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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 08:26
Attaque à Istanbul : « Ça devient compliqué pour Erdogan »
 
 
 
Presse
2 janvier 2017
Interview de Didier Billion - Le Parisien
Les autorités turques recherchent toujours ce lundi l'auteur de l'attaque contre une boîte de nuit d'Istanbul qui a fait au moins 39 morts dans la nuit du réveillon. Quelques heures avant la revendication de l'attentat par Daech, Didier Billion, directeur adjoint de l'Iris, spécialiste de la Turquie et du Moyen-Orient, soulignait que l'organisation terroriste avait multiplié les attaques sur le sol turc depuis juillet 2015.
 

Le PKK kurde a nié toute implication dans cet attentat. C'est donc Daech ?

Le mode opératoire tout comme la cible semblent en effet désigner Daech. Les séparatistes kurdes s'en prennent généralement aux policiers et aux militaires, même si leurs actions tueDidier Billion, directeur adjoint de l'Iris, spécialiste de la Turquie et du Moyen-Orient.nt aussi des civils. Attaquer une boîte de nuit rappelle évidemment les attaques du 13 Novembre à Paris. Daech frappe les imaginaires, aveuglément. Une boîte de nuit est à leurs yeux un endroit de perdition, symbole de la décadence occidentale. Et facteur aggravant : en terre d'islam.

Pourquoi l'organisation cible autant la Turquie, qui l'a pourtant longtemps ménagée ?

Dans son obsession de vouloir renverser Assad en Syrie, le pouvoir turc a fait preuve de complaisance avec les djihadistes. Mais il y a deux ans, le président Erdogan, constatant qu'il était de plus en plus isolé, a révisé sa stratégie, allant même jusqu'à accepter depuis cet été qu'Assad participe au processus de transition ! Ankara s'est alors mis à cibler Daech qui se venge depuis juillet 2015 en multipliant les attentats sur le sol turc. C'est d'autant plus facile pour les djihadistes que la Turquie, qui abrite 3 millions de réfugiés syriens, a 900 km de frontière commune avec la Syrie.
 
 
Cette volte-face sur la Syrie est-elle liée à la question kurde ?
 
Clairement. Erdogan s'inquiète de voir les Kurdes syriens alliés au PKK turc, marquer des points en Syrie. Pas question pour Ankara de laisser se former un territoire autonome kurde à cheval sur les deux pays. Entre eux, c'est une course contre la montre, qui va notamment se jouer dans la prochaine bataille de Raqqa, le fief syrien de Daech.

La Turquie est donc prise dans un étau...

Le pouvoir est aux prises avec trois ennemis, ce qui fait beaucoup : Daech, le PKK kurde et les partisans du prédicateur Fethullah Gülen (accusés d'avoir voulu renverser Erdogan le 15 juillet). Le pouvoir turc a beau se prétendre très fort et museler les médias, il est extrêmement fragilisé par ces trois fronts. D'autant plus que les purges spectaculaires dans l'administration, l'armée et la police qui ont suivi le putsch raté n'arrangent pas la situation. Tout comme l'économie qui se dégrade depuis quelques mois. Pour Erdogan, cela devient très compliqué. Et personne, surtout pas l'Europe, n'a intérêt à ce que la Turquie soit trop affaiblie.

Propos recueillis par Charles De Saint Sauveur
 
 
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3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 08:44

Israël-Palestine: «L'Etat binational est un concept fourre-tout»

 

Par Joseph Confavreux

Comment expliquer le bras de fer tardif entre l’administration Obama et le gouvernement de Netanyahou ? Le discours prononcé par John Kerry sur Israël et la Palestine a-t-il une portée autre que symbolique ? Entretien avec l’historien Vincent Lemire.

 
Vincent Lemire est historien, maître de conférences à l’université Paris-Est / Marne-la-Vallée, directeur du projet européen «Open-Jerusalem ». Il vient de publier avec Katell Berthelot, Julien Loiseau et Yann Potin Jérusalem. Histoire d’une ville-monde (Champs-Flammarion).

Comment expliquer la très vive réaction de Netanyahou au discours de John Kerry qui n’énonce guère plus que ce que dit l’ONU depuis des décennies ? Est-ce un signe de fébrilité ?

C’est même un signe de faiblesse, totalement contre-productif. De même qu’il avait largement contribué à amplifier la polémique en critiquant les résolutions de l’Unesco sur Jérusalem en avril et en octobre derniers, Netanyahou crée de la tension et de la visibilité autour de ce discours, il met en scène l’isolement diplomatique croissant d’Israël, alors qu’il aurait pu se contenter d’un bref communiqué ironique sur le « testament diplomatique » d’une administration Obama sur le départ, puisque, effectivement, les paramètres posés par Kerry ne sont pas nouveaux.

Mais, selon moi, ce discours a quand même une portée historique, précisément parce qu’il est testamentaire. C’est un discours qui s’autorise à être vrai, sincère, avec une liberté de ton et de parole assez rare en diplomatie. Justement parce qu’il est sur le départ, Kerry peut se permettre de dire ses quatre vérités aux Israéliens, d’employer par exemple le mot de nakba, et d’essayer de sauver la possibilité d’une paix juste et durable, même si cette possibilité est infime.

C’est sans doute cette dimension historique qui fait réagir à ce point Netanyahou, en plus du fait qu’il a dans son gouvernement des ministres comme Naftali Bennett qui militent ouvertement contre une solution à deux États, et que par ailleurs il est personnellement encerclé par des affaires de corruption qui se rapprochent de plus en plus de lui. Or Israël, contrairement à d’autres pays, n’hésite pas à emprisonner ses dirigeants quand ils sont reconnus coupables (par exemple, récemment, l’ancien président Moshe Katsav et l’ancien premier ministre Ehud Olmert).

Ce discours de Kerry est donc autre chose qu’une communication hypocrite et tardive d’une administration Obama qui continue par ailleurs d’aider militairement et financièrement Israël, tout comme la dictature égyptienne en échange du maintien de la paix à la frontière sud d’Israël ?

On a assisté à l’intervention la moins hypocrite de Kerry depuis qu’il est secrétaire d’État. Il n’avait pas besoin de faire ce long discours, surtout après la résolution 2334 sur la colonisation. Il décide de s’exprimer pendant près d’une heure et demie, et seulement sur Israël et la Palestine. Le long développement qu’il a effectué sur la possibilité et les risques d’un État binational, en rappelant qu’il ne pourra alors pas être à la fois juif et démocratique, mais qu’il devra choisir entre ces deux exigences, cela avait déjà été formulé par de nombreux observateurs, mais jamais avec une telle netteté par un secrétaire d’État américain.

 

John Kerry
 
John Kerry
Le discours de Kerry est historique au sens premier du mot, en ce qu’il cristallise un moment historique, et il est paradoxal comme l’est le moment historique que traverse le Proche-Orient ; en tout cas il est puissant et ses effets seront durables, comme c’est le cas pour un testament. D’un côté, il marque la fin de la fin du processus d’Oslo, même s’il réanime au passage quelques pacifistes old-school en réactivant sur le plan théorique la solution à deux États. De l’autre, il décrit une situation qui est l’inverse de la solution à deux États, avec 600 000 colons en Cisjordanie et à Jérusalem-Est (100 000 de plus depuis l’arrivée d’Obama), et il place ainsi les dirigeants israéliens devant une responsabilité historique.

 

Il est vrai qu’on peut aussi faire le parallèle avec Bill Clinton et le sommet de Taba, en 2001, comme si les présidents américains en fin de mandat ramassaient le consensus minimal pour le transmettre à l’administration suivante. Il était frappant d’entendre Kerry répéter ce qu’a été la position américaine depuis des décennies, citer plusieurs fois George W. Bush, en précisant bien que cette position n’était pas « démocrate » ou « républicaine », mais américaine. En ce sens, ce discours s’adresse aussi à Trump et à ses soutiens… mais le problème est que Trump n’est ni démocrate, ni républicain, il est juste « Trump », par nature imprévisible et incontrôlable.

Peut-on voir aussi dans ce discours testamentaire une forme de chant du cygne de la diplomatie occidentale dans la région, quand on voit que le sort de la Syrie se décide aujourd’hui à Astana, au Kazakhstan, entre la Russie, la Turquie et l’Iran, sans les États-Unis et sans l’Europe ?

Effectivement, le sort du Proche-Orient ne semble plus se décider à Genève ou à New York. Après tout, un des axes majeurs de la politique d’Obama était de se retirer de la région, notamment d’Irak, parce que les interventions américaines dans la région se sont soldées par des échecs patents ; dans le même temps, la Russie fait un retour remarqué au Proche-Orient. Et on peut faire un lien entre l’agressivité de Netanyahou vis-à-vis d’Obama et son rapprochement avec Poutine, qui se rend fréquemment en Israël.

Il ne faut pas oublier que, jusqu’au début des années 1960, c’est l’URSS qui était l’allié privilégié d’Israël et fournissait le pays en armes, en même temps que la France, tandis que les États-Unis avaient promulgué un embargo sur les livraisons d’armes à Israël qui a couru jusqu’en 1962. Dans l’esprit de Netanyahou, il y a peut-être la possibilité d’une autre alliance, dirigée vers la Russie avec laquelle il a déjà un deal sécuritaire sur le Golan syrien ; mais c’est une prise de risque immense pour un premier ministre israélien que de fragiliser l’alliance historique avec les États-Unis en espérant un hypothétique soutien russe.

La « solution » à un ou deux États partage-t-elle de manière claire le champ politique israélien ?

Il faut souligner que l’option binationale n’est pas une idée récente ; ce qui a changé, c’est la couleur politique de ses porte-voix, et donc la définition même de cette option. En gros, ce qui était une idée « de gauche » et fondamentalement palestinienne est en train de devenir une idée portée par l’extrême droite israélienne. L’option binationale est très ancienne et elle s’est forgée au sein de nombreux foyers idéologiques, du côté palestinien comme du côté israélien. Il faut rappeler que jusqu’en 1974, et même jusqu’en 1988 dans la Charte de l’OLP, l’option binationale est l’option palestinienne défendue officiellement par l’OLP, et de façon encore plus surprenante c’est l’option qui demeure aujourd’hui la position officielle du Hamas, qui refuse les amendements introduits dans les années 1980 par l’OLP. Dans cette optique, l’État de Palestine irait de la Méditerranée au Jourdain et serait un État laïque et démocratique, où les différentes communautés pourraient coexister pacifiquement.

