Un mur à abattre
Sanctionner les sanctionneurs
De notre correspondant permanent en Israël
Parce qu’il appelle au boycott international pour faire cesser la politique suicidaire de son pays, l’universitaire Neve Gordon a reçu la monnaie de sa pièce.
Dans une tribune publiée dans le Los Angeles Times , Neve Gordon, professeur à l’université de Beer-Sheva, a appelé à soutenir, partout à travers le monde, la campagne BDS-boycott, désinvestissement, sanctions. J’ai déjà expliqué le sens de cette campagne internationale visant à sanctionner Israël pour sa politique d’occupation-colonisation et ses violations systématiques du droit international et des centaines de résolutions de l’Onu concernant le conflit en Palestine. Depuis un an, cette campagne a pris son élan et on commence à voir ses effets en Israël.
Neve Gordon fait partie d’un groupe de militants israéliens qui a décidé de soutenir la campagne BDS à l’intérieur de la société israélienne. Ce groupe, Boycott de l’intérieur, a pour objectif d’apporter une caution israélienne à la revendication de faire payer ses crimes à l’Etat d’Israël, partant du constat que seule une position ferme de la communauté internationale peut forcer la main des dirigeants hébreux et leur imposer l’application du droit international. Or, respecter les règles du droit international est, en dernière analyse, l’intérêt premier des Israéliens, car l’alternative au droit est la loi du plus fort, qui risque tôt ou tard, d’être fatale pour le peuple israélien.
Participer, pour les Israéliens, à la campagne BDS signifie vouloir faire pencher la balance du côté de la loi de la jungle vers le règne du droit. C’est le choix qu’a fait le Pr Gordon avec quelques centaines d’autres militants.
Mal lui en a pris apparemment : les dirigeants de la communauté juive de Los Angeles viennent de demander à l’université Beer-Sheva d’expulser Gordon, faute de quoi ils cesseraient leur soutien financier et appelleraient à boycotter l’institution universitaire.
Rois à zéro pour Neve Gordon qui ne pouvait espérer mieux. La campagne BDS est mise en œuvre contre son université : à la fois le boycott, le désinvestissement et les sanctions. Son appel dans le Los Angeles Times a été reçu cinq sur cinq !
Cela dit, il est urgent que les universitaires du monde entier se mobilisent pour prendre sa défense, car Neve Gordon est menacé aujourd’hui dans sa profession. C’est de la liberté d’expression qu’il s’agit et du droit pour un citoyen de s’exprimer sur la politique de son pays. Que la communauté juive de Los Angeles garde son fric si la contrepartie est le contrôle du droit d’expression des universitaires israéliens dans les medias.
Quant à nous, en Israël, nous allons redoubler d’efforts pour soutenir la campagne internationale de sanctions contre notre Etat voyou. Il en va de l’hygiène publique des relations internationales.
Suivant l’exemple des militants blancs qui ont combattu l’Apartheid, nous disons haut et fort : « Sanctionnez notre pays pour nous ide à en faire un Etat de droit ! ».
Michel Warschawski
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