Po Dijon, Lukas Macek s’insurge dans Mladá Fronta DNES, le premier grand quotidien national de Tchéquie. "La République tchèque a beaucoup fait parler d’elle pendant ses six mois à la tête de l’Union. Mais c’est pour son euroscepticisme et son manque d’ambitions… C’est une chance gâchée… Nous nous plaignons toujours d’être une petite nation qui ne peut s’imposer. Et donc, nous ne faisons rien, en nous disant avec contentement : ’Ben voilà, nous l’avons toujours dit, tout est dicté par les Français et les Allemands !’. La présidence aurait pu nous redonner confiance. Elle aurait pu montrer que nous sommes un pays d’Europe qui sait gagner le respect des autres nations et obtenir des résultats…Ce sont avant tout nos politiciens qui font la réputation de la République Tchèque dans l’Union européenne et lui permettent d’être influente. Ils ont échoué à leur examen européen".

C’est un membre de la famille qui témoigne (wa chahida chahidoun min ahliha comme l’instruit le verset coranique). Il ne saurait être taxé de tchéco-scepticisme.

Osons espérer que la présidence tchèque de l’UE sera au bout du compte une anachronique parenthèse pro-israélienne. En laissant faire les élucubrations et hallucinations pro-israéliennes à la tête de ses institutions, l’Europe se dessert on ne peut pire. Lorsqu’on cherche ses alliés au loin et ses ennemis à proximité, on tente le diable. A ses risques et périls.

 

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