À l’origine, cette vision palestinienne était donc une déclinaison du droit du sol, une citoyenneté ouverte à vocation universaliste, qui insistait sur le fait qu’il ne pouvait exister sur ce territoire singulièrement mixte un État-nation homogène, mais seulement un État laïque et hétérogène. C’est d’ailleurs ce qui explique en grande partie l’attraction qu’a eue la cause palestinienne sur les extrêmes gauches occidentales. Le FPLP (Front populaire de Libération de la Palestine, tendance marxiste-léniniste de l’OLP) a été particulièrement engagé dans la défense de ce modèle binational. Finalement, c’est seulement le processus d’Oslo, au début des années 1990, qui a réactivé du côté palestinien la solution à deux États, l’un juif et l’autre arabe, solution prônée par l’ONU depuis le plan de partage de novembre 1947.

Côté israélien, le motif d’un État binational est également très ancien, porté notamment par Martin Buber et Judah Magnès au sein du Brit Shalom (« l’alliance pour la paix ») dans les années 1920. Ce sont alors des voix minoritaires, mais qui portent fortement au sein du mouvement sioniste. Cette vision est ensuite reprise par les sionistes marxistes du parti Mapam, sur une base ouvriériste, et on en retrouve encore quelques traces dans ce qu’est aujourd’hui le parti Meretz.

Plus près de nous, Edward Saïd s’était positionné explicitement pour l’option binationale. Encore plus récemment l’écrivain et intellectuel Avraham Yehoshua, clairement positionné à gauche, a publié une tribune en octobre 2015 en expliquant qu’il était depuis 1967 pour une solution à deux États, mais que ce n’était plus envisageable. D’abord parce qu’il a fallu mobiliser 50 000 militaires pour évacuer moins de 8 000 colons à Gaza, à une époque où l’armée israélienne était nettement moins religieuse qu’aujourd’hui, ce qui rend techniquement impossible l’évacuation de 500 000 ou 600 000 colons de Cisjordanie. Le journaliste et écrivain très marqué à gauche Gideon Levy a également changé d’avis et milite désormais pour un État binational, laïque, avec une stricte égalité des droits entre Juifs et Arabes.

Le retour de cette option binationale crée-t-elle aujourd’hui une situation nouvelle ?

Ce qui est nouveau, c’est que l’idée est reprise et captée par de plus en plus de sionistes religieux, qui ne sont plus du tout marginaux, puisqu’ils sont menés par des ministres de premier plan, comme Naftali Bennett, aujourd’hui ministre de l’éducation nationale dans le gouvernement Netanyahou. Que des membres puissants d’un gouvernement israélien explicitent l’idée que la solution à deux États a échoué et qu’il faut annexer la Cisjordanie, c’est effectivement un tournant historique dans l’histoire d’Israël et du mouvement sioniste.

Ce qui est également nouveau, c’est aussi que le président de l’État d’Israël Reuven Rivlin, qui vient du Likoud, dise qu’il faut créer un État démocratique sur la totalité du territoire, alors que la présidence était occupée avant lui par Shimon Pérès qui était le symbole même d’Oslo et de la solution à deux États. Mais si Rivlin et Bennett affichent tous les deux leur soutien à une solution binationale et s’ils sont tous les deux clairement à droite de l’échiquier politique israélien, ils ne parlent pas de la même chose. L’un est un vrai démocrate, l’autre un authentique colon, religieux, habité par une vision messianique du destin d’Israël. L’État binational est donc aujourd’hui un concept fourre-tout, utilisé de manière très ambiguë dans un moment où toutes les lignes politiques ont explosé.

Kerry a-t-il raison de souligner que l’État binational est en train de devenir une réalité sur le terrain ?

Oui, l’État binational existe aujourd’hui de fait parce que la souveraineté israélienne s’exerce partout dans l’ancienne Palestine mandataire, sauf à Gaza et dans les quelques confettis de la zone A qui s’apparentent à des bantoustans. En réalité, comme le dit Gideon Levy, de la Méditerranée au Jourdain, on a aujourd’hui un seul État souverain, une seule monnaie (le shekel), une seule direction politique, une seule armée, qui contrôle toutes les frontières. Un seul État souverain avec trois régimes politiques distincts : un régime démocratique pour les Juifs ; un régime de discriminations pour les Palestiniens israéliens ; et un régime d’apartheid pour les Palestiniens de Cisjordanie.

Le discours de Kerry pointe précisément cela, en démontrant que la déclaration faite en juin 2009 à l’université de Bar-Ilan par Netanyahou, qui faisait mine d’accepter la solution à deux États, était en réalité un plan de communication externe destinée à la seule communauté internationale, alors qu’en interne le discours était tout à fait différent et que toute la politique de son gouvernement allait à l’encontre de cette option, en soutenant les colons par tous les moyens matériels et idéologiques. Kerry dit aujourd’hui aux Israéliens : l’État binational vers lequel vous allez à toute vitesse ne peut pas être à la fois juif et démocratique, il sera l’un ou l’autre, et donc les fondements mêmes de votre projeIsraël-Palestine: «L'Etat binational est un concept fourre-tout»

Par Joseph Confavreux
Comment la question démographique et la question démocratique s'emboîtent-elles aujourd’hui ?

Les deux verrous qui s’opposent à l’option binationale sont effectivement l’horizon démocratique et l’horizon démographique, et ce sont les deux arguments forts que Kerry a opposés aux Israéliens dans son discours du 28 décembre dernier. Car derrière la controverse théorique et rhétorique sur un ou deux États, il y a concrètement la question de qui est aujourd’hui et de qui sera demain majoritaire et minoritaire, à la fois sur le plan démographique et sur le plan juridico-politique. La Cisjordanie compte environ 2,3 millions de Palestiniens et 600 000 colons, dont 200 000 autour de Jérusalem. Avec un taux de fécondité supérieur à 4 enfants par femme, alors que côté israélien on est autour de 3 enfants par femme, la démographie joue pour les Palestiniens, ce qui a de quoi faire paniquer l’opinion publique israélienne.

Face à cette situation démographique, l’option d’un État binational « de droite » est assez pragmatique : c’est l’annexion de la zone C, qui compose 60 % du territoire de la Cisjordanie. Il faut rappeler que le plan de partage de 1947 sur la Palestine mandataire proposait 55 % du territoire pour l’État juif et 45 % pour l’État palestinien, sachant qu’on estimait alors la propriété juive à moins de 15 % du territoire. Après la guerre de 1948-1949, Israël est installé sur 78 % de la Palestine mandataire, dans des frontières internationalement reconnues. Kerry a rappelé exactement ces chiffres en citant Shimon Pérès et en suggérant qu’il valait mieux sécuriser ces 78 % plutôt que de se lancer dans des aventures au-delà de la ligne verte de 1949-1967.

Avec l’annexion de la seule zone C, le territoire israélien occuperait 90 % de la Palestine mandataire. L’intérêt pour la droite israélienne est que la zone C englobe une grande partie des colonies et ne compte « que » 150 000 Palestiniens. Cela ne modifierait donc guère l’équilibre démographique actuel, puisque Israël compte déjà environ 1,5 million de citoyens d’origine palestinienne. Dans la vision de l’extrême droite israélienne, il resterait donc les zones A et B, représentant moins de 10 % du territoire de l’ancienne Palestine mandataire avec plus de 2 millions de Palestiniens enfermés dans ces bantoustans, puisqu’il ne serait pas plus question qu’aujourd’hui de les autoriser à voyager, à s’installer à Tel-Aviv ou à Beer-Sheva, à concourir pour les emplois publics ou à intégrer l’armée. C’est vraiment un retournement historique puisqu’il faut se souvenir que ces zones A, B et C sont à l’origine des concepts cartographiques et juridiques forgés à Oslo et destinés à fixer les trois étapes de la restitution de la Cisjordanie aux Palestiniens !

Mais face à ce « binationalisme de droite », l’argument de Kerry est robuste. Il rappelle aux Israéliens que, s’ils font cela, ils auront un État juif, mais pas démocratique. Ce sera en effet un « État d’apartheid » – il a déjà utilisé le terme publiquement – et un État d’apartheid est destiné à sombrer, comme l’a montré l’exemple sud-africain. À l’inverse, si l’égalité de droits était accordée aux Palestiniens annexés, alors Israël serait bien un État démocratique mais ne serait plus un État juif, parce qu’à l’échéance d’une vingtaine d’années, les Palestiniens seraient majoritaires et pourraient accessoirement décider de se rendre aux urnes.

La démographie est fondamentale parce qu’elle traduit ce qui se passe dans l’intimité des familles et dans la profondeur du « pays réel ». La résistance palestinienne, brisée militairement et politiquement, s’est déplacée sur le plan démographique, à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem. Il faut rappeler qu’à Jérusalem, la population juive a été multipliée par 2,5 depuis 1967, alors que dans le même temps la population palestinienne a été multipliée par 4, et cela sans permis de construire et donc presque sans augmentation du nombre de mètres carrés disponibles. Un indice de fécondité de quatre enfants par femme, alors que le niveau d’éducation et l’encadrement médical est un des plus élevés du monde arabe, constitue une aberration statistique qui ne s’explique que par une démographie de résistance qui pose d’énormes problèmes à Israël sur le long terme.

Finalement, avec les victoires diplomatiques récentes (Unesco, ONU), la démographie est la seule stratégie qui s’est révélée gagnante pour les Palestiniens. Même si l’orthodoxisation de Jérusalem-Ouest et l’augmentation corollaire de l’indice de fécondité côté israélien ralentissent cette tendance, la population palestinienne à Jérusalem est aujourd’hui de presque 40 % alors qu’elle n’était que de 25 % en 1967. Une minorité de 5 % ou 10 %, vous pouvez toujours envisager de la marginaliser efficacement ou de la dissoudre, comme les anciennes populations indiennes autochtones d’Amérique du Nord. Mais pas une minorité de 40 %, surtout si elle continue de s’accroître.

Vous êtes spécialiste de l’histoire de Jérusalem. Le discours de John Kerry d’une part et la possibilité évoquée par Donal Trump d’installer l’ambassade américaine à Jérusalem d’autre part constituent-ils des tournants ?

 

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Oui, sans aucun doute. Dans son paramètre numéro 4, Kerry ne dit rien de neuf en affirmant que Jérusalem doit être « la capitale des deux États », Israël et la Palestine. Mais il le dit de façon plus ferme et surtout il abandonne le paradigme Clinton qui était de fait fondé sur une division de la ville, posant d’infinis problèmes et donc hautement improbable. En passant d’un paradigme de la division à un paradigme du partage, même si les modalités pratiques restent à préciser, Kerry met le doigt sur un point fondamental : alors que Jérusalem est souvent décrite comme le nœud du problème israélo-palestinien, son histoire nous apprend qu’elle est au contraire le lieu – le seul – où pourrait s’inventer le début d’une solution, concrètement, et à brève échéance. Jérusalem n’est pas le nœud du conflit ; les deux points vraiment durs, ce sont les colonies du côté israélien et la question des réfugiés du côté palestinien.

