Écrit à partir des souvenirs d’enfance et d’adolescence d’Elia Suleiman, ajoutés à ceux de son père quand il était jeune adulte, les armes à la main, The Times that remains (le Temps qu’il reste) aurait pu se réduire au récit familial, celui de Palestiniens devenus des Arabes israéliens en 1948, à la création de l’État d’Israël, récit recoupant ainsi l’histoire du Proche-Orient. Une sorte de Porte du soleil – le film de Youri Nasrallah adapté du roman d’Elias Khoury –, mais dans une tonalité très différente, très personnelle, intimiste, archi-stylisée, et dont l'action se déroule à l'intérieur des frontières du nouvel état. Précisément à Nazareth.
Mais The times that remains est aussi un film au présent, où le cinéaste interprète son propre personnage, interrogeant implicitement celui qu'il est devenu par rapport à son pays, et de quelle manière il s'y inscrit. La superbe séquence d'ouverture est, de ce point de vue, réellement troublante. Installé à l'arrière d'un taxi qui l'a pris en course à l'aéroport, Elia Suleiman, à peine discernable, se tient dans la pénombre tandis que le chauffeur, au premier plan, finit par se perdre alors que s'abat un violent orage, et par demander de l'aide dans son émetteur radio, en demandant : "Où suis-je ?" Derrière lui, la silhouette d'Elia Suleiman reste de marbre, comme s'il fallait comprendre que l'homme qui revient dans son pays et dans ses souvenirs, est littéralement un revenant, un spectre, un fantôme, embarqué dans ce taxi tel un bateau malmené, puis échoué. La vision a quelque chose d'apocalyptique, qui restera comme une ombre portée sur (...) ..............
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