Un mur à abattre
Une alter intifada est possible
de notre correspondant permanent en Israël
Mohammed Khatib est un de ces nouveaux militants palestiniens, adeptes de la non-violence et partisans d'un combat populaire et international.
Vendredi 7 août, j'étais à la manifestation de Bil'in : les organisateurs avaient lancé un appel particulier à ceux qui ne viennent qu'irrégulièrement à cette action hebdomadaire. Ce n'est pas la première fois que j'écris sur cette manifestation menée par les habitants de ce village palestinien, victime du mur, soutenu par quelques dizaines d'anarchistes et de militants du mouvement international de solidarité.
Bil'in symbolise à la fois la résistance à l'occupation/colonisation de la Cisjordanie, et la concrétisation de ce qui donne un maximum d'efficacité au combat contre l'occupation : la coopération triangulaire des Palestiniens, des anticolonialistes israéliens et du mouvement international de solidarité.
Ce jour-là, il y avait plus de manifestants que d'habitude : beaucoup sont venus pour exprimer leur solidarité à Mohammad Khatib, arrêté le 3 août par les forces d'occupation israéliennes et libéré sous condition le 18 août en attendant son procès. Mohammad Khatib est un militant de cette nouvelle génération d'activistes palestiniens qui a voulu inscrire le combat contre le mur et pour la défense des terres de son village dans une double logique : la lutte populaire et non-violente et l'implication active des forces de solidarité israélienne et internationale. Si la première Intifada (1987-1990) a été un modèle de lutte populaire, les autorités israéliennes ont tout fait pour que cette expérience ne se répète pas, aidées par une partie de la direction nationale palestinienne qui voyait d'un mauvais oeil un mouvement de masse lui échapper. C'est ainsi que l'étape suivante du combat national a été dévoyée vers une pathétique confrontation militaire, dans laquelle les Palestiniens ne pesaient pas lourd.
Tirant le bilan de ce qu'on appelle à tort la Seconde Intifada, Mohammad Khatib et ses camarades décident de relancer une stratégie de lutte populaire mais qui saura cette fois s'appuyer sur les forces de solidarité israélienne et internationale. Ces jeunes militants appartiennent à la "génération Seattle", celle qui, à travers le monde, a donné un nouvel élan aux mobilisations sociales en affirmant : " Un autre monde est possible ". Même si pour beaucoup d'entre eux le mot "internationalisme" appartient à une langue ancienne, c'est bien de l'internationalisme du XXIe siècle qu'il s'agit: les relations directes créées avec les anarchistes contre le mur se sont faites comme s'il n'y avait pas de frontière entre Israël et les territoires palestiniens occupés, comme si, ensemble, on oeuvrait à un monde sans mur ni frontières. Ceci a été rendu possible parce que les militants israéliens ont su montrer qu'ils étaient prêts à payer (presque) le même prix que leurs amis palestiniens et à subir le même traitement de la part des forces d'occupation : blessures par balles, gaz lacrymogènes, détentions.
C'est aujourd'hui au tour de Mohammad Khatib d'être accusé de violence contre l'armée, lui qui a fait de la non-violence une stratégie politique, lui qui dirige un mouvement quotidiennement confronté à la dureté des forces d'occupation. Au moment où le gouvernement français se démène pour obtenir la libération du soldat Gilad Shalit, il serait de très mauvais goût qu'il reste silencieux sur la détention d'un militant pacifiste palestinien dont le seul crime est d'organiser des manifestations contre le mur de l'apartheid et pour la défense des terres de son village.
Michel Warschawski
Siné Hebdo est en vente dans les kiosques (2 euros)
Les articles et autres textes publiés ne reflètent pas obligatoirement les opinions du CJPP5, qui dénie toute responsabilité dans leurs contenus, lesquels n'engagent que leurs auteurs ou leurs traducteurs. Nous sommes attentifs à toute proposition d'ajouts ou de corrections.
Le contenu de ce site peut être librement diffusé aux seules conditions suivantes, impératives : mentionner clairement l'origine des articles, le nom du site et/ou du journal, ainsi que celui des traducteurs.