 

Par ailleurs, il faut arrêter de dire que Donald Trump bluffe sur le transfert de l’ambassade à Jérusalem. La nomination annoncée de David Friedman comme ambassadeur des États-Unis en Israël est déjà très inquiétante : Friedman se situe politiquement à la droite de Netanyahou ! Mais on peut dire aussi, comme l’ont fait certains activistes, qu’il est tout à fait logique que les ambassades américaine ou française s’installent à Jérusalem, mais qu’il en faut deux, une pour Israël et une pour la Palestine, puisque il n’y a pas d’autre option possible que Jérusalem soit la capitale à la fois des Palestiniens et des Israéliens.

Techniquement, cela ne pose pas de problèmes particuliers. Bruxelles est à la fois la capitale d’un État (la Belgique), de deux nations (la Flandre et la Wallonie) et d’une entité supranationale (l’Europe) et cela fonctionne, même si les quartiers ne se ressemblent pas et s’agencent diversement entre eux. Par chance, Jérusalem se trouve encore aujourd’hui sur la frontière entre Israël et la Palestine : on peut y accéder des deux côtés, et cela permet d’en faire la capitale légitime et effectives des Israéliens et des Palestiniens, que ce soit dans le cadre d’une solution à deux États ou à un État avec une structure fédérale. Non seulement Jérusalem n’est pas le principal problème, mais on peut même imaginer que ce soit le premier palier d’une solution future. Il existe d’autres exemples de villes dans le monde qui ont des statuts compliqués avec des souverainetés emboîtées et des impôts levés à plusieurs niveaux. Dans le livre Jérusalem – Histoire d’une ville-monde, nous avons montré que l’histoire de cette ville, sur la longue durée, est fondamentalement supranationale. C’est pour cela que Jérusalem est un lieu possible d’expérimentations et peut-être même de solutions.t national sont en péril.

 

 

 

https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/311216/israel-palestine-letat-binational-est-un-concept-fourre-tout

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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 11:02
Israël-Palestine: les testaments de Kerry et Obama
 
 
 
Par René Backmann

En l’espace de cinq jours fin décembre 2016, les États-Unis ont pris, dans le conflit israélo-palestinien, deux initiatives diplomatiques spectaculaires. Mais elles surviennent huit années trop tard et juste avant l’arrivée de l’administration Trump, une des plus inquiétantes de l’histoire américaine, qui pourrait faire le jeu d’Israël.

En l’espace de cinq jours, les États-Unis viennent de prendre, dans le conflit israélo-palestinien, deux initiatives diplomatiques spectaculaires. Décidées au début du double mandat de Barack Obama, en 2009, ou à l’occasion d’un des multiples moments de grande tension, voire d’affrontements, qui ont jalonné ces huit années, ces deux initiatives auraient manifesté la détermination et le courage politique de l’administration Obama, face à ce dossier épineux.

La première a été, le 23 décembre 2016, la décision de ne pas faire obstacle – en choisissant l’abstention au lieu d’opposer un veto – à l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies de la résolution 2334 condamnant la poursuite de la colonisation de la Cisjordanie par Israël. La seconde a été un véritable discours bilan du secrétaire d’État John Kerry, en forme de réquisitoire contre la politique risquée de Benjamin Netanyahou, complété par l’exposé détaillé d’un plan de paix en six points, à mettre en œuvre « lorsque les parties seront prêtes ».

Annoncées fin décembre, à moins d’un mois de la fin du mandat du président démocrate, ces deux initiatives soulignent au contraire le caractère irrésolu et pusillanime d’une administration incapable, huit années durant, d’exposer une vision et de faire entendre raison à un protégé choyé mais ingrat, conforté dans son mépris du droit international par une trop longue impunité.

Elles rappellent aussi la responsabilité majeure d’Israël, adepte, en diplomatie, de l’immobilisme et du statu quo mais engagé, sur le terrain, dans une stratégie de colonisation et d’annexions de territoires. Le tout sous le regard du grand allié américain, garant de la sécurité et d’une bonne part, au moins, de la prospérité de l’État juif. Donc, complice.

Et pourtant, moins de cinq mois après son entrée à la Maison Blanche, en janvier 2009, Barack Obama avait donné l’impression d’avoir clairement mesuré les dimensions du problème et évalué les responsabilités en prononçant devant les étudiants de l’Université du Caire un long discours, jalonné de références au Coran, dans lequel il qualifiait « d’intolérable » la situation du peuple palestinien soumis aux « humiliations grandes et petites de l’occupation » et affirmait que « les États-Unis n’acceptent pas la légitimité de la continuation des colonies israéliennes ». Accueilli avec bienveillance dans le monde arabe, ce discours, qui ressemblait fort à un programme de politique étrangère pour la région avait soulevé de réels espoirs parmi les Palestiniens, pourtant gravement échaudés par une succession de négociations avortées depuis la signature des accords d’Oslo en septembre 1993. Le gouvernement israélien avait répondu en renouvelant son engagement en faveur de la paix, en acceptant une négociation avec Washington – restée vaine – sur un « gel » provisoire de la colonisation… tout en confirmant la poursuite de la construction de 2 480 logements dans des colonies de Cisjordanie.

Huit ans plus tard, c’est – encore et toujours – sur cette insoluble contradiction de la politique israélienne que la représentante de Washington aux Nations unies a fondé son explication de vote, avant de s’abstenir pour permettre l’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 2334. Après avoir rappelé que le nombre de colons en Cisjordanie s’était accru de 355 000 depuis la signature des accords d’Oslo, Samantha Power a fait observer, à l’intention évidente de Benjamin Netanyahou, qu’on « ne peut simultanément défendre l’expansion des colonies israéliennes et défendre, pour mettre un terme au conflit, une solution à deux États viable. On doit faire le choix entre les colonies et la séparation ».

Le même constat était au centre du long discours prononcé mercredi dernier par le secrétaire d’État John Kerry. Dans cette intervention d’une heure un quart, dont le ton parfois passionné en disait long sur la déception et la colère éprouvées par le premier secrétaire d’État d’Obama, après l’échec de sa mission de médiation en 2014, John Kerry s’est livré à une analyse détaillée des responsabilités dans l’échec du processus de paix. Sans épargner les dirigeants palestiniens, accusés notamment d’indulgence face aux actes de terrorisme commis contre des civils israéliens, ou – dans le cas du Hamas – de refuser l’existence même d’Israël, il s’est longuement attardé sur le risque mortel que représente pour la solution à deux États la poursuite de la politique menée par Benjamin Netanyahou.

« Il nous faut être clair sur ce qui se passe en Cisjordanie, a-t-il insisté. Le premier ministre [israélien] soutient publiquement la solution à deux États mais sa coalition actuelle est la plus à droite de l’histoire d’Israël, avec un programme guidé par ses éléments les plus extrémistes. Le résultat est que la politique de ce gouvernement, que le premier ministre en personne présente comme “le plus engagé dans la colonisation qu’aucun autre dans toute l’histoire israélienne”, est orientée dans la direction opposée aux déclarations officielles du premier ministre. […] Je ne pense pas que beaucoup de gens en Israël et, certainement, dans le monde aient la moindre idée du caractère général et systématique que ce processus a revêtu. Mais les faits parlent pour eux-mêmes. Le nombre de colons dans les quelque 130 colonies situées à l’est de la ligne de 1967 [qui définit la « frontière » de la Cisjordanie – ndlr] ne cesse de croître. La population des colons en Cisjordanie, à l’exclusion de Jérusalem-Est, s’est accrue […] de 100 000 depuis l’arrivée au pouvoir du président Obama. »

Netanyahou ne s’estime redevable de rien

Pour John Kerry, qui admet avoir abordé cette question au cours de « centaines de conversations » avec Netanyahou, la politique de colonisation et d’annexions suivie par le premier ministre israélien et sa majorité conduit tout droit à l’apparition d’un État unique. C’est-à-dire à une entité au sein de laquelle les Palestiniens ne pourront pas ne pas revendiquer leurs droits à devenir des citoyens. « Comment interroge-t-il, Israël pourrait-il concilier une occupation permanente avec ses idéaux démocratiques ? Comment les États-Unis pourront-ils continuer à défendre cela et demeurer fidèle à leurs idéaux démocratiques. »

C’est au nom de l’amour des États-Unis pour Israël, explique le secrétaire d’État, et pas seulement pour rendre justice aux Palestiniens, qu’il faut sortir de ce piège mortel et revenir à la table de négociations, avec comme objectif de base la coexistence de deux États, un israélien et un palestinien, avec Jérusalem, capitale internationalement reconnue des deux États. Raison pour laquelle il a conclu son discours par l’exposé de son plan de paix en six points.

L’étonnant dans cet épisode de bilans, de testaments ou de règlements de comptes, rendu plus dramatique encore par l’arrivée prochaine à la Maison Blanche de Donald Trump, soutien déclaré et inconditionnel de Netanyahou, c’est qu’il arrive si tard. Car l’essentiel des informations utilisées par John Kerry pour dresser son impitoyable panorama de la situation en Cisjordanie, mais aussi à Gaza, était connu depuis longtemps. Elles figuraient non seulement dans la presse israélienne, mais aussi dans les documents des ONG ou des agences de l’ONU sur le terrain. Elles se trouvaient aussi dans les rapports du Quartet et année après année, de plus en plus précises et détaillées, dans ceux des diplomates de l’Union européenne en poste à Jérusalem.

On peut donc se féliciter du soudain raidissement de l’administration Obama, mais déplorer qu’il soit aussi tardif et largement dû à la volonté du président américain de régler un compte avec le partenaire impossible que fut Netanyahou. Et peut-être au désir de compliquer l’entrée en fonction d’un successeur qu’il n’estime pas, pour dire le moins. Après tout, le président américain, dont la presse a tenu, mois après mois la chronique des désaccords et rencontres glaciales ou orageuses avec Benjamin Netanyahou, n’a pas manqué d’occasions, depuis huit ans, pour dire son fait à un protégé aussi peu reconnaissant et, souvent si discourtois.

