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| Le mauvais clone du processus de Barcelone | |
| Par Soufiane BEN FARHAT | |
| Lancée il y a un peu plus d’une année en grande pompe à Paris, l’UPM n’a toujours pas de signification pour les peuples de la région. A l’instar d’un nouveau-né dont on reconnaît vaguement la paternité mais qui peine à avoir une identité. Et dès lors qu’une institution ou une dynamique de groupe n’acquiert pas de visibilité auprès des peuples, elle végète dans une espèce d’éternel sursis à l’exécution. C’est que le projet est d’emblée mal parti, côté européen s’entend. L’idée initialement généreuse de la France était de réunir les 22 pays méditerranéens qui ont littéralement les pieds dans l’eau en plus du Portugal, de la Mauritanie et de la Jordanie. Cela devait pallier l’échec patent du processus dit de Barcelone initié en 1995 pour léguer, plus d’une décennie plus tard, un bilan en queue de poisson. Dès le départ, l’Espagne, l’Italie puis l’Allemagne ont farouchement combattu le projet initial. De fil en aiguille, de concessions en conciliabules secrets, le projet a été phagocyté. Le projet Union de la méditerranée est devenu "Processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée". C’est comme greffer un nouveau rameau sur un tronc agonisant. Les 22 partenaires méditerranéens initiaux ont été dilués dans une enceinte de plus de 50 pays et englobant tant la mer du Nord que la Baltique. Bien que grabataire, Barcelone a survécu. Et l’Union pour la Méditerranée en est le mauvais clone. Comme toujours, ce qui commence dans l’équivoque finit dans la compromission. Plusieurs médias internationaux ont rapporté la teneur de la réunion internationale organisée le 17 juin dernier à Berlin en vue de dresser le bilan de la première année de l’UPM. Le secrétaire d’Etat allemand aux Affaires européennes, Günter Gloser, a défini les priorités de l’agenda allemand : contrôler l’immigration clandestine en provenance du Sud de la Méditerranée, où de plus en plus de jeunes sont au chômage, et produire l’énergie solaire dans les pays du Maghreb pour la réimporter en Allemagne. Les vieux schémas ont la peau dure. Chassez les mauvais plis, ils reviennent au galop. Encore une fois, les régions du Sud sont réduites au statut du factotum, de l’homme-à-tout-faire, du prolétaire des nantis. Et encore une fois, on éternise les ingrédients de l’échec du processus de Barcelone. Initialement, le partenariat supposé du processus de Barcelone se déclinait en trois termes : politique, économique et socioculturel. Il s’agissait de faire de la Méditerranée une aire de paix et de stabilité, de créer une zone de libre-échange méditerranéenne à l’horizon 2010 et de renforcer les relations humaines et sociales transméditerranéennes. Il n’en fut strictement rien, hormis la libre circulation des capitaux européens au Sud. En même temps, l’Europe s’est érigée en forteresse hermétiquement close à la circulation des hommes du Sud. Triple ambition, triple échec, écrivions-nous sur ces mêmes colonnes il y a un peu plus d’une année. Le rapport Mediterra 2008 du Centre international des hautes études agronomiques méditerranéennes basé à Paris a été on ne peut plus explicite à ce propos : "Malheureusement, en l’espace d’une décennie, la promesse euroméditerranéenne s’est successivement transformée en prétention puis en déception. Prétention d’abord, car le partenariat n’a pas eu les moyens de ses ambitions. L’UE s’est prioritairement concentrée sur son élargissement à l’Est et n’est pas parvenue à développer une politique étrangère commune. Les ressources financières mobilisées au sein du programme MEDA se sont souvent révélées inopérantes. De leur côté, tous les pays partenaires méditerranéens n’ont pas suffisamment progressé dans l’ouverture et les réformes. Déception ensuite, car jusqu’à présent, aucun des trois grands objectifs de Barcelone ne s’est concrétisé. La région est plus que jamais secouée par les tensions, or le but était de la pacifier. L’intégration économique ne se fait pas, or une zone................... |