Un protégé si habitué à abuser sans conditions du parapluie diplomatique et militaire américain qu’il ne s’estime redevable de rien lorsqu’il bénéficie d’une aide militaire de 38 milliards de dollars sur dix ans, en augmentation de 20 % par rapport à la décennie précédente. Un protégé si résolu à ne rien céder qu’il a réussi à épuiser la patience et la bonne volonté d’émissaires aussi bien disposés que le sénateur George Mitchell en 2011 ou John Kerry en 2014.

Soyons juste : Netanyahou n’a pas été le seul ni le premier chef de gouvernement israélien à bénéficier de l’extrême bienveillance de l’administration américaine. Après l’échec des négociations, mal préparées et hâtives de Camp David, entre Yasser Arafat et Ehud Barak en juillet 2000, puis de Taba, en janvier 2001, le premier ministre israélien avait réussi, avec l’aide du président américain Bill Clinton, à répandre l’idée que le responsable du fiasco était Yasser Arafat, coupable d’avoir repoussé, pour des raison idéologiques une proposition « très généreuse ».

On sait désormais grâce aux témoignages de certains participants et aux livres de Charles Enderlin (1) ou Clayton E. Swisher (2) que la vérité était bien différente et que Barak, au plus bas dans les sondage – et sur le point d’être chassé du pouvoir par Ariel Sharon –, n’a pas fait preuve d’un courage politique exceptionnel aux moments décisifs…

L’histoire de ces relations complexes entre Israël et les États-Unis, où le protecteur plie l’échine devant le protégé, et l’exposé détaillé et officiel de la situation sur le terrain par le secrétaire d’État américain en personne, influenceront-ils demain les choix d’une nouvelle administration américaine ? L’avenir le dira. Ce qui est sûr, c’est que ce ne sera pas le cas de la prochaine. Face au gouvernement et à la coalition parlementaire les plus à droite et les plus colonisateurs et annexionnistes de l’histoire d’Israël, arrivera dans trois semaines au pouvoir à Washington l’une des administrations les plus étranges et inquiétantes de l’histoire des États-Unis. Une administration qui s’avère déjà encore plus favorable à Israël que toutes celles qui l’ont précédée depuis des décennies.

Donald Trump, on le sait, affirme être un admirateur et un ami de longue date de Netanyahou. Qui le lui rend bien. Le « président-élu » a immédiatement volé au secours du premier ministre israélien, après le vote de la résolution 2334, en lui promettant des jours meilleurs dès qu’il aurait pris ses fonctions. Il est même déjà question du transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, réclamée de manière récurrente par la droite israélienne comme par certaines organisations de la communauté juive américaine. Un terrain a même déjà été choisi, au sud de la ville, près de la route d’Hébron.

L’ambassadeur désigné par Donald Trump pour représenter Washington en Israël, David Friedman, est un avocat spécialiste des faillites, juif religieux, propriétaire d’une résidence à Jérusalem et, surtout, président des Amis américains de la yeshiva de la colonie de Beit El, près de Ramallah. Yeshiva dont l’animateur s’est opposé, en 1993, aux accords d’Oslo, puis en 2005 à l’évacuation par Sharon des colonies de la bande de Gaza. Farouche partisan de la colonisation, il ne cache pas sa haine pour les organisations juives favorables à la paix. Les militants de J Street sont à ses yeux des « kapos ».

Tout aussi dépourvu d’expérience diplomatique que David Friedman, Jason Greenblatt, qui vient d’être choisi par Trump comme « négociateur international » en charge notamment du Proche-Orient, est également avocat. Spécialiste des marchés immobiliers, il a fait carrière au sein de la Trump organisation. Juif conservateur, il a fait un long séjour dans les années 1980 à la yeshiva Hesder Har Etzion, dans la colonie d’Alon Shvut, entre Bethléem et Hébron. Comme les autres étudiants de ce type de yeshiva, il a consacré un an et demi à sa formation militaire et plus de deux ans à l’étude approfondie de la Torah. Et c’est dans deux établissements religieux, voués aux études talmudiques, qu’il a complété son éducation aux États-Unis avant d’obtenir un diplôme de droit de la New York University.

Trump au pouvoir, quelle sera l’influence des hommes de confiance qu’il vient de nommer et des membres de sa famille comme son incontournable gendre Jared Kushner, animateur d’une fondation qui finance, elle aussi, la colonisation ? Quelle sera sa stratégie au Proche-Orient où la résolution 2334, désormais officiellement acceptée par Washington, risque de s’avérer encombrante ? Et sur quelles bases diplomatiques le nouveau président américain entend-il se fonder s’il maintient son projet de réussir ce qu’il appelle « la négociation ultime » : la paix entre Israéliens et Palestiniens ?


  • 1) Le Rêve brisé, Charles Enderlin, Fayard 2002
    2) The Truth about Camp David, Clayton E. Swisher, Nation Books, 2004

 

 

https://www.mediapart.fr/journal/international/010117/israel-palestine-les-testaments-de-kerry-et-obama

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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 10:49

Netanyahou a déclaré à la Nouvelle-Zélande que soutenir le vote de l’ONU serait « une déclaration de guerre »

 

 

Le Premier ministre israélien aurait prévenu qu’un appui à la motion sur les colonies « romprait les relations » entre les deux pays.

Peter Beaumont, Julian Borger, Kate Shuttleworth - The Guardian, dimanche 1er janvier 2017

Benjamin Netanyahu aurait dit au ministre néo-zélandais des Affaires étrangères que le soutien à une résolution de l’ONU condamnant la construction de colonies israéliennes dans les territoires occupés serait considéré comme une "déclaration de guerre".

Selon des rapports dans les médias israéliens, le Premier ministre israélien a appelé Murray McCully, le ministre des Affaires étrangères de Nouvelle-Zélande, avant la résolution de vendredi, qui a été coparrainée par Wellington. Netanyahou lui a dit : "C’est une décision scandaleuse. Je vous demande de ne pas l’appuyer et de ne pas la promouvoir. “

"Si vous continuez à promouvoir cette résolution, de notre point de vue, ce sera une déclaration de guerre. Elle rompra nos relations et il y aura des conséquences. Nous rappellerons notre ambassadeur [de la Nouvelle-Zélande] à Jérusalem.“

McCully, cependant, a refusé de reculer, disant à Netanyahu : "Cette résolution est conforme à notre politique et nous allons la faire avancer."

Un diplomate occidental a confirmé que cet appel a bien eu lieu et il a décrit la conversation comme “dure“.

Les détails de l’appel - révélés dans Haaretz - suggèrent un sentiment de panique grandissant de la part de Netanyahou dans la préparation de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, votée vendredi, et qui demande la fin de la construction de colonies.

Outre l’appel de Netanyahou, un haut responsable du ministère israélien des Affaires étrangères a appelé l’ambassadeur néo-zélandais en Israël, Jonathan Curr, et a averti que si la résolution était soumise au vote, Israël pourrait fermer son ambassade à Wellington en guise de protestation.

Israël a répondu au vote avec rage, menaçant les pays qui ont voté positivement de représailles diplomatiques. Les relations diplomatiques avec la Nouvelle-Zélande ont été interrompues temporairement et l’ambassadeur Itzhak Gerberg a été rappelé.

Mais, signe que la pression internationale a peut être un effet sur l’administration Netanyahu, la discussion prévue concernant l’approbation de 600 nouvelles constructions dans Jérusalem Est occupée a été brusquement retirée de l’ordre du jour de la municipalité de la ville mercredi.

Le langage et le comportement de Netanyahou - qui a conduit à réprimander des ambassadeurs et à annuler des consultations avec des dirigeants étrangers, y compris avec la britannique Theresa May, - a fait froncer les sourcils des diplomates étrangers, qui soulignent que la résolution de l’ONU ne fait que confirmer la vision de longue date de la communauté internationale sur les colonies juives.

Plus tard, mercredi, le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, fera un discours pour exposer les grandes lignes des paramètres selon lesquels l’administration Obama envisage un règlement du processus de paix au Moyen-Orient.

Le discours de Kerry, moins d’un mois avant le départ de Barack Obama, devrait être le dernier mot du gouvernement actuel sur un conflit de plusieurs décennies que Kerry avait espéré résoudre pendant ses quatre années au sommet de la diplomatie américaine.

Il pourrait également être vu en Israël comme une dernière flèche contre Netanyahu, qui a eu une relation acrimonieuse avec Obama depuis qu’ils ont tous deux pris le pouvoir en 2009. Le ministre israélien de la sécurité publique, Gilad Erdan, a déclaré à la radio de l’armée israélienne que le discours prévu était "un acte pathétique " et "antidémocratique".

Les États-Unis ont rompu vendredi avec une approche de longue date visant à protéger diplomatiquement Israël et se sont abstenus lors d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies adoptée par 14 pays pour et aucun contre.

Un journal égyptien soutenant le président du pays, Abdel Fatah al-Sisi, a rapporté comme provenant de la fuite d’une note, une prétendue confirmation des allégations d’Israël que l’administration Obama et les responsables palestiniens auraient coordonné leurs positions sur le libellé de la résolution pour permettre aux Etats-Unis de s’abstenir. Le département d’Etat a démenti le rapport.

Traduit de l’anglais RP/AFPS

Lien pour accéder à l'article original (en anglais) :
 

 

http://www.france-palestine.org/Netanyahou-a-declare-a-la-Nouvelle-Zelande-que-soutenir-le-vote-de-l-ONU-serait

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31 décembre 2016 6 31 /12 /décembre /2016 10:27
Israël-Palestine: la résolution 2334 ou la vengeance d’Obama
 
 
 
Par René Backmann

En choisissant, pour la première fois depuis des décennies, de ne pas opposer son veto à une résolution condamnant la colonisation israélienne en Cisjordanie, le président américain a provoqué la fureur de Netanyahou et de Trump. Il offre aux Palestiniens une victoire symbolique, qui ne change rien à leur sort mais pourrait faciliter le boycott des produits des territoires occupés.

Saluée par les dirigeants palestiniens comme « une victoire du droit international » et dénoncée par les responsables israéliens comme « honteuse », voire « antisémite », la résolution 2334, adoptée vendredi 23 décembre par le Conseil de sécurité des Nations unies, ne mérite en réalité ni cet excès d’honneur ni cette indignité. Elle sera pourtant tenue pour historique, aussi bien en raison de son contenu que des conditions dans lesquelles elle a été adoptée.

Plus de 35 ans après la résolution 465 de mars 1980, qui dénonçait – déjà – l’extension des colonies israéliennes, jugées illégales, le texte qui vient d’être adopté affirme que l’établissement de colonies israéliennes des territoires occupés « constitue une violation flagrante du droit international et un obstacle majeur à la mise en œuvre de la solution à deux États et à l’instauration d’une paix totale, juste et durable ». Il demande en conséquence à Israël de « cesser immédiatement et complètement toute activité de colonisation dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est et de respecter toutes ses obligations légales dans ce domaine ».
Lire le texte intégral ici : (pdf, 168.4 kB)

La résolution appelle, en outre, « tous les États à faire la distinction, dans leurs relations, entre le territoire de l’État d’Israël et les territoires occupés depuis 1967 ». Après avoir appelé à l’adoption de mesures immédiates pour « empêcher tous les actes de violence contre les civils, y compris les actes de terrorisme et les actes de provocation et destruction », le texte juge urgentes « l’intensification et l’accélération des efforts diplomatiques internationaux et régionaux » sur la base notamment « des Résolutions pertinentes des Nations unies, des termes de référence de la conférence de Madrid et de la feuille de route du Quartet ».

En conclusion, le document souligne les efforts en cours « pour faire progresser l’Initiative de paix arabe, l’initiative de la France en vue de réunir une conférence de paix internationale, les récents efforts du Quartet ainsi que ceux de l’Égypte et de la Fédération de Russie ».

Rien de radicalement nouveau, de fait, par rapport au texte de 1980 et surtout par rapport aux derniers rapports du Quartet et des chefs de missions diplomatiques de l’Union européenne à Jérusalem, qui relèvent les mêmes violations du droit impunies, par Israël et la même responsabilité de l’État juif dans la poursuite d’une stratégie de colonisation qui constitue un obstacle décisif sur la voie de la paix. Mais en 1980, on ne comptait que 12 500 colons en Cisjordanie, contre 450 000 aujourd’hui, auxquels il faut ajouter près de 200 000 autres colons établis à Jérusalem-Est.

Cette augmentation continue, en nombre et en taille, des colonies israéliennes, reliées entre elles par un réseau routier dense, protégé et étroitement surveillé, a littéralement disloqué la continuité territoriale de la Cisjordanie, transformée en une « peau de léopard » de cantons épars. Évolution qui rend pratiquement impossible la création d’un État palestinien indépendant et viable en Cisjordanie. Ce qui a, depuis des années, fait voler en éclats la solution à deux États, longtemps tenue pour la meilleure, sinon la seule clé d’une issue pacifique au conflit. Compte tenu de la gravité de la situation, au cœur d’un Moyen-Orient éruptif, du désespoir croissant des Palestiniens, de la colère menaçante de la jeunesse en Cisjordanie comme dans la bande de Gaza, et de l’obstination impunie d’Israël à multiplier, depuis un demi-siècle, les faits accomplis sur le terrain, en dénonçant toute critique comme une manifestation d’antisémitisme, le texte du Conseil de sécurité n’a rien d’inattendu ou d’agressif. D’autant qu’il ne comporte aucun dispositif de coercition, aucune menace de rétorsion ou de sanction, au regret de certains alliés des Palestiniens, qui l’auraient souhaité plus vigoureux.

S’il a cependant provoqué des réactions d’indignation démesurées au sein du gouvernement israélien et chez les partisans de Benjamin Netanyahou à l’étranger, s’il est d’ores et déjà tenu par les Palestiniens pour historique, c’est surtout en fait parce qu’il a été adopté au Conseil de sécurité par 14 voix – sur quinze – et une abstention (1). Celle de Washington.

Après avoir, à de multiples reprises depuis près d’un demi-siècle, mis leur veto à des textes qui condamnaient ou dénonçaient l’occupation et la colonisation israélienne et leurs conséquences, après avoir encore opposé leur veto à une résolution sur Israël en février 2011, les États-Unis ont décidé vendredi dernier de ne pas faire obstacle à l’adoption de cette résolution. Pourquoi ?

Les raisons sont multiples. Après avoir rappelé que les États-Unis « ont constamment déclaré qu’ils bloqueraient toute résolution qui mettrait en péril la sécurité d’Israël, ou chercherait à imposer une solution au conflit », la représentante de Washington aux Nations unies, Samantha Power, a affirmé dans son explication de vote que « le problème de la colonisation est devenu si grave qu’il met en péril la viabilité même de la solution à deux États ».

Visant directement le premier ministre israélien, la diplomate américaine, ancienne journaliste, a fait observer qu’on « ne peut simultanément défendre la colonisation et défendre la solution à deux États pour mettre fin au conflit. On doit faire un choix entre les colonies et la séparation ». Certes la diplomatie américaine aurait pu faire, à peu de chose près, le même constat, et en tirer les mêmes conclusions il y a huit ans, lorsque Barack Obama est arrivé au pouvoir.

Certes, le président américain avait déjà en juin 2009, dans son discours du Caire, affirmé que « les États-Unis n’acceptent pas la légitimité de la poursuite de la colonisation israélienne ». Mais après avoir fait naître de brefs et vains espoirs chez les Palestiniens, la diplomatie d’Obama, qui cherchait surtout à extirper les États-Unis d’un Moyen-Orient trop compliqué, a buté à domicile sur le poids des réseaux de soutiens à Israël et s’est heurtée, sur le terrain, à l’obstination de Benjamin Netanyahou, résolu à défendre sa stratégie du statu quo, et aux querelles et convulsions des pays arabes.

L’hostilité manifeste du premier ministre israélien à l’égard de ce président noir, dont une partie des ascendants étaient musulmans, ainsi que sa propension à mobiliser sans scrupule, au sein du Congrès, comme dans la société civile américaine, les « amis d’Israël » pour contrer, sans excès de scrupule ou de courtoisie, les initiatives de la Maison Blanche, avaient installé entre les deux hommes un climat de méfiance, une antipathie réciproque qui ont littéralement pourri les relations entre Israël et son puissant allié et protecteur.

Sans chercher à le cacher, Barack Obama n’a supporté pendant les huit dernières années ni le rejet par Netanyahou de toute relance d’un dialogue sérieux avec les Palestiniens, ni les efforts du premier ministre israélien pour combattre et discréditer les négociations nucléaires avec l’Iran, présentées comme une démonstration accablante de la naïveté américaine. Ce qui n’a pas empêché Washington d’allouer, en septembre dernier à Israël, une aide militaire de 38 milliards de dollars, sur 10 ans, en augmentation de 20 % par rapport à la décennie précédente.

« Une résolution absurde »

En réponse à cette contribution majeure à sa sécurité – la plus généreuse de toute l’histoire des États-Unis –, le gouvernement israélien, qui s’était engagé à ne pas construire de nouvelle colonie en Cisjordanie, a annoncé la construction de 300 nouveaux logements dans la colonie de Shilo, en Cisjordanie. Cette ultime mauvaise manière, suivie de l’élection de Donald Trump, qui proclame sa vive sympathie pour Netanyahou et s’apprête à entrer à la Maison Blanche escorté par une armée de conseillers partisans – et même parfois financiers – de la colonisation de la Cisjordanie, n’a pas été pour rien dans l’intention d’Obama de faire un geste en faveur des Palestiniens avant de quitter ses fonctions.

  1. depuis des mois dans les chancelleries comme dans la presse, ce projet du président américain a provoqué en Israël une véritable mobilisation générale diplomatique lorsque l’information a commencé à circuler, il y a quelques semaines, que les Palestiniens avaient l’intention de proposer de nouveau au Conseil de sécurité le projet de résolution condamnant la colonisation israélienne, préparé au mois de mars, mais en le modifiant légèrement pour qu’il puisse être accepté par Washington.

Concentrant leur offensive sur les 15 membres du Conseil, en commençant par l’Égypte, qui était chargée de présenter le projet de texte, les dirigeants israéliens, qui n’avaient pas hésité à mobiliser Donald Trump à leurs côtés, ont cru avoir marqué un point décisif, lorsqu’à la veille du vote, le général-président égyptien al-Sissi, qui venait de s’entretenir longuement avec Benjamin Netanyahou et avec Donald Trump, a annoncé qu’il demandait un report du vote. Mais la Nouvelle-Zélande, le Venezuela, la Malaisie et le Sénégal ont pris le relai de l’Égypte et présenté au vote le texte qui a été discuté et adopté comme prévu par le Conseil de sécurité.

« Israël rejette cette résolution anti-israélienne honteuse des Nations unies et ne s’y conformera pas », a immédiatement répliqué le bureau du Premier ministre israélien, confirmant une longue histoire de mépris total des résolutions internationales par Israël. « Israël, poursuivait le communiqué, attend avec impatience de travailler avec le président élu Donald Trump et avec tous nos amis au Congrès, républicains comme démocrates, pour neutraliser les effets néfastes de cette résolution absurde. »

Dans la foulée, Israël a annoncé le rappel de ses ambassadeurs au Sénégal et en Nouvelle-Zélande, « pour consultation », supprimé les programmes d’aide dont bénéficiait Dakar et annulé les visites prévues en Israël des ministres des affaires étrangères de plusieurs pays qui avaient voté en faveur de la résolution. Pour Netanyahou, aux prises à domicile avec les surenchères de son ministre de l’éducation Naftali Bennett, défenseur acharné de la colonisation et partisan de l’annexion pure et simple d’une bonne partie de la Cisjordanie, ce n’est pas seulement un « grand camouflet », comme le relève le porte-parole du président palestinien, mais un revers politique majeur et multiforme.

À l’intérieur d’abord, où cet échec affaiblit sa position face au clan des colons qui constitue une partie décisive de la majorité parlementaire et de son électorat. Après avoir échoué dans sa tentative d’empêcher la conclusion d’un accord international avec l’Iran, négocié sous l’autorité des États-Unis, voici Bibi « l’Américain » piégé par le refus exceptionnel de Washington d’opposer son veto à une résolution qui condamne sa politique.

  • l’étranger ensuite. Non seulement son nouvel ami « stratégique », Vladimir Poutine, mais aussi ses nouveaux partenaires chinois ont voté la résolution. Mais son futur allié Donald Trump n’a pas été plus écouté que lui par le voisin égyptien al-Sissi qui a fini, lui aussi, par voter le texte. « Le vote du Conseil de sécurité, écrit dans Haaretz Chemi Shalev, a provoqué la chute de Netanyahou de l’hubris à l’humiliation. » Et d’autres mauvais moments sont à craindre pour le premier ministre israélien avec le discours que devrait faire, début janvier, peut-être à Paris, John Kerry, qui travaille à une intervention dans laquelle il livrerait les conclusions tirées de ses négociations avortées et sa vision d’une solution à deux États.

Du côté palestinien, même si personne ne nourrit d’illusions excessives après le vote de cette résolution, cette « victoire diplomatique » qui justifie le choix stratégique, fait depuis des années par les dirigeants, du recours aux Nations unies et de l’internationalisation de la solution, est considérée comme un succès beaucoup plus que symbolique. « D’abord, explique un négociateur, la résolution qui confirme la violation du droit international nous ouvre les portes de la Cour pénale internationale puisque nous avons porté plainte contre la colonisation comme violation du droit de la guerre. Ensuite, en appelant à faire la distinction, dans les relations et les transactions entre le territoire israélien et le territoire palestinien occupé, elle donne un quitus aux États qui voudront boycotter les produits des colonies. Enfin, elle qualifie à plusieurs reprises Jérusalem-Est de “ville occupée”, ce qui va sérieusement compliquer le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, si Trump s’y obstine. Et ce qui fournit une argumentation juridique supplémentaire dans d’éventuelles discussions sur la “capitale unifiée” telle que la qualifie Israël. »

« C’est vrai, constate dans Haaretz l’éditorialiste Gideon Levy, la résolution n’a pas de valeur concrète, la nouvelle administration américaine a promis de l’effacer. Mais deux questions demeurent : pourquoi les Palestiniens ne méritent-ils pas exactement ce que les Israéliens méritent ? Et jusqu’à quel point un pays, avec tout son pouvoir de lobbying, ses armes et sa haute technologie peut-il ignorer le reste du monde ? »

--------------------

1) Le Conseil de sécurité des Nations unies est composé de cinq membres permanents (Chine, États-Unis, France, Royaume Uni, Russie), auxquels s’ajoutent dix membres non permanents élus par l’assemblée générale, par groupes de cinq pour un mandat de deux ans. Les membres non permanents du Conseil de sécurité actuel sont l’Angola, l’Égypte, l’Espagne, le Japon, la Malaisie, la Nouvelle-Zélande, le Sénégal, l’Ukraine, le Venezuela et l’Uruguay.

 

https://www.mediapart.fr/journal/international/251216/israel-palestine-la-resolution-2334-ou-la-vengeance-d-obama?page_article=2

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30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 10:49
Palestine : reprise des négociations si Israël cesse ses colonisations
 
 

Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, accepte de rouvrir les négociations si Israël cesse "toutes ses activités de colonisation".

Source AFP
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Après avoir rappelé son engagement « pour une paix juste », Mahmoud Abbas a dit continuer sa coopération étroite avec la France en vue de la réussite de la conférence internationale sur le Proche-Orient qui se tiendra le 15 janvier à Paris. La France organisera cette conférence, avec quelque 70 pays, mais sans les Israéliens ni les Palestiniens, pour réitérer le soutien de la communauté internationale à une solution au conflit israélo-palestinien sur la base de deux États. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a d'ailleurs salué le discours « courageux » de John Kerry. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a, lui, dénoncé un « discours biaisé » contre Israël.
 
 
 
 
 
 
http://www.lepoint.fr/monde/palestine-reprise-des-negociations-si-israel-cesse-ses-colonisations-28-12-2016-2093450_24.php
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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 11:47

Colonisation. Netanyahou mis face à ses responsabilités

 
 
 
Gaël De Santis
Jeudi, 29 Décembre, 2016
 
 
L'Humanité
afp

Dans son discours, prononcé hier, le chef de la diplomatie des États-Unis a expliqué le refus de l’administration Obama de mettre son veto à la résolution condamnant la colonisation de la Cisjordanie : la politique de Netanyahou empêche la « viabilité d’une solution à deux États », a défendu John Kerry.

C’est un nouveau camouflet à Benyamin Netanyahou que vient d’adresser l’administration Obama, hier, moins d’une semaine après avoir laissé passer, au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies, une résolution condamnant la colonisation israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Le secrétaire d’État des États-Unis, John Kerry, a, hier, fait une longue déclaration expliquant ce vote. Pour lui, la colonisation empêche la « viabilité d’une solution à deux États ».

Or, elle a été une constante de la politique israélienne ces dernières années. Kerry a rappelé qu’il y a aujourd’hui 270 000 colons de plus en Cisjordanie et à Jérusalem-Est qu’avant les accords d’Oslo et 100 000 colons de plus qu’avant l’arrivée de Barack Obama en 2009. Cette situation empêche « un État palestinien viable ». Il fait savoir aux autorités israéliennes que le fait que Washington n’ait pas opposé son veto vendredi dernier, s’abstenant et autorisant ainsi le vote par quatorze membres du Conseil de sécurité de la résolution ne pouvait constituer une surprise. « Cette résolution réaffirme les principes énoncés par le Conseil de sécurité » au sujet du règlement du conflit.

Pour autant, le chef de la diplomatie a repris des fondamentaux de la position états-unienne, blâmant l’Autorité palestinienne et le Fatah pour ne « pas condamner certains actes terroristes ». Il a vanté le bilan de l’administration Obama, qui a usé son veto à plusieurs reprises à des résolutions « non équilibrées » et rappelé qu’elle a débloqué des fonds en faveur de la défense d’Israël. En effet, les États-Unis viennent de programmer une aide militaire de 38 milliards de dollars (36,5 milliards d’euros) pour les dix prochaines années.

John Kerry avertit Israël : la solution à deux États est le seul moyen « pour permettre la réalisation des aspirations nationales de deux peuples ». En l’occurrence, pour Israël, un État juif et démocratique, en paix avec ses voisins. Il a érigé les États-Unis en premiers défenseurs de cette cause, laissant entendre que la politique israélienne actuelle s’en éloignait.

Alors que le 20 décembre Donald Trump sera investi président des États-Unis, John Kerry a tenu à rappeler les jalons de la ligne défendue par les précédentes administrations : la création de deux États, dans les frontières de 1967, avec des échanges équitables de territoires pour « tenir compte des réalités sur le terrain » ; un accord sur le sort des réfugiés palestiniens ; le partage de Jérusalem, qui deviendrait capitale des deux États, avec un accès aux lieux saints ; la satisfaction des besoins de sécurité d’Israël et la fin de la colonisation. Ce haussement de ton de la part de Kerry, annoncé depuis plusieurs jours, a déjà des effets concrets sur le terrain, Israël se sentant plus que jamais isolé. La municipalité de Jérusalem, qui devait hier attribuer des permis de construire dans la partie orientale de la ville, a suspendu son projet. « Le président du comité de planification nous a dit que (la question des permis) avait été retirée de l’ordre du jour à la demande du premier ministre, de façon à éviter un conflit avec le gouvernement américain juste avant le discours de Kerry ce soir », a déclaré Hanan Rubin, conseiller municipal.

Les États-Unis ne sont pas seuls à pouvoir peser. L’Union européenne aussi a un rôle à jouer, elle qui est le premier partenaire commercial d’Israël, et qui absorbe 35,8 % de ses exportations et finance une partie de sa recherche et développement dans les branches de l’électronique, de l’aéronautique et de l’armement par le truchement de subventions.

 

 

http://www.humanite.fr/colonisation-netanyahou-mis-face-ses-responsabilites-629390

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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 11:45
 
 
 
 

Vera Baboun, une voix libre à Bethléem

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Première femme à devenir maire de Bethléem, cette Palestinienne chrétienne veut être facteur de changement dans le contexte enlisé du conflit.

Vera Baboun a été élue maire de Bethléem il y a quatre ans. Elle représente le Fatah, le parti de Mahmoud Abbas. / Neal Badache pour La Croix

Casque jaune vissé sur la tête, elle avance d’un pas décidé dans les rues désertes et sombres de la petite ville italienne de Norcia, au centre de la péninsule, durement frappée par un violent tremblement de terre quelques semaines plus tôt. En ce mois de décembre, le froid est mordant.

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De part et d’autre de la voie, les vitrines des commerces laissent entrevoir les chaises renversées, des objets éparpillés sur le sol. Arrivée sur la place centrale de la commune, considérée comme l’un des plus jolis bourgs du pays, Vera Baboun stoppe net, visiblement émue. Sous ses yeux, la place Saint-Benoît semble un champ de ruines. De la basilique médiévale, il ne reste que la façade.

Sa vie bascule en septembre 1990, trois ans après le début de l’Intifada

« Cette ville a été éprouvée, comme l’est la mienne, je ne pouvais pas repartir chez moi sans manifester ma proximité dans la souffrance des Italiens frappés par cette tragédie. » Chez elle, c’est Bethléem, ville palestinienne dont elle est maire depuis 2012, loin de l’Italie où elle est en déplacement ce jour-là à l’invitation de la mairie d’Assise, liée par un jumelage à sa ville.

Des épreuves, cette femme, vêtue sobrement, coiffée et maquillée avec soin, en a aussi traversé avant de devenir la première femme à occuper ce poste, comme elle le raconte dans son livre Pour l’amour de Bethléem. Ma ville emmurée, écrit avec Philippe Demenet et paru chez Bayard en novembre (1).

> Lire aussi : La colère de la jeunesse palestinienne

En septembre 1990, trois ans après le début de l’Intifada, le soulèvement palestinien contre Israël (2), sa vie bascule. Vera se souvient de cette nuit du 19 septembre comme si c’était hier. « Ils ont frappé à minuit quinze. » Plusieurs soldats israéliens en armes sont à la porte. « Ils ont réclamé mon mari, par son nom, Johnny », explique-t-elle. « Je leur ai simplement demandé de ne pas faire de bruit pour ne pas réveiller mes enfants : je ne voulais pas qu’ils restent avec cette image, qui les aurait traumatisés à vie. »

« Lorsqu’ils ont fermé la porte de notre petit appartement, j’ai dit à mon mari, qu’ils emmenaient, comme c’est l’usage en arabe : que Dieu te garde, poursuit-elle. Je n’avais aucune idée de ce qui était en train de se passer. »

« Quelque chose s’était brisé dans son regard »

Johnny incarcéré pour faits de résistance – non violente, elle tient à le préciser –, la jeune femme de 26 ans se retrouve seule avec trois enfants en bas âge, et sans nouvelles de lui pendant plusieurs semaines.

Un jour, alors que les soldats repassent chez elle pour récupérer une clé dans le garage automobile que dirigeait son mari, ils lui proposent, comme une faveur, de venir le voir. « Il attendait, menotté dans une voiture un peu plus haut. Je l’ai vu par la fenêtre. Ses yeux étaient toujours aussi bleus et aussi beaux, mais quelque chose s’était brisé dans son regard. »

Désemparée, Vera sait qu’elle ne peut pas baisser les bras. Alors qu’elle cherche un emploi pour subvenir aux besoins de sa famille, on lui propose d’enseigner l’anglais à l’université de Bethléem qui vient de rouvrir après avoir été fermée durant la « guerre des pierres ». Bientôt, elle se rend compte que ce salaire ne peut suffire, et pour parvenir à un poste plus important, décide de commencer un master à l’Université hébraïque de Jérusalem.

« Le corps de la femme est son premier territoire, et sa force première est la puissance de sa voix… »<br/>Vera Baboun
 

« Le corps de la femme est son premier territoire, et sa force première est la puissance de sa voix… »
Vera Baboun

 

« Les bénédictions et les grâces se cachent au cœur des souffrances »

« Vous imaginez ? En pleine Intifada, une Palestinienne se rendant à Jérusalem pour des études dans un établissement israélien ! », lance-t-elle l’index levé, comme étonnée de sa propre audace. D’où lui est venue cette force ? « J’ai cru en moi, même quand j’étais la seule à le faire. »

Ces trois années séparées de son mari seront fondatrices. Un jour, alors qu’elle revient avec ses enfants d’une visite à la prison, Vera se souvient d’une phrase entendue des années auparavant, dans une homélie prononcée par un prêtre à Sainte-Catherine, l’église latine adjacente à la basilique de la Nativité. « Les bénédictions et les grâces se cachent au cœur des souffrances. » Elle en fera sa devise.

À sa sortie de prison, Johnny souffre de plusieurs problèmes de santé, liés au stress et aux conditions de détention. Mais le couple se soutiendra encore plusieurs années dans la maladie – Vera subira elle aussi une importante opération – et dans l’éducation des enfants – deux autres naîtront entre-temps –, jusqu’à sa mort, en 2007. La douleur est vive. Mais là encore, elle ne peut abandonner. « Je lui dois bien ça ; Johnny a tant donné pour sa famille et pour son pays… »

« Les pires des murs, ce sont ceux que nous intériorisons »

Aujourd’hui, de son bureau, elle contemple au quotidien la place de la Mangeoire, où se trouve la basilique qui abrite le lieu identifié comme celui de la naissance du Christ. « J’y puise mon courage, l’envie de continuer de me battre pour Bethléem et pour la Palestine, dit-elle. Ici, c’est tous les jours Noël, car nous vivons avec ce mystère de l’Incarnation sous notre regard en permanence, mais chaque jour porte aussi son lot de difficultés. »

Encerclée par le mur de séparation érigé par Israël à partir de 2002 et cernée par de nombreuses colonies, la ville souffre de l’étranglement économique, entraînant chômage et exil. « Les pires des murs, clame-t-elle pourtant, ce sont ceux que nous intériorisons. »

Résister. Encore et toujours. Y compris contre « la haine qui pourrait naître dans son peuple ». Comme un leitmotiv, ce mot revient dans la vie de cette femme aux traits énergiques, où apparaissent ponctuellement des expressions de douceur.

Femme, chrétienne, palestinienne

« Nous sommes un peuple résilient, mais cela ne doit pas se transformer en acceptation d’une situation injuste. » Elle poursuit : « Il faut nous aimer nous-mêmes, aimer nos corps, que l’occupation voudrait contraindre, aimer nos bras, nos jambes, nos voix, tout ce qui nous constitue. »

Femme, chrétienne, palestinienne. Femme dans un monde où le pouvoir appartient aux hommes, chrétienne dans une ville à majorité musulmane, Palestinienne et donc citoyenne d’un pays occupé : autant d’identités qui auraient pu l’enfermer, à l’image de ce mur « qui défigure nos collines ».

Avant de partir pour Norcia, Vera Baboun a voulu saluer les clarisses. Après s’être entretenue avec elles au parloir, elle passe dans l’église Sainte-Claire, qui conserve notamment le célèbre crucifix de saint Damien, celui qui, selon la tradition, s’adressa au « Poverello » pour lui demander de « rebâtir sa maison en ruines ».

> Lire aussi : A l’Arche de Bethléem, musulmans et chrétiens cultivent la joie

« Ma famille est toujours passée avant ma vie professionnelle »

Même si le temps presse, elle veut se recueillir quelques instants. Elle tombe à genoux. La femme orientale, la foi chevillée au corps, prend le dessus. « C’est dans la Croix que je me ressource, sans elle, il n’y a pas de salut. »

Peu après, en voiture sur les routes vallonnées de l’Ombrie, elle évoque sa famille. « J’ai élevé mes enfants et je crois ne m’être pas trop mal débrouillée », sourit-elle, malicieuse, en évoquant ses trois filles et ses deux garçons. « Ma famille est toujours passée avant ma vie professionnelle, sans cela, rien n’a de sens, mais maintenant qu’ils sont adultes, je peux servir dans une autre mission. »

Une mission qu’elle n’aurait jamais envisagée. Devenue directrice d’un établissement scolaire après la mort de son mari, Vera Baboun se rapproche du Fatah, le parti du président Mahmoud Abbas, dont elle apprécie « les efforts diplomatiques » pour défendre la cause palestinienne, ayant abouti à la reconnaissance d’un État par l’ONU en 2012.

Faire entendre sa voix

Mais quelle n’est pas sa surprise lorsqu’elle reçoit une lettre lui demandant de représenter cette formation politique aux élections municipales ! En dépit des réticences initiales de sa famille, elle relève le défi, mène campagne et remporte la victoire, il y a maintenant quatre ans.

« Toute ma vie a été un apprentissage pour construire mon langage, faire entendre ma voix, afin de pouvoir m’exprimer librement et d’être actrice dans la société. »

Fière, elle porte son histoire en bandoulière, mais attend d’« être jugée sur son action politique, pas sur ce qu’elle représente ». « Je n’ai pas la prétention de changer les choses, précise cette battante, mais je veux être un facteur de changement. »

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coups de cœur

Un auteur : Toni Morrison

« Au cours de mes études en littérature anglophone, l’auteur qui m’a le plus rejointe a été sans aucun doute l’Afro-Américaine Toni Morrison, prix Nobel de littérature en 1993. Dans son roman Beloved, chaque mot me touche au cœur. Elle parle d’esclavage et de libération, de conscience de soi, de son corps, de féminité et de voix qui ne se laissent pas étouffer.

C’est grâce à elle que j’ai souhaité me spécialiser en littérature afro-américaine puis, plus tard, que j’ai voulu mener des recherches universitaires sur le genre, pour que les étudiantes palestiniennes puissent devenir elles aussi maîtresses de leurs voix et de leurs choix. »

Un paysage : la mer

« J’aime la mer, où qu’elle se trouve. J’aime l’odeur de l’air marin, et m’asseoir au bord de l’eau. À Bethléem, les côtes ne sont pas loin à vol d’oiseau, mais la situation les fait paraître inaccessibles. La mer, c’est l’ouverture vers le large, c’est un symbole de liberté. »

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bio express

1964. Naissance à Bethléem dans une famille catholique.

1990. Son mari, Johnny, est arrêté par Israël pour résistance. Elle commence à travailler comme professeur d’anglais à l’université de Bethléem un mois plus tard.

1993. Johnny Baboun sort de prison, grandement affaibli.

1995.Vera obtient son master en littérature américaine.

2000. Début de la deuxième Intifada. Vera est élue assistante du doyen des étudiants de l’université de Bethléem.

2010. Devient directrice d’un établissement scolaire de Bethléem.

2012. Victoire aux élections municipales de Bethléem sous les couleurs du Fatah.

2013. Lance les travaux de restauration de la basilique de la Nativité, inscrite la même année au patrimoine mondial de l’Unesco.

2014. En tant que maire, elle accueille le pape François lors de son voyage apostolique
en Terre sainte.

Marie Malzac
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(1) Pour l’amour de Bethléem. Ma ville emmurée, de Vera Baboun, avec Philippe Demenet, Bayard, 189 p., 15,90 €

(2) La première Intifada, ou « guerre des pierres », dura de 1987 à 1993

 

http://www.la-croix.com/Monde/Moyen-Orient/Vera-Baboun-une-voix-libre-a-Bethleem-2016-12-24-1200812728

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24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 02:42

Le Conseil de sécurité de l’ONU adopte une résolution condamnant la colonisation israélienne

La résolution 2334 a recueilli 14 voix en sa faveur, passant grâce à l’abstention américaine.

LE MONDE | • Mis à jour le | Par Piotr Smolar (Jérusalem, correspondant)

 

Barack Obama a décidé de laisser à son successeur, Donald Trump, un héritage qu’il ne pourra défaire : la résolution 2334, adoptée au Conseil de sécurité de l’ONU vendredi 23 décembre. Ce texte dénonçant la colonisation israélienne a recueilli 14 voix en sa faveur, passant grâce à l’abstention américaine. Au terme de quarante-huit heures de tourbillon politique, l’administration Obama a décidé de replier le parapluie qu’elle avait systématiquement déployé depuis huit ans au-dessus d’Israël, au Conseil de sécurité. Ce coup de semonce représente une défaite politique sévère pour Benyamin Nétanyahou et une sanction contre la promotion décomplexée de la colonisation par la droite israélienne.

Le texte de la résolution, contrairement aux affirmations des responsables israéliens, n’est pas fondamentalement hostile à l’Etat hébreu. Elle s’inscrit dans la lignée de la résolution 465, adoptée en 1980, qui dénonçait déjà l’extension des colonies, jugées illégales. En outre, le texte se place à la suite du rapport du Quartet (Etats-Unis, Russie, Union européenne, ONU), publié le 1er juillet, qui dressait un état des lieux alarmant de la réalité, sur le terrain. La résolution 2334 estime elle aussi que la construction et l’extension des colonies mettent « gravement en danger la viabilité de la solution à deux Etats ».

Par ailleurs, dans un souci d’équilibre réclamé notamment par Paris et Washington, le texte « condamne tous les actes de violence contre les civils, dont les actes terroristes », une référence aux attaques palestiniennes. La résolution exige la « cessation immédiate »de la colonisation dans les territoires palestiniens occupés, dont Jérusalem-Est, et loue les efforts diplomatiques entrepris par la France, la Russie et l’Egypte, au cours des derniers mois, pour relancer un dialogue sur le conflit.

« C’est une victoire pour le terrorisme, la haine et la violence », s’est lamenté Danny Danon, l’ambassadeur israélien auprès de l’ONU, selon lequel la résolution représente un « non à la possibilité d’une paix ». Le bureau du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a aussitôt rejeté cette « résolution anti-israélienne honteuse » et annoncé qu’Israël ne s’y conformera pas.

590 000 colons en Cisjordanie et à Jérusalem-Est

A l’origine, le texte avait été présenté mercredi soir par l’Egypte, à la surprise générale. Mais Donald Trump est intervenu pour peser de tout son poids de président élu auprès d’Abdel Fattah Al-Sissi. Il a demandé au président égyptien de renoncer à son initiative. Son interlocuteur n’a pas voulu compromettre ses futures relations avec le président américain, et a donc retiré son texte. Mais le volte-face de l’Egypte n’a pas condamné son initiative. Quatre membres non permanents du Conseil de sécurité – la Nouvelle-Zélande, la Malaisie, le Sénégal et le Venezuela – ont pris le relais du Caire, pour promouvoir la résolution dans une version identique.

Vendredi dans l’après-midi, des responsables israéliens sous couvert d’anonymat exprimaient leur amertume – et une certaine panique – dans les médias, en affirmant que Barack Obama et John Kerry se trouvaient derrière ce « coup honteux » et qu’ils « abandonnaient »Israël. L’accusation est d’autant plus injuste que, comme le rappelait vendredi soir l’ambassadeur américain à l’ONU, Samantha Power, M. Obama a « démontré un engagement sans précédent pour la sécurité d’Israël ». La diplomate faisait implicitement référence au nouvel accord de défense sur dix ans, conclu entre les deux pays à l’automne pour un montant de 38 milliards de dollars.

Samantha Power a expliqué que les Etats-Unis ne votaient pas en faveur de la résolution parce qu’elle « se concentre trop étroitement sur les colonies » en ne tenant pas compte des autres facteurs dans le conflit. Mais l’abstention se justifie, selon elle, par la continuité de la position américaine, d’un président à l’autre, républicain ou démocrate, depuis des décennies : elle se résume par une condamnation de la colonisation et un soutien à une solution à deux Etats. En 2011, l’administration Obama avait opposé son veto à une résolution condamnant la colonisation, dont la formulation avait été jugée trop déséquilibrée.

L’ambassadeur américain a rappelé que le nombre de colons s’élevait à présent à 590 000 en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, dont 90 000 au-delà de la barrière de sécurité construite par les Israéliens. L’examen actuel d’un projet de loi à la Knesset légalisant tous les avant-postes – colonies sauvages et illégales au regard du droit israélien – illustre la pente dangereuse suivie par le pays, alors que sera célébré en juin 2017 le 50e anniversaire de l’occupation. « Il faut faire un choix entre les colonies et la séparation » avec les Palestiniens, a lancé Samantha Power à l’attention du premier ministre Benyamin Nétanyahou.

Lire aussi : Les colons, la bombe à retardement d’Israël

L’héritage d’Obama

S’exprimant lors du Forum Saban à Washington, le 4 décembre, le secrétaire d’Etat, John Kerry, avait exprimé sa frustration vis-à-vis de la droite israélienne et son idée d’un « grand Israël » qui absorberait les territoires occupés. Interrogé sur la position de l’administration Obama en cas de résolution au Conseil de sécurité, M. Kerry avait traduit les hésitations de la Maison Blanche. « S’il s’agit d’une résolution biaisée et injuste prévue pour délégitimer Israël, nous nous y opposerons. Evidemment que nous le ferons. Nous l’avons toujours fait. Mais cela devient de plus en plus compliqué », ajouta-t-il, ne cachant pas sa frustration.

Lors de sa première élection, Barack Obama semblait décidé à agir sur ce dossier. Le second jour après son entrée en fonctions, il avait nommé un envoyé spécial pour le Proche-Orient, George Mitchell. Dès 2010, l’échec de sa première tentative de médiation avait découragé le président américain, qui avait délégué le dossier à son secrétaire d’Etat. John Kerry a fourni beaucoup d’efforts, qui se sont révélés vains. Depuis l’effondrement des négociations israélo-palestiniennes en avril 2014, puis la guerre dans la bande de Gaza l’été suivant, les relations politiques entre les deux parties dans le conflit sont inexistantes. Seule la coordination sécuritaire fonctionne à plein.

Au cours des derniers mois, la droite nationale religieuse en Israël n’a pas caché sa satisfaction à l’idée de tourner la page des années Obama et de saisir l’occasion d’une remise à plat des relations bilatérales avec les Etats-Unis, avec Donald Trump. Ce dernier a réitéré son intention de déménager l’ambassade de Tel Aviv à Jérusalem, en rupture complète avec la tradition diplomatique de son pays, selon laquelle le statut de Jérusalem ne sera déterminé que dans le cadre de négociations de paix. Enfin, le président élu a déjà annoncé l’identité du futur ambassadeur en Israël. Il s’agit de David Friedman, un ami avocat spécialiste de la banqueroute, connu pour son soutien idéologique à la colonisation et son opposition à un Etat palestinien. « Ce vote risque de pousser Trump à être encore plus pro-israélien, souligne un diplomate à Jérusalem. On risque d’assister par exemple à un déménagement accéléré de l’ambassade des Etats-Unis de Tel Aviv vers Jérusalem. » Dans un tweet, Donald Trump a assuré vendredi soir que « les choses seront différentes après le 20 janvier ». Mais la résolution ne pourra être défaite. La seconde conférence pour la paix au Proche-Orient, que la France compte organiser le 15 janvier à Paris, après une première rencontre en juin, devrait se tenir dans une ambiance plus tendue que prévue.

En Israël, l’adoption de la résolution va dominer le débat public dès la fin du shabbat, samedi soir, alors que le pays s’apprête à fêterHanoucca. Yaïr Lapid, le chef de file du parti de centre-droit Yesh Atid, aujourd’hui dans l’opposition, épouse totalement la ligne de M. Nétanyahou. Au cours d’une conférence téléphonique vendredi soir avec des correspondants étrangers, M. Lapid a fait savoir qu’il s’était entretenu dans la journée avec un conseiller de Barack Obama pour exprimer sa vive inquiétude à l’idée d’une abstention américaine. L’ancien journaliste trouve « étrange » que le président démocrate laisse « ce genre d’héritage » sur le bureau de son successeur. Mais il redoute surtout les conséquences pour Israël. « Cette résolution ne parle pas de sanctions, mais elle fournit l’infrastructure pour de futures sanctions, c’est ce qui est alarmant, dit-il. Ça peut donner corps à des plaintes devant des juridictions internationales contre Israël et ses responsables. Ce sera un chemin long et compliqué, et je vous assure que pendant cette période, il n’y aura pas de négociations. »

 
 
 
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24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 02:41
Israeli official accuses Barack Obama of 'shameful move at UN'
 
 

Unnamed official says US president colluded with Palestinians over planned security council vote on settlements

An Israeli official has accused Barack Obama of colluding in a “shameful move against Israel at the UN” over a planned security council vote on Israeli illegal settlements.

In striking language underlining the long-running depth of hostility between the government of Benjamin Netanyahu and the Obama administration, the unnamed official accused Obama and his secretary of state, John Kerry, of “secretly cooking up with Palestinians an extreme anti-Israeli resolution”.

The comments emerged in the midst of 24 hours of extraordinary diplomacy that saw the US president-elect, Donald Trump – who has yet to be sworn into office – undermine the foreign policy of a sitting president and intervene to see a vote on the resolution on Thursday evening postponed.

That appears to have been only a temporary respite as it emerged that other members of the security council were pushing ahead with a vote on the same text later on Friday.

At the heart of the issue has been an Egypt-drafted resolution that calls for the immediate halt of illegal Israeli settlement building, which it appeared the Obama administration was prepared not to veto in a breach of the US’s long record of vetoing resolutions criticising Israel.

This prompted Netanyahu to ask for help from Trump and his transition team and also saw Israel put pressure on the Egyptian president, Abdel Fatah al-Sisi, behind the scenes to postpone a vote.

Explaining the Israeli moves, the unidentified Israeli official said: “President Obama and secretary Kerry are behind this shameful move against Israel at the UN. The US administration secretly cooked up with the Palestinians an extreme anti-Israeli resolution behind Israel’s back which would be a tailwind for terror and boycotts and effectively make the Western Wall occupied Palestinian territory.”

He continued by calling it “an abandonment of Israel which breaks decades of US policy of protecting Israel at the UN”, adding: “President Obama could declare his willingness to veto this resolution in an instant but instead is pushing it. This is an abandonment of Israel which breaks decades of US policy of protecting Israel at the UN.”

Reacting to news the resolution might be go to a vote on Friday, Israel’s ambassador to the UN, Danny Danon, said: “We call on the United States to stand by us and we expect our greatest ally to continue with its long-standing policy and to veto this resolution.”

Responding to the Israeli accusations, the Obama administration strongly denied it had been involved in any of the discussions around the draft.

The furious Israeli comments emerged after the disclosure of the details of the contacts between Netanyahu, the Trump transition team and Cairo on Thursday seeking to have the vote cancelled or delayed.

The timing of some of the contacts – between Netanyahu and Trump’s transition team, and between Trump’s team and Egypt – remains unclear, but it appears Trump called Sisi after the cancellation of the vote.

Unlike Trump’s other recent interventions in US foreign policy, which have largely flagged up his often contradictory intentions, on this occasion he appears to have deliberately interposed himself in an issue of current US and international diplomacy.

 

Sisi’s spokesman, Alaa Yousef, said on Friday that the two had agreed to give Trump’s incoming administration a chance to tackle the issue.

“During the call, they discussed regional affairs and developments in the Middle East and, in that context, the draft resolution in front of the security council on Israeli settlement,” Yousef said.

In an unintended slip referring to Trump’s status, he added: “The presidents agreed on the importance of affording the new US administration the full chance to deal with all dimensions of the Palestinian case with a view of achieving a full and final settlement.”

In more evidence of the growing crisis around the resolution, the hawkish US senator Lindsey Graham warned that any country receiving US aid that voted for the resolution would see moves against it in Congress to have that aid suspended or significantly reduced.

Speculation that the US might not deploy its veto had been fuelled by the Obama administration’s frustration over recent political moves by Netanyahu’s rightwing coalition, not least over proposed measures to retroactively legalise 100 outposts built on private Palestinian land.

Israeli settlements have long been seen as a stumbling block in peace efforts as they are built on land the Palestinians see as part of their future state. The UN maintains that settlements are illegal but its officials have reported a surge in construction over the past months.

 

https://www.theguardian.com/world/2016/dec/23/israeli-official-accuses-barack-obama-shameful-move-un

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Published by The Guardian.com (UK) - dans Revue de presse
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